L'iran et la France



L’Iran a mauvaise réputation auprès de nos concitoyens. Il suffit de considérer la mine déconfite et inquiète de vos amis lorsque vous leur annoncez que vous partez pour Téhéran.

L’Iran a une grande part de responsabilité dans cette image médiocre : attitude ambiguë sur la question nucléaire, représentation désastreuse d’une théocratie moyenâgeuse conduite par des ayatollahs au regard inquiétant, libertés publiques bafouées, censure… Réalité indiscutable. S’ajoute l’impression d’une économie à bout de souffle, épuisée par les sanctions, d’un pays refermé, paria de la communauté internationale.

 

Après un mois à parcourir le pays de long en large, la perception du voyageur évolue. Il découvre un peuple joyeux, aimant la fête et doué d’un sens de l’accueil inconnu dans notre pays, un peuple dont les sports nationaux sont le pique-nique familial sur le moindre coin de pelouse et les embouteillages, car les villes immenses, bien plus que chez nous, sont en permanence thrombosées par une circulation inouïe de voitures dont la majorité sont…françaises.

Les sanctions ? Apparemment, elles ont stimulé l’imagination des entrepreneurs. Elles ont surtout profité à une petite caste de privilégiés, développé la corruption, et réduit notablement le niveau de vie de la classe moyenne. Médiocre résultat !

 

L’Iran apparaît au voyageur comme un pays de contrastes rares, puissants et subtils. Pays de déserts arides aux paysages lunaires et sauvages, mais aussi celui des oasis et des jardins merveilleux ; le mont Sahand à proximité de Tabriz n’est-il pas « la montagne de Dieu » qui abrite le Jardin d’Eden ? Pays de haute spiritualité où les mosquées coexistent avec les temples à la gloire du feu venus de la nuit des temps, où les monastères chrétiens des premiers siècles parsèment les montagnes du nord-ouest, pays encore de nomades et de paysans troglodytes, tandis que le pétrole coule à flot, que le gaz irrigue le moindre village, et que les lignes à haute tension et les autoroutes quadrillent le désert. Immense empire vainqueur au temps de Darius, mais pays à maintes reprises envahi, ravagé ou mis sous tutelle, qui a su malgré tout garder son âme en s’appropriant les apports extérieurs et en iranisant tout ce qu’il a reçu.

« On mutilera en vain la Perse, on la divisera, on lui pourra ôter son nom, elle restera la Perse et ne saurait mourir » remarque Antoine de Gobineau, diplomate français du XIXème siècle, plusieurs fois en poste dans la région. Belle leçon pour nous qui doutons de notre identité.

 

Pays à la fois ouvert à l’étranger et secret, qui cache ses merveilleuses demeures ou ses jardins luxuriants à l’abri de hauts murs de pisé et ses femmes derrière des voiles ; il nous reste mal connu, on confond largement les Arabes et les Persans et on se souvient à peine que les rois mages porteurs de l’or, de l’encens et de la myrrhe – toutes les richesses de l’Orient - venaient de Perse.

Ce pays d’ombre et de lumière, pétri de mystère comme de spiritualité, et plus que jamais gorgé de richesses, nous attend. Il a besoin de nous pour évoluer et trouver sa juste place dans le concert des nations.


Amiral (2S) Laurent Merer.

 


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