Pour en finir...

...par le Col. Jean-Jacques Noirot - le 20/07/2017.

 

CEMA faute, c'est ma faute, mea maxima culpa. 

 

Par Emanuel Macron, président de la république. 

 

"Le général de Villiers est un magnifique soldat, un grand serviteur de la patrie et de l'état, un honnête homme. Je le reconnais. Il m'en a encore donné la preuve à travers toute la dignité qui a accompagné sa démission. Pas d'éclats tapageurs. Pas de déclarations tonitruantes dans les médias. Pas d'adresse rancunière envoyée aux soldats, marins et aviateurs. Bien au contraire. Un ton respectueux et ferme quand, dans le huis clos de mon bureau, il est venu me dire qu'il souhaitait quitter ses fonctions."

 

"Nulle lassitude dans son attitude. Je voyais bien que cet officier général conservait, malgré l'épreuve qu'il était en train de traverser, toute sa maîtrise de soi et tout son enthousiasme. Vis à vis de moi, il perdait sa place, mais ne perdait pas son rang. J'avais en face de moi la sérénité même, drapée dans la déférence distante qui sied lorsqu'on s'adresse au chef de l'état. Il m'a impressionné. Alors qu'il venait non sans regret, mais sans amertume, renoncer à la vocation exaltante de toute une vie, il conservait ce calme dont il a toujours fait preuve, dans toutes les circonstances où il a dû faire front. Quel homme!"

 

"Comment ai-je pu me laisser emporter par je ne sais quelle irritation capricieuse, me conduisant à me séparer d'un tel officier? Quelle perte pour moi et pour la suite de mon quinquennat! J'avais un modèle de ce qu'il faut être quand on exerce de hautes responsabilités: Ecoute, hauteur de vue, vision, profondeur d'analyse, exemplarité, et au final respect dans la mise en œuvre des décisions prises. J'ai tout gâché. Pourrai-je un jour me le faire pardonner? Et les armées, que vont-elles faire? Oh, bien sûr, elles m'obéiront! Mais que vaut l'obéissance des cœurs blessés? Le général de Villiers m'oblige à l'écriture d'une tragédie que je n'avais pas imaginée, dans laquelle, aux yeux de tous, et surtout de l'opinion, je joue le mauvais rôle. J'ai brisé en un instant le rêve de renouveau que j'avais su faire naître dans l'enthousiasme d'une campagne électorale victorieuse. Qu'ai-je fait là ?!"

 

"Bien entendu, je vais pouvoir plaider auprès de ceux qui me soutiennent, en particulier dans les médias. D'abord la fausse vérité d'un désaccord exposé en place publique alors qu'il aurait dû rester dans le secret des commissions. Hélas pour moi, les paroles prononcées l'ont été dans le plus strict respect des procédures et des prérogatives de chacun.  J'ai dû mentir. Mais comment sauver la face autrement ?  Ensuite, je tenterai d'affirmer que le chef d'état-major est sorti de son rôle en traitant de questions budgétaires qui relèvent du ministre. Lui n'est concerné que par son cœur de métier, c'est à dire la préparation des forces, l'engagement et la conduite des opérations. L'argent d'un côté, les vies de l'autre. Mais ne parlait-il pas de l'argent des vies ? Ah ! Que ne l'ai-je écouté ! Enfin, n'avais-je pas le droit de dire que je suis le chef ? Ma jeunesse, les Françaises et les français peuvent le comprendre, a besoin de s'affirmer face à ces hommes plein d'expérience qui m'entourent et pourraient me conduire sur des chemins de traverse. Mais là, en était-ce un ? Je suis sûr que non. Et pourtant, j'ai fait comme si. Comme si un officier général pouvait chercher à me nuire. Comme si le plus haut responsable des armées, pour avoir raison, guidé par une soudaine et imprévisible lâcheté, pouvait trahir. Comme si la vérité des armées se lisait à Bercy et non sur le poitrail des soldats. Quelle funeste erreur ai-je commis là!"

 

"Il y aura toujours un général pour en remplacer un autre. Celui que je vais désigner acceptera sans hésiter d'occuper ces éminentes fonctions. Mais après ce qui vient de se passer, osera-t-il me dire, si cela venait à se produire, que je me trompe? Tout courageux et assurément brillant qu'il soit, n'aura-t-il pas tiré de ce triste épisode une funeste leçon? Le général de Villiers baignait dans une noblesse immémoriale. Sa trempe était d'acier. Derrière lui, les armées marchaient comme un seul homme. Confiance absolue. Estime réciproque. Respect total. Son successeur sera toujours, dans l'esprit et le cœur des soldats, celui qui aura accepté ce que de Villiers, en son âme et conscience, aura refusé. Une tache indélébile. Aura-t-il la confiance de ses pairs? Cela annonce des lendemains difficiles."

 

"J'avoue mal connaitre ce monde militaire. Les armes, les chars, les camions, les bateaux, les avions, je connais un peu. Mais les hommes? Qu'est ce qui les fait marcher? Ici, on me parle de l'amour du chef, là, du désir d'aventure, ailleurs, de la recherche du risque, d'autres de traditions, d'esprit de corps, plus loin de la volonté de servir la France. Tous renoncent au confort d'une vie ordinaire et tous acceptent de verser leur sang pour la patrie....comment se comporte-t-on avec des femmes et des hommes animés par de tels sentiments? Je ne savais même pas que cela pouvait exister. Ils emploient dans leur vocabulaire des mots que je n'entends nulle part ailleurs: solidarité, exemplarité, disponibilité, rigueur, désintéressement, discipline, fraternité d'armes. Tout cela m'est étranger, sauf quand je lis les discours qu'on a écrit pour moi et qui parlent de ces choses là. Qui, maintenant que j'ai offensé la plus haute autorité militaire, voudra m'apprendre les codes de ce monde si différent, si mystérieux, si imposant? Avec de Villiers, ai-je perdu cela aussi?"

 

"Tout cela est ma faute. Je suis consterné. Par ce péché d'orgueil mal placé, par cet affront public dont je n'étais même pas conscient, j'ai brisé quelque chose de sacré: l'honneur d'un homme irréprochable exerçant brillamment une fonction dont les buts le dépassent. C'est irréparable."

"Ma faute est aussi d'avoir abusé du pouvoir conféré par ma charge qui me place au dessus de tout et de tout le monde. Personne ne peut rien me dire où me reprocher. Je m'en suis réjoui, alors que j'aurais dû  viscéralement le redouter. C'est lamentable."

 

"Ma faute est enfin de ne pas avoir eu l'humilité de reconnaître que le général de Villiers, chef d'état-major des armées, parlant ès qualité, avait raison. Pourquoi n'ai-je pas été lucide, et l'avoir ressenti comme l'appel à l'aide d'un homme aux abois plutôt que comme une sorte de reproche ou un improbable abus? C'est impardonnable."

 

"Je fais acte de contrition. Je reconnais mon erreur. C'est ma très grande faute. Dans l'exercice futur de mes fonctions, la "leçon de Villiers" portera. Elle guidera mes pas. J'aurai toujours à l'esprit, pour prendre mes décisions ou m'adresser aux autres, que l'accès à la magistrature suprême, permis démocratiquement par une élection, ne m'a pas donné droit à l'injure, au mensonge ou à la colère. Au contraire. Les devoirs de ma charge désormais me pousseront à l'humilité. J'ai pris conscience que ma personne est de peu d'importance dans la destinée qu'il me faudra construire, puisqu'un jour le peuple  m'a fait confiance, pour le salut et la sécurité de mon pays et de tous les français."

 

JJN

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Commentaires : 2
  • #1

    Yves LOGETTE (jeudi, 20 juillet 2017 12:52)

    Remarquable tribune ! Bravo Jean-Jacques ! Mais je crains que le président, tout imbu de sa grandeur et de ses succès si facilement obtenus, ne fasse pas lui-même cette introspection. Le pouvoir isole et rend aveugle car les courtisans n'osent dire la vérité, ayant peur de perdre leur place confortable. Le général de Villiers avait dit la vérité, honnêtement, sur l'état et l'usure des troupes. Le PR ne l'a pas supporté. "Le poète a dit la vérité, il doit être exécuté" chantait Guy Béart. A quoi serviront, dorénavant, les auditions franches, par les parlementaires, des grands responsables militaires si ceux-ci ne peuvent dire la vérité ? (rappelez-vous le général Soubelet).
    Le PR Macron veut-il vraiment n'être entouré que de Béni-Oui-Oui qui lui serviront une vérité tronquée, la seule qu'il puisse accepter ? C'est se couper durablement de la base et donc ouvrir un fossé avec un monde qu'il connaît pourtant si peu et aurait avantage à mieux écouter.
    Je suis triste pour notre armée, pour la France !
    Yves.

  • #2

    BRASSEUr J-Louis (vendredi, 21 juillet 2017 09:19)

    Bravo-bravissimo camarade pour ce beau morceau de littérature et d'habileté dans la critique
    Je ne l'ai pas trouvé sur le site S 14

    Je te lis de plus en plus souvent sur le site SDQ et j'admire vraiment ton style et la manière dont tu présentes le sujet