"FINEX"

Par le Gal. Bernard Messana - le 19/03/2016.


 

 

La Cinquième République pouvait jusque là apparaître comme un modèle d’équilibre, sinon d’harmonie. Depuis la Création gaullienne, et au terme d’une longue maturation, deux grands courants, Droite et Gauche, alternaient en effet aux responsabilités suprêmes de l’Etat. La Gauche humaniste corrigeait ce que la Droite autoritaire avait imposé, la Droite ordonnée redressait ce que la Gauche légère avait faussé. Parfois, quand l’une ou l’autre s’accrochait au pouvoir, retardant l’alternance, une cohabitation opportune s’imposait naturellement pour en corriger les excès. Droite, Gauche, Droite, Gauche, c’est ainsi que l’on avançait.        

 

L’éclatement des partis politiques

Mais voilà l’équilibre maintenant rompu. Au confluent des grands courants, Droite molle et Gauche de peu de foi tourbillonnent en une ronde confuse. A l’extrême de la Gauche crépite une ardeur libertaire avide d’un absolu révolutionnaire. A l’extrême de la Droite, un magma de colères flamboie désormais, menaçant l’espace républicain. Alors, Droite et Gauche apeurées se rapprochent et se flairent, tentées par le recours à une sorte de front commun transgenres, ou s’y résignant. L’alternance risque ainsi de mourir, le Gauche-Droite pourrait s’interrompre, et la France s’arrêter…Confronté à cette improbable « triangulation » politique, l’observateur s’interroge : Si la Colère est ainsi devenue le premier parti de France, que bâtir sur cette pulsion destructrice ?

A ne pouvoir lui opposer que l’union stérile de la Gauche et de la Droite, et la confiner ainsi dans une ségrégation haineuse, n’allons nous pas, inéluctablement, vers l’insurrection ? Le tableau récent du paysage politique conforte d’ailleurs l’observateur dans cette impression. Mi-Février 2016, le vote de l’Assemblée nationale concernant la réforme constitutionnelle a en effet été l’illustration caricaturale de cette bouleversante désunion nationale venue à bout de l’antique discipline des partis. Tous ces partis en effet, grands et petits, ont spectaculairement éclaté.

         

Les feux de la crise économique et sociale

Et la colère des citoyens gronde… Lorsque les Français lèvent les yeux vers ceux qu’ils ont choisis, leurs ELUS, ils ne voient plus que divisions, trahisons, calculs et mensonges. Pire encore, dans cette ambiance délétère, le pouvoir ne craint pas d’alarmer le peuple en prédisant des malheurs à venir, des lendemains de terreur, alors que c’est bien ce pouvoir qui, impuissant, n’a pas su les prévenir, et parfois même, mal inspiré, en a allumé les feux.

Quant au Président, désormais sélectionné au terme d’élections dites primaires, il n’apparaît plus que comme le chef d’un parti, majoritaire le temps d’une élection, et ne représentant en fait qu’environ le quart des électeurs. Face à lui, d’emblée, on peut compter trois quarts de mécontents. Les partis, à Droite, à Gauche, réduits à des clans, ne sont plus crédibles.

Reste celui de la Colère dont le programme est d’allumer le feu. Le feu, ou plutôt les feux, car tout est désormais inflammable.

         

La Finance en premier : On sait par expérience que si celle ci vient à défaillir, l’économie s’embourbe, et provoque la crise sociale. Nous y sommes. Le candidat de Gauche, M. Hollande, dans ses discours de campagne, avait clairement désigné son ennemi, « la Finance ». Il lui avait très explicitement déclaré la guerre. Depuis, le Président Hollande, en plein transformisme rassembleur, a beau imaginer tous les plans et pactes possibles, assouplir, exempter, caresser le Medef, snober les syndicats, rien n’y fait. La Finance, sang de l’Economie, s’est vengée en s’en allant ailleurs abreuver d’autres sillons. La dette croît (environ 95,6% du PIB), la croissance est insuffisante (1,1% en 2015, 1,3% en 2016 ?), le chômage continue inlassablement d’augmenter. Et même si la courbe de ce dernier venait à s’inverser en 2016, ce ne serait là que conséquence de la mise en « formation » de centaines de milliers de chômeurs…sans création d’emplois !

 

Et la crise devient alors sociale. Bravant les consignes d’un état d’urgence sécuritaire, chaque jour, des centaines de manifestants sont dans les rues. Agriculteurs, chauffeurs de taxis ou de VTC, zadistes, Corses ou Bretons en colère, anti ou pro-migrants et migrants, travailleurs  ou chômeurs excédés…Ils se réclament, eux, d’un état d’urgence économique et social qui, exacerbé par l’urgence sécuritaire, atteint des paroxysmes angoissants. La peur règne, attisée par des discours politiques agressifs ou filandreux, et entretenue par des média hystérisants et pervers. Face à ce qui ressemble bien à de l’impuissance politique, les citoyens veulent concertation, ordre, et résultats.

Leurs conditions de vie sont en péril, leurs vies elles-mêmes pourraient être menacées, et que recommande par exemple l’Etat en cas d’attaque terroriste ? « S’échapper », « se cacher » ! Certes, mais c’est justement cela qui exaspère le mal être du citoyen. Marre de fuir, de subir, marre de courber la tête ! La France n’est pas une terre de « soumission », et l’afflux actuel de candidats à l’engagement militaire en témoigne. Les citoyens, et tout particulièrement les jeunes, veulent se battre.

 

La voix de militaires est celle de citoyens 

 Le politique n’a t’il pas d’ailleurs dit que nous étions en guerre ? Sur le front économique, il désoriente en élaborant ces programmes dont la Droite rêvait. Il exaspère ainsi le peuple de Gauche, et trouble celui de Droite, flairant le piège. D’où l’enlisement dans des compromis bourbeux.

Sur le front de la Sécurité, la « défense de l’avant » au Levant et dans la BSS conduit nos Armées « juste insuffisantes » à ce «  taquet », que l’on sait le dernier avant l’écroulement. Quant à la défense du territoire, nos soldats, plus cibles que boucliers, s’y épuisent tandis que des penseurs réfléchissent  à  la possibilité d’une « doctrine d’emploi »...

 

 Pourquoi alors s’étonner de l’agitation de certains anciens militaires ? Et notamment des Généraux en retraite ? Ils disent simplement à haute voix ce que l’Active ne peut proférer qu’avec cette retenue polie qui gomme les aspérités, et ne trouble pas l’assurance de nos élus. Leurs « coups de gueule » sont ceux de citoyens en colère, en parfaite harmonie avec la société civile. L’un d’eux, révolté, a dit qu’il avait allumé une « petite flamme ». L’image est juste, et chaque pays en souffrance exprime sa propre flamme. En Tunisie, elle s’appelait Mohamed Bouazizi, et l’on en connaît les ravages.

 

Mais il y a aussi des flammes qui éclairent, celles des « Lumières », qui n’ont certainement pas toutes déserté notre pays. Sauront-elles montrer à nos dirigeants que si nous n’arrivons pas à sortir des crises où nous sommes empêtrés, et à gagner ces guerres que nous avons déclarées, c’est parce que leurs jeux politiques ont  paralysé le pays ?

Leurs joutes haineuses entremêlées de combines électoralistes font fi de la démocratie. La Gauche aujourd’hui implose, et la Droite s’émiette. A force de régler des comptes qui ne sont pas toujours ceux de la Nation, elles ont sonné le « finex », la fin de leurs partis. Elles vont devoir maintenant retourner vers le peuple pour tenter d’en redevenir l’expression. Et pour cela se dissoudre et se recomposer, et inventer une autre République. L’actuelle, taillée par un homme d’exception à sa large mesure, n’est plus à la dimension des hommes de notre temps. Les  Présidents monarques absolus déclarant les guerres et graciant les condamnés n’ont plus cours.

Ceux d’aujourd’hui, pourtant « connectés », ne guérissent même plus les écrouelles. Par contre, traders experts, ils devraient savoir faire la paix avec cette « finance » qui reviendra alors abreuver nos sillons et apaiser les tensions sociales. Ils devraient même pouvoir régler la crise identitaire quand, ne se contentant pas de proclamer le règne de la laïcité et le refus du communautarisme, ils oseront prendre enfin les mesures nécessaires pour les rendre possibles. Qu’il s’agisse d’une nouvelle loi fixant les règles strictes et exécutoires de la laïcité face à toutes les religions, et aussi de la reconquête méthodique et radicale de toutes les zones de non-droit. Sans d’ailleurs que la force y soit partout nécessaire ; chaque zone a son problème, chaque problème a sa solution.

Il ne restera alors plus qu’à gagner les guerres que nous avons déclarées en donnant tout simplement aux Armées les moyens de le faire, et en affichant de claires priorités, certaines, comme la Libye, étant d’une aveuglante nécessité.

Quant à la protection du territoire national, un Président qui n’aurait pas la mémoire courte éviterait de trop y engager les Armées.

Par contre il presserait nos Régions d’inventer les cellules d’auto-défense propres à épauler nos forces de sécurité. Là aussi, chaque Région a sa clé, et le retour à un régionalisme imaginatif et entreprenant restaurerait la confiance, et rallumerait assurément le besoin d’unité, l’esprit du 14 juillet 1790.

 

 

                                                                                             Bernard MESSANA

Officier général (2s)

 

Source : http://www.asafrance.fr/item/libre-opinion-du-general-2s-bernard-messana-finex.html

 


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