Les 22 guerres de la France depuis 1961 (1)

Par Michel GOYA


Le 01/09/2015.

Selon les termes du droit international humanitaire, la guerre est un conflit armé entre Etats et/ou groupes politiques non-gouvernementaux. Selon cette définition, qui exclut les nombreuses missions de police et de stabilisation (où aucun ennemi n’est désigné, comme l'opération Sangaris en Centrafrique par exemple), et en ne comptant que celles qui ont fait des victimes civiles ou militaires, on peut considérer que la France a été engagée, ou l'est encore, dans vingt deux guerres depuis la fin de la décolonisation.

Dix peuvent être qualifiées d’interétatiques, ce qui correspond à la vision classique que l’on peut avoir de la guerre. La réalité est un peu plus floue.

Le premier de ces conflits a opposé la France seule à la Tunisie en juillet 1961 au sujet de la possession de la base de Bizerte. L’action de la force y a est limitée à une intervention française qui a permis de dégager la base après plusieurs jours de combat violents. La victoire a été nette même si la base a finalement été abandonnée quelques années plus tard.

Par la suite, les affrontements, qui sont apparues surtout dans la période internationale très tendue du début des années 1980, ont été souterrains. Il y a eu le conflit avec la nouvelle république islamique d’Iran, sur fond de contentieux financier (Eurodif). La France a soutenu militairement l’Irak de Saddam Hussein contre l’Iran, celui-ci a riposté par le biais d’organisations alliées, au Liban (prise d’otages et surtout attaques contre le contingent militaire français à Beyrouth) ou à Paris avec les attaques du réseau Abdallah de 1981 à 1984 et surtout les attentats du groupe Fouad Ali Saleh en 1985 et 1986 (14 morts et plus de 300  blessés). Pendant la période de 1983 à 1984 au Liban, on peut même considérer que nous avons été en guerre, sans le vouloir (ce qui ne suffit pas pour l’empêcher), contre la Syrie, associée à l’Iran dans ce combat. Dans les deux cas, nous avons été vaincus.

A la même époque, la France est engagée une nouvelle fois au Tchad en 1983 pour soutenir le gouvernement d’Hissène Habré contre des organisations armées soutenues par la Libye du colonel Kadhafi. L’intervention française, soutenue par les Etats-Unis, a pris la forme d’une ligne défensive dissuasive au sud du pays, avec une brigade et une force aérienne, puis l’appui, par des raids aériens ou l’aide technique, à la reconquête du nord par l’armée tchadienne. Le colonel Kadhafi a accepté un cessez-le-feu en 1988 et renoncé à ses revendications territoriales mais les attentats de Lockerbie et du vol 772 UTA en 1989, où ont péri (entre autres) de nombreux Français, ont encore relevé de ce conflit. Le colonel Kadhafi reste à ce jour l’ennemi qui a tué le plus de civils français, depuis la fin de la guerre d’Algérie.

L’attaque de l’aviation ivoirienne le 6 novembre 2004 à Bouaké a marqué la transformation de l’opération de stabilisation Licorne en guerre limitée de quelques jours contre le gouvernement Gbagbo, alors considéré comme légitime. Il faudra cependant encore cinq ans pour que la France aide militairement le Président Ouattara à chasser Laurent Gbagbo.

Les autres conflits interétatiques ont eu lieu en Coalition et après la fin de la guerre froide. La France a ainsi participé à libérer le Koweït, en évitant toutefois la désastreuse la guerre larvée puis ouverte qui a suivi. La France a ensuite contribué, après l’échec de l’opération des Nations-Unies à laquelle elle participait, à imposer la paix à la république bosno-serbe et à la Serbie après des campagnes de frappes et une menace d’intervention terrestre. Elle a participé aussi, très modestement, à chasser le régime Taliban de Kaboul et, beaucoup plus activement, à détruire celui de Kadhafi. Dans les deux premiers cas, ces interventions ont été suivies de longues campagnes de stabilisation qui ont permis d’aboutir à une forme de normalisation. Cela n’a pu être le cas en Afghanistan et cela n’a même pas été essayé en Libye.

En parallèle, succession ou en conjonction avec ces conflits contre des Etats, nous avons été aussi dix fois en guerre contre des organisations armées, ou des coalitions d’organisations, c’est-à-dire, encore une fois, des entités politiques qui veulent imposer par les armes leur volonté à l’Etat.

Ces entités peuvent être intérieures. C’est le cas de de l’Organisation armée secrète (OAS) et de ses avatars Charles Martel ou Commandos delta pour l’extrême-droite, c’est aussi le cas d’Action directe et de quelques groupuscules pour l’extrême-gauche. La lutte contre ces organisations a duré jusqu’au début des années 1980. On peut considérer aussi le Front de libération nationale corse (FLNC, créé en 1976) et le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS, créé en 1984), pour ne considérer que les groupes qui ont tué pour des raisons politiques comme des ennemis de l’Etat, et donc aussi de la France. L’Etat d’urgence a été décrété en Nouvelle-Calédonie en 1984.

Ces entités ont surtout été étrangères. Nous en avons combattu, en lien avec les gouvernements locaux, six principales : contre l’Union des populations camerounaises (UPC) jusqu’en 1963, le Front de libération nationale (Frolinat) au Tchad de 1968 à 1979, les Tigres Katangais au Congo en 1977 et 1978, le Polisario en Mauritanie en 1977-1978, le Front patriotique rwandais de 1990 à 1993, une coalition regroupant Al Qaïda, les Talibans et sans doute surtout le Hezb-e-Islami Gulbuddin en Afghanistan, surtout à partir de 2008. 

Nous menons ce jour encore deux guerres, et de ce dernier type, une contre les organisations djihadistes au Sahel et, ce depuis au moins 1995, et une autre contre l’Etat islamique, né sous ce nom en 2006 mais que nous n’affrontons réellement que depuis 2014. Ces deux conflits présentent la caractéristique particulière de se dérouler simultanément à l’extérieur et sur le territoire métropolitain, à la fois contre des combattants étrangers et des traîtres français.




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