Au nouveau quinquennat.

...par le Gal. Bernard Messana - le 22/07/2017.

2007-2017, une décennie perdue, deux quinquennats gâchés.

          

Le premier, 2007-2012, gâché par un Président impatient, M. Sarkozy, devenu insupportable à une majorité de Français. Tout en lui reconnaissant un esprit de décision parfois inspiré,- crise de 2008, conflit russo-georgien…-, les citoyens se sont lassés de sa suractivité querelleuse et déstabilisante, altérant gravement l’exercice serein de la fonction présidentielle. Il échouera à se faire élire pour un deuxième mandat. Cinq ans auront suffi.

 

Le second, 2012-2017, gâché par l’inconsistance d’un Président amorphe, M. Hollande, doutant de lui, irrésolu, bavard, manipulateur et brouillon. Son exercice sera qualifié de « quinquennat pour rien ». Il n’en restera, raillent certains, que deux mesures dites « sociétales », le mariage des homosexuels, et les salles de « shoot ». Conscient ou non de ses insuffisances, il ne sera pas candidat à un deuxième mandat. Cinq ans auront suffi.

         

Et si…

         

Et si, au delà des défaillances caractérielles de ces deux Présidents, il y avait une autre raison à leur échec ? M. Chirac ayant sonné le glas du septennat, ils sont en effet les premiers à avoir été soumis pleinement au nouveau régime du quinquennat, plaçant les élections législatives immédiatement après les présidentielles. Intelligents et logiques, les Français ne pouvaient donc que procurer, aux législatives, une large majorité à ces Présidents qu’ils venaient à peine d’élire. Objectifs et lucides, ces mêmes Français ne pouvaient alors manquer de constater, avec désolation, que leurs nouveaux élus, grisés par ce succès apparent et largement factice, y voyaient un blanc-seing à leurs penchants autocratiques,- M. Sarkozy-, ou une tolérance coupable  à leur insignifiance,- M. Hollande-. Dès lors s’imposerait avec force et raison la conclusion citoyenne: cinq ans ça suffit !

         

Est-ce là prédiction pour le futur ?

 

Peut-être pas. La décennie perdue a aussi été l’occasion, pour les Français, de mesurer et châtier la dérive navrante des deux grands partis dits « de pouvoir ». Les discours insipides de leurs leaders désabusés ont cessé de faire illusion. Nul idéal, nul projet. La bataille politique entre Gauche et Droite s’avérait simple exercice de conquête du pouvoir pour se « gaver » de ses avantages, dans le cocon douillet qu’avec une rare discrétion les politiques, toutes opinions confondues, avaient su se tisser. Conquête du pouvoir où tous les coups étaient permis, dénonciations, calomnies, désinformation éhontée, manipulation, combats féroces autour d’une République déchirée, au mépris des citoyens, dits les « gens »..

Le temps semblait donc bien venu d’une tentative de salut public, sorte d’entreprise d’assainissement chargée de « faire le ménage ». Et tenter aussi d’exhumer, dans les besaces rapiécées des vieux partis, quelques idées encore valides, susceptibles de constituer un tronc commun acceptable pour une majorité citoyenne. Ce fut donc là l’habile manoeuvre « macronienne », parfois à droite, mais « dans le même temps » à gauche, ou bien à gauche, mais « dans le même temps » à droite. Bataille gagnée ? Certes, car brillamment menée avec le soutien massif d’un pouvoir occulte dit « médiatico-financier », et le talent d’un candidat surdoué. Mais une bataille gagnée ne met pas fin à cet « état de guerre », la vraie guerre, à laquelle, selon Mrs. Hollande et Valls, nous sommes confrontés depuis 2015.

Car pour gagner cette guerre, nous dit le CEMA, il faut consentir à « l’effort de guerre ».

          Et le soldat, en charge de cet effort, se pose aujourd’hui deux sortes de questions :

  • Celles, matérielles, des moyens qu’on lui consent. Et la réponse est claire, les moyens que le politique lui consent ne sont pas à la mesure des missions qu’il lui confie. C’est vrai pour le marin, l’aviateur, le terrien. Dès lors, il est contraint à des impasses risquées, ou réduit à s’enliser dans la mission. La décision politique, ou son indécision, l’expose donc à ce que le Livre blanc qualifie de « risque de la faiblesse », risque qui rend possible la défaite, et la mort du soldat. Celle-ci, au combat, est admise, elle fait même partie du « paquetage ». A condition que ce dernier soit complet, et sans faille. Mourir parce que l’Etat a délibérément refusé les moyens de vaincre est par contre insupportable. Le 13 Juillet 2017, le Président de la République affirmait avec force : « J’aime le sens du devoir. J’aime le sens de la réserve qui a tenu nos Armées là où elles sont aujourd’hui ». Mais où sont-elles donc nos Armées aujourd’hui? Dans une situation qui « n’est plus tenable » dit le CEMA. Si le sens du devoir et de la réserve nous conduit au précipice, ne faut-il pas alors revoir et corriger ces notions sacrificielles devenues mortifères ?
  • C’est là justement le deuxième type de questions que se pose le soldat. Celles de son état, de sa condition de militaire, toujours considérée par le politique comme nécessairement réduite à celle d’automate muet, et de sous-citoyen. Une parfaite illustration en est donnée par l’absence de tout responsable militaire de haut niveau au sein du Ministère des Armées. Faut-il donc, pour « servir la France », ce qui est la passion du soldat volontaire, se plier à tout jamais à des règles archaïques que l’homme moderne, connecté, ne comprend plus, ne supporte plus ? La discipline fait certes toujours la force principale des Armées, mais le flou et l’incertitude des crises, guerres, et Opex qui sont devenues le quotidien de nos Armées y ont introduit d’autres notions désormais indispensables: l’intelligence des situations, la capacité d’adaptation, l’action psychologique… sans pour autant que cela affaiblisse le sens du devoir, dans l’honneur. Alors aujourd’hui le rôle du caporal, dans ces affaires incertaines et complexes, peut être « stratégique », au grand dam d’une hiérarchie immobile et figée ! Le silence n’est plus d’or. La parole du soldat a donc nécessairement conquis de larges espaces de liberté. Et c’est le rôle du CEMA, son intelligence, et son humanité, de l’entendre, l’écouter, la corriger, l’organiser, et enfin la porter à la connaissance de ceux qui ont à en connaître. Or, le 13 Juillet, le Président a publiquement, et avec force, contesté cette parole qui n’avait pourtant été prise, à huis-clos, que devant les membres des commissions de défense. Comme si le CEMA, qui a le devoir de rendre compte, avait perdu le droit de le faire avec toute la franchise et la netteté qui conviennent ?

 

Dès lors, privé des moyens exigés pour mener avec succès « l’effort de guerre », ses chefs privés du droit et du devoir d’expression qui permettraient aux responsables politiques de prendre conscience des problèmes, et d’y remédier, le soldat s’interroge. Il peut même en venir à songer de sortir du cadre légal sévère qui le conduit et qu’il respecte, mais dont l’application excessive, intégriste, littérale, accompagnée de dispositions frisant le despotisme, compromet sa mission, la paralyse. Comment réagira le soldat ? Nul ne le sait encore. En 2001, sans doute faut-il le rappeler, les gendarmes avaient choisi de descendre dans la rue. Leur succès avait été rapide, et total. Ce n’est là qu’un constat.

         

Les Armées sont aujourd’hui au plus mal, et l’Etat doit choisir : donner au soldat les moyens de ses missions, ou, faute de moyens, supprimer les missions, ce qu’il ne saurait décider sous peine de faillir. L’Etat doit donc comprendre qu’il dispose désormais d’une Armée d’engagés, de professionnels assurant une fonction de service public, celle de la Défense, sans avoir le droit d’en exiger les moyens. Ce droit, par contre, les services publics civils l’ont et en usent avec raison. Le pays peut certes être paralysé pour contester droit du travail, CSG, taxe d’habitation, tiers payant, etc… mais nul ne met en question ces opérations menées contre ce qui pourrait altérer les conditions de vie des citoyens. C’est là toute la différence, car le soldat, lui, dans sa condition de sous-citoyen, risque tout simplement sa vie. Et le « chef des Armées » se doit de mesurer très vite le poids de cette responsabilité avant d’y être confronté face à ces cercueils sur lesquels il va s’incliner et déposer des médailles.

         

Une décennie a été perdue, se terminant par l’effondrement des structures vermoulues des deux partis dits « de pouvoir », pouvoir qu’ils avaient gâché et corrompu. Et aussi trahi ces « gens » qui leur faisaient confiance. On l’a vu, 60% de ces « gens » ne votent plus, ou votent blanc, ou raturent avec rage leur bulletin de vote. Leur espoir est grand de retrouver l’envie du « vivre ensemble ».

Leur espoir est tout aussi grand de voir les Armées, leur « bras armé », recevoir les moyens de leurs missions, car ces missions les protègent eux, directement de ces menaces dont le politique ne cesse de leur rappeler la virulence, et la permanence. C’est pour protéger leurs vies que les soldats risquent la leur. Les « gens » vont donc beaucoup exiger, avec force, du quinquennat qui vient, dont l’influence morale sera déterminante.

« Par influence morale, j’entends ce qui fait que le peuple est en harmonie avec ses dirigeants » (Sun Tzu).

 

Source : http://www.asafrance.fr/item/libre-opinion-de-au-nouveau-quinquennat.html

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