Se mobiliser : Contre qui ? Pour qui ? Comment ?

par le Gal. Jean Theveny  - le 31/03/2016.


Réponse à un article du Gal. Chauvancy paru dans le bulletin de l''ANOCR de janvier 2016 ...que vous pouvez retrouver à la page  "Se mobiliser..." de ce site.



 

L’article du général Chauvancy publié dans le bulletin N° 464 de l’ANOCR (janvier 2016) a pour objet de motiver les associations patriotiques dans le but de mener des actions propres à augmenter la résilience nationale contre une agression. Les arguments développés sont tout à fait pertinents, en particulier le postulat qui veut qu’on ne puisse mener une guerre sans l’accord moral d’une large majorité de la population ; j’y adhère ainsi qu’à toutes les propositions. Il n’en reste pas moins que l’auteur soulève en même temps nombre de questions irrésolues.

Se mobiliser contre qui ?

Toute action de type patriotique implique une définition claire de l’ennemi qui menace la patrie. L’auteur désigne la « menace salafiste » que d’autres nomment encore « islamisme radical ». Ces termes couvrent une mouvance armée internationale qui mène une guerre contre toutes les caractéristiques de la civilisation occidentale. Le problème est que le « salafiste » ou « l’islamiste radical » ne porte aucun signe distinctif avant de passer à l’action. Un autre problème non moins épineux est que la doctrine du « salafiste » est puisée dans les dogmes de la religion musulmane qui condamnent les usages occidentaux sur de très nombreux points (mariage, droits de la femme, homosexualité, liberté de conscience etc.) La différence essentielle entre le musulman et le salafiste tient dans le passage à l’acte terroriste, mais le manuel de formation est identique pour les deux. On voit immédiatement qu’un appel à la mobilisation sur ce thème scabreux peut immédiatement être considéré comme une croisade raciste, ce qui est déjà habilement exploité par les représentants de l’Islam. Il est non moins évident que tout amalgame ne peut qu’être condamné puisque de nombreux musulmans de notre pays ont pris de la distance avec la loi coranique ou, tout simplement, ne cherchent qu’à gagner honnêtement leur vie pour nourrir leurs familles. N’oublions pas les nombreux musulmans qui ont rejoint les rangs de l’armée et notamment nos frères parachutistes qui furent les premières victimes du raciste Mohammed Merah. Que dire aussi de l’alliance qu’on dit contractée entre les gouvernements français et américain et le groupe terroriste Al Qaïda en Syrie ? Là, au moins, on peut être certain qu’Al Qaïda hait tout ce que représente notre civilisation, au point d’armer, par exemple, Mohammed Merah pour tuer nos soldats. Que dire également des accords économiques et militaires qui lient notre pays à l’Arabie Saoudite et aux Emirats, tous financiers de la « menace salafiste » ? Ainsi, il faut convaincre l’opinion de se mobiliser contre des ombres tout en prenant garde de ne pas heurter des convictions musulmanes non terroristes qui, parfois, partagent les croyances desdits terroristes et tout en respectant des Etats ou des mouvances éminemment salafistes qui sont soutenus par notre gouvernement. N’est-ce pas beaucoup demander ?

Mobiliser pour qui ?

Autre façon d’aborder la question : reste-t-il encore en France des personnes capables de comprendre les nécessités d’une guerre ? Il faut se rendre compte que nous ne sommes plus en 1792. La génération post-soixante-huitarde s’est inventée un monde de Bisounours qui ne peut même plus concevoir l’idée de la guerre. Les agressions les plus sauvages perpétrées contre la communauté nationale sont traitées avec une masse considérable de symboles de paix : « je suis Charlie », marche blanche, fleurs et couronnes. L’émotion primaire fait parfois évoquer la guerre ; il faut moins d’une semaine pour retrouver l’unanimité autour de « Peace and love » et, un mois plus tard, les premiers articles sont publiés pour dénoncer des interventions policières jugées trop musclées. Ceci me rappelle les conflits qui ont suivi l’éclatement de l’ex-Yougoslavie. Alors que les communautés serbo-croates s’entretuaient joyeusement, les Bisounours européens de haut rang ont envoyé des personnes désarmées, habillées de combinaisons blanches (comme la colombe…) pour apporter le rameau d’olivier et expliquer que la guerre, ce n’est pas bien. Les parties belligérantes en rient encore. Ensuite, les mêmes ont envoyé de véritables soldats ; mais ces soldats nommés « soldats de la paix », conception la plus stupide qu’on puisse imaginer, avaient l’ordre formel de ne pas faire la guerre. Ils ont donc attendu stoïquement en subissant des pertes sévères et en observant les massacres autour d’eux. Il a fallu Srebrenica pour que nos Bisounours constatent que seule la guerre peut mettre fin à la guerre. Si on fait le tour de l’électorat d’aujourd’hui, on ne retrouve pas une volonté de relever la tête. L’extrême gauche est, comme d’habitude, anti-nationale ; les partis autoproclamés « démocratiques » (socialistes, républicains et centristes) règnent sur les Bisounours et même les électeurs du front national ne sont peut-être pas aussi férus de nationalisme qu’on se plait à le dire. Les enquêtes journalistiques qui ont suivi les élections régionales de décembre 2015 tendent à prouver que ces électeurs sont surtout éblouis par un mirage social : le FN, qui n’a jamais pu prouver l’absurdité de son programme économique puisqu’il n’a jamais gouverné, est considéré par certains comme une baguette magique capable de distribuer des sous à tout le monde. N’oublions surtout pas les millions d’électeurs abstentionnistes qui n’ont probablement pas le sentiment de vivre dans une nation et dont l’indifférence les rend hermétiques à toute tentative de mobilisation. Même l’Eglise catholique s’est rangée résolument parmi les anges (ou les futurs martyrs ?) en prêchant le pardon et l’accueil de réfugiés ennemis du Christ. Nos bataillons de soutien seraient-ils virtuels ?

Se mobiliser comment ?

Mener une action psychologique au niveau des associations demeure une bien faible contribution qui va convaincre ceux qui sont déjà convaincus. Une action en profondeur exige la participation ou, au moins, la bienveillance du politique ; toutes choses qui sont loin d’être acquises. Pendant que l’ennemi forme ses bataillons, psychologiquement avec l’instruction religieuse et militairement dans ses camps, nos écoliers apprennent la paix et l’horreur de la guerre (surtout si cette guerre comporte un volet ethnique) dans les écoles de la République ; bref, ils forment des guerriers et nous formons des victimes. Il est plaisant de se rappeler que la guerre d’Algérie, conflit particulièrement sanglant, fut qualifiée « d’opération de maintien de l’ordre » par tous les gouvernements concernés ; aujourd’hui, le gouvernement nomme « guerre » sa réponse à l’agression qui n’est en fait qu’une vaste opération de police agrémentée de bombardements « ciblés » dont l’efficacité reste à démontrer. L’état d’urgence, qui fait frémir tous les Bisounours et qui n’est en fait qu’un état de droit que tout gouvernement responsable devrait appliquer pour la protection de ses concitoyens, interdit la guerre (à moins que l’intervention des magistrats judiciaires et des avocats corresponde à une nouvelle tactique martiale). Après les évènement de janvier 2015, le mot d’ordre politiquement correct était : « pas de Guantanamo français ! » ; en novembre, on n’a même pas eu besoin de le répéter. Cette stratégie basée sur la défense passive (Sentinelle) et sur l’enquête policière après le crime commis, est une stratégie de vaincus. Je tiens ici à préciser qu’il n’y a là aucune critique spécifique du gouvernement actuel ; je suis persuadé qu’un pouvoir UMP (aujourd’hui Républicain) n’aurait pas fait autre chose. Il me semble enfin qu’une intervention sur le plan politique de militaires ou d’anciens militaires es qualité n’est pas envisageable, par souci éthique, par conviction et aussi pour le peu d’enthousiasme que cela pourrait induire. Le militaire demeure le dernier rempart de la nation, lorsqu’il n’existe plus aucun autre bouclier ; s’il se commet dans le marigot politique, quelle légitimité pourra-t-il espérer ? Le « comment ? » reste donc à imaginer ou il nous faudra attendre que le pire survienne pour qu’il devienne évident. Si l’évolution des esprits demeure illusoire, peut-être serait-il opportun d’envisager d’augmenter la résilience en se préparant au pire.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce sujet, par exemple « mobiliser pour quoi faire ? » (Les mots s’envolent, les actions marquent) ou encore, « sommes-nous certains que toutes les associations patriotiques partagent les mêmes valeurs ? » ; mais le journaliste écrivain que je suis devenu sait qu’un texte trop long n’induit que le sommeil et l’indifférence. Je veux simplement terminer en affirmant que mon propos n’a pour objet que d’alimenter une réflexion stratégique et n’est nullement un appel à baisser les bras.

C’est précisément lorsque la situation semble désespérée que le militaire doit retrouver toute son énergie dans le but de reprendre la main ou de finir avec panache ; c’est ça l’honneur du soldat.

 

Général de brigade (2s) Jean THEVENY
Membre ANOCR


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