Le point de vue d’un citoyen : Ma part de France

Par le lieutenant-colonel (er) Vincent FAUVELL-CHAMPION - EMIA promotion Centenaire 1981-1982

Devant la montée des nouveaux périls, qui sont curieusement à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières, notre démocratie ne doit plus fermer les yeux et se quereller inutilement. Les assassinats terroristes répétés de nos concitoyens ont révélé que nos valeurs républicaines sont menacées par des courants de pensées totalitaires capables des pires barbaries. Un état de guerre nous est imposé. L’inaction, les erreurs d’analyse et la désunion seraient sans aucun doute mortelles pour notre pays et aussi pour l’Europe.

 

Certes, la violence n’est pas nouvelle. Chacun sait que le monde est par nature violent, mais il importe que face à ces menaces permanentes notre pays sache s’en préserver avec raison, détermination et courage.

Notre identité nationale est menacée. Les millions de citoyens, qui se sont rassemblés à travers la France dans les défilés républicains le 11 janvier 2015, ont montré sans crainte, mais avec une belle ardeur leur attachement à la République Française et à la laïcité. Sans exprimer aucune haine, le peuple a montré au monde entier son refus de l’obscurantisme, du fanatisme et de la radicalisation religieuse. Ces foules immenses ont révélé un pays qui a pris conscience que les erreurs commises pendant des décennies par nos dirigeants ne doivent pas perdurer plus longtemps. Si tel n’était pas le cas, la France mais aussi l’Europe seraient inévitablement confrontées un jour ou l’autre à des scénarios tragiques bien pires que ceux que nous avons hélas connus dans les Balkans à la fin du XXème siècle.

 

L’identité française, c’est le patriotisme et ce n’est pas un vilain mot. Notre pays a toujours été beau dans les épreuves. Lors de la marche citoyenne du 11 janvier 2015, de très nombreux jeunes gens étaient là juchés au pied de La colonne de juillet qui commémore Les Trois Glorieuses. Ils chantaient La Marseillaise agitant ardemment des drapeaux tricolores.

Ce moment était émouvant. Ils exprimaient avec ferveur leur foi dans notre Patrie. Oui, j’insiste sur ce point : ils exprimaient leur foi dans notre Patrie sous le regard protecteur du Génie de la Liberté. Cet instant était sublime. Non loin quelqu'un brandissait une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « Liberté, Liberté chérie ». C'était tout un symbole de pouvoir lire à cet endroit précis un extrait des paroles du 6 ème couplet de La Marseillaise.

 

J'ose espérer que notre pays saura malgré la répétition des attentats barbares se rassembler et générer en son sein de nouveaux « hussards bleus-blancs- rouges » de la République lesquels auront pour noble tâche de faire aimer la France par ses propres enfants. On ne naît pas citoyen. On devient citoyen par un long  processus d’apprentissage culturel et académique. C’est une évidence que nous avons hélas perdue depuis des décennies par une idéologie imbécile qui prône l’effacement de la France dans l’Europe des technocrates, des financiers et des idéologies mondialistes.

 

Bernard Maris, économiste, écrivain et conseiller scientifique de la Mission du Centenaire de la Première Guerre mondiale est mort assassiné lors de l’attentat au siège du journal Charlie Hebdo. Gendre de Maurice Genevoix, il était très attaché à faire connaitre l’œuvre littéraire de ce grand écrivain à travers les commémorations du centenaire de 1914 - 1918. Bernard Maris nous a laissé un livre posthume un peu passé inaperçu intitulé : "Et si on aimait la France" dans lequel il démontre qu’il a conservé une foi lucide dans notre République Française qui unit les citoyens en un seul peuple : « les Français sont bien trop unis dans la diversité pour devenir des hommes homogènes… Le peuple est tout à fait disposé au changement.

Ceux qui brament à l’impossibilité de réformer la France sont des incapables, des lâches ou bien les deux à la fois » ! Il déplorait en particulier les responsables de la dégradation de la qualité du système éducatif. L’Europe sans une France forte et fière d’elle-même n’a aucun sens. La France est une République laïque qui ne peut pas se fondre sans se renier dans une entité supranationale molle et sans âme. 

 

Notre République honore au Panthéon les grands hommes qui ont fait la France depuis la Révolution Française, mais elle honore aussi au Mont Valérien depuis la fin de la seconde guerre mondiale les femmes et les hommes de la France Combattante qui ont sauvé l’honneur de la France en faisant le sacrifice de leur vie. Ils nous ont laissé un héritage républicain exemplaire qui nous oblige. Ce n’est pas seulement de commémoration dont le peuple français a besoin, mais de transmission des valeurs républicaines.

Dans le cœur de chaque citoyen français de toutes origines doit résonner l’amour de la France en se référant symboliquement au couplet des enfants de La Marseillaise : « Nous entrerons dans la carrière, quand nos aînés n'y seront plus. Nous y trouverons leur poussière et la trace de leurs vertus ».

 Il s’agit bien précisément des vertus républicaines qu’il importe de transmettre aux jeunes générations. L’unité des Français par-delà les clivages politiques et religieux est une nécessité pour qu’une France prospère vive en paix dans une Europe en paix. 

Pour ma part, je pense que notre Patrie, qui devient inévitablement multiraciale, doit puiser maintenant plus que jamais ses racines républicaines et patriotiques au Mont Valérien afin de forger et d’affermir son identité culturelle et nationale.

Au Mont Valérien reposent les 16 cercueils de la France Combattante. Le 17 ème caveau est destiné au dernier Compagnon de la Libération. Toutes ces femmes et tous ces hommes, qui ont donné leur vie pour la France, venaient tous d’horizons très différents et parfois même lointains. Ils sont des modèles de vertus républicaines dignes de la révolution à transmettre aux jeunes Français. Ces héros étaient chrétiens, juifs, musulmans, ou athées. Ils étaient métropolitains, ultramarins ou étrangers mais ils avaient tous en commun l’amour de la France. Ils étaient tous unis dans les épreuves par un idéal commun sans se préoccuper de : « Celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas » !

 

Dans notre République laïque, qui est une très belle exception française dans le monde, les querelles religieuses n’ont pas lieu d’être. Elles sont à proscrire. Le commun combat au quotidien est ailleurs et se résume par notre belle devise républicaine qui élève les âmes et les esprits :

« Liberté, égalité, fraternité ».

Ce qui importe, c’est de pouvoir tous affirmer fièrement nos racines françaises républicaines et laïques. C’est cela l’identité française. Notre Patrie millénaire doit tout à nos glorieux aînés et en particulier à ceux dont les cendres et les vertus demeurent au Panthéon, au Mont Valérien, au Musée de l’ordre de la Libération à l’hôtel national des Invalides et plus largement dans les cimetières militaires des deux guerres mondiales.

En ces lieux refondateurs de notre Patrie nous y trouvons véritablement leur poussière et la trace de leurs vertus. L’identité française passe par le patriotisme raisonné et la transmission des vertus républicaines via l’histoire et la littérature par un enseignement qui fasse aimer la République Française à tous ses citoyens. Dans la crypte du Mont Valérien on y lit une phrase magnifique : « Nous sommes ici pour témoigner devant l’histoire que de 1939 à 1945 ses fils ont lutté pour que la France vive libre ».

 

Magyd Cherfi qui vient d’écrire un ouvrage intitulé Ma part de gaulois s’interroge sur ce sujet essentiel de recherche d’identité en écrivant : « l'exception française, c'est d'être Français et de devoir le devenir ».

Je formule le souhait qu’il incite au-delà de son livre toute notre jeunesse de France à visiter la chapelle des condamnés à mort, la clairière des fusillés et la crypte de la France Combattante du Mont Valérien. Notre jeunesse y trouvera des réponses tangibles à leur questionnement d’appartenance à la Patrie.

Elle pourra également visiter en terre de France les innombrables cimetières militaires des deux guerres mondiales. Cette jeunesse pourra alors constater que notre Patrie et le Souvenir français honorent de la même façon tous ses soldats qui sont morts pour la France quelle que soit leur croyance religieuse.

 

Dans ces lieux sacrés du pays de nos pères chacun y rencontrera sa part de France.

Le mot de la fin revient à Bernard Maris qui écrivait en 2013 dans un de ses articles : «… Les Français sont fous de généalogie. Tous nous avons un grand-père, arrière-grand-père, grand-oncle, grand cousin combattant ou mort. Tous les jeunes Français issus de l’immigration ont un ancêtre ou cousin d’ancêtre combattant des troupes coloniales mort pour la France ou maltraité par elle lorsqu’il revint sans pension. Dire «nos ancêtres les Gaulois» n’a aucun sens, mais dire «nos ancêtres de 1914», pour moi qui suis d’origine sénégalaise, malienne, marocaine ou vietnamienne possède une signification »…

 


La Crypte du Mont Valérien

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