Le billet du Col. Georges Michel

Colonel à la retraite.

Emmanuel Macron en difficulté : D’un coup, la République est en danger !

Source : Bd. Voltaire.

 

« La République, c’est moi », s'exclamait Jean-Luc Mélenchon, en 2018. « Eh bien, non, la République, c’est moi », lui répond aujourd’hui son frère siamois Emmanuel Macron. Il ne le dit pas comme ça, mais c’est tout comme : « Dimanche, aucune voix ne doit manquer à la République », a-t-il déclaré, mardi 14 juin. La République en quoi ? En marche ? Non, la République tout court. Carrément.  n’est pas président de la République, il est LA République.

Et  n’a pas lancé ça n’importe comment, n’importe où, n’importe quand. Très solennellement, avant de s’envoler pour la Roumanie, derrière un pupitre blanc, très institutionnel, avec en arrière-plan l’avion présidentiel, frappé aux couleurs nationales. Juste avant d’aller rendre visite à nos soldats déployés en Roumanie dans le cadre de l’OTAN. La dramaturgie est parfaite. Du régalien en veux-tu en voilà. Ce qui ne manque pas de sel, lui qui participe activement à la liquidation de notre souveraineté à la grande braderie bruxelloise. Mais à quoi servirait le pouvoir si on ne pouvait en abuser ? Notamment le pouvoir de l’image et du mélange des genres : mélanger une campagne électorale avec une visite à nos soldats. Et Macron y va plein pot. Rien de tel, donc, que de jouer et rejouer le coup du parti de l’ordre. « L’intérêt supérieur de la nation » : ça plaît toujours à un certain électorat qui a passé l'âge de monter aux barricades. « L’obéissance » ! Si, si. Le mot n'est pas de Macron mais d’ qui, aux abois puisqu'en ballottage défavorable dans l'Essonne, a lâché ce mot, sans peut-être y prendre garde, sur CNews, lundi. « Soyez obéissants, votez pour les candidats du Président ! » C’est en gros ce que déclarait cette jeune femme bien sage qui découvre d’un coup que les élections ne se présentent pas toujours comme celles d’un certain mois de juin 2017…

Le parti de l’ordre, donc. Un truc aussi vieux que les candidats officiels sous le Second Empire. Ainsi, Emmanuel Macron a « besoin d’une majorité solide pour assurer l’ordre à l’extérieur comme à l’intérieur de nos frontières… Rien ne serait pire que d’ajouter un désordre français au désordre mondial. » La France a été la risée du monde lors de la finale de la Ligue des champions, le 28 mai dernier ; à la moindre manifestation, les Black Blocs font la loi dans la rue ; on a été obligé, en 2018, d’inventer un dispositif policier de «  républicaine » des quartiers (au fait, on en est où, de cette reconquête-là ?) ; la délinquance explose (le nombre de victimes de coups et blessures volontaires est passé de 225.500, en 2016, à 306.700, en 2021. Les Échos, 27 janvier 2022) ; quant au front de l’immigration, n’en parlons pas… Mais à part ça, la France est un modèle du genre en matière d’ordre intérieur…

Emmanuel Macron a « besoin d’une majorité solide… » Pas tellement pour assurer la stabilité des institutions, comme lui et ses acolytes essayent de le faire croire, mais parce qu’ils ne savent pas faire autrement. On pensera ce qu’on voudra d’un  Rocard, mais ce dernier, qui fut Premier ministre de 1988 à 1991, fut capable de gouverner avec une majorité relative. Parce qu’il avait la culture du compromis et du débat. Parce qu’il avait tout simplement une culture parlementaire. Or, avant tout, un Parlement est fait pour parlementer ! Toutes choses qui ne sont pas « dans l’ADN » de la Macronie qui ne peut survivre qu’en situation monopolistique. Alors, on ne sera pas étonné, comme nous l’apprend Le Point, qu’Emmanuel Macron ait reçu, lundi, très discrètement, Gérard Larcher, président du Sénat. S’il n’obtient pas cette « majorité solide » (et souple à la fois ?), il lui restera à se tourner vers les LR. Il s’en trouvera bien pour soutenir sa politique avec, à la clé, probablement, des promesses de maroquin à plus ou moins brève échéance.

 

Gouvernement : La fine équipe ?

Source : Bd. Voltaire - Le 20/05/2022.

On ne peut pas dire qu’ se sera précipité pour que soit formé le nouveau gouvernement. Sa réélection remonte à pratiquement quatre semaines et son second mandat a commencé officiellement samedi dernier. L’art de faire durer le plaisir et de gagner du temps avant les élections législatives, cette formalité administrative barbante à laquelle il faut encore se soumettre avant de reprendre les affaires sérieuses. En déplacement aux Mureaux, ce jeudi 19 mai, le nouveau Premier ministre, Élisabeth Borne, se payait même le luxe de se moquer du monde en déclarant, aux journalistes qui l’interpellaient : « On veut la meilleure équipe, ne vous impatientez pas… On y travaille [en se rendant « sur le terrain » ?] et vous verrez ! On ne va pas se mettre la pression. » C’est vrai, ça, la France a tout son temps. Mais on se demande ce qu’a fait tout ce beau monde, depuis le 24 avril ?

Mais c’est fait. Enfin. Le secrétaire général de la présidence, Alexis Kohler (photo), celui qui gouverne en vrai la France en binôme avec Emmanuel Macron, est apparu sur le perron de l’Élysée, selon la tradition, pour annoncer la liste des ministres. La cérémonie est moins palpitante qu’autrefois à cause des réseaux sociaux qui font tourner depuis plusieurs jours les noms et les têtes, tout du moins pour ceux qui s’intéressent encore à la politique dans ce pays. Évidemment, ce gouvernement Borne 1 – car il y aura probablement un Borne 2 après les législatives – répond à tous les labels de qualité exigés de nos jours : parité quasi parfaite, contrôle des patrimoines et des déclarations fiscales, écoresponsabilité, Europe à tous les étages et jeunesse, parce que la jeunesse, c’est important. Soulignons que la liste des éconduits ou des non-retenus est tout aussi intéressante que celle des nominés.

Ainsi, Jean-Yves Le Drian quitte le gouvernement après dix ans sans interruption à la tête de deux ministères régaliens : la Défense sous Hollande, les Affaires étrangères sous Macron. Présenté comme un poids lourd de la politique, on retiendra que c’est sous son ministère que le Quai d’Orsay est devenu le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères : un symbole ! Que l’influence de la France n’a cessé de reculer en Afrique : une réalité ! Pour lui succéder, Catherine Colonna, cette inconnue du grand public, ministre délégué aux Affaires européennes dans le gouvernement Villepin de 2005 à 2007, coche pas mal de cases du cahier des charges : une femme au Quai d’Orsay (la deuxième de l’Histoire après Michèle Alliot-Marie), une des rares femmes à avoir été élevées à la dignité d’ambassadrice de France et, actuellement, ambassadrice de France au Royaume-Uni. Une désignation qui vise probablement à essayer de raccrocher la barque anglaise au paquebot européen. L’Europe dans le viseur.

Autre éconduit, Jean-Michel Blanquer. Le mouton à cinq pattes du début du premier quinquennat Macron, présenté comme une sorte de Jules Ferry du nouveau monde, est donc remercié. Est-ce sa défense d’une laïcité de stricte observance et son combat contre le wokisme qui lui auront coûté son licenciement ? En tout cas, la nomination de Pap Ndiaye pour lui succéder est un message clair et net : ce normalien et agrégé est actuellement directeur du musée de l’Histoire de l’immigration. En 2005, lorsque fut créé le Conseil représentatif des associations noires (CRAN), il intégra son conseil scientifique. Ceux qui attendaient que l’on enseigne « Nos ancêtres les Gaulois » pour « faire nation » seront servis.

Outre la nomination de Colonna et Ndiaye et la promotion de personnalités comme Amélie de Montchalin, nommée à la Transition écologique et à la Cohésion des territoires, ou Sébastien Lecornu, aux Armées, pas d’autres grandes surprises. Si, peut-être, le nouveau ministre de la Culture Rima Abdul-Malak qui, elle aussi, coche toutes les cases, voire plus. On retiendra surtout qu’ a puisé dans sa garde rapprochée pour trouver un ministre de la Culture, puisqu’elle était jusqu’à présent conseillère Culture à l’Élysée. Roselyne Bachelot va donc pouvoir poursuivre sa retraite, depuis longtemps bien méritée, sous d’autres cieux. Peut-être un retour aux « Grosses Têtes » de Ruquier ?

Sinon, pour le reste, pas grand-chose de nouveau. Le Maire et Darmanin restent à leur poste en piliers du dispositif macronien, respectivement numéros deux et trois dans l'ordre protocolaire du gouvernement. Un premier clin d’œil, tout de même, avec le transfert de Véran aux Relations avec le Parlement. Les députés se souviendront peut-être du jour où il avait littéralement « pété les plombs » en demandant aux députés qui le chahutaient de sortir de l’Hémicycle… Autre clin d’œil encore – d’aucuns diront bras d’honneur : malgré sa mise en examen, Éric Dupond-Moretti reste à la Chancellerie. Comme dans toute tragédie - ou comédie -, il faut un traître : il a pour nom Damien Abad, ministre des Solidarités, qui, à la veille de sa nomination, se désolidarisait des prises de position des LR, son parti d'origine qui n'en finit pas d'agoniser.

Enfin, un tout dernier clin d’œil : On note l'absence remarquée de Christophe Castaner dans cette fine équipe.

 

Élisabeth Borne, Premier ministre ou première collaboratrice d’Emmanuel Macron ?

Source : Bd. Voltaire.

 

Le 16/05/2022

 

Ça y est, c’est fait. On a enfin l’oiseau rare, le mouton - ou plutôt la brebis - à cinq pattes, la perle rare. Élisabeth Borne est donc le nouveau Premier ministre. Elle est la vingt-quatrième personnalité et la deuxième femme de la Ve République à être désignée pour prendre possession de l’hôtel de Matignon, considéré comme une véritable lessiveuse pour ses occupants.

Celle qui fut, cinq ans durant, ministre des différents gouvernements d’Emmanuel Macron (Transports, Écologie, Travail) est une technicienne bardée de diplômes (X, Ponts), haut fonctionnaire, préfète, patronne de la RATP de 2015 à 2017. Aucun mandat électif, aucun poids politique, ce qui est un avantage pour Emmanuel Macron. Un avantage car cette bosseuse qui connaît ses dossiers ne fera pas d’ombre au Président. Peu de chance qu’elle lui fasse le coup de celui qui veut être calife à la place du calife. On serait méchant comme Sarkozy, on dirait qu’elle sera sa première collaboratrice, on va dire sa directrice de cabinet. Elle connaît le job puisqu’elle dirigea celui de Ségolène Royal, ce qui lui donne, vite fait et de fait, un label de gauche.

Son nom avait été soufflé, au lendemain du second tour de l’élection présidentielle. Et puis d’autres noms étaient sortis du chapeau médiatique : Marisol Touraine – on a eu peur, franchement -, Audrey Azoulay – charmante personne qui fait sans doute de l’excellent travail à l’UNESCO - et même la LR Catherine Vautrin - une horreur absolue pour les progressistes que sont les macronistes : elle avait manifesté contre le mariage homosexuel ! On pourrait se demander à quoi  a joué durant ces longues semaines. A-t-il trouvé du plaisir à faire gamberger tout le petit monde  et médiatique, sachant que le bon peuple se moque probablement de cette désignation qui n’aura sans doute pas de conséquences sur le prix de l’essence à la pompe et du litre d’huile ? A-t-il vraiment hésité, coché, décoché, recoché les noms sur son petit carnet ? Ou bien cette attente était-elle calculée ? En amusant la galerie avec la désignation du successeur de Jean Castex, Emmanuel Macron a gagné trois semaines sur la campagne des  législatives qui se tiendront les 12 et 19 juin prochains. C’est toujours ça de pris. Passons sur l'événement que serait la désignation d’une femme à Matignon : on s’étonne, en effet, qu’en France, en 2022, on en soit encore à s’esbaudir d’un tel événement qui ne devrait pas en être un.

On vante les capacités de négociation du nouveau Premier ministre. Peut-être. Néanmoins, on notera que le nom d’Élisabeth Borne est associé à la suspension des  non vaccinés. Très important, il paraît qu’il faut dire « Première ministre » et non « Premier ministre ». Effectivement, le progressisme est aux commandes du pays.

 

 

Un policier jette à terre un drapeau tricolore : acte manqué ou prémonitoire ?

Le 14/02/2022.

Source : Bd. Voltaire.

 

La scène, filmée par Aymeric Couchourel pour , ne dure que quelques secondes. Elle se déroule ce samedi 12 février après-midi, en plein Paris. Des policiers arrachent le  français à un automobiliste, manifestant du Convoi de la liberté, et le jettent à terre. On doit être à quelques centaines de mètres, à peine, de l’Arc de Triomphe, là même où Macron décida que le drapeau européen flotterait, seul, sous l’arche sacrée, le 1er janvier 2022, pour inaugurer son règne de pacotille en tant que président du Conseil de l’Union européenne. Tout un symbole !

 

(Images Aymeric Couchourel)

 

Ce manifestant, sans doute un « Français moyen », vivant en zone périurbaine ou rurale, est monté à la capitale avec sa bagnole. Que n’a-t-il pas fait ? La Ville Lumière, ces grandes avenues hausmanniennes, ce n’est pas pour lui. Lui, ce qu’on lui demande, c’est, déjà, de faire un petit effort pour la planète : Par exemple en allant au boulot à vélo ou à trottinette. Mieux : En prenant les  en commun. Son boulot, l’école des gamins, le judo pour son garçon, la danse pour sa fille sont à quinze bornes ? Faudrait peut-être voir à trouver un logement plus près. La maison individuelle est un « non-sens écologique », qu’il a dit, le ministre Wargon. Bon, s’il ne peut pas faire autrement que de prendre sa voiture, au moins qu’il se contente de faire le strict nécessaire : le boulot (on l’a dit), l’école, la zone commerciale le samedi après-midi, point barre. Si, à la rigueur, une ou deux fois par an, on veut bien qu’il sorte de sa réserve de Gaulois pour en rejoindre une autre, au camping, par exemple, histoire de faire marcher le commerce. Mais monter à la capitale, vous n’y pensez pas ! Faut laisser ça aux racailles de banlieue, les soirs de match, et aux  qui font l'objet de toute la sévérité que l'on sait de la part du pouvoir.

Apparemment, ce manifestant est aussi un patriote. En tout cas, il doit le revendiquer, même si, comme l'a affirmé le ministre Beaune, avec la morgue qui le caractérise, ce convoi est celui « de la honte et de l’égoïsme », et que ces gens « ne sont pas des patriotes » mais « des irresponsables ». Cet automobiliste, qui n’agite pas le  rouge ou le drapeau noir mais le drapeau tricolore, au fond, représente tout ce qu'on peut détester en Macronie. Et brandir le drapeau tricolore, semble-t-il, deviendrait donc un acte séditieux. Le policier qui a arraché ce misérable petit drapeau et l’a jeté par terre est probablement, lui aussi, un bon patriote et il n’a sans doute pas saisi la portée symbolique de son geste. Irons-nous jusqu’à dire que cet agent public a commis un outrage au drapeau tricolore, une contravention de 5e catégorie punie d’une amende ? On laissera les juristes en juger…

Cela dit, notre souveraineté étant en grande partie transférée ailleurs, on peut à juste titre se demander à quoi rime encore ce pavoisement tricolore de nos bâtiments officiels, ce maintien d’une fiction à travers ce symbole bleu blanc rouge qui permet à un président de la République de s’imaginer souverain alors qu’il n’est plus qu’un super préfet. Ce pauvre  arraché des mains d’un « gueux » et jeté sur le pavé parisien par un policier n'est peut-être, finalement, que l'allégorie en miniature de ce qui se passe pour notre pays

Macron : Besoin de rien, envie de lui ?

Le 11/02/2022.

Source : Bd. voltaire

 

Cette campagne sera fraîche et joyeuse. Et surtout courte, le Président n’étant pas encore sorti de sa fausse ambiguïté où il se tient bien au chaud et tout à son avantage. Trop occupé ailleurs. Il y a ceux qui refont le monde (ses adversaires) et ceux, comme lui, qui le sauvent. On ne peut pas être partout : faire face à  et en même temps discutailler avec des candidats de comices agricoles sans intérêt.

Et puis, il faut savoir se faire désirer. C’est un métier, parfois une profession - pas toujours réglementée -, un art même. Se faire désirer, voire faire envie. Car, c'est bien connu, il vaut mieux faire envie que pitié. Voyez Valérie Pécresse avec sa parka moche. Les  avec Macron (JAM) l’ont bien compris. La preuve : leur dernière affiche : « On a très envie de… vous ! », slogan accompagnant la bobine du Président. On se calme,  gens ! Il paraît - nous rapporte le Huffpost – que cette envie pressante ne fait aucunement référence à la déclaration du Désiré qui avait « bien envie d’emmerder les non-vaccinés ». Ben voyons, comme dirait l’autre !

C’est en tout cas le deuxième étage de la fusée JAM pour lancer la campagne de leur idole. On n’attend plus qu’elle pour ouvrir le bal. Après « Avec vous », qui a été l’occasion de quelques détournements dont celui du Rassemblement national (« Sans lui »), voici venir l'« envie de vous ». Et puis pas qu'une petite envie, hein ! Visiblement, chez les  avec Macron, on est chaud comme la braise ou la baraque à frites. Comme nous l’expliquions en janvier dernier, l’envie, ce n'est pas toujours joli-joli. C'est, parfois, ce qui nous ramène à nos bas instincts. Invidia n'était-elle pas à Rome la déesse de l’envie et de la jalousie ? On a donc très envie de Macron, comme d'autres, le soir, de fraises tagada, ou de bagatelle, le petit matin venu. La  nous ouvre ainsi de nouveaux horizons.

Sans doute, ce slogan provocateur ne va pas manquer d’être détourné comme le précédent. Et l’on imagine, à l’envi. « Très envie qu’il s’en aille, qu’il soit battu, qu’il dégage… » Et pire, peut-être... Bien évidemment, c’est l’occasion, une fois encore, de nous rappeler les paroles inoubliables de ce chef d’œuvre de la variété française des années 80, interprété par le non moins inoubliable duo Peter et Sloane : « Le jour se lève/Dans la tendresse/Sur la Ville/Tu me fais vivre/Comme dans un rêve/Tout ce que j’aime/Besoin de rien, envie de toi/Comme jamais envie de personne. » En gros, une sorte de synthèse des années Macron. Si vous n'avez besoin de rien, vous pouvez voter pour lui...

Une statue de l’émir Abdelkader à Amboise : Il fut aussi l’ami de la France - Le 02/02/2022.

Source : Bd. Voltaire.

 

Vous verrez qu’un jour, on fera du  un défenseur de la cause LGBTQI+. Si, si, en faisant un effort, on doit pouvoir y arriver. Tenez, par exemple : du char d’assaut aux chars de la Marche des fiertés, il n’y a qu’un pas. À moins que - c’est possible aussi - on en fasse un homophobe de la pire espèce et que, du coup, on lance la petite entreprise de démolition qui ne connaît pas la crise sur le chantier. Il ne faut pas grand-chose, parfois, pour que ça penche d’un côté ou de l’autre. L’Histoire est devenue le rayon bricolage des réparateurs de mémoire en tout genre.

Emmanuel Macron aime bien le bricolage. En décembre 2020, interviewé par Brut, il émettait le souhait que soit établie une liste de 300 à 500 personnes issues des outre-mer, des anciennes colonies et de l’immigration pour aider les maires (des incultes, sans doute) dans leur  de renouvellement de noms de rues, places et bâtiments publics. Aussitôt dit, aussitôt fait – c’est l’avantage des monarchies absolues -, une liste de 318 personnalités était publiée en mars 2021. Parmi ces personnages, l’émir Abdelkader ibn Muhieddine (1808-1883), descendant du prophète. De son côté, en janvier 2021, on se souvient que  avait remis à Emmanuel Macron un rapport (le fameux rapport Stora !) dans lequel il préconisait qu’une stèle en mémoire de ce personnage devenu mythique soit érigée au château d’Amboise (Indre-et-Loire) où il fut emprisonné, de 1848 à 1852, avec sa famille et sa nombreuse suite, après sa reddition au général de Lamoricière en décembre 1847. C’est ainsi que, samedi 5 février, sera inaugurée dans la petite ville tourangelle une statue de celui qui devint l'ami de la France après l'avoir combattue. Celui, aussi, que l’Histoire officielle algérienne a consacré comme unificateur de l’Algérie et résistant à la conquête française. C'est ce que l’historien Bernard Lugan, bien connu des lecteurs de Boulevard Voltaire, appelle « une histoire fabriquée » sur laquelle repose la « légitimité » du « Système algérien ». Le bricolage ne connaît ni crise ni frontières.

Interviewé, en janvier 2021, par France Bleu Touraine, Benjamin Stora justifiait ainsi sa proposition : « Pour moi, c’est un homme passerelle, puisqu’il a défendu les chrétiens à Damas en 1860… » Homme passerelle, effectivement, si l’on considère schématiquement les trois périodes de la vie d'Abdelkader : tout d'abord, le chef d'une rébellion qui, du reste, n’eut rien d’un soulèvement national, contrairement à ce que l'Algérie indépendante a voulu faire croire, comme l’explique Bernard Lugan ; puis la phase transitoire que fut celle de sa détention en France ; enfin celle de l’ami de la France, couvert d’honneurs après l’épisode syrien dont il sera question plus loin. Cette stèle serait donc, estimait Stora, « comme un signe de réconciliation entre les deux pays ». On ne peut que s'en réjouir.

Libéré en 1852 par Napoléon III, Abdelkader, après quelques péripéties, s’installa à Damas en Syrie. En 1860, le quartier chrétien de Damas est attaqué par les Druzes. Plus de 3.000 personnes sont massacrées. L’émir, aidé de ses fils, met en sécurité chez lui de nombreux chrétiens, notamment les sœurs de la Miséricorde. En récompense, Napoléon III l’éleva directement à la dignité de grand-croix de la Légion d’honneur, décoration qu'il portait volontiers, avec toutes celles qui lui avaient été décernées par de nombreux pays européens, lors de ses visites à Paris en 1865 et 1867. Or, on notera que le pouvoir FLN s’évertua à effacer ces décorations dans l’iconographie officielle. Ainsi, dans les années 1980, le président Chadli avait demandé à un artiste la réalisation d’un portrait d'Abdelkader pour un futur musée de l’Armée. Le peintre prit pour modèle une photo où l’émir était paré de ses décorations. Décorations qui, comme par enchantement, ne figurent pas sur le tableau. Anecdote révélatrice de cette « histoire fabriquée », selon l’expression de Lugan. Représenter l'émir bardé de décorations remises par le colonisateur, c'était reconnaître l'allégeance à ce colonisateur.

La « passerelle » que Stora appelle de ses vœux est une belle idée. Mais elle ne peut s’appuyer que sur les piliers de la vérité. Qu'en est-il lorsque celle-ci est occultée ? Du reste, la statue érigée à Amboise ne représente pas l’émir, la poitrine barrée du cordon de la Légion d’honneur. C’est dommage.

Un détail ? Pas tant que ça. Un oubli, une volonté ?

 

Qui sont les politiques les plus invités aux matinales ? - Le 01/02/2022.

Source : Bd. Voltaire.

 

Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt, dit-on. D’où, peut-être, le succès des fameuses matinales radiophoniques ou télévisées. En trempant sa tartine dans son bol, en patientant dans les embouteillages pour aller bosser, si on écoute la radio. En faisant son repassage ou travaillant derrière son ordi, si on préfère la télé. Cinq jours par semaine, les Calvi, Mabrouk, Salamé, Bourdin (non, plus Bourdin…), Malherbe, Ferrari, Roux et les autres passent au grille-pain le tout politique.

Il y a ceux qui ont en quelque sorte leur rond de serviette et dont on connaît les habitudes de ce repas si important pour bien commencer la journée qu'on nous dit, et ceux qui ont peut-être du mal à se lever le matin. Pas certain que cela soit la bonne explication de certaines disparités. Ainsi, Le Figaro du 1er février nous fait un petit bilan pour le dernier semestre 2021. Qui sont les hommes et femmes politiques les plus souvent conviés, quelles sont les formations politiques les plus invitées ?

Parmi les quinze personnalités arrivées en tête de ce palmarès des lève-tôt de la politique, on trouve Gabriel Attal, Éric Ciotti et Jordan Bardella. Et l'on dit que les jeunes n'arrivent pas à se lever le matin ! Le porte-parole du  a été invité 21 fois, le député des Alpes-Maritimes 17 fois et le président par intérim du Rassemblement national 16 fois. Viennent ensuite Valérie Pécresse (15 fois) et Robert Ménard (14 fois). Il faut aller à la dixième place pour trouver des personnalités de gauche-gauche (Yannick Jadot, Sandrine Rousseau et Fabien Roussel, reçus tous les trois 12 fois). Pas un socialiste dans les quinze personnalités les plus invitées. Si, quand même, un ancien de la maison : Christophe Castaner, convié 11 fois, ex aequo avec l’ancienne LR, la très bourgeoise Amélie de Montchalin. Sinon, aucun socialiste, canal historique. C’est vrai que lorsqu’on est inaudible, c’est difficile de passer à la radio. L’Insoumis Adrien Quatennens arrive en queue du peloton avec Bruno Le Maire : dix matinales.

Donc, comme ça, en première lecture, on peut se dire que c’est assez bien réparti : de l’extrême droite à l’extrême gauche en passant par l’extrême centre, il y en a pour tous les goûts au petit dej’.

Maintenant, si on s’amuse à additionner les interventions dans ce peloton de 15 personnalités, que constate-t-on ? Du côté de la Macronie, avec Attal, Blanquer, Borne, Beaune, Montchalin, Castaner, Le Maire, on cumule 92 matinales sur les 213 de ce second semestre 2021, soit 43 % du temps d’antenne. C'est pas mal, non ?

Autre façon de voir les choses : en prenant en compte les interventions gouvernementales et celles des formations politiques. Que relève-t-on alors ? Sur 718 passages à la radio ou à la télé, le  arrive largement en tête : 193 fois. C’est ce qui s’appelle faire de la pédagogie. On dit aussi de la marteau-thérapie. Les Français sont le peuple le plus intelligent de la Terre, mais vous savez, il faut du temps pour tout bien leur expliquer. Ensuite viennent les Républicains (162 fois), puis le PS (87 fois), bien que ses gros calibres ne fassent pas partie des 15 pointures citées plus haut. Vient ensuite la majorité présidentielle (rien à voir avec le gouvernement, on est bien d’accord…) : 76 fois. Au total, gouvernement et majorité présidentielle cumulent 37,50 % du nombre de passages. C'est pas mal, non plus, non ? Les écolos et La France insoumise suivent ex aequo avec 46 interventions. Le RN, lui, n’a accédé au micro que 42 fois durant ce second semestre.

Vous me direz que ce n’est pas la quantité qui fait la qualité.

 

BHL, va-t-en-guerre en Ukraine ? Le 31/01/2022.

Source : Bd. Voltaire.

 

100.000 soldats russes sont donc massés à la frontière ukrainienne. Les Américains estiment, selon l’AFP et L’Obs du 29 janvier, que les Russes pourraient attaquer l’Ukraine en février. En février : c’est demain, c'est aujourd’hui…

À titre indicatif, l’armée de terre française compte environ 120.000 militaires. Un autre chiffre, pour fixer les ordres de grandeur : environ 70.000 soldats américains, dans le cadre de l’OTAN, sont déployés en permanence en Europe. En Allemagne, s’ils étaient 200.000 en 1990, ils sont encore 34.500 (chiffres de 2021). La semaine dernière, Joe Biden a annoncé qu’il allait envoyer des renforts en Europe. « Pas beaucoup », a-t-il dit. 8.500 soldats – tout de même – ont été mis en alerte. La France, de son côté, a annoncé, samedi 29 janvier, par la voie du ministre Parly, l’envoi de « plusieurs centaines » de militaires en Roumanie, pays limitrophe de la Russie et de l’Ukraine.

Alors, va-t-on vers la guerre ?

Vendredi, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, appelait les Occidentaux à ne pas semer « la panique » en agitant le risque d’une invasion russe. Le même jour, Macron et Poutine s’entretenaient au téléphone et tombaient d’accord sur « la nécessité d’une désescalade ». Ce lundi, les États-Unis et ses alliés de l’OTAN font cependant peser la menace sur la Russie de nouvelles sanctions et, au moment même où ces lignes sont écrites, le Conseil de sécurité se réunit. Conseil de sécurité dans lequel la Russie est membre permanent avec pouvoir de veto sur les décisions… Jeu du chaud et du froid. Partie de poker ou d’échecs. Jusqu’où ne pas aller, la différence entre un incident et un accident ne tenant parfois qu’à un fil, à l’imprévu qui n’était pas dans le plan ?

Dans ce grand jeu (qui n’en est pas un) diplomatico-militaire, il ne manquait plus qu’une voix, forcément autorisée : celle de Bernard-Henri Lévy. C’est fait. Pas en France, mais aux États-Unis. Jeudi dernier, BHL donnait une interview à la chaîne Fox News, réputée pour ses positions conservatrices. « Ce que je vois, c'est un acte de guerre et de chantage incroyable de la part de Vladimir Poutine [...] Poutine n'est plus un partenaire de l'Europe. Il n'est plus un adversaire. Il agit comme un ennemi. Et vous avez eu ces derniers jours une série de déclarations menaçant l'Europe [d’] une guerre totale. C'est une situation très très grave qui va bien au-delà du sort de l'Ukraine. » Et le philosophe d’ajouter : « Nous n'avons pas le choix. Nous ne vivons pas dans un monde d'anges […] La prochaine étape pourrait être Taïwan ou ailleurs, et toute la carte du monde sera changée. Nous vivrons dans un autre monde dominé par les Chinois, dominé par les Russes. Est-ce ce que veulent les électeurs américains ? Si nous voulons la paix, nous devons accepter la guerre froide. »

Ce n’est pas faux, c’est sans doute vrai et si l’on peut ressentir une naturelle sympathie pour la Russie, liée à l’Histoire, à sa défense des valeurs chrétiennes et traditionnelles, on n’est pas obligé d’être naïf vis-à-vis de « l’ogre russe ». Alors, on va dire que BHL nous refait le coup comme en 2011 avec la Libye, lorsqu'il jouait de son influence pour que les Occidentaux dessoudent Kadhafi. Son titre de gloire, d'ailleurs. Au micro de France Inter, le 1er avril 2018, il déclarait : « Si j’ai une petite responsabilité dans le fait qu’ils ont lancé cette opération de sauvetage et qu’ils ont continué, tant mieux, je suis très fier de ça. » On sait, maintenant, le chaos migratoire qu’a provoqué par la suite cette expédition militaire...

Pour revenir à l’Ukraine, BHL, bien évidemment, est allé voir là-bas. C’est sa marque de fabrique, souvent contestée ou moquée. Il est allé dans les tranchées ukrainiennes, tel Clemenceau. Voici ce qu’il en a ramené : l’Ukraine a « une armée forte avec un moral patriotique élevé, et ils se battront. Par conséquent, cette guerre, si Poutine décide d'envahir, sera très sanglante et sale. Les Ukrainiens d'aujourd'hui sont capables de se battre, capables de se défendre. J'ai vu leurs tranchées, j'ai vu leurs armes. Ils n'en ont pas assez pour gagner, mais ils en ont assez pour se défendre. » En gros, on risque une guerre du fort au fort. Des propos qui sont, finalement, à bien y réfléchir, pas si va-t-en guerre que ça, l'opinion américaine n'ayant pas forcément envie de se relancer dans une aventure guerrière. D'autant que, si guerre il advenait, elle serait tout sauf fraîche et joyeuse.

« Une campagne de morts-vivants » : Gabriel Attal n’y va pas de main-morte ! - Le 30/01/2022

Source : Bd. Voltaire.

 

Le 10 mai 1981, la France passait « de l’ombre à la lumière ». Ainsi parlait Jack Lang. Demain, si Emmanuel Macron venait à rater cette formalité administrative quelque peu incongrue qui consiste à repasser devant les électeurs et que l’un ou l’autre de ses opposants avait le mauvais goût de gagner l’élection présidentielle, on entrerait donc dans des temps abominables où zombies et autres vampires viendraient hanter notre pays et sucer son sang. À en croire le prophète Gabriel Attal. Moins emphatique que Jack Lang, plus « punchline » ; question d’époque et de génération, dirons-nous.

Interviewé par Le Parisien, ce dimanche 30 janvier, le porte-parole du gouvernement (et non du non-candidat à l’élection présidentielle !) est interpellé par le journaliste : « Le fait que le Président retarde l’entrée dans l’arène n’aide pas à animer le débat, non ? » Le prophète a réponse à tout : « L’absence de débat est le fait des candidats déclarés. Ils installent une campagne de morts-vivants : tout est noir, pessimiste, nostalgique. » C’est pas comme Emmanuel Macron. Lui, il « a fait entrer notre pays dans le temps des conquêtes ». Carrément ! À son passage, la mer s’écarte, les serpents se transforment en bâton (et pas le contraire) et il nous fait entrer dans un pays ruisselant de miel et de lait. Et on n'a encore rien vu. « Quand la situation sanitaire et internationale le permettra, il proposera, je l’espère, d’aller encore plus loin encore pour l’avenir. » « Aller encore plus loin pour l’avenir » : c’est joli, mais ça ne veut pas dire grand-chose. Mais bon, ça ne mange pas de pain et ça n’en donne surtout pas. C’est l’esprit des premiers temps qui renaît, celui des marcheurs qui marchaient comme les Shadoks pompaient. Au fait, ça ressemblera à quoi, ce pays de cocagne, cet eldorado, cette terre promise ? Un pays « avec des devoirs qui passent avant les droits... » Bah, il existe déjà, ce pays : c'est pas la Chine ?

En face, en revanche, donc, on a une campagne de morts-vivants. De pousse-mégots, de rabat-joie, de peine-à-jouir, de faces de carême. Bref, de crevards. Il y a, paraît-il, pour faire simple, deux catégories de morts-vivants : les cadavres réanimés, tout droit sortis du cimetière où ils s’ennuyaient ferme, vu que c'est  tous les soirs, et les esprits, du  fantômes et autres spectres qui se baladent dans les couloirs du manoir revêtus d’un drap piqué dans l’armoire Henri VIII, juste à côté de l'armure rouillée. Le bon docteur Véran devrait rapidement être appelé en consultation pour donner son diagnostic afin de savoir à quelle catégorie appartiennent Valérie Pécresse, Marine Le Pen, Éric Zemmour, Anne Hidalgo, Yannick Jadot and Co. Marlène Schiappa, dont on connaît le goût pour la sorcellerie, pourrait apporter utilement sa contribution. Elle viendrait avec sa gousse d’ail : paraît que c’est efficace.

Franchement, cette campagne promet d’être passionnante. Les morts-vivants n'attendent plus que le démiurge. À moins qu'ils n'aillent le chercher. « Ils viennent te chercher, Barbara... » (in La Nuit des morts-vivants).

Emmanuel Macron, candidat « en temps voulu ». C’est-à-dire ?

Source : Bd. Voltaire.

 

« En temps voulu », il a dit. En non-campagne électorale dans la Creuse, lundi 24 janvier, Emmanuel Macron a répondu ainsi à la question d’un étudiant qui l’interrogeait sur sa candidature pour un deuxième mandat. Une expression passe-partout qui permet de gentiment botter en touche et de maintenir le suspense. Après tout, c’est de bonne guerre.

« En temps voulu » : la même expression que le président de la République avait employée, en 2019, après l’incendie de Notre-Dame. « J’ai eu le pape au téléphone. Je l’ai évidemment invité à venir et il viendra en temps voulu. » En temps voulu, c’est-à-dire le moment venu. Le moment n’est, semble-t-il, pas encore venu et le pape encore moins. N’allez pas en déduire qu’on imagine un seul instant qu’Emmanuel Macron ne sera pas candidat. Il le sera afin de terminer le travail si bien commencé. En plus, réélu, sauf si les Français décidaient en juin de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier en ne réélisant pas une Assemblée aux ordres, ce sera open bar pour cinq ans et dans tous les domaines : sociétaux, sociaux, transfert des dernières bribes de souveraineté à Bruxelles, etc., and so onund so weiter...

Non, il sera candidat et, pour l’instant, il profite au maximum de son supposé statut de « maître des horloges ». En clair et en moins lyrique, il joue la montre. Faire campagne aux frais de la princesse, c’est quand même bien pratique. On s’est moqué de Valérie Pécresse nous annonçant en chuchotant qu’elle partait pour le Doubs en voiture et pas en Falcon, mais il faut reconnaître que sur le fond, elle avait raison. Du reste, ce mardi matin, sur l’antenne d’Europe 1, Éric Ciotti a invité la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) à se « saisir du problème ».

Faire campagne à bon compte, retarder le moment venu, tenter de s’imposer comme le candidat naturel de l’ordre et éviter le débat avec ses adversaires ? Pour l'instant, « ça passe crème ». Le sénateur Stéphane Ravier a beau jeu d'ironiser, dans un tweet, sur cette situation qui commence à lasser : « Son Altesse Sérénissime Emmanuel Ier ne veut pas se rabaisser à débattre ? Peut-être trouve-t-il que l'élection n'est pas de son niveau et va-t-il demander au Conseil constitutionnel de le nommer Président à vie afin d'en finir avec cette formalité ? »

La présidence du Conseil de l’Union européenne est, du reste, pour Macron, une magnifique chance, même si cela peut être un outil à double tranchant, comme notre ami Marc Baudriller le soulignait, la semaine dernière. La crise ukrainienne peut d’ailleurs être une belle occasion, pour Macron, de rafistoler sa statue régalienne : incapable de réinstaller la République sur ses « territoires perdus », il est prêt à envoyer des troupes en Roumanie pour protéger ses frontières face à la menace russe. La frontière, qui est vilaine lorsqu’il s’agit d’interdire aux migrants de pénétrer sur le territoire européen - « Seize pays demandent à Bruxelles de financer des clôtures aux frontières de l’UE… Macron refuse ! » souligne, dans un tweet, Nicolas Bay, député RN au Parlement européen -, retrouve là toutes ses vertus…

En temps voulu, donc. En 1965, le général  avait annoncé sa candidature pour un deuxième mandat le 4 novembre, soit juste un mois avant le premier tour. Refusant de faire campagne, se pensant au-dessus de tout cela, il laissa le terrain à ses adversaires, principalement Mitterrand, et se retrouva, contre toute attente, en ballottage au soir du premier tour. En 1981, Valéry Giscard d’Estaing se déclara le 2 mars, un peu plus de cinquante jours avant le premier tour. Quelques extraits de son allocution (on ne sait jamais, cela peut servir…) : « Je vous rendrai le pouvoir que vous m’avez confié en mai 1974 […] Je ne ferai appel ni à la haine, ni à la véhémence […] Je rendrai compte de mon mandat. […] Je montrerai comment j'ai respecté les engagements pris en 1974. Je vous dirai les motifs et les circonstances de toutes les décisions importantes de mon septennat… »

En 1988, c’est le 8 février que François Mitterrand annonçait qu’il était prêt à rempiler. C’était au 20 Heures d'Antenne 2. Le journaliste Henri Sannier : « Monsieur le Président, êtes-vous à nouveau candidat à la présidence de la République ? » Réponse de François Mitterrand : « Oui. » On ne pouvait faire plus concis. La suite, après, n’avait plus grand intérêt. En 2002, Jacques Chirac joua aussi la surprise. C’était le 11 février, à Avignon : « Alors, chère Marie-Josée Roig [maire RPR de la cité des papes qu'un certain Christophe Castaner n'avait pas pu empêcher, en 1995, malgré quelques vilénies, de prendre la mairie aux socialistes...], vous m’avez posé une question directe et franche. Eh bien, j’y répondrai dans le même esprit : Oui, je suis candidat. Et j’ai voulu le dire au milieu des Français, avec vous. »

En 2022, on compte sur l’imagination débordante d’Emmanuel Macron pour nous surprendre et nous dire « Voici venu le temps... des rires et des chants... c'est le pays joyeux... »

Election présidentielle : Que manigancent-ils ?

Le 12/01/2022.

Source : Bd. Voltaire.

 

Mardi 11 janvier, Gérald Darmanin, à sa demande, nous précise un communiqué laconique du Conseil constitutionnel, a rencontré Laurent Fabius, président de cette institution. « Le ministre a évoqué la possibilité que, après concertations, le Gouvernement élabore de nouvelles mesures d’organisation qui apparaîtraient rendues nécessaires par la crise sanitaire, afin de garantir le bon déroulement de l’élection présidentielle. Le Président du Conseil constitutionnel en a pris bonne note et lui a confirmé que l’adoption de telles mesures appelleraient un contrôle constitutionnel, chargé aux termes du premier alinéa de l’article 58 de la Constitution, de veiller à la régularité de l’élection du Président de la République ». Laconique, disions-nous et, il faut bien l’avouer, un peu énigmatique. Un communiqué qui n’est pas sans nous rappeler – pardon de l’évoquer une fois de plus mais l’on se rend compte que ses analyses politiques valent bien celles d’aujourd’hui et, surtout, ont gardé toute leur fraîcheur et leur actualité – les fameux « milieux autorisés » de Coluche, milieux autorisés dont vous n’êtes pas et qui s’autorisent des tas de trucs.

Comme l’a twitté Marion Maréchal : « Peut-on savoir de quel genre de mesures il s’agit ? » Pour l’instant, mystère et boule de gomme. S’il s’agit de mesures pratiques auxquelles nous sommes habitués depuis bientôt deux ans et que l’on a éprouvées lors des  régionales et départementales en 2021 (masques, distanciation, nombre de personnes maximum dans les bureaux de vote et toutes sortes d’autres choses), on ne voit pas en quoi le ministre de l’Intérieur, chargé de l’organisation des élections, a besoin de consulter le Conseil constitutionnel. Il sait faire, semble-t-il…

 

On n’imagine pas un instant, bien évidemment, que ces mesures soient, par exemple, l’obligation de présenter un passe vaccinal pour accéder aux bureaux de vote, comme on a pu le lire, ici et là. Les amendements présentés à l’ pour mettre « noir sur blanc » que tous les électeurs pourront voter aux prochaines élections (présidentielle et législatives) ont été rejetés au motif qu’« on ne met pas dans un texte de loi quelque chose qui est déjà établi par la Constitution », comme l’a déclaré à Libération, le directeur de cabinet du député LaREM Jean-Pierre Pont, rapporteur du projet de loi. Logique. Du reste, le Conseil constitutionnel avait rendu cette décision le 9 novembre dernier : « En période électorale, la présentation du ‘‘pass sanitaire’’ ne peut être exigée pour l’accès aux bureaux de vote ou à des réunions et activités politiques ». On imagine, par extrapolation, que cela exclut aussi le passe vaccinal.

Alors quelles sont ces « mesures d’organisation » ? Va-t-on, à moins de cent jours de l’échéance et à la va-vite modifier la loi organique du 29 mars 2021 portant diverses mesures relatives à l’élection du Président de la République ? Ce serait une première. Nous ne sommes pas constitutionnaliste mais l’on pourrait imaginer, par exemple, que l’on étende le vote par correspondance, prévu pour les personnes placées en détention provisoire et les détenus purgeant une peine n’entraînant pas une incapacité électorale, aux personnes non vaccinées. Après tout, si l’on en croit le président de la République, garant de notre Constitution, ces gens-là ne sont pas des citoyens à part entière. Pas comme les détenus.

Mais rassurons-nous, Jean Castex a installé, ce même 11 janvier, une instance de dialogue avec les partis politiques pour que la campagne présidentielle puisse se dérouler  dans les meilleurs conditions.

On attend donc avec impatience de savoir que seront ces mystérieuses « mesures d’organisation »…

Anne Hidalgo : Les parrainages, ça se mérite ; la défaite aussi…

Le 10/01/2022.

Source : Bd. Voltaire

 

Anne Hidalgo, 4,5 % au garrot selon le dernier sondage, ne sera sans doute pas la prochaine présidente de la République. Mais cela ne l’empêche pas de distribuer les bons points, dans la grande tradition de la « gauche morale ». C’est sa force, si l’on peut dire. À condition qu’il y ait encore assez de gogos pour y croire. Elle aurait dû faire maîtresse d’école ; elle a préféré la politique. Interviewé sur Europe 1, ce dimanche 9 janvier, la candidate à la présidence de la République déclare, à propos des difficultés de Marine Le Pen et Éric  à obtenir leurs parrainages : « S’ils ne les ont pas, c’est qu’ils ne méritent pas d’y participer. » En creux, elle, Anne Hidalgo, mérite d’y participer, à cette élection. Et d’ajouter : « Tant pis pour eux. » Nananère, moi, je les ai, pas eux ! En plus, ma liste sera plus grosse que la tienne : « On vise désormais 600 à 700 promesses de parrainage d’ici le mois de janvier », alors qu’il en faut 500. Cela dit, pour la candidate d’un parti qui monopolisa toutes les strates du pouvoir, il n’y a encore pas si longtemps, c’est une ambition relativement modeste : paraît que la Macronie vise les 4.000… Cela dit encore, si elle obtient ces 700 signatures, ça lui fera toujours une consolation pour le soir du premier tour. À moins de 5 %, c’est le fiasco financier assuré : Obligée d’aller faire des ménages pour rembourser sa campagne, c’est vraiment pas humain.

« S’ils ne les ont pas, c’est qu’ils ne méritent pas d’y participer. » Ça veut dire quoi, « mériter de participer à l’élection présidentielle » ? Faudrait qu’Anne Hidalgo développe un peu, on a du mal à saisir, là. Faut faire partie d’un club ? Au fait, c’est combien, la coti ? C’est un concours ? De circonstance, peut-être. Oui, on aimerait savoir. Ces propos sont en tout cas révélateurs de cette morgue propre à des personnages comme Anne Hidalgo, convaincus de faire partie du camp du Bien. Du Beau et du Vrai, pour faire bon poids. Pourtant, à aucun moment, bien évidemment, la loi ne mentionne la notion de mérite en ce qui concerne le parrainage ou plutôt, pour reprendre les termes exacts de la loi, la « présentation » d’un candidat au Conseil constitutionnel par les élus habilités à le faire.

De l’autre côté de l’échiquier politique, la question des parrainages se pose un peu différemment.  les aura, c’est évident. Maintenant, qu’en est-il de cette rumeur laissant entendre que les LR agiraient en sous-main pour qu’Éric  ait ses signatures, afin de pousser vers l’avant leur candidate au détriment de Marine Le Pen ? Ce serait astucieux. Mais pas du tout. La main sur le cœur, Geoffroy Didier, l’un des porte-parole de la candidate, le certifie sur facture : « Un élu LR a vocation à soutenir la candidate des Républicains ». Ce qui est logique. Et donc, en toute logique, des élus qui donneraient leur signature à Zemmour, « n’appartiendraient plus de fait aux Républicains, ils s’excluraient eux-mêmes des Républicains, de fait ». Le fait est. Cela dit, « les maires sont libres de leurs choix » et « aucune consigne n’est donnée ». Là encore, on voit l’hypocrisie d’un système qui nous éloigne encore un peu plus de ce que voulait à l’origine le législateur, et sans doute le général de Gaulle, en instituant l’élection du président de la République au suffrage universel. Il ne s’agit plus d’éliminer les candidatures farfelues, on l’aura compris. Sauf à considérer la candidature d’Éric Zemmour comme farfelue. Maintenant, Geoffroy Didier se garde bien d’évoquer le cas d’élus apparentés LR mais non membres du parti. Entre des maires encartés, investis ou ayant été soutenus par le mouvement aux dernières élections municipales, il y a toutes les nuances possibles dans le paysage  de nos « territoires » que nous aimons tant. On ne peut pas exclure quelqu’un qui n’est pas adhérent du parti. Donc, à suivre.

C’est plus fort qu’eux : Après le drapeau, l’anglais !

Le 07/01/2021.

Source : Bd. Voltaire.

 

Visiblement, ils ne peuvent pas comprendre. Ou ne veulent pas comprendre. On met le feu au torchon, le 1er janvier, en installant le drapeau européen sous l’Arc de Triomphe sans la présence de nos couleurs nationales. On le retire nuitamment et précipitamment en expliquant, de manière, il est vrai, un peu foireuse, qu’en fait, ce retrait avait été prévu d’avance. Mais on ne compte pas un sacrilège en nombre de jours. Ils ne doivent pas savoir. Ça aussi, on n’a pas dû le leur dire. L’affaire du drapeau passée, on se dit, un peu naïvement, qu’ils vont peut-être se calmer. Mais non. C’est plus fort qu’eux. Le temps de préparer le bûcher – et c’est du boulot, faut pas croire – pour ces Cathares et autres Vaudois qu’on appelle « non-vaccinés », ces gens « qu’on ne devrait même pas soigner » (dixit, non pas l’abruti du coin qui truste le Café du Commerce, mais un secrétaire d’État auprès du Premier ministre et porte-parole du gouvernement de cette République, en l’occurrence Gabriel Attal), voilà qu’un autre ministre de cette même République remet un euro dans le nourrain. Et on continue. Et on recommence.

Tweet tout chaud, datant du 6 janvier, du très dynamique Jean-Baptiste Djebarri, ministre délégué chargé des Transports : « In Europe we trust », avec en illustration la façade de l’Élysée constellée d’étoiles sur fond bleu. Au moment même, d’ailleurs, où l’Académie française prévient que, si le gouvernement ne renonce pas à la nouvelle carte d’identité bilingue, elle saisira le Conseil d’État. Le gouvernement doit être saisi d’effroi : la preuve avec ce tweet de Djebarri… Mme le secrétaire perpétuel de l’Académie française sait d’ores et déjà à quoi s’en tenir. Personne ne contestera au ministre des Transports, pilote de ligne « dans le civil », de parler l’anglais dans son cockpit – pardon, sa cabine de pilotage -, mais pourquoi exprimer cette confiance irrépressible en l’Europe dans la langue de Shakespeare quand on est ministre de la République française, qu’il paraît ? Si tant est que l’on puisse encore qualifier ainsi le sabir technico-commercial pratiqué dans les instances internationales.

 

« In Europe we trust » : mauvaise décalcomanie de la devise des États-Unis d’Amérique « In God We Trust » (« Nous avons confiance en Dieu »). Plus aucun pays de l’ n’a pour langue officielle l’anglais (la première langue officielle de l’ est l’irlandais), mais on continue à baragouiner anglais. Parce que c’est pratique, sans doute. C’est ça, l’anglais : c’est pratique. L’Union européenne aussi, c’est pratique : l’euro, le fait d’aller et venir (pour ceux qui ont un passeport vaccinal, of course) d’un pays à l’autre sans présenter ses papiers et, d’ailleurs, parfois, sans même en avoir du tout… La « souveraineté européenne », concept macronien par excellence, c’est pratique aussi. Donc, « in Europe we trust ». C’est le nouveau credo. Ne pas y croire risque de vous conduire tout droit au bûcher, si vous n’y êtes pas déjà pour d’autres raisons que l’on sait. Ne nous y trompons pas : tout cela n’est pas anecdotique, façon distribution de goodies – pardon, d’objets promotionnels -, à l’occasion d’un événement marquant comme, par exemple, le cinquantenaire de la fête de la saucisse ou d’une énième journée mondiale de ceci ou cela. C’est la feuille de route d’un éventuel second mandat d’Emmanuel Macron. Un second mandat qui sera celui de l’irréversibilité en bien des domaines, notamment en ce qui concerne le bradage de nos derniers pans de souveraineté nationale au profit du « trust » de Bruxelles.

Au fait, la photo du tweet où l’on devine l’avant de la voiture de fonction du ministre date de quand ? Du 6 janvier soir, à l’occasion du dîner de travail avec les membres de la Commission européenne. Le vassal recevait en son château son suzerain. Ce sont des choses qui se font entre contrôlés et contrôleurs de gestion.

Commentaires: 0