OTAN 2030 :

« Il faut stopper ce train fou avant qu’il ne soit trop tard ! »

...proposé par le Gal. Dominique Delawarde - Le 14/03/2021

Bonjour à tous,

Je vous invite à prendre connaissance du texte en lien ci après, parfaitement clair , signé par un membre du CRI (Centre de Réflexion interarmées) exprimant la position du centre de réflexion dans son ensemble.

Ce texte court et percutant représente aussi la position de très nombreux généraux français tenus, pour certains, au devoir de réserve. Personnellement, je suis de ceux qui en approuvent totalement les termes.

De toute façon, l'OTAN, son secrétaire général et les chefs des États membres de l'OTAN doivent comprendre que ce n'est pas avec des généraux qui ne croient pas en la stratégie qu'on leur propose que l'on gagnera un bras de fer ou un conflit ouvert contre un ennemi fabriqué de toute pièce au plus grand bénéfice de l'empire américain.

Oui, il faut arrêter ce train fou, avant qu'il ne soit trop tard. Ce texte est à rediffuser sans modération.

DD


Source : Rzo Interantional

Dans une lettre ouverte à Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN/NATO1, plusieurs haut gradés de l’Armée regroupés au sein du Cercle de Réflexion Interarmées s’insurgent contre le projet OTAN 2030 qui affaiblit la souveraineté de la France selon eux.

TRIBUNE LIBRE

Le jeudi 18 février 2021 l’étude « OTAN 2030 », produite à votre demande, vous a été présentée. Elle indique ce que doivent être les missions de l’OTAN pour les dix prochaines années. D’entrée, il apparaît que toute l’orientation de l’OTAN repose sur le paradigme d’une double menace, l’une russe, présentée comme à l’œuvre aujourd’hui, l’autre chinoise, potentielle et à venir. Deux lignes de force majeures se dégagent de cette étude.

La première, c’est l’embrigadement des Européens contre une entreprise de domination planétaire de la Chine, en échange de la protection américaine de l’Europe contre la menace russe qui pèserait sur elle.

La deuxième, c’est le contournement de la règle du consensus, de plusieurs manières : opérations en coalitions de volontaires ; mise en œuvre des décisions ne requérant plus de consensus ; et surtout la délégation d’autorité au SACEUR (Commandant Suprême des Forces Alliées en Europe, officier général américain) au motif de l’efficacité et de l’accélération de la prise de décision.

Mais la lecture de ce projet « OTAN 2030 » fait clairement ressortir un monument de paisible mauvaise foi, de tranquille désinformation et d’instrumentalisation de cette « menace Russe », « menace » patiemment créée puis entretenue, de façon à « mettre au pas » les alliés européens derrière les États-Unis, en vue de la lutte qui s’annonce avec la Chine pour l’hégémonie mondiale.

C’est pourquoi, Monsieur le Secrétaire général, avant toute autre considération sur l’avenir tel qu’il est proposé dans le projet OTAN 2030, il est important de faire le point sur les causes et la réalité de cette menace russe, par les quelques rappels historiques ci-dessous.

En effet, l’histoire ne commence pas en 2014, et c’est faire preuve d’une inébranlable mauvaise foi historique concernant les relations euro et américano-russes, que de passer en une seule phrase (au tout début du paragraphe « Russie ») directement du « partenariat constructif » lancé par l’Otan au début des années 90 à l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, comme s’il ne s’était rien passé entre 1991 et 2014, entre « la gentille Russie » de l’époque, et le méchant « Ours russe » d’aujourd’hui.

C’est bien l’OTAN qui, dès les années 1990, s’est lancée à marche forcée dans son élargissement vers l’est, certes à la demande des pays concernés, mais malgré les assurances données à la Russie en 1991 lors de la signature du traité de Moscou2, et qui d’année en année a rapproché ses armées des frontières de la Russie, profitant de la décomposition de l’ex URSS.

C’est bien l’OTAN qui , sans aucun mandat de l’ONU, a bombardé la Serbie3 pendant 78 jours, avec plus de 58 000 sorties aériennes, et ceci sur la base d’une vaste opération de manipulation et d’intoxication de certains services secrets de membres importants de l’Alliance, (le prétendu plan serbe « Potkova » et l’affaire de Racak ), initiant ainsi, contre toute légitimité internationale, la création d’un Kosovo indépendant en arrachant une partie de son territoire à un état souverain, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, humiliant ainsi la Russie à travers son allié serbe.

Ce principe serait-il à géométrie variable, lorsqu’il s’agit de la Crimée composée à plus de 90% de Russes, et rejoignant la Russie sans un coup de feu ?

C’est bien l’OTAN qui en 2008, forte de sa dynamique « conquête de l’est », refusa la main tendue par la Russie pour un nouveau « Pacte de sécurité européen » qui visait à régler les conflits non résolus à l’est de l’Europe (Transnistrie, Abkhazie, Ossétie du Sud), en échange d’une certaine neutralité de la Géorgie, de l’Ukraine, de la Moldavie – c’est à dire de l’immédiat « hinterland » russe – vis-à-vis de l’OTAN.

Et c’est toujours avec ce même esprit conquérant, perçu comme un réel étranglement par la Russie, qu’il a été choisi, en 2010, d’encourager les graves troubles de l’« Euromaïdan », véritable coup d’état qui a abouti à l’élimination du président ukrainien légalement élu, jugé trop pro-russe, en vue de continuer la politique de rapprochement de l’Ukraine avec l’OTAN.

On connaît la suite, avec les sécessions de la Crimée et du Donbass.

C’est bien l’OTAN qui au début des années 2000, après avoir associé la Russie à une défense anti-missiles de théâtre censée « protéger les États-Unis et ses alliés, dont la Russie » , d’une attaque de missiles tirés par des « États voyous », notamment l’Iran et la Corée du Nord (sic), transforma de facto en 2010 lors du sommet de Lisbonne, ce système en une architecture globale de défense antimissile balistique en Europe (BMDE), non plus de théâtre, mais en un véritable bouclier tourné cette fois-ci contre la Russie et non pas la protégeant.

C’est encore l’OTAN qui donna l’assurance à la Russie que les sites de lancement des missiles antimissiles balistiques (ABM) ainsi déployés devant sa porte ne pourraient jamais être retournés en sites offensifs contre son territoire tout proche, « oubliant de préciser » qu’en réalité ces lanceurs (MK 41) de missiles ABM pouvaient tout aussi bien servir à tirer des missiles offensifs Tomahawk contre son territoire (nucléaires ou conventionnels de portées supérieures à 2 000 km selon les versions) en contradiction flagrante avec le traité INF toujours en vigueur à l’époque de leur déploiement ; on dépassait là, et de loin la question de savoir si le 9M729 russe portait à 480 km ou à 520 !

La menace potentielle ainsi exercée sur la capacité de frappe en second de la Russie, base de sa dissuasion nucléaire, a sérieusement remis en cause l’équilibre stratégique américano-russe , poussant alors la Russie à suspendre toute coopération au sein du COR (Conseil OTAN-Russie) fin 2013, donc dès avant l’affaire de la Crimée de 2014, laquelle sera ensuite utilisée par l’OTAN pour justifier – a posteriori – la protection BMDE de l’Europe face à la nouvelle « menace russe » !

Alors oui, Monsieur le Secrétaire général, au terme de ces vingt années d’efforts soutenus de la part de l’OTAN pour recréer « l’ennemi russe », indispensable à la survie d’une organisation théoriquement purement défensive, oui, la Russie a fini par se raidir, et par chercher à l’Est la coopération que l’Ouest lui refusait.

L’entreprise de séparation de la Russie d’avec l’Europe, patiemment menée au fil des années, par vos prédécesseurs et par vous-même sous l’autorité constante des États-Unis, est aujourd’hui en bonne voie, puisque la Russie, enfin redevenue « la menace russe » , justifie les exercices les plus provocateurs comme Defender 2020 reporté à 2021, de plus en plus proches de ses frontières, de même que les nouveaux concepts d’emploi mini-nucléaires les plus fous sur le théâtre européen sous l’autorité de…l’allié américain qui seul en possède la clef.

Mais non, Monsieur le Secrétaire général, aujourd’hui, et malgré tous vos efforts, la Russie avec son budget militaire de 70 Mds€ (à peine le double de celui de la France), ne constitue pas une menace pour l’OTAN avec ses 1000 Md€ , dont 250 pour l’ensemble des pays européens de l’Alliance ! Mais là n’est pas votre souci car ce qui est visé désormais à travers ce nouveau concept OTAN 2030, est un projet beaucoup plus vaste : à savoir impliquer l’Alliance atlantique dans la lutte pour l’hégémonie mondiale qui s’annonce entre la Chine et les États-Unis.

La vraie menace, elle réelle, est celle du terrorisme. L’étude y consacre bien un développement, mais sans jamais se départir du mot « terrorisme », ni en caractériser les sources, les ressorts, les fondements idéologiques et politiques.

Autrement dit, on n’aurait comme menace, en l’occurrence, qu’un mode d’action, puisque telle est la nature du « terrorisme ». On élude donc une réalité dérangeante, celle de l’islamisme radical et de son messianisme qui n’a rien à envier à celui du communisme d’antan. Le problème est que ce même messianisme est alimenté par l’immense chaos généré par les initiatives américaines post Guerre Froide , et qu’il est même porté au plan idéologique tant par la Turquie de Erdogan, membre de l’Otan, que par l’Arabie Saoudite, allié indéfectible des États-Unis.

Comme on pouvait s’y attendre, il apparaît dès les premières lignes que ce document n’augure rien de bon pour l’indépendance stratégique de l’Europe, son but étant clairement de reprendre en mains les alliés européens qui auraient seulement pu imaginer avoir une once d’un début d’éveil à une autonomie européenne.

Ce n’est pas tout, car non seulement vous projetez de transformer l’OTAN, initialement alliance défensive bâtie pour protéger l’Europe face à un ennemi qui n’existe plus, en une alliance offensive contre un ennemi qui n’existe pas pour l’Europe, (même si nous ne sommes pas dupes des ambitions territoriales de la Chine, de l’impact de sa puissance économique et du caractère totalitaire de son régime) , mais ce rapport va plus loin, carrément vers une organisation à vocation politique mondiale, ayant barre sur toute autre organisation internationale.

Ainsi, selon ce rapport :

  • L’OTAN devrait instaurer une pratique de concertation entre Alliés avant les réunions d’autres organisations internationales (ONU, G20, etc..) , ce qui signifie en clair « venir prendre les instructions la veille » pour les imposer le lendemain massivement en plénière !
  • L’OTAN doit avoir une forte dimension politique, qui soit à la mesure de son adaptation militaire. L’Organisation devrait envisager de renforcer les pouvoirs délégués au secrétaire général, pour que celui-ci puisse prendre des décisions concrètes concernant le personnel et certaines questions budgétaires.
  • L’OTAN devrait créer, au sein des structures existantes de l’Alliance, un mécanisme plus structuré pour la formation de coalitions. L’objectif serait que les Alliés puissent placer de nouvelles opérations sous la bannière OTAN même si tous ne souhaitaient pas participer à une éventuelle mission.
  • L’OTAN devrait réfléchir à l’opportunité de faire en sorte que le blocage d’un dossier par un unique pays ne soit possible qu’au niveau ministériel.
  • L’OTAN devrait approfondir les consultations et la coopération avec les partenaires de l’Indo-Pacifique : l’Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande et la République de Corée,
  • L’OTAN devrait commencer de réfléchir en interne, à la possibilité d’établir un partenariat avec l’Inde.

Monsieur le Secrétaire général,

C’est parce que cette organisation lorsqu’elle a perdu son ennemi, n’a eu de cesse que de se lancer à corps perdu dans la justification politique de la préservation de son outil militaire, en se reforgeant son nouvel ennemi russe, qu’elle tend aujourd’hui à devenir un danger pour l’Europe.

Car, non contente d’avoir fait manquer à l’Europe l’occasion d’une véritable paix durable souhaitée par tous, y compris par la Russie, l’OTAN animée du seul souci de sa survie, et de sa justification par son extension, n’a fait que provoquer un vaste réarmement de part et d’autre des frontières de la Russie , de la Baltique à la Mer Noire, mettant en danger la paix dans cette Europe, qu’elle ne considère plus désormais que comme son futur champ de bataille,

Et maintenant, à travers ce document OTAN 2030, et contre la logique la plus élémentaire qui veut que ce soit la mission qui justifie l’outil et non l’inverse – les Romains ne disaient-ils pas déjà « Cedant arma togae » [Que les armes cèdent à la toge] ? – vous voudriez, pour l’avenir, justifier l’outil militaire de cette alliance en le transformant en un instrument politique, incontournable, de gestion de vastes coalitions internationales, au profit d’une véritable gouvernance planétaire, allant même jusqu’à passer outre les décisions de l’ONU et écrasant les souverainetés nationales !

Alors non, Monsieur le Secrétaire général ! Il faut stopper ce train fou, avant qu’il ne soit trop tard ! La France, quant à elle, dans le droit fil des principes énoncés voici plus d’un demi-siècle par le général de Gaulle, ne saurait, sans faillir gravement, se prêter à cette entreprise d’une acceptation aventureuse de la tutelle américaine sur l’Europe.

Pour le Cercle de Réflexion Interarmées4, le Général de Brigade aérienne (2S) Grégoire Diamantidis

source:http://www.elcorreo.eu.org

 

Lire aussi : "Le pape François soutient la politique de l’OTAN et de l’ONU"

  1. Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, structure militaire de l’Alliance Atlantique
  2. Traité de Moscou : ou « traité deux plus quatre », signé le 12 septembre 1990 à Moscou, entre les représentants des deux Allemagnes et ceux des quatre puissances alliées de la Seconde Guerre Mondiale, est le « traité portant règlement définitif concernant l’Allemagne » qui a ouvert la voie à la réunification allemande et fixé le statut international de l’Allemagne unie.
  3. Opération « Force Alliée ». Cette opération, décidée par l’OTAN, après l’échec des négociations entre les indépendantistes kosovars et la Serbie sous l’égide de l’OSCE (Conférence de Rambouillet 6 février-19 mars 1999) , fut déclenchée sans mandat de l’ONU, le 24 mars sur la base d’une vaste campagne dans les médias occidentaux, concernant un plan d’épuration ethnique (plan Potkova ) mené à grande échelle au Kosovo par la Serbie. Plan qui se révéla par la suite, avoir été fabriqué de toute pièce par les services secrets bulgares et allemands .
  4. Le Cercle de Réflexion Interarmées (CRI), est un organisme indépendant des instances gouvernementales et de la hiérarchie militaire. Il regroupe des officiers généraux et supérieurs des trois armées ayant quitté le service et quelques civils et a pour objectif de mobiliser les énergies, afin de mieux se faire entendre des décideurs politiques, de l’opinion publique et contribuer ainsi à replacer l’Armée au cœur de la Nation dont elle est l’émanation.

La construction de « l’ennemi russe » par l’OTAN se fatigue

..par Karine Bechet-Golovko - Le 19/03/2021.

Il y a peu, l’OTAN a sorti sa stratégie 2030, qui ressemble à s’y méprendre aux autres, la Russie est toujours l’ennemi premier et direct, la Chine un danger potentiel. Bref, l’OTAN s’affirme sans complexe, comme bras armé des intérêts globalistes. La Russie souligne la détérioration de la coopération militaire, réduite à néant par les efforts constants de l’OTAN, qui en toute logique, n’a pas besoin d’une coopération avec « l’ennemi », mais d’une reddition, ce que la Russie n’envisage pas. Bref, l’OTAN est en pleine stagnation, sans ennemi elle n’a aucun sens et le fameux danger russe a de plus en plus de mal à convaincre, à tel point qu’un groupe d’officiers français a envoyé une lettre au secrétaire général de l’OTAN, dénonçant l’instrumentalisation de la soit-disant « menace russe » pour soumettre les Européens aux intérêts américains, rappelant que c’est bien l’OTAN qui dès les années 90 se déplace vers les frontières russes et qui a refusé toutes les propositions d’un pacte de sécurité européen faites par la Russie. Lentement, mais sûrement, le voile de l’illusion se déchire … sur un souverain otanesque dénudé.

Le Ministère russe des Affaires étrangères, suite aux nouvelles (mais rituelles) déclarations de l’OTAN faisant de la Russie une menace pour l’Europe, qui est censée toujours attendre l’invasion et les missiles et donc, logiquement, accueille, cette fois réellement, de plus en plus de missions militaires américaines, a dénoncé la volonté persistante de l’OTAN de déconstruire tous les mécanismes de coopération militaire, réduisant à néant le format Russie-OTAN.

Ce manque de volonté s’accompagne d’une extension permanente vers les frontières russes depuis la chute de l’URSS, avec la démultiplication des entraînements, le déploiement des systèmes anti-missiles ABM américains – tournés vers la Russie, des bases militaires américaines, etc. Le directeur du Renseignement extérieur russe a même déclaré qu’ils avaient reçu l’information, il y a un an de cela, selon laquelle les services de renseignement des pays de l’OTAN s’étaient réunis sur le sol d’un pays européen (qui n’est pas l’Allemagne) pour discuter de la manière de relancer et soutenir les mouvements d’opposition en Russie, allant même jusqu’à envisager le recours aux victimes sacrificielles.

Ainsi, dans la démarche de l’OTAN, la Russie est réellement devenue l’ennemi, non pas l’ennemi rhétorique, mais l’ennemi à combattre, existentiel. Cette attitude modifie radicalement le système de sécurité en Europe, qui se transforme en zone de conflit potentiel pour servir les intérêts globalistes – contre la Russie.

Mais cela est-il réellement de l’intérêt européen ? L’on peut sérieusement en douter. Et une lettre, fort peu médiatisée, de hauts gradés de l’armée française a été envoyée à Stoltenberg, qui finalement fait comprendre que le Roi est nu, l’armée nationale n’est pas là pour défendre les intérêts d’une autre puissance au prix de la sécurité de la population, au prix de la souveraineté du pays. Cette lettre, à lire absolument, a été intégralement publiée par Capital (disponible ici et ci-dessus).

En voici certains extraits :

« (…) D’entrée, il apparaît que toute l’orientation de l’OTAN repose sur le paradigme d’une double menace, l’une russe, présentée comme à l’œuvre aujourd’hui, l’autre chinoise, potentielle et à venir. Deux lignes de force majeures se dégagent de cette étude.

La première, c’est l’embrigadement des Européens contre une entreprise de domination planétaire de la Chine, en échange de la protection américaine de l’Europe contre la menace russe qui pèserait sur elle.

La deuxième, c’est le contournement de la règle du consensus, de plusieurs manières : opérations en coalitions de volontaires ; mise en œuvre des décisions ne requérant plus de consensus ; et surtout la délégation d’autorité au SACEUR (Commandant suprême des Forces alliées en Europe, officier général américain) au motif de l’efficacité et de l’accélération de la prise de décision.

Mais la lecture de ce projet « OTAN 2030 » fait clairement ressortir un monument de paisible mauvaise foi, de tranquille désinformation et d’instrumentalisation de cette « menace Russe », « menace » patiemment créée puis entretenue, de façon à « mettre au pas » les alliés européens derrière les États-Unis (…). il est important de faire le point sur les causes et la réalité de cette menace russe (…).

C’est bien l’OTAN qui, dès les années 1990, s’est lancée à marche forcée dans son élargissement vers l’est, certes à la demande des pays concernés, mais malgré les assurances données à la Russie en 1991 lors de la signature du traité de Moscou, et qui d’année en année a rapproché ses armées des frontières de la Russie, profitant de la décomposition de l’ex-URSS.

C’est bien l’OTAN qui en 2008, forte de sa dynamique « conquête de l’Est », refusa la main tendue par la Russie pour un nouveau « Pacte de sécurité européen » qui visait à régler les conflits non résolus à l’Est de l’Europe (Transnistrie, Abkhazie, Ossétie du Sud), en échange d’une certaine neutralité de la Géorgie, de l’Ukraine, de la Moldavie – c’est à dire de l’immédiat « hinterland » russe – vis-à-vis de l’OTAN.

Et c’est toujours avec ce même esprit conquérant, perçu comme un réel étranglement par la Russie, qu’il a été choisi, en 2010, d’encourager les graves troubles de « l’Euromaïdan », véritable coup d’État qui a abouti à l’élimination du président ukrainien légalement élu,  jugé trop pro-russe, en vue de continuer la politique de rapprochement de l’Ukraine avec l’OTAN. (…)

Alors oui, Monsieur le secrétaire général, au terme de ces vingt années d’efforts soutenus de la part de l’OTAN pour recréer « l’ennemi russe », indispensable à la survie d’une organisation théoriquement purement défensive, oui, la Russie a fini par se raidir, et par chercher à l’Est la coopération que l’Ouest lui refusait. (…)

(…) ce qui est visé désormais à travers ce nouveau concept OTAN 2030, est un projet beaucoup plus vaste : à savoir impliquer l’Alliance atlantique dans la lutte pour l’hégémonie mondiale qui s’annonce entre la Chine et les États-Unis. (…) C’est parce que cette organisation lorsqu’elle a perdu son ennemi, n’a eu de cesse que de se lancer à corps perdu dans la justification politique de la préservation de son outil militaire, en se reforgeant son nouvel ennemi russe, qu’elle tend aujourd’hui à devenir un danger pour l’Europe.

Alors non, Monsieur le secrétaire général ! Il faut stopper ce train fou, avant qu’il ne soit trop tard ! La France, quant à elle, dans le droit fil des principes énoncés voici plus d’un demi-siècle par le général de Gaulle, ne saurait, sans faillir gravement, se prêter à cette entreprise d’une acceptation aventureuse de la tutelle américaine sur l’Europe ».

L’OTAN se retrouve dans la même impasse que les États-Unis de Biden : ils n’ont pas besoin d’une coopération avec leurs alliés, car ils n’ont pas d’alliés, mais des États satellites qu’ils dominent et qui n’ont qu’un seul droit – celui d’obéir ; ils n’ont pas besoin d’une coopération avec leurs ennemis, mais d’une reddition, sans prendre le risque d’un conflit réel, pour lequel ils ne sont (heureusement) pas prêts. Finalement, ils ne sont forts que parce qu’ils sont obéis. La Russie leur est nécessaire dans la position de l’ennemi, cet ennemi qui permet de tenir une unité de circonstance, faute d’un partage réel des intérêts entre les membres d’un même clan. Et certaines voix commencent à s’élever en se demandant quel est le fondement d’une telle obéissance aveugle …

Karine Bechet-Golovko

source : http://russiepolitics.blogspot.com/


Une lettre ouverte au président Poutine

...par Paul Craig Robert - Le 20/03/2021.

La description de Poutine comme un tueur par Biden a-t-elle finalement dissipé les espoirs de bonnes relations du Kremlin ?

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a répondu à l’inacceptable remarque faite par Joe Biden qualifiant le président russe de tueur, en déclarant que Biden avait clairement indiqué « qu’il ne veut pas normaliser les relations ». Au Kremlin, l’espoir est-il éternel ? Il est évident pour moi, depuis de nombreuses années, que Washington ne veut pas de relations normales avec la Russie ou tout autre pays. Washington veut une relation hégémonique avec Washington en tant qu’hégémon et la Russie en tant que marionnette obéissante comme la Russie l’était pendant la décennie Eltsine.

Il suffit de considérer les quatre dernières années de la présidence de Trump. Trump a déclaré son intention de normaliser les relations avec la Russie et pour cette raison, sa présidence a été sabotée par l’Establishment américain.

Il n’y a aucune possibilité que la Russie ait des relations normales avec les États-Unis et leur empire. La destruction de la présidence de Trump et le vol de sa réélection sont la preuve que l’Establishment américain ne tolérera pas un président qui a l’intention d’avoir une relation diplomatique normale avec une Russie souveraine. Cette seule intention a suffi pour faire tomber la présidence de Trump. Trump a immédiatement été confronté à trois années de « Russiagate » orchestré, suivies de deux tentatives de destitution de Trump pour de faux motifs, et sa réélection a été volée. La justice américaine a même refusé d’examiner les preuves accablantes de l’élection volée. Le Kremlim a-t-il vraiment cru que Biden allait répéter l’autodestruction de Trump et se faire ami avec la Russie ?

Malgré toute la clarté de l’accusation de Biden, soutenue par la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki selon laquelle « les Russes seront tenus responsables », la porte-parole du Ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova a réaffirmé l’intérêt de la Russie à « empêcher la dégradation irréversible » des liens bilatéraux russes avec les États-Unis.

Incroyable. Il semble que le Kremlin soit incapable de reconnaître la réalité. En 2016, Hillary Clinton, qui était pressentie pour être la prochaine présidente des États-Unis, a qualifié Poutine de « nouvel Hitler ». En quoi cela diffère-t-il de Biden qui qualifie Poutine de tueur ? La politique occidentale officielle consiste à diaboliser Poutine et la Russie. La diabolisation de Poutine et de la Russie est en cours depuis des années.

L’indulgence de Poutine est remarquable. Il traite ces insultes calculées comme si elles étaient de l’eau sur le dos d’un canard. Mais la réponse de Poutine ne sert ni la paix ni les intérêts de la Russie.

Cher président Poutine, permettez-moi de vous expliquer la menace à laquelle vous et le monde entier êtes confrontés. Washington et l’establishment de la politique étrangère américaine vous détestent. Ils vous détestent parce que vous avez rétabli la souveraineté de la Russie et, de ce fait, mis un pays puissant en travers du chemin de l’hégémonie américaine. Rappelez-vous la doctrine Wolfowitz (1992) :

« Notre premier objectif est d’empêcher la réémergence d’un nouveau rival, que ce soit sur le territoire de l’ancienne Union soviétique ou ailleurs, qui puisse représenter une menace de cet ordre que menaçait déjà autrefois l’Union soviétique. C’est une considération primordiale qui sous-tend la nouvelle stratégie de défense régionale et qui exige que nous nous efforcions d’empêcher toute puissance hostile de prendre de l’ascendant sur une région dont le contrôle consolidé des ressources serait suffisant pour générer une puissance mondiale. »

C’est vous, président Poutine, et vous seul, qui êtes responsable de cette « réémergence d’un nouveau rival… suffisant pour générer une puissance mondiale ». Par conséquent, vous êtes un obstacle impardonnable pour l’hégémonie américaine, et « notre premier objectif » est de supprimer l’obstacle que vous représentez à l’hégémonie américaine.

Cette politique néoconservatrice reste en place. Aucune alternative ne s’est présentée. Récemment, deux analystes russes du Conseil atlantique hégémonique ont suggéré que Washington adopte une approche moins hostile envers la Russie. Ils ont été immédiatement dénoncés par les 22 autres membres des experts en politique étrangère du conseil. Voir : paulcraigroberts.org/2021/03/17/washington-has-resurrected-the-specter-of-nuclear-armageddon

On ne saurait dire plus clairement que la Russie est dans le collimateur de Washington. Le Kremlin manque-t-il de personnes connaissant la langue anglaise ?

Celui qui conseille le Kremlin est un idiot. Chaque fois que le Kremlin répond aux insultes et aux fausses accusations de Washington, il donne à l’ensemble des médias occidentaux – un ministère de la propagande comme il n’en a jamais existé sur terre et que l’on ne trouve que dans la science-fiction, comme dans « 1984 » de George Orwell – l’occasion de répéter l’accusation : « Aujourd’hui, le porte-parole du Kremlin a nié que Poutine était un tueur ».

Si je peux donner un conseil, président Poutine, expliquez à Peskov et à Zakharov de ne pas répondre aux accusations et aux insultes. Ignorez-les. Ne dites rien. Arrêtez d’essayer de faire appel à Washington et à ses marionnettes de l’OTAN. Le fait que la Russie pense que les faits sont plus importants est considéré par l’Occident comme un signe de grande faiblesse. Les faits ne comptent pas en Occident. Le Russiagate l’a prouvé pour vous.

Faites vos affaires là où vous êtes bien accueilli et considéré comme un protecteur potentiel contre Washington, comme l’Iran. Formez un pacte de défense mutuelle explicite avec la Chine. Même la folie criminelle de Washington ne s’attaquera pas à la Russie et à la Chine. Ajoutez l’Iran et les Talibans. La meilleure façon d’empêcher le terrorisme islamique d’entrer dans la Fédération de Russie est de se lier d’amitié avec eux et de les retourner contre Washington. Battez Washington à son propre jeu. Et par tous les moyens, empêchez Israël et Washington d’attaquer le territoire syrien. Tant que vous ne montrerez pas la puissance de la Russie, vous ne serez pas pris au sérieux. Plus longtemps vous ne serez pas pris au sérieux, plus la probabilité que les menaces contre la Russie augmentent jusqu’à l’arrivée de la guerre nucléaire sera grande. De toute évidence, la Russie n’est pas prise au sérieux, les dirigeants démocrates américains décrivant le président de la Russie comme le « nouvel Hitler » et « un tueur ». Aucun président américain n’a osé parler d’un dirigeant soviétique en ces termes.

Je donne ce conseil non pas parce que je suis pro-Russie et anti-Amérique, mais parce que j’ai travaillé avec le président Reagan pour atteindre l’objectif de mettre fin à la Guerre froide et à sa menace d’Armageddon nucléaire. Les gens peuvent parler tant qu’ils veulent du changement climatique et du Covid, mais la guerre nucléaire est une possibilité de la fin des temps.

L’intention néoconservatrice américaine d’acquérir l’hégémonie mondiale entraînera une guerre nucléaire à moins que vous ne tourniez le dos à l’Occident décadent, corrompu et moribond et que vous ne protégiez avec une force décisive les intérêts de la Russie et de ses amis. Washington vous refuse des amis en Europe. Trouvez-les ailleurs. La paix du monde est en jeu.

Paul Craig Roberts

source : https://www.paulcraigroberts.org

traduit par Réseau International


L’OTAN n’est pas en état de mort cérébrale.

C’est l’Europe qui l’est !

...par Alain de Benoist - Le 01/04/2021.

 

L’OTAN n’est pas en état de mort cérébrale. C’est l’Europe qui l’est ! »

 

Source : Place d'armes

 

Nous avons déjà eu l’occasion de parler de l’OTAN, organisation qui aurait dû logiquement être dissoute en même temps que le pacte de Varsovie, puisqu’elle avait été créée à seule fin de résister à l’Union soviétique, aujourd’hui disparue.

 

Mais il n’en a rien été, puisqu’elle s’est muée en une vaste organisation de « défense globale » qui intervient désormais dans le monde entier. Quelles sont, aujourd’hui, ses priorités ?

 

Tout le monde le sait, ses ennemis désignés sont aujourd’hui la Fédération de Russie en premier lieu, la Chine en second. Le fait nouveau est qu’avec l’élection de Joseph (« Joe ») Robinette Biden, le parti de la guerre est de retour. Les États-Unis ont déjà recommencé à bombarder la Syrie, Poutine se fait traiter de « tueur » par Biden et de nouvelles sanctions viennent d’être adoptées contre la Chine. Parallèlement, une vaste offensive de propagande est en cours pour « cimenter la centralité du lien transatlantique », c’est-à-dire pour faire croire aux Européens que les ennemis des Américains sont nécessairement les leurs. On en revient au chantage à la protection de l’époque de la guerre froide : les Européens sont sommés de s’aligner sur les positions de Washington en échange de la protection américaine, et donc de faire allégeance au commandant suprême des forces alliées en Europe qui est, comme toujours, un général américain. En clair : protectorat contre vassalisation.

 

C’est aussi ce que dit la tribune publiée tout récemment dans le mensuel Capital, qui a été signée par plusieurs hauts gradés militaires. Le moins qu’on puisse dire est que ses signataires ne mâchent pas leurs mots, puisqu’ils disent que la souveraineté de la France est directement menacée par les projets de l’OTAN…

 

La lettre ouverte adressée à Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN, par les membres du Cercle de réflexion interarmées est en effet un véritable réquisitoire contre le projet « OTAN 2030 », qui définit les missions de l’Organisation pour les dix prochaines années. Ce projet est qualifié de « monument de paisible mauvaise foi », ce qui a le mérite d’être clair. Mais il faut aller plus loin si l’on veut comprendre ce qui est en jeu.

 

Le fait important est que la doctrine de l’OTAN n’a cessé d’évoluer, ces dernières années, vers l’intégration du combat nucléaire à toutes les étapes de la bataille. En 2008, l’OTAN avait déjà refusé de signer le Pacte européen de sécurité proposé par Moscou. En 2010, au sommet de Lisbonne, la défense anti-missiles balistiques américaine mise en place en Europe avait pris un caractère clairement dirigé contre « l’ennemi russe ». À partir de 2015, les premiers missiles antimissiles américains en packs de 24 lanceurs Mk 41, implantés tout autour de la Russie, n’ont plus été conçus comme permettant seulement des tirs défensifs, mais aussi des tirs offensifs. En 2019, les États-Unis ont déchiré le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) qui avait été signé en 1987 par Gorbatchev et Reagan. Tout récemment encore, un groupe de dix experts nommé par Stoltenberg s’est prononcé, dans son livre OTAN 2030: United for a New Era, pour le déploiement en Europe de nouveaux missiles nucléaires à moyenne portée équipés de bombes nucléaires B61-12. On en revient, ainsi, au concept de « bataille nucléaire de l’avant ». Cela signifie que le concept de frappe nucléaire tactique de théâtre est à nouveau scénarisé et que l’OTAN considère désormais l’Europe comme son futur champ de bataille, les États-Unis restant bien entendu seuls maîtres de l’engrenage vers l’option nucléaire.

 

En déclarant, il y a deux ans, que l’OTAN était « en état de mort cérébrale », Emmanuel Macron avait fait sensation, cette déclaration ayant été interprétée comme un appel lancé aux Européens pour qu’ils se dotent d’une défense commune qui leur soit propre. Apparemment, ça n’a pas été le cas.

 

Dans l’entretien auquel vous faites allusion, Macron disait aussi que « si nous acceptons que d’autres grandes puissances, y compris alliées, y compris amies, se mettent en situation de décider pour nous, notre diplomatie, notre sécurité, alors nous ne sommes plus souverains ». Le chef de l’État parlait d’or. Mais hélas ! il s’est contenté de jouer du pipeau, puisque le sursaut attendu n’a pas eu lieu. Quand, en 2009, Nicolas Sarkozy avait décidé de réintégrer la structure militaire de l’OTAN, il avait également claironné qu’il levait ainsi un obstacle à la mise en place d’une Défense européenne. C’était tout aussi illusoire. Ou tout aussi mensonger.

 

Plus significatif encore : après les déclarations de Donald Trump laissant planer le spectre d’un désengagement de Washington, on aurait pu penser que les Européens se seraient souciés plus sérieusement de pourvoir par eux-mêmes à leur sécurité. C’est le contraire qui s’est passé. Tous les gouvernements européens ont, au contraire, rivalisé en gestes d’allégeance dans l’espoir d’infléchir la position des États-Unis. Tous ont fait assaut de surenchère atlantiste sur des sujets comme la désignation de la Chine et de la Russie comme nouveaux ennemis communs, l’inclusion de l’espace parmi les théâtres d’opérations de l’OTAN ou l’accès des États-Unis aux programmes d’armement européens. La France elle-même s’est finalement alignée sur les positions américaines et ne fait plus entendre une voix originale sur aucun sujet. Si tel n’était pas le cas, elle commencerait par se désolidariser des sanctions contre la Russie et rétablirait ses relations diplomatiques avec la Syrie !

 

Une Défense européenne n’est pas près de voir le jour pour la simple raison que la majorité des États européens, à commencer par l’Allemagne, n’en veulent pas, non seulement parce qu’ils trouvent que cela coûte trop cher et qu’ils s’imaginent que les bons sentiments suffisent à régler les rapports de force, mais aussi parce qu’ils savent très bien qu’il est impossible de défendre l’Europe sans prendre la place de l’OTAN, dont c’est la chasse gardée. Comme le dit le général Vincent Desportes, « plus le parapluie américain est une chimère, plus les Européens s’y accrochent ». Alors que les États-Unis disposent d’un budget militaire de près 750 milliards de dollars (contre moins de 70 milliards pour la Russie), les budgets militaires de la plupart des pays européens sont indigents, ces mêmes pays préférant de surcroît acquérir des avions de guerre et des systèmes balistiques américains plutôt qu’européens pour complaire au complexe militaro-industriel américain.

Macron a eu grand tort de parler de « mort cérébrale » à propos de l’OTAN. L’OTAN n’est nullement en état de mort cérébrale. C’est l’Europe qui l’est, puisqu’elle refuse de se doter des moyens de la puissance. Le général Vincent Desportes le dit également sans ambages : « L’OTAN est une menace pour l’Europe », avant d’ajouter que « l’avenir de l’Europe est eurasiatique, pas euro-atlantique ». Une évidence que personne ne veut apparemment reconnaître. Le réveil sera terrible.

 

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

 

Alain de Benoist

Intellectuel, philosophe et politologue

“Il faut se libérer de l’emprise américaine et se rapprocher de Moscou”, clament des hauts gradés de l’armée

...par le CRI - Le 30/04/2021.

 

 

 

Defender 2020, le prochain exercice militaire de l’OTAN, soulève un débat majeur. Quand bien même on craindrait les « cyber-intrusions » russes ; même si, pris de court par le retour populaire de la Crimée dans le giron russe, les Européens gouvernés par l’Amérique furent tétanisés par l’habileté de Poutine, il n’en reste pas moins qu’organiser des manœuvres de l’OTAN, au 21ème siècle, sous le nez de Moscou, plus de 30 ans après la chute de l’URSS, comme si le Pacte de Varsovie existait encore, est une erreur politique, confinant à la provocation irresponsable. Y participer révèle un suivisme aveugle, signifiant une préoccupante perte de notre indépendance stratégique. Est-il possible que la France s’en dispense ?

Le surgissement d’un fléau planétaire qui confine près de 4 milliards de Terriens, éclairant d’une lumière crue les grandes fragilités de l’humanité, pourrait contribuer à nous débarrasser des vieux réflexes de guerre froide. Faisant soudain peser une menace existentielle, ce fléau transfrontalier hiérarchise les priorités stratégiques, dévoile la futilité des anciennes routines et rappelle le poids de notre appartenance à l’ensemble eurasiatique, dont la Russie est le pivot ancestral

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Certains peuvent redouter de choquer nos partenaires de l’Est européen encore accablés par les souvenirs du rideau de fer. Ils oublient cependant qu’en 1966, il y a plus d’un demi-siècle, Charles de Gaulle dont tout le monde se réclame, mais que personne n’ose plus imiter – sauf en posture - , avait purement et simplement signifié à l’allié américain à qui l’Europe et la France devaient pourtant leur survie, qu’il n’était plus le bienvenu à Fontainebleau. C’est que le « Connétable », ayant chevillé à l’âme l’indépendance du pays, n’avait pas oublié qu’en 1944 Roosevelt avait l’intention de mettre la France sous tutelle administrative américaine.

Pourtant, nombre de militaires d’abord, au prétexte que l’OTAN était une norme opérationnelle et technologique, pourvoyeur à l’occasion d’un appui logistique essentiel, n’ont cessé de militer pour contourner l’affirmation d’indépendance gaullienne, sans cesser de s’en réclamer.

Ensuite, du côté des politiques dès avril 1991, dans l’opposition, appuyant Philippe Seguin contre Charles Pasqua et Jacques Chirac, François Fillon également opposé au traité de Maastricht, avait tenté la quadrature du cercle dans une tribune du Monde. Il y soutenait que l’Europe de la défense était une « chimère », tout en proposant de « placer ses alliés au pied du mur en proposant une véritable européanisation de l'alliance atlantique, en concurrence avec l'actuel projet de simple replâtrage de l'OTAN sous leadership stratégique américain. » Son but était également de préparer le retour de la France dans le commandement d’une OTAN repensée, à l’aune, disait-il de « l’esprit de 1949 » avec une « européanisation de tous les commandements » et « coopération et interopérabilité des forces plutôt que leur intégration ».

 

 

Nicolas Sarkozy décide de "rentrer dans le rang"

 

Dès son entrée à l’Élysée en 1995, Jacques Chirac, pourtant le premier héritier de l‘exigence d’indépendance sous le grand pavois de Charles de Gaulle, entamait les négociations pour le retour de la France dans le Commandement intégré de l’Alliance. En échange - mais sans réel moyen de pression - il réclamait, l’attribution à Paris du poste de Commandement du flanc sud de l’Alliance à Naples, tout de même port d’attache de la 6ème flotte de l’US Navy. Un article de Libération dont la lecture est édifiante détaillait le 27 février 1997, sous la plume de Jacques Amalric, ancien correspondant du Monde à Washington et à Moscou, les dessous de ces marchandages. Chacun jugera à quel point les contorsions sémantiques contrastaient avec l’inflexible fermeté gaullienne, 30 ans plus tôt.

Au passage, il est juste de rappeler que c’est la gauche française qui, apparemment à contre-emploi, s’est opposée au sabordage de l’héritage gaullien. En 1997, Lionel Jospin, devenu premier ministre, affronta directement Jacques Chirac sur cette question.

Mais celui qui a décidé de « rentrer dans le rang » de la structure militaire intégrée c’est bien Nicolas Sarkozy, venu en août 2007 aux États-Unis rencontrer Georges Bush. Le résultat fut l’annonce faite par le Président Français devant le Congrès des États-Unis, le 7 novembre 2007, 41 ans après l’affirmation d’indépendance de Charles de Gaulle. L’affaire fut entérinée par le parlement français saisi par une motion de censure, rejetée en 2009. Pour le prix de son retour, Paris reçut la compensation du Commandement non directement opérationnel dit « Allied Command Transformation » (A.C.T) basé à Norfolk dont la mission est une réflexion technologique, structurelle, tactique et stratégique en même temps qu’une action pédagogique vers les pays membres, visant à la fois à la prise de conscience et à l’harmonisation.

 

Sans en nier l’importance, on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit d’une consolation :

1) Fournir le cadre conceptuel pour la conduite de futures opérations conjointes combinées

2) Définir le concept et les moyens capacitaires des opérations futures de l’Alliance ;

3) Évaluer la pertinence des concepts opérationnels émergents – notamment dans le domaine des hautes technologies - et les traduire en une doctrine d’emploi validée par la recherche scientifique à la fois fondamentale et expérimentale ;

4) Persuader les nations membres, individuellement et collectivement, d'acquérir les capacités indispensables et de fournir la formation initiale nécessaire à la mise en œuvre des nouveaux concepts validés, qu’ils soient endogènes à l’OTAN ou générés hors Alliance.

 

Le processus est un renoncement

 

Nous en sommes là. 54 ans après la brutalité du panache stratégique gaullien, le processus est un renoncement. Aujourd’hui, alors que le pouvoir a abandonné à Bruxelles et à la Banque Centrale Européenne une partie de sa marge de manœuvre régalienne, en échange de la construction d’une Europe dont la voix peine à se faire entendre, quand on écoute les affirmations d’indépendance de la France, on est saisi par l’impression d’une paranoïa. La contradiction diffuse le sentiment d’un « théâtre politique » factice, probablement à la racine d’une désaffection électorale, dont l’ampleur est un défi pour notre démocratie.

Enfin, pour un pays européen déjà sévèrement frappé par d’autres menaces, dans une Union menaçant de se déliter, alors que le voisin grec est confronté à un défi migratoire lancé par le Grand Turc membre de l’Alliance, mais cependant engagé dans une stratégie de retour de puissance par le truchement d’une affirmation médiévale religieuse clairement hostile, aller gesticuler militairement aux ordres de Washington aux frontières de la Russie qui n’est depuis longtemps plus une menace militaire directe, traduit pour le moins une catalepsie intellectuelle, confinant à la perte de l’instinct de survie.

 

Il faut rechercher les racines de ce naufrage dans notre passé récent. S’étant abîmée à deux reprises au 20ème siècle dans le nihilisme suicidaire, la 2ème fois dans une abjection morale impossible à justifier, l’Europe a, en dépit des vastes apports de ses « lumières », perdu les ressorts moraux de l’estime de soi, condition première d’une affirmation de puissance.

 

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Plus encore, le sillage mental de cet héritage insupportable véhicule toujours un parasitage du jeu démocratique. Interdisant à la pensée conservatrice de s’exprimer, la mémoire du génocide raciste plombe toutes les politiques de contrôle des flux migratoires et de répression des incivilités, y compris celles menaçant clairement l’intégrité du territoire.

Cette dépression morale de la Vieille Europe a conduit à son effondrement stratégique, laissant libre cours à l’empiétement américain. De ce point de vue, il n’est pas étonnant que l’Allemagne se soit aussi longtemps affirmée comme le premier point d’appui stratégique de l’Amérique en Europe.

Ajoutons que les accusations qui, dans ce contexte, où les menaces ont radicalement évolué, soupçonnent l’Amérique de perpétuer une mentalité de guerre froide hors du temps, ne manquent pas de pertinence. Le blocage politique antirusse de toutes les élites américaines confondues s’articule à l’obsession stratégique de perpétuer la raison d’être de l’OTAN, un des principaux adjuvants de la prévalence américaine après 1949.

Notons cependant que, sévèrement critiqué par sa propre bien-pensance, Trump qui harcèle verbalement l’Europe en même temps que la plupart de ses alliés, est, au contraire de son administration et du complexe militaro-industriel, favorable à un rapprochement avec la Russie.

 

Conclusion

 

Dans ce contexte dont il faut bien reconnaître que la trajectoire générale est à rebours de la décision de rupture gaullienne de 1966, que faire pour nous libérer de l’emprise américaine et initier un rapprochement avec Moscou ? Tirant le bilan des avantages / inconvénients de notre retour dans le commandement intégré avec cependant des responsabilités opérationnelles réduites, devrions-nous, balayant tous les inconvénients, tourner le dos à Washington désormais considéré par beaucoup comme un hostile ?

Le Dao chinois affirme que « la réalité se construit du battement des contraires ». Illustrant le mouvement cosmologique et la succession cyclique des saisons, la vision porte également sur les interactions entre les situations, les hommes et leurs organisations. Elle spécule que tout changement est le résultat d’une contrainte adverse, sans être nécessairement un affrontement hostile.

Dans le cas qui nous occupe, il est illusoire de croire que, sans une pression significative, les États-Unis modifieraient à la fois leur attitude de suzerain à l’égard des membres de l’alliance et leur hostilité anachronique avec la Russie.

L’épidémie qui frappe le monde bouleverse les routines et les repères. Elle met à jour les dysfonctionnements et les incohérences. Propice aux introspections, elle rappelle qu’à la chute de l’URSS, l’OTAN, saisie par un hubris de puissance a exercé de lourdes pressions sur les marches de la Russie, au-delà des frontières allemandes, mettant la sécurité de l’Europe en danger. Du coup, la crise incite à revenir à l’essentiel du régalien : la sécurité de la France et l’indépendance de sa diplomatie dont on voit bien qu’elles ne peuvent être abandonnées à d’autres.

 

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Le moment est venu de tenter une pression sur Washington en engageant un dialogue stratégique avec Moscou. Si la France se dispensait de participer à certains manœuvres de l’OTAN aux portes de la Russie, anticipant une menace militaire classique aujourd’hui évaporée, elle sonnerait le réveil de la raison, « coup de cymbale » adressé à Washington et Moscou signifiant la fin des léthargies. Le but ne serait pas un renversement d’alliance, mais un rééquilibrage.

Au demeurant, l’initiative marquant le retour de notre indépendance n’a que trop tardé quand on songe que dans le document officiel « Joint Nuclear opérations»* référencé JP-3-72 récemment analysé par la Fondation pour la Recherche Stratégique le Pentagone planifie l’emploi d’armes nucléaires tactiques sur le théâtre européen dans les phases conventionnelles du combat aéroterrestre y compris celles impliquant les forces spéciales. Ce concept est scénarisé et mis en œuvre dans le prochain exercice OTAN Defender 2020 dans lequel l’envahisseur de certains pays européens est clairement désigné.

Si l’exercice a lieu, il devrait permettre de valider sur le papier l’emploi éventuel de nouvelles armes nucléaires tactiques sous contrôle des États-Unis que le traité INF de 1987 interdisait jusqu’en 2019. La France, en participant à cet exercice comme membre de la structure militaire intégrée de l’Otan cautionnerait cette nouvelle stratégie en contradiction complète avec la doctrine française de dissuasion qui refuse toute bataille nucléaire.

Surtout elle apporterait, involontairement, sa caution à la réactivation de la guerre froide avec la mise au ban occidental de la Fédération de Russie présentée comme l’agresseur potentiel principal des pays européens. Ce qui est, là également, en contradiction avec l’orientation actuelle de la diplomatie française qui vise un rapprochement avec la Russie.

Pour éviter que l’initiative d’un désistement français soit perçue comme une provocation par les pays baltes et les PECO, il serait nécessaire de placer la manœuvre diplomatique dans un contexte européen. Paris donnerait l’élan en coordination étroite avec l’Allemagne. 

 

Dans cette démarche gardons-nous de deux écueils : le premier serait de tourner le dos à Washington, « Il s’agit de faire l’Europe sans rompre avec les Américains, mais indépendamment d’eux », répétait Charles de Gaulle ; le deuxième serait la tentation fédéraliste, tant il est vrai que « l’arbitraire centralisation provoquera toujours, par chocs en retour, la virulence des nationalités. (…) L'union de l'Europe ne saurait être la fusion des peuples (…) Mais elle peut et doit résulter de leur systématique rapprochement. » (Charles de Gaulle, Mémoires d’espoir).

 

 

Pour le Cercle de Réflexions Interarmées

Général (2S) François Torrès, Général (2S) Jean-Claude Rodriguez, Général (2S) Jean-Serge Schneider, Général (2S) Grégoire Diamantidis, Général (2S) Marc Allamand, Général (2S) Jean-Pierre Soyard, Contre-Amiral (2S) François Jourdier, Général (2S) Jean-Claude Allard, Général (2S) Christian Renault, Capitaine de Vaisseau (ER) Alexis Beresnikoff, Monsieur Marcel Edouard Jayr.

Deuxième partie à suivre : Du danger de la stratégie nucléaire US-OTAN pour l’Europe

 

*JP3-72 chap. 5 Nuclear Operations, paragraphe 3 Opérations in a Nuclear environnement : «L’emploi des armes nucléaires peut radicalement altérer ou accélérer le déroulement d’une campagne. Une arme nucléaire pourrait être introduite dans le cours de la campagne du fait de la perception d’un échec d’une campagne militaire classique, d’une possible perte de contrôle ou de régime [sic], ou pour procéder à l’escalade afin de proposer un règlement pacifique en des termes plus favorables. »


Avec le plan OTAN 2030, « les pays membres ne seront plus que des valets de la décision américaine »

...par Rachel Marsden - Le 26/06/2021.

Lors de son premier sommet de l’OTAN, Joe Biden a souligné la préoccupation des États-Unis envers la Chine. Est-ce que les autres pays de l’alliance militaire le suivront ? Analyse du colonel Alain Corvez, ex-conseiller aux Ministères français de la Défense et de l’Intérieur, au micro de Rachel Marsden.

Lorsque le président américain a rencontré ses alliés au sommet du G7, en Angleterre, son principal objectif paraissait être de susciter un semblant d’unité contre les adversaires géopolitiques des États-Unis.

Dans les propos de Biden, la Chine a endossé le costume de croquemitaine, laissant penser que la Russie perdait petit à petit son rôle de grand méchant loup mondial dans la rhétorique étasunienne. Biden a encore enfoncé le clou auprès de ses alliés lors d’un sommet de l’OTAN.

Peut-être faudrait-il jeter un œil dans le rétroviseur pour comprendre pourquoi nous en sommes là. La Chine ne serait pas aussi puissante aujourd’hui si ces mêmes pays n’avaient pas passé des années à ignorer – ou même à encourager par leur inaction et leurs politiques erronées – la délocalisation des industries et des emplois occidentaux vers l’empire du Milieu.

« Il faut prendre du recul pour déceler les forces qui se mettent en place, estime le colonel Alain Corvez. Je crois que nous sommes à la fin d’un monde qui était dominé par l’Occident amené par les États-Unis qui étaient – après l’effondrement de l’URSS – la puissance dominante et qui entendaient maintenir sa suprématie non pas seulement sur l’Occident mais pratiquement sur le monde entier. Depuis la remontée en puissance de la Russie de Poutine, on a vu apparaître un pôle de plus en plus, pas hostile au pôle américain mais qui disait « j’existe ». On a également vu la montée en puissance de la Chine ».

Lors du dernier sommet de l’OTAN, l’Alliance atlantique Nord a semblé commencer dévier sa cible de la Russie vers la Chine. Pour l’ancien conseiller au gouvernement français, le plan OTAN 2030 envisagé « n’est ni plus ni moins que la confirmation de la direction américaine » de cette structure militaire :

« Un des aspects de ce plan OTAN 2030 est de supprimer le consensus dans les décisions de l’OTAN et c’est très grave car cela signifie que si des États membres de l’OTAN ne sont pas d’accord avec une intervention décidée par le secrétaire général de l’organisation, c’est-à-dire les États-Unis d’Amérique, on passera outre, on rassemblera les pays d’accord et on interviendra. Les pays membres ne seront plus que des valets de la décision américaine ».

Même si les armées de l’OTAN voulaient un jour réellement faire la guerre à la Chine, à quoi cela ressemblerait-il ?

« Les Américains font aujourd’hui un pivot vers l’Asie et pendant qu’il y avait ce sommet à Genève, les porte-avions et cuirassés américains étaient en train de naviguer au plus près de la Chine. Cela voulait montrer que l’ennemi, c’est la Chine et on se prépare. Mais en même temps, ils savent qu’ils ne peuvent pas faire la guerre à la Chine à cause du fait nucléaire », analyse Alain Corvez.


source : https://fr.sputniknews.com


L'OTAN, un changement de doctrine dangereux ?

...Par le Gal. Diamantidis - Le 19/10/2021.

 Publié le 19/10/2021 à 11:00
Source : France Soir
Deuxième volet d’un entretien avec Grégoire Diamantidis. Général de brigade aérienne, ancien pilote de chasse, le Général Diamantidis a été chargé à partir des années 1990 de missions internationales parmi les plus sensibles, traitant en particulier de l'ex-Yougoslavie et surtout, de l'Irak. Aujourd'hui en retraite, il s'engage très activement au sein du Cercle de réflexion inter-armées (CRI) au nom duquel il nous parle aujourd'hui. Le Cercle est une entité indépendante de réflexion sur tous les problèmes liés à la Défense qui “n’exprime pas la doctrine officielle et n’engage que lui” ; le Cercle est soutenu par la Saint-Cyrienne, l'Association de soutien à l’armée française (ASAF) et par l’Association Nationale des Officiers de Carrière en Retraite (ANOCR), issus des Sentinelles de l’agora, un club d’officiers supérieurs et généraux en deuxième section. Au printemps 2021 le CRI s'est fait connaître du public général avec un billet publié le 11 mars dans le journal Capital et qui éclata comme un coup de tonnerre. Signé par le Général Diamantidis, intitulé “Il faut stopper ce train fou avant qu’il ne soit trop tard !”, republié en plusieurs langues, le billet prend la forme d'une lettre ouverte au secrétaire général de l'OTAN Gerhard Stoltenberg. Le général y explique en termes intelligibles au profane le document "OTAN 2030", et le danger existentiel que représente actuellement pour l'Europe le changement de doctrine de l'OTAN.

Voir la première partie : Général Diamantidis : OTAN, "stopper ce train fou avant qu'il ne soit trop tard" ?

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Parmi les thèmes traités par le général Diamantidis dans ce deuxième volet : la nature, le nombre et l'emplacement des armes nucléaires stratégiques, côté OTAN et côté russe ; rôle majeur dévolu à l’Organisation de coopération de Shanghaï (OCS) que vient de rejoindre l’Iran ; méconnaissance des intérêts de la France si campée sur une posture hostile à la Russie ; témoignage personnel concernant feu David Kelly, ami du général et Inspecteur britannique en Iraq ; formation et recrutement, état des forces armées françaises ; importance cruciale des DOM-TOM et de la zone maritime française ; affaire des sous-marins australiens et la troisième voie  : rupture d’avec une logique de deux blocs que doit chercher la France ; importance du nucléaire et en particulier des petites centrales nucléaires ; l’Europe étant coiffée par l’OTAN, la souveraineté française est désormais pour elle une question de survie.

Erratum : le Général a déclaré ici par mégarde que l’Afghanistan venait de rejoindre l’Organisation de coopération de Shanghaï. Il voulait évidemment dire l’Iran. L’Afghanistan est actuellement observateur auprès de l’OCS.

Auteur(s): FranceSoir

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