REFONDER NOTRE DEFENSE.

Par le Gal. Pierre Dominique d'Ornano


 

A la confrontation Est-Ouest a succédé un désordre mondial qui a permis les ambitions les plus insolentes et les attaques meurtrières les plus déterminées. Le quotidien du monde est devenu franchement dangereux. Aucun artifice ne peut plus désormais masquer l’ampleur des défis que l’Europe, et surtout la France, doivent impérativement relever.


Trois horizons pour notre défense

D’abord le réveil à l’Est : il est le fruit d’une politique inféodée aux intérêts des Etats-Unis. Ceux-ci, désireux d’interdire tout rapprochement de l’Europe avec la Russie, ont entraîné une escalade dangereuse de part et d’autre. L'échec a été au rendez vous, imposant à la diplomatie française un changement de cap salutaire mais humiliant.

Les désordres de  l’aire arabo-persique et du sud de la Méditerranée quant à eux, sont  devenus le second horizon de nos soldats. Appuyés sur le courant salafiste du sunnisme wahhabite, aujourd’hui symbolisé par Daech, attisés jusqu’à plus soif par le conflit israélo-palestinien, ces désordres qu’on se décide enfin à qualifier de guerre, ont été et sont encore accentués par des interventions occidentales décidées avec une légèreté confondante. Ils frappent jusqu’au cœur de notre civilisation, de notre territoire, de nos citoyens.

C'est ce troisième horizon, le cœur de la France, qui vient d’être attaqué notamment par ses propres ressortissants. Si l’on n’y porte pas remède avec la plus grande fermeté, ces coups répétés saperont la solidité même de la Nation, rendant illusoire de penser regagner, un jour, notre liberté d’action et notre rang, même en Europe.

Les politiques laxistes, qui ont conduit aujourd'hui à célébrer les messes de Noël sous la protection de nos soldats en armes au cœur même du territoire national, donnent la mesure de l'immense échec des donneurs de leçons et des tenants de postures moralisantes pernicieuses et hypocrites.

Il est temps d'en finir.

 

 Deux volets d'effort et une confirmation

Une protection du territoire national renforcée

Le choc des attentats de janvier, puis de novembre 2015, révèle ce que d’aucuns dénonçaient depuis longtemps : l'inquiétante faiblesse du volet prioritaire de notre défense. Celui qui permet d’assurer la protection de nos concitoyens sur le territoire national. La puissance publique a certes le devoir régalien de mettre à la disposition de leur protection les forces indispensables, mais elle a surtout l'absolue nécessité de définir une vigoureuse politique offensive, qui ne peut se satisfaire du seul essaimage de nos rares soldats sur le territoire, en posture défensive sans fin ni limite. Il faut reprendre l'ascendant sur l'ennemi autant par la rude vigueur du combat que par l'élaboration d'une politique de reconstruction de la cohésion nationale qui repose aussi sur la refondation de notre outil militaire. Ce sont les deux faces d’une même ambition collective.

Une capacité d’intervention  hors de nos frontières remise à hauteur des défis

Le second grand volet de notre défense est la projection des forces.  Cette capacité majeure devrait être destinée à peser tant sur les affaires du monde, que de contribuer à la défense bien comprise de nos intérêts nationaux.

Il est cependant aujourd'hui extrêmement tendance d'accorder toutes les qualités opérationnelles à la conjugaison du bombardement à distance et des forces spéciales. Ce mode opérationnel, outre qu'il n'est pas la panacée, sert surtout à camoufler la peur d'engager des troupes au sol et la propension actuelle des politiques français à faire semblant avec trois fois rien. Le Pouvoir donne quitus à cette stratégie qui coûte peu, fait vendre, tout en épuisant sans conclusion notable le peu de professionnels dont nous disposons. Dans le même temps le déclassement des forces dites "classiques" se poursuit.

Les moyens qui sont affectés à la projection de forces (engagement de troupes au sol) ou de puissance (des frappes à distance quelle que soit la plateforme utilisée) sont désormais trop chichement comptés pour que nos forces professionnelles, malgré leur dévouement absolu, aient la puissance et le volume indispensables pour garantir la moindre décision sur le long terme, et ce même avec le concours de partenaires au vrai dubitatifs sinon réticents, voire redoutablement inefficaces.

Une dissuasion nucléaire à minima

Enfin si la dissuasion nucléaire reste l’unique rempart crédible à opposer aux perturbateurs atomiques, elle n'est d'aucun secours face aux défis actuels. Elle doit donc être dimensionnée à minima.

Le budget de la Défense, dont la sévère attrition continue depuis des décennies n’a ralenti en rien l’inexorable progression des désordres de nos comptes publics, ne répond plus aux défis posés à notre défense nationale. La sécurité des Français mérite désormais autre chose que des réductions constamment masquées par des slogans éculés. « Faire mieux avec moins » est devenu un poison mortel.  Il n’est que temps de se réveiller et de regarder en face la dangereuse réalité du XXI° siècle. A commencer celle qui vient de frapper au cœur de la Capitale.

Aux armées de concevoir le modèle capable de reprendre pied sur le territoire national, de participer à un encadrement des jeunes citoyens et de retrouver leurs capacités à l'extérieur. Aux Français d’assumer lucidement le coût d’une telle ambition parfaitement supportable au regard de l’enjeu. Au pouvoir politique de faire enfin preuve de clairvoyance et de courage.

  

 

Général (2s) Pierre Dominique d’ORNANO

 

Sources : http://www.asafrance.fr/item/libre-opinion-dugeneral-2s-pierre-dominique-d-ornano-refonder-notre-defense.html

                 - Club des sentinelles de l'agora


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