Les armées paieront-elles la note des gilets jaunes ?

...par le Col. Georges Michel - Le 14/12/2018.

Le 3 décembre dernier, une semaine avant l’allocution du Président, le très bien renseigné sur la chose militaire, le journaliste Jean-Dominique Merchet, écrivait sur son blog Secret Défense que la réponse à la crise des gilets jaunes aurait un coût qui pourrait se répercuter sur le budget des armées, rappelant que « le tour de passe-passe sur le financement des OPEX dans le budget 2018 n’est sans doute qu’un petit avant-goût de ce qu’il pourrait advenir ».

Un tour de passe-passe décidé, le 7 novembre, en Conseil des ministres dans le cadre du projet de loi de finances rectificative 2018, qui a fait perdre 800 millions d’euros au ministère des Armées, comme l’avait expliqué alors La Tribune. Et lundi 10 décembre matin, quelques heures avant l’adresse du Président à la nation, Florence Parly, ministre des Armées, préparait le terrain sur Europe 1. La journaliste Audrey Crespo-Mara demande au ministre : « Les mesures annoncées par Emmanuel Macron vont coûter cher. Il va falloir trouver de l’argent. Le budget de l’armée pourrait-il être amputé pour aider à remplir le frigidaire des gilets jaunes ? » Réponse de Florence Parly : « Tous les ministres sont solidaires au sein d’un gouvernement et nous déciderons de la manière dont ces mesures auront vocation à être financées. Moi, je n’exclus rien et, évidemment, je suis parfaitement solidaire des décisions que le gouvernement prendra. » Il y a donc fort à parier qu’une fois de plus, selon une tradition désormais bien établie depuis quarante ans en France, le budget de la Défense servira de variable d’ajustement.

Le coût des mesures annoncées par le chef de l’État est estimé entre 8 et 10 milliards d’euros pour 2019, comme l’a déclaré Olivier Dussopt, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Action et des Comptes publics. Il est évident que si les armées devaient contribuer à cet effort, cela se traduirait probablement par un retard dans le renouvellement de nouveaux matériels indispensables au maintien de notre capacité opérationnelle. Rappelons que nos soldats servent en opération extérieure, dans des situations particulièrement dangereuses, sur des véhicules qui ont parfois deux fois leur âge. Des matériels mis en service avant la naissance d’Emmanuel Macron ! Ce serait, aussi, prendre le risque de repousser bien au-delà de 2025 l’horizon du fameux 2 % du PIB consacré aux dépenses de défense et promis par le candidat Macron.

En tout cas, il est un « ministère » qui ne sera probablement pas mis à contribution. C’est celui de l’Union européenne. Ainsi, selon les données communiquées par le centre de documentation Economie-Finances du ministère de l’Action et des Comptes publics, la France contribuera, en 2019, à hauteur de 23,622 milliards d’euros au budget de l’Union, contre 22,009 milliards en 2018, soit une augmentation de plus d’1,6 milliard (+7,32 %)… En 2010, cette contribution était de 20,087 milliards. En huit ans, 17,59 % d’augmentation ! Sachant que, bon an mal an, la contribution nette de la France a été de 6 à 8 milliards, nous laissons au lecteur le soin de faire le calcul…

Sur un tout autre registre, et pour des chiffres, certes, plus modestes, l’aide médicale d’État, destinée aux étrangers en situation irrégulière résidant en France depuis plus de trois mois, devrait augmenter de 53 millions en 2019, soit une augmentation de 5,9 % par rapport à 2018. Et l’on pourrait évoquer le coût exponentiel, comme nous le faisions hier ici-même, des mineurs non accompagnés (2 milliards en 2019, contre 920 millions en 2017). Coût, certes, à la charge des départements, mais des départements qui vivent en partie de la dotation générale de fonctionnement allouée par l’État. Tout cela financé, in fine, par Bibi, c’est-à-dire non pas Emmanuel Macron mais le contribuable.

Mais il est vrai que tout est une question de priorité. Et s’il faut demander aux armées un effort de plus, on sait bien que l’on a peu de risque de voir défiler des militaires en gilets jaunes, colonne par douze, le 14 juillet sur les Champs-Élysées !

 

Source : http://www.bvoltaire.fr/les-armees-paieront-elles-la-note-des-gilets-jaunes/?mc_cid=1d76740c63&mc_eid=c2875309d7


« GILETS JAUNES » et BUDGET DES ARMÉES

...par  Laurent Laigneau - Le 12/12/2018.

« GILETS JAUNES » et BUDGET DES ARMÉES

Mme Parly n’exclut pas une contribution du budget des Armées pour financer les mesures sociales et fiscales

Dans leur rapport pour avis sur l’Équipement des forces [programme 146], les sénateurs Cédric Perrin et Hélène Conway-Mouret ont estimé que la trajectoire financière établie par la Loi de programmation militaire [LPM] 2019-25 est exposée à plusieurs « menaces ».

Pour rappel, la LPM prévoit une augmentation du budget des Armées de 1,7 milliard d’euros par an jusqu’en 2022, puis de 3 milliards à partir de 2023, l’objectif étant de porter les dépenses militaires à 2% du PIB d’ici 2025.

Parmi les « risques » évoqués dans leur rapport, M. Perrin et Mme Conway-Mouret ont cité « la question délicate de la capacité des armées, habituées depuis des décennies à gérer la pénurie, à gérer un afflux relativement soudain de crédits. » Mais encore faut-il que les hausses de crédits annoncées se concrétisent… Aussi, la principale menace, ont avancé les deux sénateurs, est avant tout « politique ».

« Le principal risque pesant sur la LPM est, étant donné le caractère extrêmement volontariste de la trajectoire retenue, que l’engagement politique du gouvernement de respecter cette trajectoire ne tienne pas dans la durée. À ce titre, plusieurs éléments incitent votre commission à la plus grande vigilance : la pente déséquilibrée de la trajectoire […], le choix du gouvernement d’une LPM longue (7 exercices), ce qui rend les derniers exercices assez nébuleux, et ce d’autant plus que l’actuelle législature s’achèvera en 2022 et que la LPM ne précise pas les crédits des deux derniers exercices et l’annonce de plusieurs ‘revoyures’ ou réévaluation, dont la première fin 2021 », expliquent les rapporteurs.

Et d’ajouter : « Il est certain, par ailleurs, que la recrudescence des menaces est aujourd’hui peu contestée. En revanche, il n’est pas certain que le soutien que l’opinion publique apporte aujourd’hui au redressement de l’effort de défense se maintiendra toujours à un niveau si élevé. »

Or, le mouvement des « gilets jaunes » va laisser une facture « lourde » pour les finances publiques. L’annulation de l’augmentation de fiscalité écologique coûtera 4 milliards d’euros (soit +0,2% de déficit). Et si le calendrier de la suppression de la taxe d’habitation pour 80% des ménages est accéléré, l’ardoise sera deux fois plus élevée. À cela, il faut ajouter les conséquences sur la croissance : l’activité des commerçants (-15% pour les grandes surface, -40% pour les indépendants) a pris un sérieux coup à l’approche des fêtes de fin d’année, période qui permet d’équilibrer les bilans, notamment pour les petits commerçants. Aussi, le taux de croissance du PIB pourrait perdre entre 0,1% [selon le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire] et 0,2% [selon la Banque de France] au cours du dernier trimestre.

Dans ces conditions, quid du budget de la mission « Défense »? La ministre des Armées, Florence Parly, a été interrogée à ce sujet lors d’un entretien de 8 minutes [dont seulement deux ont concerné superficiellement les affaires militaires…] donné à Europe 1, ce 10 décembre.

« Il va falloir trouver de l’argent. Le budget de l’armée pourrait-il être amputé pour aider à remplir les frigidaires [sic] des gilets jaunes à Noël », a ainsi demandé Audrey Crespo-Mara à Mme Parly. Et cette dernière de répondre : « La question, c’est d’abord de savoir quelles seront les mesures qui seront annoncées à court terme par le gouvernement. Ensuite, tous les ministres sont solidaires au sein d’un gouvernement et nous déciderons de la manière dont ces mesures auront vocation à être financées. Je n’exclus rien et, évidemment, je suis parfaitement solidaire des décisions que le gouvernement prendra. »

En clair, la LPM 2019-25 n’est même pas encore entrée en application qu’elle est déjà clairement menacée… 
Cela étant, certains parlementaires ont dit qu’elle l’était déjà avec l’affaire de l’annulation, sans préavis, des 404 millions d’euros de crédits de la mission « Défense », dans le cadre du projet de loi de finances rectificative 2018 pour financer les opérations extérieures et les missions intérieures.

Cette mesure est en effet contraire avec l’article 4 de la LPM 2014-2019 qui s’achève et dont celle qui a été promulguée cet été reprend le principe. Cela « constitue un signal très négatif », ont fait valoir M. Perrin et Mme Conway-Mouret.

 

Laurent LAIGNEAU
Opex 360

source : https://www.asafrance.fr/item/gilets-jaunes-et-budget-des-armees.html