Veille géopolitique hebdomadaire sur la Syrie

...par Marc Adan Ourradour  (Stagiaire chez Géopragma)

Le 18/05/2020.

Source : Syria Intelligence

Les évènements de la semaine :

08/05

  • Le Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme a accusé les belligérants de profiter de la crise liée au coronavirus pour mener des attaques contre les populations civiles.
  • Les Américains construisent une nouvelle base dans la région de Deir Ezzor.

09/05

  • Combats entre d’anciens rebelles et les forces gouvernementales dans la région de Deraa.
  • L’alliance djihadiste Wa Harid al-Mumimin bombarde la base russe Hmeimim.

10/05

  • Le gouvernement syrien confirme 47 cas de Covid-19 dont trois mortels.
  • Violents combats entre les forces gouvernementales et des rebelles du groupe djihadiste Wa Harid al-Mumimin au nord-ouest de la région d’Hama, proche de la région d’Idlib.

11/05

  • Publication d’un rapport d’Amnesty International qui accuse le pouvoir Syrien et la Russie de crimes de guerre dans la région d’Idlib.
  • Nomination du gouverneur d’Homs (proche de la famille de la Première dame) comme ministre du commerce intérieur.
  • Selon le porte-parole du Secrétaire général de l’ONU, 385 millions de dollars de financement sont nécessaires cette année pour lutter contre le coronavirus en Syrie.
  • Combats entre Daech et les Forces de Défense Nationale (groupe soutenu par la Syrie et l’Iran) dans la région de Deir Ezzor.

12/05

  • Patrouille russo-turque le long de l’axe M4.
  • Les forces gouvernementales ont bombardé des positions rebelles dans plusieurs villes au sud de la région d’Idlib.
  • Un convoi turc entre dans la région d’Idlib.
  • Protestations contre les patrouilles russo-turques.

13/05

  • Publication d’images satellites qui montreraient que des forces pro-iraniennes construisent une installation souterraine de stockage d’armes dans l’est de la Syrie.
  • La Chine et la Russie boycottent une réunion du Conseil de sécurité.

14/05

  • Manifestation à Deraa contre l’arrivée de forces pro-iraniennes.

Cette semaine a été marquée par de violents combats dans les plaines de Ghab au nord-ouest de la ville de Hama. Cette région se situe au sud d’Idlib, principale zone de tension du conflit syrien. Les forces gouvernementales ont été attaquées par les rebelles djihadistes de l’alliance Wa Harid al-Mumimin. Une cinquantaine de combattants ont été tués, ce qui en fait les combats les plus meurtriers depuis l’accord de cessez-le-feu signé par la Russie et la Turquie le 5 mars à Moscou. Il y a deux semaines, l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Geir O. Pedersen saluait « un calme significatif dans de nombreuses régions de la Syrie » et « un niveau faible d’incidents ». Ces affrontements viennent bouleverser le calme relatif et démontrent la difficulté à mettre en place un cessez-le-feu durable dans un conflit qui implique un grand nombre de parties. L’alliance Wa Harid al-Mumimin est une coalition djihadiste formée en octobre 2018 par les groupes Ansar al-Islam, Front Ansar Dine, Ansar al-Tawhid et Tanzin Hurras ad-Din. Cette alliance — dont le nom peut être traduit par Inciter les Croyants — a rejeté l’accord russo-turc et n’a cessé de harceler les forces gouvernementales syriennes au sud de la région d’Idlib. Cette région demande aux forces gouvernementales syriennes de mobiliser de nombreux moyens. La résolution de la situation à Idlib permettrait au gouvernement de Bachar al-Assad — soutenu par la Russie et l’Iran — d’imposer son autorité sur l’ensemble du territoire national. Dans ce contexte, la position turque va dans le sens de la politique américaine qui souhaite toujours faire tomber le régime de Bachar al-Assad.

Les Etats-Unis consolident leurs positions à l’est du pays dans la zone kurde en créant des bases militaires. Dans un débat organisé par le think tank Houdson Institute, le représentant spécial américain James Jeffrey a souligné l’importance de la présence américaine en Syrie. Le discours apparaît presque caricatural, le régime syrien est

présenté comme celui qui menace le plus la stabilité de la région et « l’idée américaine de la façon dont le monde devrait être organisé. » Les Russes seraient intervenus uniquement pour des intérêts stratégiques et économiques et ne présenteraient aucune solution politique pour la sortie du conflit, alors que les Américains seraient les protecteurs des populations civiles et les garants de la stabilité internationale. Cependant nous pouvons douter que les Américains ne soient motivés uniquement par la protection « du peuple syrien qui lutte contre le régime de Damas ». Les Etats-Unis ont des intérêts dans la région donc ils les défendent. Par ailleurs M. l’ambassadeur James Jeffrey ne cache pas les objectifs américains qui sont d’empêcher le développement de l’influence russe et iranienne dans la région et de faire tomber le régime de Bachar al-Assad.

Au sud du pays, dans la région de Deraa, les forces gouvernementales ont mené des opérations visant à stopper les activités des groupes armés rebelles. Ces dernières semaines, de nombreux assassinats ont eu lieu dans le gouvernorat de Deraa. Ces assassinats visent d’anciens rebelles ralliés au pouvoir de Damas. Cependant des manifestations ont éclaté contre l’arrivée des forces gouvernementales accompagnées de milices pro-iranienne. Comme dans la région d’Idlib, une partie de la population reste hostile au régime de Bachar al-Assad. Dès le début du conflit en 2011, Deraa fut l’une des principales villes contestataires du pays. Ce n’est qu’en juillet 2018 que les forces gouvernementales ont repris la ville afin de restaurer l’autorité de Damas. C’est le propre des guerres civiles, mais contrairement à ce que pensent certains, il est rare que l’entièreté d’un peuple se dresse contre son dirigeant. Mais il est également vrai que les combattants de ce conflit sont loin d’être tous syriens et que les populations civiles souffrent d’une guerre qui s’éternise.


Le 06/05/2020.

Les évènements de la semaine :

 

 

24/04

 

 

  • Tirs d’armes lourdes par les forces gouvernementales au sud d’Idlib. Manifestation contre le groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS) à l’ouest d’Alep.  
  • Mouvements de troupes des Forces Démocratiques Syriennes (FDS) au Sud de Deir ez-Zor.

 

 

25/04

 

 

  • Un convoi turc entre dans la région d’Idlib.

 

 

26/04

 

 

  • Manifestation sur l’autoroute M4 contre les patrouilles russo-turques.
  • Tensions entre les forces Turques et le groupe HTS dans la région d’Idlib.
  • Israël mène des frappes aériennes près de Damas. 

 

 

27/04

 

 

  • Un convoi militaire américain en provenance du Kurdistan irakien entre en Syrie.
  • Tirs d’artillerie des forces gouvernementales au Sud d’Idlib.
  • Patrouilles russo-turques le long de l’autoroute M4.

 

 

28/04

 

 

  • Explosion d’un camion à Afrin qui, selon l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme, aurait fait 46 morts et 50 blessés.
  • Tirs d’artillerie des forces gouvernementales au Sud d’Idlib.
  • Pour le ministère de la défense turc, le YPG est à l’origine de l’attentat d’Afrin.
  • Seconde explosion à Afrin qui ne fait pas de victimes.

 

 

29/04

 

 

  • Les autorités kurdes syriennes accusent la Turquie d’être responsable de l’attaque d’Afrin.
  • Erdogan annonce l’arrestation de la personne ayant préparé l’attaque d’Afrin.

 

 

30/04

 

 

  • Manifestations à l’est de la région d’Idleb, contre l’ouverture par le groupe HTS d’un point de passage vers les territoires contrôlés par les forces gouvernementales. On déplore de fortes tensions et des blessés dans la ville de Maarat an Nassan.
  • Le groupe Etat Islamique tend une embuscade aux forces gouvernementales à l’est du pays dans la zone d’Humaymah.
  • Un convoi turc entre dans la région d’Idlib.

 

 

 

 

Analyse :

 

 

La région d’Idlib reste le principal foyer de tension en Syrie. La Turquie continue d’envoyer des renforts dans la région, et les forces gouvernementales syriennes maintiennent la pression au sud de la région. L’Hayat Tahrir al-Sham (HTS) est le principal groupe rebelle de la région. Ce groupe a choisi d’ouvrir le passage menant aux territoires contrôlés par l’Etat syrien. Cette ouverture est motivée par l’instauration d’une taxe qui apporterait une nouvelle ressource financière au groupe. Mais les populations civiles voient d’un mauvais œil cette décision, et des manifestations ont éclaté. Une partie de la population est composée de réfugiés qui ont fui les régions reconquises par le régime syrien. La tension est forte et des blessés sont à déplorer du côté civil. Finalement, le groupe HTS a décidé de suspendre l’ouverture du passage devant l’insistance des populations civiles qui craignent une nouvelle offensive du régime syrien qui a montré sa détermination à reprendre la région. Malgré l’accord entre la Turquie et la Russie, l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Geir O. Pedersen, déclare que la situation est « précaire et fragile » et s’inquiète « d’un risque constant d’escalade. » L’attentat d’Afrin illustre bien la précarité de l’équilibre. Selon l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme, l’attentat aurait fait 46 morts et une cinquantaine de blessés. Les autorités turques accusent les Kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) d’être responsables de l’attaque. Les autorités kurdes démentent et accusent des milices soutenues par la Turquie. Rappelons que la ville d’Afrin a été prise par le YPG en 2012 qui en a fait une des principales villes du Kurdistan syrien. La ville est par la suite passée sous le contrôle des Turcs en mars 2018. L’attentat s’inscrit dans une longue lutte entre Turcs et Kurdes.

 

 

Dans la continuité de la semaine précédente, Israël a mené des frappes aériennes dans la région de Damas et d’Homs. Dans sa lutte pour l’intégrité de son territoire, le régime syrien s’est appuyé sur le Hezbollah et les Gardiens de la Révolution. Alors que les forces gouvernementales ont reconquis la majeure partie du territoire ; l’Etat hébreu envoie un signal fort : il ne laissera pas la Syrie devenir une base pour ses ennemis.

 

 

Dans le centre et à l’est du pays, l’Etat Islamique reste présent et planifie des attentats. Les éléments du groupe terroriste sont traqués par toutes les factions présentes à l’est du territoire. Les forces gouvernementales devront s’adapter et pratiquer des techniques de contre guérilla. Le défi est grand : d’un côté l’armée gouvernementale syrienne devra garder sa capacité à mener des actions de guerre et en même temps être capable de faire face à une guerre asymétrique. Le mode opératoire des groupes terroristes tend à effacer la frontière entre le monde de la sécurité et celui de la défense. Cela rend la tâche des gouvernements difficile, ils se retrouvent bien souvent dans une lutte longue et coûteuse.

 

 

Tous ces éléments nous montrent que la sortie de crise s’annonce longue et complexe. Dans le conflit syrien, s’entremêle une multitude de conflits. La reconstruction du pays et la normalisation de la situation passeront par la résolution de tous ces points.

 

*Marc Adan Ourradour, stagiaire chez Geopragma

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