Objet : Vers la 3ième guerre mondiale : "Panique en Syrak"

De : CLAUDE LEROY 7, rue de la poterie - 26270 Loriol date : 5 mars 2015   

  

Pendant que nos médias nous faisaient vivre minute par minute le déroulement des attentas islamistes en France, et que nous enterrions nos 17 morts avec la compassion des « amis » de la France, les califats continuaient à se concrétiser en Egypte, en Libye, au Yémen et au Nigeria et Al Qaeda réagissait en Syrie et au Yémen ; puis Poutine poussait ses pions et rendait viable – tirant la leçon de l’incongruité kosovar et de l’utopique fédération bosniaque – une nouvelle république est-ukrainienne en s’emparant d’un aéroport et d’un port ; enfin fait majeur, les pasdarans (soldats de l’Islam iranien chiite) sont aujourd’hui engagés contre l’EI en Syrie et en Irak sunnite, indépendamment et hors de la coalition occidentale et wahhabite.

Cet engagement iranien s’effectue sur 2 directions : sur Tikrīt en Irak, contre l’EI, et, avec le Hezbollah, contre Al Nosra (Al Qaeda local) et l’opposition laïque en Syrie. D’un côté, avec l’accord du 1er ministre irakien (chiite), il s’agit de reprendre Tikrīt – fief de la tribu de Saddam Hussein – et de réduire ce foyer sunnite, ce qui permettra ensuite de reconquérir Mossoul (et son pétrole) ; mais la résistance de l’EI qui s’attendait à l’assaut d’une part, et qui est, d’autre part, composée dans cette région des anciens officiers fidèles à Hussein (résidents à Tikrīt ou même appartenant à la tribu), promet d’être dure (3 lignes de défense successives). D’un autre côté, il s’agit de soutenir les attaques de l’armée régulière d’El Assad qui manque à présent d’infanterie et d’effectuer la jonction physique avec le Hezbollah : la continuité territoriale de Téhéran jusqu’au Liban serait quasiment effective. Si l’opération Tikrīt réussit, les sunnites irakiens seront écrasés ; l’allégeance de l’Irak à l’Iran sera effective ; la pression de Téhéran sur Bagdad dépendra alors et aussi des concessions américaines sur le nucléaire militaire iranien, de l’attitude des kurdes et de leurs alliés (s’ils en ont) et de la réaction turque et saoudienne ; sachant que cette dernière monarchie est piégée par la prise de Sanaa par les chiites ; sachant aussi que grâce à cette emprise chiite sur le Yémen, il sera possible à l’Iran de contrôler la sortie des pétroliers de la mer rouge.

La victoire diplomatique iranienne est en bonne voie, la victoire militaire est à sa portée, quoique l’EI ne soit pas encore battue ; la défaite sunnite (de la péninsule arabique) est fort possible ; l’échec occidental déjà vraisemblable. Toutes les pièces se mettent en place en vue d’une guerre régionale, voire mondiale si les belligérants venaient à bloquer la production ou le transport des hydrocarbures du moyen orient.

Car par delà l’aspect proprement militaire de l’opération, il faut analyser l’engagement iranien sur les plans géopolitiques et diplomatiques : quel est l’enjeu de la politique iranienne ?

-               la Russie se trouve prise entre les feux de l’expansionnisme iranien, son voisin sur la Caspienne et proche de l’Azerbaïdjan (qui accroît de 8% son budget défense 2015) et son soutien à El Assad qui accepte de lui allouer la base militaire de Tartous ; à noter que la Russie chercherait une base de repli à Chypre ! (rumeur ?). Elle ne peut pas s’engager militairement aux côtés de l’Iran, ni même soutenir son action. Elle a admis qu’El Assad pourrait se retirer.

-               la Turquie a affirmé haut et fort son vœu de voir chuter El Assad et son régime alaouite (chiite en second) ; elle est donc opposé aux chiites iraniens et irakiens ; mais elle souhaite protéger la communauté turkmène de Mossoul ; elle aimerait bien aussi réduire les kurdes irakiens et syriens ; peut-elle négocier ce dernier point avec l’Iran ?

-               l’Arabie saoudite si elle perd l’Irak sunnite sera quasiment évincée du proche orient ; du fait du changement au Yémen elle devra protéger ses sorties pétrolières des 2 golfs (arabiques et mer rouge) ou intervenir militairement au Yémen ; dans cette perspective peut-elle compter sur des alliés sunnites : Pakistan, très engagé en Afghanistan de sa propre volonté ou via le Baloutchistan et en froid (différents lourds) avec l’Inde (qui accroît son budget défense 2015 de 11%) ? Turquie, un peu coincée par ses prises de position notamment en faveur des frères musulmans ? ou sur l’occident, en grande difficulté (voir ci-après) ?

-               quant aux petits émirats, ils vont devoir composer avec l’Iran et la survie de ces régimes monarchiques n’est pas certaine.

-               Les USA jouent perdant sur tous les tableaux : en Irak où le 1er ministre n’a même pas demandé le soutien aérien de la coalition au profit de la bataille de Tikrīt et a laissé les pasdarans chiites entrer sur son territoire. En Syrie où El Assad devient un pis-aller avec qui on pourrait discuter devant la progression de l’EI.

-               L’UE, comme à son habitude est en dessous de tout, au point que l’Espagne a rouvert son ambassade à Damas ; il a même fallu que la France prête son porte avions (le seul de l’UE !).

-               La France a pris dès le départ une position radicale « pas question de parler à El Assad » et soutien aux opposants « modérés et laïcs » : moyennant quoi, la situation syrienne pourrissant, l’opposition faiblissant, l’EI s’installant et Al Nosra (El Qaeda) se renforçant, la politique française est devenue une impasse ; au point que des parlementaires se sont rendus à Damas afin d’avertir El Assad que tous les élus nationaux n’étaient pas sur le même registre ; et après avoir été vertement réprimandés d’autres voix se sont élevées dans leur sens (le président du groupe UMP de l’assemblée et M. Fillon).

Conséquences :

·         La politique étrangère française doit changer en Syrie : les EI doivent être détruits ; c’est le gage imposé à l’Arabie saoudite et aux petites monarchies du golfe si elles veulent que nous les aidions ; il faut discuter avec El Assad, quitte à négocier son départ, de façon à évincer Al Nosra de Syrie, et rétablir un régime bassiste (à peu près laïc).

·         La politique étrangère française doit changer vis-à-vis de la Russie : un geste de livraison des Mistral (même si cela déplaît aux USA) sera le bienvenu. La prise en compte de la position russe dans la région est impérative (à noter que l’analyse des forces en présence mises en perspective réalisée par Moscou est souvent bien meilleure que celle de Washington).

·         L’attitude de la France vis-à-vis de Téhéran doit être modifiée. Le fait nucléaire doit être accepté puisque de toute façon rien ne pourra l’empêcher hormis une action militaire d’Israël.

·         L’attitude de la France vis-à-vis d’Ankara doit être redéfinie, n’en déplaise à Mme Merkel et à l’UE.

·         Le ministre français des affaires étrangères doit être changé.

C. Leroy

7, rue de la Poterie

26270 LORIOL

 

 


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