« Qui ose gagne ».

par le Gal. Bernard Messana - le 17/05/2017.

Cette superbe devise des SAS britanniques, « Who dares wins », reprise par les SAS français, puis par les grandes unités de parachutistes d’Indochine et d’Algérie, a été reçue en héritage par le 1er Régiment de parachutistes d ‘Infanterie de Marine, composante de nos Forces spéciales. Les Britanniques en assumaient la fière exigence avec ce pragmatisme, cette minutie dans l’action, et cette rage de vaincre qui les caractérisent. Sans doute aussi avec cette élégante distinction qui est un peu leur marque. Les Français l’ont enrichie avec l’esprit de la « furia francese », où l’instinct a une large place, avec son insolence, et sa turbulence parfois inspirée… Mais voilà que les politiques, à leur tour, s’en inspirent !

 

  1. Macron, nouveau Président de notre République a osé, et gagné. Totalement inconnu du « Système » il y a moins de quatre ans, il y est entré, ferme et souriant, sûr de lui, certes respectueux des formes, mais pressé et avide d’en imposer d’autres, les siennes. Son prénom, diront ses biographes dévots, l’y prédestinait : Emmanuel, de l’hébreu «  Imanou El », « Dieu est avec nous », suggère sans doute le Sauveur que beaucoup attendaient, écriront-ils un jour prochain, avec la révérence qui convient.

 

Président donc « presque » de « droit divin », porté par une sorte de « transcendance » à laquelle il ne craint pas de se référer parfois, le voilà devenu, selon l’expression de M. Mélenchon, un « monarque républicain ». D’autant plus que se refusant au jeu de ces primaires qui ne proposaient aux citoyens que le choix étriqué entre des chefs de partis, il avait su d’emblée s’adresser à tout le peuple français, et créer en son sein une sorte de communauté fraternelle, ouverte, prosélyte, de pèlerins « en marche »…

 

C’est là bien sûr le roman national que la plupart de nos médias se plaisent à diffuser. Parce qu’ils sentent peut-être que nous, le peuple, « les gens », nous avons désormais, et avant tout, un ardent besoin d’espoir. Le deuxième tour de la présidentielle en a été la parfaite illustration : l’espoir des uns, face à la colère des autres. Et le choix fut bien celui de l’espoir.

 

Les analystes nous mettent alors en garde : rien de plus dangereux, ici, qu’un espoir déçu. Il se doit de triompher sinon, un instant étouffée, la colère enflammera à nouveau les esprits. En effet, ces mêmes experts savent, eux, qu’il n’y a pas eu de « triomphe macronien », mais un beau succès apparent que l’analyse relativise grandement. M. Macron ne l’emporte que grâce au vote de raison des irréductibles opposants au FN, et celui, très intéressé, du Modem. Il ne représente donc, comme beaucoup de ses prédécesseurs, que moins du quart des Français, et pourtant le « rassemblement » est  l’orgueilleux slogan qu’il propose !

 

Il lui faudra donc à nouveau « Oser » pour « Gagner », sur tous les terrains. L’Economique ? Pourquoi pas ? La Finance, chassée par M. Hollande, serait déjà de retour, dit-on. N’est-ce pas là le « sang » de l’Economie, la croissance retrouvée, la courbe du chômage qui va s’inverser ?  Et puis en tous domaines, le social, le culturel, le sociétal, et bien d’autres, on sait que les projets abondent, ni de droite, ni de gauche…Il s’agira de faire mentir à nouveau M. Hollande qui dédaigneux, affirmait : «  Ce Ni-Ni, c’est de l’eau tiède ». D’ailleurs comment rester indifférent au raz de marée des candidatures qui affluent, - plus de 19 000 pour 577 postes de députés !-, venant de tous bords, pour participer au renouveau macronien. Un grand hebdomadaire acquis à cette cause, l’Obs, décrit dans un numéro spécial, avec un enthousiasme communicatif, ces foules qui se pressent. En son sein, il s’attache même à identifier « les  100 avec qui il, - (M. Macron) -, veut réformer la France ».

Et, perplexe, le Soldat qui lisait l’hebdomadaire en replie les pages, et le repose. Peut-être en reprendra t’il plus tard la lecture. Mais là, il a bien cherché et, parmi les « 100 » dont il a parcouru la liste avec une certaine impatience, il n’a trouvé AUCUN Soldat ! C’est très exactement comme au sein du Ministère de la Défense actuel, a-t-il soupiré, tous les postes de responsabilité sont tenus par des civils. Le militaire n’est plus qu’un serviteur muet, sorte d’automate porteur des armes de la France. Il y a dix ans, M. Sarkozy avait décidé de supprimer près du quart de ses effectifs,- 54 000 hommes-, bouleversé son organisation, et l’avait branché en « mode survie » en lui enjoignant sèchement de ne s’occuper que du « cœur de son métier ». Cinq ans plus tard M. Hollande, stigmatisant avec raison le saccage sarkozien au point d’en ignorer le Livre blanc à peine noirci et, arguant du fait que les menaces s‘étaient « amplifiées », avait alors, dans une volte-face étonnante, décidé de poursuivre l’œuvre de démolition,- 23 500 nouveaux postes à supprimer !-. L’amplification des menaces, bien réelle, avait heureusement mis fin, en partie, à cette dévorante passion destructrice.

         

Mais le bilan est là, parfaitement connu de tous les responsables civils et militaires. M. Hollande déclare qu’il termine son mandat « à deux doigts d’être aimé ». Certainement pas par des Armées qu’il a conduit à deux doigts de l’implosion. Quant à M. Macron, prévenu de la gravité de la situation, il annonce : « Je prévois d’augmenter notre effort de défense en portant ses ressources à 2% de la richesse nationale, mesurée en termes de PIB, en 2025 ».

Ce faisant, M. Macron n’ose rien. Tous les candidats tenaient à peu près ce langage.

Il n’ose rien car, devenu « chef des Armées », lucide, il prend aujourd’hui la mesure de son ignorance en ce domaine. Sa condamnation brutale de la colonisation française en Algérie n’a pas révolté que les Pieds Noirs. Elle a aussi indigné tous ceux qui avaient porté l’uniforme en Algérie, anciens combattants, harkis, moghazenis. M. Macron a donc péché là par ignorance d’un passé à forte connotation militaire encore très proche et toujours à vif. Il pèche de même au présent, faute d’initiation par le biais d’un service militaire suspendu, faute aussi d’appétence pour les enseignements de l’Institut des Hautes Etudes de Défense nationale auxquels il ne s’est pas invité. Il est donc « livré » à des conseillers civils volubiles et pontifiants sous l’œil critique et navré de responsables militaires lucides, mais à la parole rare.

 

L’aptitude à vaincre dans le domaine civil ne fait aucun doute pour M. Macron dont on a découvert la capacité d’adaptation, l’intelligence des situations. On l’a vu tour à tour séducteur désarmant, fragile et mystique lors des présidentielles, et désormais calculateur machiavélique et jupitérien lors des législatives. Reste encore pour lui à découvrir la bonne manière de « gérer » le Soldat, et par là la Défense, et pour cela comprendre que la méthode du déni, en cours depuis une décennie, a enfermé le soldat dans une impasse aveugle. Les décideurs civils de la Défense se contentent d’écouter d’une oreille polie, mais indifférente, ou impuissante, les appels précis, argumentés, des responsables militaires. Seul l’échec les fait réagir, et celui-ci est probable. Absence de moyens tant personnels que matériels, absence de politique cohérente y conduisent inéluctablement. Aussi bien en Opex quand, dans la bande sahélo-saharienne, un adversaire résolu et manœuvrier guette patiemment l’occasion d’un nouvel Uzbeen, que sur le sol national, désormais largement quadrillé et profondément creusé de « zones de non-droit » où sévit un ordre islamo mafieux, terreau fertile des radicalisés, dont nul candidat à la présidence n’a semblé se soucier. S’il n’ose pas changer les choses, s’il se contente de suivre les conseils immatériels de vieux ou jeunes politiciens auto-proclamés « experts » en matière de défense, le nouveau Président se condamne donc à perdre.

 

A moins qu’il ne décide d’entendre à nouveau la voix des Soldats, et  qu’il OSE :

Qu’il Ose remilitariser le Ministère de la Défense en y mettant des Soldats aux postes de responsabilité, en y imposant un secrétaire d’Etat à la Défense issu des Armées. Et pourquoi même ne pas oser un Ministre sorti des rangs des Armées ?

Qu’il Ose écouter un Chef d’Etat-major des Armées qui a su parfaitement dire et répéter dans ses interventions qu’en guerre, il fallait « faire l’effort de guerre », et quand le faire. Les moyens sont tous aujourd’hui parfaitement définis. Au Président d’oser les accorder si, pour lui, la sécurité et la protection des Français reste bien, comme il l’affirme, l’absolue priorité.

Qu’il Ose en finir avec ce concept fumeux de « garde nationale », qui n’a été qu’une nouvelle appellation de Réserves déjà existantes, par ailleurs consommées. La réalisation d’une Garde nationale repose sur des réalités régionales à cerner, et s’appuie avant tout sur un maillage de renseignement extrêmement dense et ramifié, et des modules d’intervention pré désignés, de niveau adapté, implantés dans ces mêmes Régions, forces de Sécurité et (ou) de Défense.  

Qu’il Ose accompagner la décision d’engagement tactique de nos Forces en Opex d’une vision stratégique cohérente que le chef militaire, épaulé par une cellule diplomatique, saura conduire.  Si l’opération Serval, a été un succès, c’est que son but militaire, prioritaire, était clair. Barkhane, qui en poursuit l’œuvre avec des détachements fugitifs et insuffisants, pourrait conduire à l’enlisement faute de pouvoir maîtriser et gérer la complexité des situations locales, ses fondements ethniques, ses ressorts intérieurs, ses intérêts particuliers.

 

Mais pour que tout cela soit, peut-être faudra-t-il aussi que le soldat ose enfin moins claquer des talons, et ouvrir mieux son cerveau. N’est-ce pas cela que recommandait le Maréchal Lyautey pour qui « celui qui se contenterait de n’être que militaire serait un mauvais militaire » ?

                                                                             Bernard MESSANA
Officier général (2S)

 

Source : http://www.asafrance.fr/item/libre-opinion-de-3.html

 

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Commentaires : 1
  • #1

    JARRIGE Didier (mercredi, 24 mai 2017 09:08)

    Correctif *

    Monsieur, le « rapprochement » de près ou de loin de la devise des SAS, et de M Macron, est à mon sens inadmissible !...

    * En effet, Monsieur Macron est le défenseur et la « créature » d'un « système » qui est celui qu'ont combattu les SAS Français, « système » que voulait nous imposer les U.S.A. , « système » qu'a refusé le Général de Gaulle !...

    Ceci étant, le temps n'est pas à une « guéguerre » entre les Militaires et les Civiles - d'ailleurs, pour reprendre la comparaison avec les S.A.S., nombre d'entre eux avaient coutume de dire « nous ne sommes pas des militaires, mais des Guerriers » - Non la guerre, puisque nous sommes en guerre, ce n'est pas moi qui le dit et bien que ce sujet n'ai JAMAIS été évoqué, par M Macron, pendant la campagne cette guerre, contre qui ? Il faudra bien le dire un jour, n'est en tout cas pas entre les Civils et le Militaires de notre Pays – la France.

    D.J.