Lettre ouverte au Directeur Général de la DGSE

par Alain Chouet - le 18/04/2016.

 

 

CHOUET Alain, né le 24 août 1946 à Paris.  

 

 

 


Parcours universitaire et distinctions 
Diplôme de l’École des langues orientales (Arabe), Licence en droit (Paris II),

Diplôme d’études supérieures de science politique (Paris II).  
Officier de la Légion d’honneur,

Officier de l’ordre national du mérite,

Croix de la valeur militaire (cité),

Croix du combattant,

Chevalier des palmes académiques,

Médaille de la reconnaissance nationale (opérations extérieures), Médaille d’outre-mer (Liban). 


Éléments de carrière
Sous les drapeaux (1971-1972). Admis au concours de Délégué du Ministère de la Défense (octobre 1972).

À l’Administration centrale, service d’évaluation monde arabe (1972-1973).

Troisième secrétaire (détaché) à l’ambassade de France à Beyrouth (1974-1976).

Deuxième secrétaire (détaché) à l’ambassade de France à Damas (1976-1979).

À l’administration centrale, chef du bureau de coordination des recherches et opérations anti-terroristes (1980-1985).

Chargé de mission à l’ambassade de France à Rabat (1985-1988).

À l’administration centrale, directeur du stage de formation des personnels de catégorie A (1989). Nommé dans le corps des Chefs d’études du Ministère de la Défense (octobre 1989).

Conseiller technique (monde arabe, terrorisme) du Directeur de la stratégie (1990-1992).

Conseiller à la mission de la France auprès de l’Office des Nations Unies - Genève (1992-1996).

À l’Administration centrale, conseiller technique (islam, terrorisme) du Directeur du renseignement (1996-1999).

Conseiller (détaché) à l’Ambassade de France à Bruxelles (1999-2000).

À l’Administration centrale, Chef du Service de renseignement de sécurité (2000-2002). 


 

Monsieur le Directeur Général,


Suite aux attentats de Paris du 13 novembre 2015 et à l’implication de certains
citoyens belges dans ces attaques, j’ai été sollicité par l’AFP le 15 novembre et la chaîne de
télévision Arte le 17 novembre pour fournir une évaluation personnelle sur cette
implication.
Au cours des interviews ainsi accordées, j’ai relevé que :
1/ La gestion électoraliste et communautariste de certaines communes de la périphérie de
Bruxelles – en particulier Molenbeek ( que je connais bien pour y séjourner régulièrement
et y donner des conférences au Cercle local de la Morale Laïque ) - avait conduit depuis 30
ans à la constitution de dangereux foyers de radicalisation islamique.


2/ Un certain nombre de responsables politiques belges, en particulier les bourgmestres de
ces communes problématiques, avaient multiplié depuis longtemps les obstacles de tous
ordres à l’action des services de sécurité destinée à endiguer les conséquences violentes de
ces phénomènes de radicalisation.


3/ L’organisation et la sécurité des aéroports internationaux de Belgique, en particulier
ceux de Zaventem et de Charleroi que je connais bien, laissait à désirer.


J’ai conclu de ces différentes constatations que la Belgique me paraissait
vulnérable aux attaques djihadistes et constituait un point faible pour la sécurité
européenne en général et française en particulier malgré l’inlassable dévouement et
l’engagement des services de sécurité belges que j’ai pu mesurer lors de mon affectation à
Bruxelles et que je n’ai jamais remis en cause.


Ces affirmations m’ont valu dès le lendemain la colère du Premier Ministre belge
qui s’en est pris personnellement et violemment à moi dans différents médias. Vous avez
répondu à cette colère en faisant adresser à l’Administrateur Général de la Sûreté belge
une lettre qu’il a rendue publique ainsi libellée selon le quotidien flamand « De
Standaard » du 21/11/2015 :
<< Monsieur l'Administrateur Général,
Depuis sa retraite, M. Alain Chouet a jugé utile de donner son opinion sur les attentats du 13 novembre.
- M. Chouet a quitté la DGSE en 2001.
- Depuis 14 ans, il n’entretient aucune relation avec notre service et ses personnels.
- Notre administration n'est pas en mesure d'interdire aux médias de recueillir les opinions de M. Chouet : ce dernier ne divulgue aucune information classifiée, puisqu'il n'en détient aucune.
-Sur le fond, les opinions de M. Chouet ne sont pas seulement fausses et injurieuses: elles sont aussi indécentes.
En vous exprimant toute notre gratitude pour l'aide indispensable de
votre service.>>


Je n’ai jamais prétendu parler au nom de la DGSE que j’ai quittée définitivement il y a 9 ans (et non 14) après avoir quitté mes fonctions de Chef du Service de Renseignement de Sécurité en octobre 2002 (et non 2001).
Mes « dernières relations avec votre administration et ses personnels » datent de
2011.

J’ai toujours scrupuleusement rendu compte de mes activités, propos et écrits, à vos
prédécesseurs, même après avoir pris ma retraite en 2007, et j’ai reversé en 2011 les droits
d’auteur d’un de mes livres à l’Association du personnel du Service. Il m’est revenu, peu
après votre prise de commandement en 2013, que vous ne souhaitiez pas que ces liens
soient maintenus. J’ai bien sûr respecté ce choix.


Je n’ai évidemment pas accès à des informations classifiées mais il n’en est nul
besoin pour constater des évidences flagrantes.

En effet, depuis que j’ai tenu les propos que vous incriminez en les qualifiant de « faux, injurieux et indécents », il est apparu de façon claire que :
1/ Le nom de Molenbeek est devenu le terme générique (utilisé même par des ministres
français) et la marque déposée des localités de Belgique et de France devenues zones de
non-droit livrées à l’activisme des bandes salafistes et réservoirs de djihadistes.
2/ Différents responsables des services de sécurité belges ont dénoncé en termes parfois très durs les obstacles permanents mis à leur action par certains responsables politiques
fédéraux et locaux des communes concernées et de l’ensemble du pays.

Je joins ci-dessous à ce courrier le pamphlet intitulé « J’accuse ! » rédigé le 22 mars 2016 par M. Bernard Snoeck, ancien responsable du contre-espionnage et du contre-terrorisme au SGRS (Service Général du Renseignement et de la Sécurité) belge où il dénonce avec violence les faits que je n’avais fait qu’évoquer. D’autres policiers, fonctionnaires et militaires des services de sécurité belges avec qui je suis resté en contact, et dont je salue encore une fois l’engagement, m’ont transmis les mêmes doléances.
3/ Il apparaît le 15 avril 2016 dans la presse belge que « Les manquements en personnel et
en organisation à l'aéroport de Zaventem avaient été soulignés dans deux rapports
confidentiels (datant de 2011 et 2015) de la Commission européenne. » et que « Madame
Jacqueline Galant, Ministre belge des transports, a dû présenter sa démission après avoir
été accusée par son administration d'avoir refusé à plusieurs reprises d'octroyer les moyens
nécessaires au renforcement de la sécurité dans ces lieux sensibles. »


À la lueur de ces constatations, il semble que les opinions que j’ai livrées à l’AFP et
à Arte au lendemain des attentats du 13 novembre n’étaient ni fausses ni, donc, injurieuses.
Quant à leur « indécence », il s’agit d’une appréciation subjective que je ne discuterai pas.


Je vous prie de recevoir, Monsieur le Directeur Général, les assurances de ma
haute considération.

 


...La lettre "J'accuse" de Bernard Snoeck peut être consultée sur ce site à l'adresse suivante :

http://www.officierunjour.net/dossiers/cf2r/tribune-libre-n-62/

 

Je l'ai rapprochée de l'intervention absolument "atterrante" du Bourgmestre de Bruxelles devant le Conseil de Paris.  

 

La réaction de M. Bernard Snoeck face à "L'injonction de la grande muette...belge" ne s'est pas fait attendre...!

 

La "pensée unique" frappe à nouveau. On peut ainsi mesurer le décalage entre ceux qui analysent, qui savent et les "tacticiens" à la petite semaine qui ne voient pas plus loins que le bout de leurs chaussures...à des fins électorales...!

JMR


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Commentaires : 1
  • #1

    colonel YU (samedi, 07 mai 2016 11:33)

    Sur le fond, je partage entièrement ce que dit Alain Chouet au sujet de l'islam radical en Europe en général et en Belgique en particulier.
    Sur le fond, il devrait savoir que la Maison ne protège jamais ses hommes lorsque leurs ennuis deviennent politiques ; sur l'autel de "l'image" des relations franco-belges, sa personne ne pèse pas lourd. Mais il ne doit pas en être étonné, étant rompu aux moeurs de la boutique.