Les Opérations (II)

Guerre en Ukraine : A quoi pourrait ressembler la campagne d’hiver ?

Source : Le Cri des Peuples- Le 06/10/2022.

La guerre vient seulement de commencer

Source : Big Serge Thoughts, 29 septembre 2022

Traduction : c.l. pour L.G.O.

« Vous devez savoir que, dans l’ensemble, nous n’avons encore rien commencé de sérieux. » Vladimir Poutine

Depuis plusieurs jours, je tente de rassembler mes réflexions sur la guerre russo-ukrainienne et de les condenser dans un autre article d’analyse, mais mes efforts ont été constamment frustrés par le refus obstiné de la guerre de rester immobile. Après une période de lenteur et d’usure qui a duré une grande partie de l’été, les événements ont commencé à s’accélérer, rappelant une célèbre boutade de Vladimir Lénine : « Il y a des décennies où il ne se passe rien, et il y a des semaines où il se passe des décennies ».

Cette semaine a été une de ces semaines-là. Elle a commencé avec le début des référendums dans quatre anciens oblasts ukrainiens pour déterminer s’ils voulaient ou non rejoindre la Fédération de Russie, accompagné de l’annonce par Poutine que des réservistes seraient appelés pour augmenter le déploiement des forces en Ukraine. Une autre source d’émotions a surgi des fonds marins de la Baltique avec la destruction mystérieuse des pipelines Nordstream. Les rumeurs nucléaires circulent, et pendant ce temps, la guerre sur le terrain continue.

Dans l’ensemble, il est clair que nous sommes actuellement dans la période de transition vers une nouvelle phase de la guerre, avec un déploiement plus important des forces russes, des règles d’engagement élargies, et une plus grande intensité qui se profile. La saison 2 de l’opération militaire spéciale approche, et avec elle l’hiver de Yuri [référence au jeu vidéo de stratégie Command & Conquer] :

 

 

 

Essayons de traiter tous les développements de ces dernières semaines et d’appréhender la trajectoire de l’Ukraine.

Annexion

L’événement clé au cœur de la récente escalade a été l’annonce de référendums dans quatre régions (Donetsk, Lugansk, Zaporizhia et Kherson) pour déterminer la question de leur entrée dans la Fédération de Russie. L’implication était, bien sûr, que si les référendums réussissaient (une question qui n’a jamais été mise en doute), ces régions seraient annexées à la Russie. Bien que certaines rumeurs aient circulé selon lesquelles la Russie retarderait l’annexion, cela n’a jamais été vraiment plausible. Permettre à ces régions de voter en faveur de l’adhésion à la Russie pour ensuite les laisser sur le carreau aurait entraîné une impopularité monumentale et soulevé de sérieux doutes quant à l’engagement de la Russie envers son peuple en Ukraine.

L’annexion formelle est une certitude, si ce n’est pas le 30 septembre comme le veut la rumeur, alors ce sera dans la semaine suivante.

Tout cela était plutôt prévisible, et complète la première couche d’annexions que j’ai mentionnée dans une analyse précédente. Le raisonnement n’est pas particulièrement complexe : le nettoyage du Donbass et la sécurisation de la Crimée étaient les objectifs russes minimaux absolus pour la guerre, et la sécurisation de la Crimée nécessite à la fois un pont terrestre avec des connexions routières et ferroviaires (oblast de Zaporizhia) et le contrôle des sources d’eau de la Crimée (Kherson). Ces objectifs minimaux ont maintenant été officiellement désignés, même si, bien entendu, l’Ukraine maintient une certaine activité militaire sur ces territoires et devra en être délogée.

La carte des annexions de Big Serge : Phase 1 terminée

Je pense toutefois que les gens ont perdu de vue la signification des référenda et de l’annexion qui en découle. Les points de discussion occidentaux se sont concentrés sur l’illégitimité des votes et l’illégalité de toute annexion, mais ce n’est vraiment pas très intéressant ni important. La légitimité de l’annexion découle du fait que l’administration russe puisse ou non réussir dans ces régions. La légitimité en tant que telle n’est tout simplement qu’une question d’efficacité du pouvoir de l’État :l’État peut-il protéger, extraire et juger ?

Quoi qu’il en soit, ce qui est bien plus intéressant que les aspects techniques des référenda, c’est ce que la décision d’annexer ces régions révèle des intentions de la Russie. Une fois ces régions officiellement annexées, elles seront considérées par l’État russe comme un territoire russe souverain, susceptible d’être protégé par toute la gamme des capacités russes, y compris (dans le scénario le plus terrible et le plus improbable) par des armes nucléaires. Lorsque M. Medvedev a souligné ce point, il l’a bizarrement présenté comme une « menace nucléaire », mais ce qu’il essayait en fait de communiquer, c’est que ces quatre oblasts feront partie de la définition minimale de l’intégrité de l’État russe : en d’autres termes, des éléments non négociables.

Je pense que la meilleure façon de le formuler est la suivante :

L’annexion signifie formellement qu’un territoire a été jugé existentiellement important pour l’État russe, et sera défendu comme si l’intégrité de la nation et de l’État était en danger.

Ceux qui font une fixation sur la « légalité » des référenda (comme si une telle chose existait) et le supposé chantage nucléaire de Medvedev ne comprennent pas ce point. En fait, la Russie nous dit  elle fixe actuellement la limite de ses conditions de paix minimales absolues. Elle ne s’éloignera pas d’un pas sans au moins ces quatre oblasts, et elle considère que toute la gamme des capacités de l’État est en jeu pour atteindre cet objectif.

Génération de forces

La décision d’organiser des référenda et, à terme, d’annexer la région du sud-est, s’est accompagnée de l’annonce tant attendue de la part de Poutine d’une « mobilisation partielle ». Ostensiblement, l’ordre initial ne fait appel qu’à 300.000 hommes ayant une expérience militaire antérieure, mais la porte est laissée ouverte pour d’autres augmentations, à la discrétion du bureau du président. Implicitement, Poutine peut désormais intensifier la mobilisation comme il l’entend, sans avoir à faire d’autres annonces ou à signer d’autres documents. Cela ressemble au prêt-bail américain ou à l’« autorisation d’utilisation de la force militaire » en Amérique, où la porte est ouverte une fois et où le président est libre, ensuite, d’agir à sa guise sans avoir à en informer le public.

Il était de plus en plus évident que la Russie devait augmenter le déploiement de ses forces. Le succès de la poussée ukrainienne vers la rivière Oskil a été rendu possible par l’économie de force russe. L’armée russe avait complètement vidé l’oblast de Kharkov, ne laissant qu’une mince force de protection composée de gardes nationaux et de miliciens de la LNR. Là où l’armée russe avait choisi de déployer des formations régulières importantes, les résultats ont été désastreux pour l’Ukraine : la tristement célèbre contre-offensive de Kherson s’est transformée en une galerie de tir pour l’artillerie russe, tandis que l’armée ukrainienne a enfournait lamentablement des hommes dans une tête de pont sans espoir à Andreïevka.

Une galerie de tir

 L’appel initial de 300.000 hommes est un peu confus. Tous les hommes appelés ne seront pas envoyés en Ukraine. Nombre d’entre eux resteront en Russie pour y tenir des garnisons afin que les formations déjà prêtes à intervenir puissent être aussitôt transférées en Ukraine. Par conséquent, il est probable que nous verrons davantage d’unités russes arriver sur le théâtre des opérations beaucoup plus tôt que prévu. En outre, de nombreuses unités initialement engagées en Ukraine ont été éloignées du front pour se rééquiper et se reposer. L’ampleur et le rythme de la nouvelle génération de forces de la Russie risquent de choquer les gens. Dans l’ensemble, le moment choisi par la Russie pour renforcer ses effectifs coïncide avec l’épuisement des capacités ukrainiennes.

L’Ukraine a passé l’été à envoyer ses conscrits de deuxième classe au front dans le Donbas, tandis qu’elle récoltait avec amour les armes données par l’OTAN et formait des unités à l’arrière. Grâce à l’aide généreuse de l’OTAN, l’Ukraine a pu accumuler des forces pour deux offensives de grande envergure – l’une à Kherson (qui a échoué de manière spectaculaire) et l’autre à Kharkov (qui a réussi à dépasser la force de protection russe et à atteindre l’Oskil). Une grande partie de cette puissance de combat soigneusement accumulée a maintenant disparu ou s’est dégradée. Des rumeurs circulent au sujet d’une troisième offensive vers Melitopol, mais l’Ukraine ne semble pas avoir la puissance de combat nécessaire pour y parvenir, et d’importantes forces russes se trouvent dans la région, derrière des lignes défensives préparées.

Dans l’ensemble, par conséquent, la fenêtre de l’Ukraine ouverte sur des opérations offensives s’est refermée, et ce qui reste de possibilités est en train de se refermer rapidement.. La dernière zone d’opérations ukrainiennes intenses se situe autour de Lyman, où les attaques agressives ukrainiennes n’ont jusqu’à présent pas réussi à prendre d’assaut ou à encercler la ville. Il est toujours possible qu’ils réussissent à prendre Lyman et à consolideer un contrôle de Kupyansk, mais dans ce cas, ce serait sans doute le point culminant de la capacité offensive ukrainienne. Pour l’instant, la zone autour de Lyman est une zone de mort qui expose les troupes ukrainiennes attaquantes aux tirs aériens et terrestres russes.

La vision à grande échelle des rapports de force est la suivante :

L’Ukraine a dépensé une grande partie de la puissance de combat qu’elle a accumulée avec l’aide de l’OTAN au cours de l’été, et aura un besoin urgent de réduire l’intensité du combat pour se rééquiper et se réarmer, précisément au moment où la puissance de combat russe sur le théâtre commence à augmenter.

Simultanément, la capacité qu’a l’OTAN d’armer l’Ukraine est au bord de l’épuisement. Examinons ça de plus près.

L’épuisement de l’OTAN

Un des aspects les plus fascinants de la guerre en Ukraine est la mesure dans laquelle la Russie a réussi à épuiser le matériel militaire de l’OTAN sans livrer une guerre directe aux forces de l’OTAN. Dans une analyse précédente, j’ai décrit l’Ukraine comme une force vampirique qui a inversé la logique de la guerre par procuration ; c’est un trou noir qui aspire le matériel de l’OTAN pour le détruire.

Les stocks dans lesquels on peut puiser pour continuer à armer l’Ukraine sont désormais très limités. Le magazine Military Watch rapporte que l’OTAN a épuisé les anciens parcs de chars du Pacte de Varsovie, ce qui les prive de chars soviétiques à donner à l’Ukraine. Une fois ces réservoirs entièrement épuisés, la seule option qui restera sera de donner à l’Ukraine des chars de modèles occidentaux plus récents. Mais c’est beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît, parce que ces chars occidentaux [beaucoup plus lourds, ce qui les rends inopérants en saison pluvieuse, NdT] exigent non seulement une formation approfondie, donc longue, des équipages chargés de les manoeuvrer, mais aussi une sélection entièrement différente de munitions, de pièces de rechange et d’installations de réparation.

Les chars ne sont toutefois pas le seul problème. L’Ukraine en est maintenant réduite à chercher, tout au fond du tonneau, ce qui peut encore s’y trouver d’artillerie conventionnelle à tube. Au début de l’été, les États-Unis lui ont fait don d’obusiers de 155 mm, mais les stocks de canons et d’obusiers diminuant à vue d’oeil, ils ont récemment été contraints de se tourner vers des obusiers tractés, bons pour la poubelle, de plus faible calibre. Après l’annonce d’une nouvelle tranche d’aide le 28 septembre, les États-Unis ont constitué cinq paquets successifs, dont aucun ne contient des obusiers conventionnels de 155 mm. Au mois de juin déjà, les obusiers destinés à l’artillerie ukrainienne d’époque soviétique avaient commencé à manquer.

En fait, l’effort visant à maintenir l’artillerie ukrainienne en état de fonctionner est passé par plusieurs phases. Dans la première phase, les stocks d’obus soviétiques du Pacte de Varsovie ont été asséchés pour alimenter les canons que possédait l’Ukraine. Dans la deuxième phase, l’Ukraine a reçu des munitions occidentales de niveau moyen, notamment l’obus de 155 mm. Maintenant que les obus de 155 mm s’épuisent, l’Ukraine doit se contenter de se servir de canons de 105 mm qui sont largement surclassés par les obusiers russes et seront, pour le dire brièvement, condamnés au moindre échange d’artillerie.

En lieu et place d’une artillerie tubulaire adéquate, le dernier paquet d’aide comprend 18 exemplaires de l’arme préférée d’Internet : le système de roquettes à lancement multiple HIMARS. Ce qui n’est pas explicitement précisé dans le communiqué de presse, c’est que les systèmes HIMARS n’existent pas dans les stocks américains actuels et devront être construits, et qu’il est donc peu probable qu’ils arrivent en Ukraine avant plusieurs années.

Les difficultés croissantes pour armer l’Ukraine coïncident avec la fermeture rapide de la fenêtre des possibilités opérationnelles de l’Ukraine. Les forces accumulées au cours de l’été sont dégradées et épuisées, et toute reconstitution ultérieure des forces ukrainiennes du premier rang sera de plus en plus difficile, à mesure que les effectifs humains seront détruits et que les arsenaux de l’OTAN seront épuisés. Cet épuisement intervient précisément au moment où la production de forces russes augmente, ce qui fait présager l’Hiver de Yuri.

La guerre d’hiver

Quiconque escompte un ralentissement de la guerre en hiver va avoir la surprise de sa vie. La Russie est prête au contraire à lancer une offensive en fin d’automne/début d’hiver et à en retirer des gains significatifs. L’arc de génération des forces (à la fois l’accumulation croissante des forces de la Russie et la dégradation de celles de l’Ukraine) coïncide avec l’approche du temps froid.

Faisons une brève remarque sur les combats dans le froid. La Russie est tout à fait capable de conduire avec succès des opérations dans la neige. Si on remonte à la Deuxième Guerre mondiale, l’Armée rouge a été plus que capable de réussir des offensives pendant l’hiver, à commencer par celui de 1941, avec la contre-offensive générale à Moscou, puis en 1942 avec la destruction de la 6e armée allemande à Stalingrad, ainsi d’ailleurs qu’en 1943-44,  avec deux offensives réussies à grande échelle qui ont débuté en hiver. Bien entendu, la Deuxième Guerre mondiale n’est pas directement applicable à tous égards, mais on peut établir que, d’un point de vue technique, il existe une capacité clairement établie de mener des opérations par temps froid.

On dispose également d’exemples plus récents. En 2015, pendant la première guerre du Donbass, les forces de la LNR et de la DNR ont lancé une opération en tenaille qui a réussi à encercler un bataillon ukrainien lors de la bataille de Debaltsevo. Et, bien sûr, la guerre russo-ukrainienne a commencé en février, alors qu’une grande partie du nord de l’Ukraine connaissait des températures glaciales.

Jolie manœuvre

Le temps hivernal favorise en fait une offensive russe pour de multiples raisons. Un des paradoxes des opérations militaires est que le gel favorise la mobilité : les véhicules peuvent s’enliser dans la boue, mais pas sur un sol gelé. De 1941 à 1943, les troupes allemandes se sont réjouies de l’arrivée du printemps, parce que le dégel promettait d’enliser l’Armée rouge dans la boue et d’ainsi ralentir son élan. La mort du feuillage en hiver réduit également la protection disponible pour les troupes qui sont en position défensive. Et, bien sûr, le temps froid favorise le camp qui a un accès plus sûr à de l’énergie.

Quant à l’endroit où la Russie choisira d’engager ses forces nouvellement générées, il existe quatre possibilités réalistes, que je vais énumérer sans ordre particulier :

  1. Réouverture du front nord avec une opération autour de Kharkov. L’attrait de cette option est clair. Un mouvement en force des Russes vers Kharkov ferait immédiatement s’effondrer tous les gains de l’Ukraine vers l’Oskil en compromettant leurs zones arrière.
  2. Une offensive sur Mykolaïv à partir de la région de Kherson. Cela permettrait de se rapprocher de l’objectif d’une Ukraine enclavée et de profiter du fait que les forces ukrainiennes dans cette région sont très affaiblies par l’échec de leur propre offensive.
  3. Un engagement massif dans le Donbass pour achever la libération du territoire de la DNR en capturant Sloviansk et Kramatorsk. Ceci est moins probable, la Russie s’étant montrée à l’aise avec le rythme lent des opérations sur ce front.
  4. Une poussée au nord de la région de Melitopol vers Zaparozhia. Ce qui permettrait de sauvegarder la centrale nucléaire et de mettre fin à toute menace crédible sur le pont terrestre vers la Crimée.

Je considère les autres possibilités comme peu probables. Une deuxième avancée sur Kiev n’aurait guère de sens sur le plan opérationnel, car elle ne soutiendrait aucun des fronts existants. Je ne m’attends à une action autour de Kiev que si la nouvelle génération de forces est nettement plus importante que le chiffre annoncé de 300.000. Sinon, les offensives hivernales de la Russie seront probablement concentrées sur des fronts qui se soutiennent mutuellement. Je pense qu’une réouverture du front du nord est probable, parce qu’elle compromettrait complètement les gains de l’Ukraine dans la direction Izioum-Koupiansk. Des rumeurs font état d’un déplacement de forces vers la Biélorussie, mais je pense en fait que l’axe Tchernigov-Soumy serait plus probable qu’une nouvelle opération de Kiev, car il pourrait soutenir une offensive sur Kharkov.

Axes potentiels de l’avancée en hiver 

Au niveau le plus large, il est clair que la fenêtre des possibilités de l’Ukraine pour mener des opérations offensives touche à sa fin, et que les ratios de génération de forces sur le terrain vont basculer de manière décisive en faveur de la Russie tout le long de l’hiver.Nordstream et escalade

Alors que nous réfléchissions à ces développements sur le terrain, une autre intrigue a surgi sous les eaux. Le premier indice que quelque chose n’allait pas a été la nouvelle que la pression dans le pipeline Nordstream 1 chutait mystérieusement. Il est ensuite apparu que le pipeline – de même que le Nordstream 2 non opérationnel – avait subi de sérieux dommages. Des sismologues suédois ont enregistré des explosions au fond de la mer Baltique, et il est apparu que les pipelines étaient fortement endommagés.

Soyons francs là-dessus. La Russie n’a pas fait exploser ses propres pipelines, et il est risible de suggérer qu’elle l’ait fait. L’importance du gazoduc pour la Russie résidait dans le fait qu’il pouvait être activé et désactivé, fournissant un mécanisme de pression et de négociation vis-à-vis de l’Allemagne. Dans la formule classique de la carotte et du bâton, il est impossible de faire bouger l’âne si la carotte explose. Le *seul* scénario possible dans lequel la Russie pourrait être responsable du sabotage serait qu’une faction de la ligne dure au sein du gouvernement russe estime que Poutine avance trop lentement et souhaite forcer une escalade. Cela impliquerait toutefois que Poutine ait perdu le contrôle de son pays, et il n’y a rien pour étayer cette théorie.

Nous revenons donc à l’analyse élémentaire et nous demandons : Cui bono ? Qui en profite ? Eh bien, étant donné que la Pologne a célébré l’ouverture d’un nouveau pipeline vers la Norvège il y a seulement quelques jours, et qu’un certain ancien député polonais a remercié les États-Unis sur Twitter, il est juste de faire quelques suppositions.

La première leçon à tirer d’un crime est de ne pas s’en vanter sur Twitter.

 Méditons brièvement sur les implications réelles de la destruction de Nordstream.

  1. L’Allemagne perd le peu d’autonomie et de flexibilité qu’elle avait, ce qui la rend encore plus dépendante des États-Unis.
  2. La Russie perd un point de pression possible sur l’Europe, ce qui réduit les incitations à négocier.
  3. La Pologne et l’Ukraine deviennent des plaques tournantes encore plus critiques pour le transit du gaz.

La Russie perçoit clairement cette action comme un acte de sabotage de l’OTAN, destiné à la mettre le dos au mur. Le gouvernement russe l’a qualifiée d’acte de « terrorisme international » et a fait valoir que les explosions se sont produites dans des zones « contrôlées par l’OTAN » : l’enchaînement logique de ces déclarations rend l’OTAN responsable d’un acte de terrorisme, sans que cela ait été  explicitement dit. Il n’en reste pas moins qu’une nouvelle réunion du Conseil national de sécurité russe a été convoquée.

De nombreux pays occidentaux ont conseillé à leurs nationaux de quitter la Russie immédiatement, laissant entendre qu’ils s’inquiètent d’une escalade (ce qui coïncide avec l’affirmation délirante de l’Ukraine selon laquelle la Russie pourrait être sur le point d’utiliser des armes nucléaires). Pour l’instant, je m’attends à ce que l’escalade russe reste confinée à l’Ukraine elle-même, et coïncide très probablement avec le déploiement des forces terrestres russes supplémentaires. Si la Russie se sent obligée d’entreprendre une escalade en dehors du théâtre des opérations, le ciblage des satellites américains, de l’infrastructure numérique ou de forces US en Syrie reste l’option la plus probable.

Au bord du gouffre

Je suis pleinement conscient que mon point de vue sera présenté comme une « adaptation » après les gains de l’Ukraine dans l’oblast de Kharkov, mais le temps nous dira ce qu’il en est. L’Ukraine est à bout de souffle : elle a puisé dans les stocks de l’OTAN tout ce qui était utilisable pour constituer une force de premier rang au cours de l’été, et cette force a été malmenée et dégradée au-delà de toute réparation, et cela au moment même où la génération de forces russes est appelée à augmenter massivement. L’hiver amènera non seulement l’éclipse de l’armée ukrainienne, la destruction d’infrastructures vitales et la perte de nouveaux territoires et centres de population, mais aussi une grave crise économique en Europe. Au final, les États-Unis se retrouveront à régner sur une Europe désindustrialisée et dégradée, et sur un croupion ukrainien, coincé à l’ouest du Dniepr.

Pour l’instant, cependant, nous sommes dans l’interrègne, alors que les dernières flammes de la puissance de combat de l’Ukraine s’éteignent. Il y aura ensuite une pause opérationnelle, puis une offensive russe d’hiver. Il y aura plusieurs semaines où rien ne se passera, et ensuite tout se passera.

Pendant cette pause opérationnelle, vous serez peut-être tenté de demander : « C’est fait, Yuri ? »

Non, camarade Première. Cela ne fait que commencer.

Voir notre dossier sur la situation en Ukraine.

 

 

Ukraine. Comment expliquer les récents replis russes ?


Par Moon of Alabama – Le 4 octobre 2022

Au cours des derniers mois, l’Ukraine a lancé une contre-offensive contre les positions russes dans la région de Kharkov. L’attaque contre les minces forces russes a été plutôt réussie mais a coûté à l’armée ukrainienne plusieurs milliers d’hommes et du matériel irremplaçable. Cela ne semble pas avoir d’importance pour Kiev.

 

Plusieurs raisons ont été avancées pour expliquer ce succès. Les forces russes dans la région étaient encore plus réduites qu’on ne le pensait et l’Ukraine était prête à pousser toutes les réserves dont elle disposait pour repousser les lignes de défense russes. L’artillerie russe était tout aussi mince et n’a pas pu utiliser suffisamment d’armes, comme les systèmes de lance-roquettes multiples, pour arrêter les forces ukrainiennes qui donnaient l’assaut.

En conséquence, l’Ukraine a repris une part assez importante de territoire. La plupart sont des zones rurales faiblement habitées. Même la ville de Lyman, que les Russes ont abandonnée, comptait moins de 30 000 habitants avant la guerre.

Région de Kharkov au 4 octobre

Région de Kharkov au 1er septembre

Mais une autre contre-offensive ukrainienne me fait douter des explications données pour les pertes de territoire près de Kharkov.

Dans la région de Kherson-Nikopol, les Ukrainiens ont tenté à plusieurs reprises de repousser les forces russes des terres situées au nord du Dniepr. Toutes ont échoué, entraînant de lourdes pertes pour le camp ukrainien. Mais au cours de la semaine dernière, les Ukrainiens ont tenté une nouvelle attaque le long du fleuve et ont percé la ligne de front russe.

Les troupes russes se sont retirées en bon ordre et les Ukrainiens ont avancé.

Région de Kherson-Nikopol au 4 octobre

Région de Kherson-Nikopol au 1er septembre

Ni l’explication du manque d’hommes ni celle du manque de systèmes MLRS ou de munitions, qui pouvaient expliquer les succès à Kharkov, ne tiennent pour la région de Kherson.

Pendant l’été, les troupes russes ont été retirées de la région de Kharkov et envoyées dans le sud pour défendre les régions de Kherson. Il y a beaucoup d’unités russes dans la région, y compris de nombreux systèmes d’artillerie. Et bien que les Ukrainiens aient endommagé certains ponts qui traversent le Dniepr, les forces russes disposent d’un équipement en ferry suffisant pour assurer l’approvisionnement. La plupart des attaques ukrainiennes précédentes ont été défaites assez facilement.

Je trouve donc difficile d’expliquer la situation actuelle.

Mon sentiment actuel est que les forces russes ont reçu l’ordre d’en haut de conserver leurs forces, d’abandonner le terrain et de battre en retraite lorsque la pression devient suffisamment forte et que le nombre de victimes russes risque d’être élevé.

Pourquoi de tels ordres ont-ils été donnés ? Quels sont les plans qui les sous-tendent ?

Je ne le sais pas vraiment. Mais je suis sûr que nous le découvrirons lorsque la Russie entamera la nouvelle phase de la guerre.

Le temps est devenu assez mauvais en Ukraine, la pluie rendant presque impossible le passage des chars dans les champs, etc. C’est pourquoi l’attaque dans le sud a été poussée le long d’une route. Dans deux mois, le sol ukrainien sera probablement gelé.

Le commandement militaire russe semble croire que les opérations ukrainiennes cesseront bientôt et que les renforts mobilisés qui commencent à être mis en ligne seront en mesure de modifier de manière décisive la situation dès l’arrivée de l’hiver.

Une autre raison potentielle derrière l’ordre de conserver les forces et de ne pas s’accrocher à un territoire à tout prix peut être politique. L’opinion publique russe commençait à se lasser de la guerre, mais après les pertes subies dans la région de Kharkov, les experts de la télévision ont insisté pour que la guerre soit gagnée. Cela a permis au président russe de lancer la mobilisation des réservistes. Les nouvelles pertes subies depuis sont peut-être destinées à permettre des mesures plus politiques.

La loi qui permettra aux quatre régions de réintégrer la Russie après cent ans d’appartenance à l’Ukraine a été adoptée aujourd’hui par la chambre haute du parlement russe :

Selon les documents, la DPR et la LPR conserveront leur statut de république après avoir rejoint la Russie et le russe sera leur langue officielle. Les régions de Kherson et de Zaporozhye rejoindront également la Russie en tant qu’entités constitutives et continueront à être appelées « régions ». Les frontières des républiques et des régions seront les mêmes que celles qui « existaient le jour de leur création et de leur adhésion à la Russie« . Les accords internationaux précisent que leurs frontières avec les autres pays seront considérées comme les frontières de l’État russe. Dans le même temps, en vertu des lois constitutionnelles, la RPD et la RPL rejoignent la Russie en vertu des frontières de 2014 inscrites dans leurs constitutions.

Le président Poutine devra maintenant signer la nouvelle loi pour la promulguer. Les chefs de la RPD et de la RPL ont déjà signé les lois ratifiant les traités d’adhésion à la Russie.

Une fois les lois promulguées, l’opération militaire spéciale deviendra une guerre visant à empêcher des attaques contre le territoire russe et à reprendre les parties de la Russie actuellement occupées par les Ukrainiens.

Je m’attends à ce que la Russie jette les gants qu’elle portait encore lors des récentes opérations.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

Sitrep Ukraine. Un autre genre de guerre est sur le point de commencer


Par William Schryver – Le 30 septembre 2022 – Source Imetatronik + the Saker francophone.

Trois semaines après la contre-offensive de Kharkov du 20 septembre 2022, largement célébrée et massivement médiatisée, les événements qui étaient initialement obscurcis par le brouillard de guerre peuvent maintenant être vus plus clairement.

Tout d’abord, il est bien établi que, de juillet à août, il y a eu une accumulation assez transparente de forces ukrainiennes et affiliées à l’OTAN (« volontaires étrangers« ) fraîchement constituées et transportés dans le quadrant nord-est de l’oblast de Kharkov.

 

La grande majorité de la force ukrainienne était constituée de conscrits naïfs, dont une proportion importante avait reçu quelques semaines de « formation accélérée » dans des bases de l’OTAN en Pologne, en Allemagne et en Grande-Bretagne.

En outre, la part du lion de l’équipement de l’OTAN livré pendant cette période a été mise de côté pour cette nouvelle armée au lieu d’être dispersée dans d’autres régions le long de la ligne de contact de 1000 km entre Kharkov et Kherson.

Le nombre total de forces ukrainiennes rassemblées dans la région reste quelque peu incertain, mais il semble qu’il ait été compris entre 35 000 et 50 000, dont environ 5 000 « volontaires étrangers » affiliés à l’OTAN qui devaient finalement servir de « troupes de choc » pour l’offensive.

Il est également indiscutablement établi que les Russes avaient, dans les semaines précédant l’attaque ukrainienne, considérablement réduit la densité des hommes et des équipements dans le triangle géographique formé par le fleuve SeverskyDonets, qui coule du nord-ouest au sud-est, et le fleuve Oskol, qui coule du nord au sud.

La confluence de ces deux rivières se trouve près du sud-est d’Izyum, avec le centre de transport de Kupyansk à cheval sur l’Oskol au nord, et Andreevka sur la rive gauche de la SeverskyDonets, au nord-ouest.

Les Russes ont laissé sur place des formations des milices du Donbass et de Rosgvardia (Garde nationale russe), petites mais approvisionnées de manière satisfaisante, couvertes par des tirs d’artillerie à longue distance relativement puissants, un soutien aérien rapproché modeste et des frappes occasionnelles de missiles de précision contre les concentrations de forces ukrainiennes.

Même les analystes favorables à la Russie ne s’accordent pas sur la question de savoir si les commandants stratégiques russes ont délibérément affaibli cette zone particulière ou s’ils ont simplement été contraints de la laisser affaiblie parce qu’ils ne disposaient pas de forces suffisantes pour couvrir l’ensemble du front.

Il existe des arguments convaincants en faveur des deux points de vue, bien que l’opinion générale soit que la ligne a été affaiblie par inadvertance dans cette région, principalement parce que les commandants russes pensaient que l’attaque imminente aurait lieu ailleurs.

Je reste persuadé que le haut commandement russe a intentionnellement affaibli sa ligne dans cette zone particulière afin d’inciter les commandants de l’OTAN de cette armée nouvellement créée à attaquer précisément là où ils l’ont fait, puis à les conduire délibérément dans la poche triangulaire définie par les deux rivières, comme décrit ci-dessus.

Mon argumentation à l’appui de ce point de vue est la suivante :

Tout d’abord, il faut garder à l’esprit que, depuis le tout début de cette bataille qui dure maintenant depuis trois semaines, les forces russes qui défendent la zone en question ont été dépassées en nombre d’au moins 5 contre 1 à presque tous les moments. Il est absurde de croire que cette disparité dans le nombre de forces n’a pas été anticipée par les commandants russes, alors un plan de bataille a été conçu pour exploiter la géographie et la supériorité inhérente de la puissance de feu de la force de défense afin d’effectuer une retraite tactique punitive.

Et, rétrospectivement, il est maintenant évident que c’est précisément ce qu’ils ont fait.

Contrairement aux récits ridiculement exagérés d’une retraite russe désordonnée – avec un millier de chars et de véhicules blindés détruits/abandonnés, des milliers de victimes et dix mille prisonniers (oui, des chiffres comme ceux-là ont été rapportés par les « analystes experts » occidentaux au cours de la première semaine de la bataille !) – les forces russes ont mené une retraite remarquablement disciplinée, ont progressé à travers de multiples lignes de défense préparées et ont infligé des pertes sévères aux hommes et au matériel ukrainiens à chaque étape du chemin, tout en subissant elles-mêmes des pertes relativement modestes.

Oui, plusieurs villes et villages ont été brièvement défendus puis abandonnés en cours de route. Dans chaque cas, les propagandistes ukrainiens et leurs alliés des médias occidentaux ont claironné les victoires glorieuses, mais aucun de ces récits de prétendue brillance martiale n’a pris la peine de mentionner le prix exorbitant payé pour les modestes gains de terrain qu’ils prétendent avoir « libérés« .

Les purges ultérieures par « filtration » des « collaborateurs russes » dans chacune de ces villes et chacun de ces villages n’ont pas non plus été rapportées dans les comptes rendus totalement partiaux des médias occidentaux. Au lieu de cela, les audiences occidentales ont été une fois de plus traitées avec des récits d’atrocités sans preuves, menées par de troupes russes barbares se livrant à des viols, des meurtres, des pillages, des tortures, des massacres aveugles et des fosses communes de civils innocents.

Mais malgré ce flot de propagande délirante, les mouvements de type blitzkrieg des premiers jours de l’offensive ont depuis longtemps ralenti jusqu’à atteindre un rythme sanglant dans la seconde moitié de septembre, dévorant des centaines d’hommes et des dizaines de pièces d’équipement chaque jour, avec une avance minime à la clé.

Les Russes ont établi leur première ligne de défense sur la rive est de la rivière Oskol. Chaque jour depuis deux semaines, des rapports ukrainiens affirmaient que les FAU avaient pris ou était sur le point de prendre Kupyansk, qui se trouve à cheval sur la rivière. Mais cela n’était vrai jusqu’à il y a deux jours, lorsque les forces russes dans la partie orientale de la ville l’ont finalement cédée aux Ukrainiens – mais pas avant d’avoir infligé un massacre totalement disproportionné par rapport à leurs propres pertes, et bien qu’elles aient continuellement fait face à des forces d’attaque plusieurs fois supérieures à leur propre nombre.

Non pas qu’il y ait eu beaucoup de combats d’infanterie. Au contraire, les Russes ont, de manière typique, ravagé les assauts ukrainiens principalement avec des tirs indirects fournis par l’artillerie et les frappes aériennes, continuellement corrigés par des drones et des observateurs avancés.

Dans l’extrême sud de la poche, les Russes ont abandonné rapidement Izyum, n’opposant qu’une résistance suffisante pour couvrir leur retrait. Ils se sont ensuite concentrés dans les environs de Liman, sur la rive est de l’Oskol, et c’est la défense de Liman qui est devenue depuis l’engagement le plus important et le plus sanglant de toute cette longue bataille.

Pendant plusieurs jours, les Ukrainiens et leurs troupes de choc de « volontaires étrangers » ont lutté, avec des pertes importantes en hommes et en matériel, pour établir des têtes de pont durables sur l’Oskol. Finalement, leur supériorité numérique l’a emporté et ils ont avancé leurs forces au-delà de la rivière.

Immédiatement, des rapports sur la « chute imminente de Liman » sont apparus dans les médias occidentaux. Mais ces annonces étaient toujours prématurées. Depuis plus d’une semaine, les tentatives répétées des Ukrainiens pour attaquer et vaincre les défenseurs de Liman ont été repoussées avec des pertes énormes pour les attaquants. Des milliers de soldats ukrainiens et des centaines de pièces de leur équipement fourni par l’OTAN ont été dévorés dans cette boucherie, et pourtant ils ont continué à envoyer encore plus de troupes, de blindés et de véhicules dans la mêlée, fanatiquement déterminés à prendre la ville à tout prix.

Au moment où j’écris ces lignes, les Ukrainiens ont finalement réussi à encercler presque totalement les forces russes à Liman. La seule voie de ravitaillement et de fuite qui leur reste est un couloir étroit, largement sous le feu de l’artillerie ukrainienne. Il reste à voir si ces forces russes résisteront jusqu’au bout ou si elles tenteront un retrait coûteux en traversant la zone de feu.

Dans tous les cas, la garnison de Liman et de ses environs, soutenue par l’artillerie à longue distance et les frappes aériennes, aura, par son sacrifice, infligé une blessure effroyable à la capacité de combat des formations de l’armée ukrainienne qu’elle a combattues. Le ministère russe de la Défense affirme que des milliers d’Ukrainiens ont été tués lors des récentes batailles le long de la ligne de défense de la rivière Oskol entre Kupyansk et Liman. Ces chiffres s’ajoutent aux milliers de morts de la première semaine de l’offensive. Et maintenant, des forces ukrainiennes bien épuisées se trouve à l’extrémité du saillant créé par cette « contre-offensive » de dernière minute.

Que les défenseurs russes de Liman se battent jusqu’au dernier homme, qu’ils se rendent ou qu’ils parviennent à s’échapper, je pense que cette bataille sera considérée rétrospectivement comme le pivot de cette phase de la guerre.

Pour en arriver là, les Ukrainiens ont maintenant dépensé une partie irremplaçable de l’armée que leurs suzerains de l’OTAN ont travaillé si dur à assembler au cours de l’été. Oui, il reste peut-être encore plusieurs milliers de soldats moins aptes à participer nominalement aux futurs engagements, mais ils ont perdu un grand nombre de leurs troupes de choc constituées de « volontaires étrangers » ainsi que de vastes quantités d’équipement fourni par l’Occident et des stocks limités de munitions qui ne peuvent plus être remplacés facilement, pour la simple raison que tous les pays européens de l’OTAN, et même les États-Unis eux-mêmes, ont tout simplement épuisé leurs stocks limités de produits nécessaires à la guerre industrielle moderne.

Gardez donc ces réalités à l’esprit, même si, dans les jours à venir, les grands médias occidentaux exultent et se réjouissent de la « glorieuse victoire » à Liman.

Et puis, considérez les réalités les plus pertinentes de toutes :

Depuis plusieurs semaines, des trains apparemment sans fin d’équipements militaires russes circulent de la Russie vers l’Ukraine. Les preuves vidéo de cette accumulation sans précédent sont nombreuses et ont augmenté de manière significative au cours des deux dernières semaines, et en particulier ces derniers jours.

Ne vous méprenez pas, il ne s’agit pas de colonnes de chars et de véhicules rouillés et vétustes de l’ère Khrouchtchev, comme les propagandistes désemparés de l’empire voudraient vous le faire croire. D’après ce que j’ai vu, il s’agit essentiellement de matériel en parfait état – des centaines de chars de premier ordre, des pièces d’artillerie automotrices, des véhicules de combat d’infanterie, des centaines de lance-roquettes, un nombre impressionnant de systèmes de défense antiaérienne et un nombre incalculable de véhicules de soutien, de tous types, apparemment neufs.

Oui, au grand dam des nombreux analystes favorables à la Russie que je suis, il semble que pratiquement rien de cette énorme accumulation de force militaire n’ait été rapidement distribué sur les lignes de front. Les vaillantes forces qui ont combattu à Kupyansk, Liman et dans d’autres endroits au cours des dernières semaines ont apparemment été approvisionnées de manière adéquate, mais pas substantiellement renforcées. Le renforcement en cours est clairement réservé pour « un gros coup » dans les jours prochains.

Il est presque certain que ce « gros coup » se fera après les référendums de cette semaine dans les oblasts de Lougansk, Donetsk, Zaporozhe et Kherson, ainsi que l’annonce, la semaine dernière, d’une mobilisation partielle des réserves russes – 300 000 soldats au total, dont la plupart seront finalement déployés pour prendre la place des troupes de combat beaucoup plus expérimentées qui ont été contraintes de servir également dans des rôles de soutien en arrière-plan au cours des sept derniers mois de cette guerre.

Le plus important est sans doute le nombre important, mais encore inconnu, de bataillons professionnels russes qui n’ont pas participé à cette guerre et qui vont maintenant être ajoutés à la puissance de frappe de la ligne de front, sans aucun doute équipés en grande partie par le nouvel ajout de blindés et d’artillerie qui a été observée dans la zone de combat.

Il est également essentiel de se rappeler que plus de huit cents avions de types multiples ont été rassemblés dans diverses bases russes entourant le théâtre d’opérations actuel. Bien que des sorties aériennes quotidiennes se chiffrant par centaines aient continué à être effectuées sur tout le champ de bataille, une simple fraction de la force immédiatement disponible n’a encore été déployée.

En effet, comme je l’affirme depuis de nombreux mois maintenant, la Russie mène cette guerre avec une main attachée dans le dos, alors même que les États-Unis et leurs divers vassaux de l’OTAN ont méthodiquement progressé d’une escalade à l’autre.

On rapporte que Vladimir Poutine est en train de prononcer un discours important pour célébrer le rattachement à la mère Russie d’une partie importante de la Novorossiya historique. Au lendemain du sabotage choquant des gazoducs Nord Stream en mer Baltique, et compte tenu du renforcement militaire massif mais encore inutilisé dans les zones actives de combat, il est presque certain que le mois d’octobre marquera un tournant majeur dans la guerre russo-ukrainienne.

William Schryver

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

L’important est ce qui s’est passé à Odessa”

Source : Le Courrier des Stratèges - Le 30/09/2022.

Alexandre N. a répondu à nos questions sur les derniers développements de la bataille d'Ukraine au terme de deux semaines riches en rebondissements. Il les passe en revue et ils attire notre attention sur le front d'Odessa, où la Russie affronte l'OTAN, loin de l'intérêt des médias.

CdS: Bonjour Alexandre, merci de prendre le temps de répondre aux questions du Courrier des Stratèges.  Où en est le conflit, de votre point de vue? 

A.N.: Il est en effet très important de comprendre ce qui se passe vraiment. Et ne pas être dupe des tropismes des médias.  Il faut oublier Kharkov dont on parle trop en même temps ( diversion médiatique ), mais qui n’est encore qu’une manœuvre de déception russe destinée a empêcher les forces ukrainiennes de gêner les réferendums. La région de Kharkov est en effet réputée pour son inutilité stratégique. L’important est ce qui se passe à Odessa – et la violence des propos de Zelenski contre l’Iran (du fait de l’utilisation par les Russes de drones iraniens). 

L’épisode décisif d’Odessa

CdS: Que s’est-il passé, en fait? 

A.N.: Il apparaît que les Russes ont frappé encore une fois préventivement contre une tentative d’attaque massive de la Crimée, pilotée depuis le QG Sud d’Odessa avec des drone sous-marins britanniques, des bateaux de guerres et … des drones chinois achetés chez Ali-Baba. L’idée était donc d’étendre la guerre à la mer Noire en y en détruisant la flotte russe.

La réaction russe sur Odessa a duré semble-t-il du 23 au 26 septembre avec des dizaines de vagues successives de Shaed 136 ( drone version destruction ), concentrées, très précises et tactiquement inarrêtables ( un tiers de perte est plus qu’acceptable et on en est loin ). Le port, la base, les destroyers qui s’y trouvaient, les drones sous-marins, les entrepôts de missiles Harm, le QG marine  … bref, tout semble y être passé ou en voie de l’être.

CdS. La vraie “contre-attaque” ukrainienne est donc en fait une opération n on médiatisée de l’OTAN, que cette dernière n’a pas eu le temps de mettre en oeuvre? 

A.N. Cette tentative américaine d’attaque sur la Crimée ( il faut arrêter de se voiler la face : « ils » commandent directement à ce stade ) visait  à enrayer l’effondrement en cours des forces ukrainiennes sur le terrain, et en particulier l’échec des Himars, ainsi qu’à relancer l’action. L’introduction des Himars était censée – vu leur extrême réactivité qui est leur seule vraie qualité tactique – détruire les chaînes logistiques russes. Après un temps d’adaptation de celles-ci, les Russes ont réagi en attaquant les Himars un à un, précisément avec ces fameux drones Shaed 136 car ils sont bien plus réactifs encore, et qu’ils viennent du ciel où ils sont en permanence en maraude ( loiter ). Ceci devient d’ailleurs la hantise des opérateurs … qui, probablement occidentaux, n’ont pas vraiment envie d’y rester. C’est un combat d’artilleur en tant que prolongement de la contre-batterie de la guerre de 14.

CdS. Pouvez-vous en dire plus sur les drones iraniens? 

A.N.Shaed rappelle le Crecerelle français : un expérimentateur rustique, lent, sonore, volant bas et indétectable : un vrai kamikaze au sens du junraï-baka si sa charge utile est de l’explosif . En allemand, « Drone » signifie faux-bourdon et c’est exactement le bruit qu’il fait. Le nom a été inspiré du bruit au décollage du … V1, qui est le premier drone rapide.

La stratégie  russe est toujours: “amorcer et ferrer”. 

CdS. Donc les Russes se sont concentrés sur ce qui se passait à Odessa parce que, selon vous, c’était la bataille cruciale? 

A.N.:C’est exactement cela. Et c’est en réaction à cette destruction du QG Sud qu’intervient le sabotage des North Stream I et II. Par dépit des Américains d’abord – puis pour tenter une autre diversion en portant le conflit sur la Baltique où pullulent des bateaux occidentaux qui se croient à l’abri des attaques drone.

CdS . Alors que va-t-il se passer maintenant ?

A.N. Une à une les tentatives occidentales échouent, l’armée ukrainienne lentement plie. Le Chancelier Scholtz n’est rentré des Émirats qu’avec des contrats de détournement du gaz yéménite ce qui va faire des dégâts. Les élections de mi-mandat approchent aux Etats-Unis et il faut donc, pensent les Occidentaux, une victoire médiatique incontestable et surtout pas de surprise de la part des Russes. Or ce n’est pas gagné.

Donc l’hystérie va monter encore plus et les coups tordus derrière. Le point culminant de la bataille s’approche, s’il n’est pas déjà dépassé. Mais la seule constante est bien que les Russes ont la maîtrise du temps, donc de l’action : les Russes attendent simplement que les Américains se préparent à une opération ( « vous aller voir ce que vous allez voir » ) et alors ils les frappent juste avant que ceux-ci ne frappent.

Le renseignement est la première dimension de ce conflit (ce que les gouvernants français actuels par exemple ne comprendront jamais ), la seconde étant la frappe de précision par surprise. La propagande n’a plus d’effet que sur des Occidentaux qui, déjà pavlovisés, sont enfermés dans leur asile intérieur. La bataille de l’opinion se joue en fait dans le reste du monde qui désormais compte les points.

CdS. Et côté russe? 

A.N. Coté russe, on ne peut pas ne pas imaginer que la prise d’Odessa comme un fruit mûr se prépare.

Si la stratégie russe reste décidément hermétique aux occidentaux du fait de leur indécrottable complexe de supériorité, elle est en fait toujours la même en s’adaptant au circonstances. Pour ceux que ça intéresse, elle est parfaitement explicitée là : «  “Amorcer et ferrer” : comment la Russie a remis Moscou à Napoléon il y a 210 ans, puis a ensuite remporté la guerre »  de Evgeny Norin paru dans Russia Today

Après la destruction du quartier général du commandement « Sud », le chaos a commencé dans la défense des forces armées ukrainiennes

par Avia.pro - Le 27/09/2022.

La défense des Forces armées ukrainiennes s’est effondrée après la destruction réussie du quartier général du commandement « Sud » à Odessa.

Après que les drones kamikazes ont lancé une frappe opérationnelle sur le centre de décision du commandement opérationnel « Sud » à Odessa, la défense des forces armées ukrainiennes dans la direction sud s’est effondrée. On sait qu’aujourd’hui, la connexion entre les différentes branches des forces armées ukrainiennes dans la direction sud a été complètement détruite, à la suite de quoi les unités des forces armées ukrainiennes stationnées dans les régions d’Odessa et de Nikolaev ont commencé à subir de sérieuses pertes.

Selon des données préliminaires, à la suite de la frappe du véhicule aérien sans pilote Shahed-136 sur le quartier général du commandement des forces armées ukrainiennes à Odessa, jusqu’à une douzaine d’officiers ukrainiens ont été éliminés, tandis qu’environ le même nombre a été blessé. Immédiatement après cela, la défense des forces armées ukrainiennes dans la région d’Odessa a commencé à souffrir – le soir et la nuit, des frappes de haute précision ont été infligées aux installations militaires des forces armées ukrainiennes, en conséquence de quoi des entrepôts d’armes et de munitions ont été détruits.

La situation, selon les experts, indique le fait qu’une panique a commencé dans le commandement opérationnel « Sud », et en raison du manque de coordination adéquate, les actions de l’armée ukrainienne se sont avérées inefficaces, à la suite de quoi les forces ukrainiennes ont subi de très graves pertes tant en équipement qu’en personnel, et parmi les installations militaires situées dans la région.

source : Avia.pro

Guerre d’Ukraine – Jours 207-214 – La Russie est à un coup de mettre “échec et mat” les Etats-Unis en Ukraine !

Source : Le Courrier des Stratèges - Le 26 septembre 2022

Odessa – Statue du duc de Richelieu (1766-1822),, à qui le Tsar Alexandre Ier confia la charge de gouverneur de la “Nouvelle Russie” de 1804 à 1814

La question se pose: Vladimir Poutine a-t-il joué un "échec au roi"? Ou bien l'adversaire est-il carrément "échec et mat"? A première vue, les Etats-Unis n'ont plus de marge de manoeuvre: si les quatre régions (Donetsk, Lougansk, Zaporojie, Kherson) entrent dans la Fédération de Russie, les Etats-Unis ne peuvent plus rien faire pour aider l'Ukraine, sauf à prendre le risque d'une guerre directe avec la Russie. En réalité, on est sans doute à quelques coups de "l'échec et mat". On peut faire confiance à Washington, à l'UE et aux Ukrainiens pour tenter de prolonger le conflit le plus longtemps possible. Mais nombreux sont les observateurs qui jugent qu'en désignant publiquement le soutien de l'OTAN à l'Ukraine, le président russe a stabilisé la situation et - c'est la logique de la dissuasion nucléaire - fait reculer le risque d'une guerre majeure.

Zelenski bientôt remplacé par Zaloujni?

 

Le récit héroïsant sur Zelenski est en train de s’user. La CI et le MI6 ont donc décidé d’un nouveau storytelling. Le nouveau héros ukrainien est le commandant en chef, le Général Zaloujni! Et les médias mainstream occidentaux se mettent à la page. Comme j’ai lu trop de thrillers anglo-saxons – Britanniques et Américains sont les maîtres du genre – je ne peux pas m’empêcher de rapprocher cette couverture de l‘accident de voiture de Zelenski il y a dix jours, vous savez, celui dont il est sorti indemne. 

Dans tous les cas, le changement probable, + ou – rapide, de dirigeant à Kiev montre que gouvernements occidentaux prennent leurs populations pour des ânes: référendums et mobilisation russe représentent de fait un échec pour l’OTAN et Kiev.. Vite, remplaçons le fusible de Kiev!

 

Traduction intégrale du discours de Vladimir Poutine le 21 septembre 2022

 

Mercredi 21 septembre, Vladimir Poutine  a fait diffuser  un discours qu’il avait enregistré la veille au soir et dont nous donnons ici le texte complet : 

Chers amis !

Le sujet de mon intervention est la situation dans le Donbas et le déroulement de l’opération militaire spéciale visant à le libérer du régime néonazi qui a pris le pouvoir en Ukraine en 2014 à la suite d’un coup d’État armé.

Je m’adresse à vous aujourd’hui, à tous les citoyens de notre pays, aux personnes de différentes générations, âges et nationalités, au peuple de notre grande patrie, à tous ceux qui sont unis par la grande Russie historique, aux soldats et aux officiers, aux volontaires qui combattent actuellement sur les lignes de front, qui sont en service de combat, à nos frères et sœurs – aux habitants des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, des régions de Kherson et de Zaporozhye et d’autres régions libérées du régime néonazi.

Il s’agit de prendre les mesures nécessaires et urgentes pour protéger la souveraineté, la sécurité et l’intégrité territoriale de la Russie, de soutenir le désir et la volonté de nos compatriotes de déterminer leur propre avenir et de faire face à la politique agressive de certaines élites occidentales, qui tentent par tous les moyens de maintenir leur domination et, pour cela, de bloquer et de supprimer tout centre de développement indépendant souverain afin de continuer à imposer leur volonté à d’autres pays et peuples et d’implanter leurs prétendu changements de régime..

Le but de cet Occident est d’affaiblir, de diviser et finalement de détruire notre pays. Ils disent déjà directement qu’ils ont réussi à diviser l’Union soviétique en 1991 et que le moment est venu pour la Russie elle-même de se désintégrer en une multitude de régions et de zones fatalement hostiles.

Et cela fait longtemps qu’ils préparent de tels plans. Ils ont encouragé les bandes de terroristes internationaux dans le Caucase, poussé l’infrastructure offensive de l’OTAN près de nos frontières. Ils ont fait de la russophobie totale leur arme, y compris pendant des décennies, ils ont délibérément encouragé la haine de la Russie, en particulier en Ukraine, où ils ont préparé le sort de la tête de pont anti-russe, et ils ont transformé le peuple ukrainien en chair à canon et l’ont poussé dans la guerre avec notre pays, Ils ont déclenché cette guerre dès 2014, en utilisant les forces armées contre les civils, en organisant un génocide, un blocus et la terreur contre les personnes qui refusaient de reconnaître le gouvernement qui a émergé en Ukraine à la suite du coup d’État.

Et après que le régime actuel de Kiev a publiquement refusé une solution pacifique au problème du Donbass et, de plus, a annoncé qu’il revendiquait des armes nucléaires, il est devenu absolument clair qu’une nouvelle offensive à grande échelle contre le Donbass était inévitable, comme cela s’était déjà produit deux fois auparavant. Et ensuite, tout aussi inévitablement, une attaque contre la Crimée russe – contre la Russie – suivrait.

Dans ce contexte, la décision de lancer une opération militaire préventive était absolument nécessaire et la seule possible. Ses principaux objectifs – la libération de l’ensemble du territoire de Donbass – étaient et restent inchangés.

La République populaire de Lugansk a déjà été presque entièrement nettoyée des néonazis. Les combats se poursuivent dans la République populaire de Donetsk. En huit ans, le régime d’occupation de Kiev a créé ici une ligne profondément échelonnée de fortifications à long terme. Les attaquer de front entraînerait de lourdes pertes, c’est pourquoi nos unités et les unités militaires des républiques de Donbas opèrent de manière planifiée et compétente, en utilisant des équipements, en sauvant du personnel et en libérant la terre de Donetsk étape par étape, en nettoyant les villes et les villages des néonazis et en aidant les personnes que le régime de Kiev a transformées en otages et en boucliers humains.

 

Comme vous le savez, l’opération militaire spéciale implique des militaires professionnels servant sous contrat. Des formations de volontaires se battent également à leurs côtés : des personnes de différentes nationalités, professions et âges – de vrais patriotes. Ils se sont levés pour défendre la Russie et le Donbass de tout leur cœur.

À cet égard, j’ai déjà donné instruction au gouvernement et au ministère de la Défense de déterminer intégralement et dans les meilleurs délais le statut juridique des volontaires et des combattants des unités des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk. Elle devrait être identique à celle des militaires de carrière de l’armée russe, y compris le soutien matériel et médical et les garanties sociales. Il convient d’accorder une attention particulière à l’organisation de la fourniture d’équipements et de matériel aux formations de volontaires et aux unités de la milice populaire dans le Donbass.

Au cours des principales tâches de défense de Donbass, nos troupes, sur la base des plans et des décisions du ministère de la Défense et de l’état-major général sur la stratégie générale d’action, ont également libéré des zones importantes des régions de Kherson et de Zaporojie et quelques autres zones tenues par les néonazis. En conséquence, une longue ligne de bataille s’est formée, qui fait plus de mille kilomètres de long.

Quelle est la première chose que je veux dire publiquement aujourd’hui ? Déjà après le début de l’opération militaire spéciale, y compris les négociations à Istanbul, les représentants de Kiev ont réagi très positivement à nos propositions, et ces propositions concernaient principalement la sécurité de la Russie, nos intérêts. Mais il est évident qu’une solution pacifique ne convenait pas à l’Occident. Ainsi, après que certains compromis avaient été atteints, Kiev a reçu l’ordre direct de torpiller tous les accords.

L’Ukraine a encore été approvisionnée en armes. Le régime de Kiev a déployé de nouvelles bandes de mercenaires et de nationalistes étrangers, des unités militaires formées aux normes de l’OTAN et placées sous le commandement de facto de conseillers occidentaux.

Dans le même temps, le régime de répression à travers l’Ukraine contre ses propres citoyens, établi immédiatement après le coup d’État armé de 2014, a été intensifié de la manière la plus dure possible. La politique d’intimidation, de terreur et de violence prend des formes toujours plus massives, terrifiantes et barbares.

Je voudrais souligner que nous savons que la majorité des personnes vivant dans les territoires libérés des néonazis, avant tout les terres historiques de Novorossiya, ne veulent pas être sous le joug du régime néonazi. À Zaporojie, dans la région de Kherson, à Lougansk et à Donetsk, ils ont vu et constaté les atrocités commises par les néonazis dans les districts occupés de la région de Kharkov. Les descendants des Banderistes et des punisseurs nazis tuent des gens, torturent, emprisonnent, règlent des comptes, massacrent et torturent des civils.

Plus de sept millions et demi de personnes vivaient dans les républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, dans les régions de Zaporojieet de Kherson avant le début des hostilités. Beaucoup d’entre eux ont été contraints de devenir des réfugiés, de quitter leur foyer. Et ceux qui sont restés – environ cinq millions de personnes – sont maintenant soumis à des attaques constantes à l’artillerie et aux roquettes par des militants néo-nazis. Ils visent les hôpitaux et les écoles, et commettent des actes de terrorisme contre des civils.

Nous ne pouvons pas, nous n’avons aucun droit moral de livrer nos proches aux tortionnaires, nous ne pouvons pas ne pas répondre à leur désir sincère de déterminer leur propre sort. Les parlements des républiques populaires de Donbass et les administrations civilo-militaires des régions de Kherson et de Zaporojie ont décidé d’organiser des référendums sur l’avenir de ces territoires et nous ont demandé, à nous la Russie, de soutenir une telle démarche.

 

Je dois souligner que nous ferons tout pour garantir des conditions sûres pour les référendums afin que les gens puissent exprimer leur volonté. Et nous soutiendrons la décision sur leur avenir qui sera prise par la majorité des résidents des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, des régions de Zaporojie et de Kherson.

Chers amis !

Aujourd’hui, nos Forces Armées, comme je l’ai déjà dit, opèrent sur la ligne de contact, qui dépasse mille kilomètres, en affrontant non seulement des formations néo-nazies, mais en fait toute la machine militaire de l’Occident collectif.

Dans cette situation, je considère qu’il est nécessaire de prendre la décision suivante – elle est pleinement adaptée aux menaces auxquelles nous sommes confrontés – à savoir, pour protéger notre patrie, sa souveraineté et son intégrité territoriale, pour assurer la sécurité de notre peuple et des habitants des territoires libérés, je considère qu’il est nécessaire de soutenir la proposition du ministère de la Défense et de l’état-major général de procéder à une mobilisation partielle dans la Fédération de Russie.

Je le répète, nous parlons ici de mobilisation partielle, c’est-à-dire que seuls les citoyens qui sont actuellement dans la réserve seront soumis à l’appel pour le service militaire, et surtout ceux qui ont servi dans les rangs des forces armées et qui ont certaines professions militaires et une expérience pertinente.

Les personnes appelées à effectuer leur service militaire suivront une formation militaire supplémentaire prenant en compte l’expérience d’une opération militaire spéciale avant d’être envoyées dans les unités.

Le décret sur la mobilisation partielle a été signé.

Conformément à la législation, les chambres de l’Assemblée fédérale – le Conseil de la Fédération et la Douma d’État – en seront officiellement informées par courrier aujourd’hui.

Les mesures de mobilisation commenceront aujourd’hui, le 21 septembre. Je donne instruction aux chefs de région de fournir toute l’assistance nécessaire au travail des commissariats militaires.

Je souligne en particulier que les citoyens russes appelés au service militaire dans le cadre d’une mobilisation bénéficieront du statut, des droits et de toutes les garanties sociales de ceux qui servent sous contrat.

J’aimerais ajouter que le décret sur la mobilisation partielle prévoit également des mesures supplémentaires pour réaliser la défense de l’État. Les directeurs du complexe militaro-industriel sont directement responsables de l’augmentation de la production d’armes et d’équipements militaires, ainsi que du déploiement de capacités de production supplémentaires. Par ailleurs, toutes les questions relatives au soutien matériel, financier et en ressources des entreprises de défense devraient être rapidement résolues par le gouvernement.

 

Chers amis !

 

Dans sa politique anti-russe agressive, l’Occident a franchi toutes les limites. Nous entendons constamment des menaces contre notre pays, notre peuple. Certains politiciens occidentaux irresponsables ne parlent pas seulement de plans visant à organiser la livraison d’armes offensives à longue portée à l’Ukraine – des systèmes qui permettraient d’effectuer des frappes en Crimée et dans d’autres régions de Russie.

 

De telles frappes terroristes, y compris celles utilisant des armes occidentales, sont déjà menées dans des établissements frontaliers des régions de Belgorod et de Koursk. L’OTAN effectue une reconnaissance en temps réel dans tout le sud de la Russie en utilisant des systèmes modernes, des avions, des navires, des satellites et des drones stratégiques.

Washington, Londres et Bruxelles poussent directement Kiev à transférer des opérations militaires sur notre territoire. Ils ne se cachent plus derrière le fait que la Russie doit être vaincue par tous les moyens sur le champ de bataille, suivi de la privation de la souveraineté politique, économique, culturelle et de toute sorte de souveraineté, et du pillage complet de notre pays.

Le chantage nucléaire est également impliqué. Je ne parle pas seulement du bombardement de la centrale nucléaire de Zaporozjie, encouragé par l’Occident, qui risque de provoquer une catastrophe nucléaire, mais aussi des déclarations de certains hauts représentants des principaux pays de l’OTAN sur la possibilité et l’admissibilité d’utiliser des armes de destruction massive – des armes nucléaires – contre la Russie.

A ceux qui font de telles déclarations sur la Russie, je voudrais rappeler que notre pays possède également divers moyens de destruction, dont certains composants sont plus avancés que ceux des pays de l’OTAN. Si l’intégrité territoriale de notre pays est menacée, nous utiliserons bien sûr tous les moyens à notre disposition pour défendre la Russie et notre peuple. Ce n’est pas du bluff.

Les citoyens de Russie peuvent être sûrs : l’intégrité territoriale de notre patrie, notre indépendance et notre liberté seront assurées, je tiens à le souligner une fois de plus, par tous les moyens à notre disposition. Et ceux qui tentent de nous faire chanter avec des armes nucléaires doivent savoir que le vent peut souffler dans leur direction.

Il est dans notre tradition historique, dans le destin de notre peuple, d’arrêter ceux qui aspirent à la domination du monde, qui menacent de démembrer et d’asservir notre patrie, notre Mère Patrie. Nous allons le faire maintenant, et nous le ferons.

Je crois en votre soutien”.

 

 

Après le discours de Poutine, une troisième phase de la guerre d'Ukraine a commencé - l'analyse du colonel Douglas MacGregor

 

Le Colonel MacGregor était conseiller au Pentagone pendant le mandat de Donald Trump. Avec Scott Ritter, il fait partie de ces militaires américains qui respectent l’armée russe – entre militaires qui connaissent leur métier. Voici ce qu’il écrit après le discours de Vladimir Poutine: 

 

“À la fin de 1942, lorsque la Wehrmacht ne pouvait plus avancer vers l’est, Hitler a fait passer les forces terrestres allemandes d’une stratégie “axée sur les forces ennemies” à une stratégie de “maintien au sol”. Hitler a exigé que ses armées défendent de vastes étendues de territoire soviétique, en grande partie vides et sans intérêt.

La “rétention du terrain” n’a pas seulement privé l’armée allemande de sa capacité à exercer une discrétion opérationnelle et, surtout, à déjouer l’adversaire soviétique lent et méthodique ; la rétention du terrain a également poussé la logistique allemande au point de rupture. Lorsque l’occupation du terrain était combinée à des contre-attaques sans fin pour reprendre des territoires inutiles, la Wehrmacht était condamnée à une destruction lente et minutieuse.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, (vraisemblablement sur les conseils de ses conseillers militaires américains et britanniques), a également adopté une stratégie de maintien au sol dans l’est de l’Ukraine. Les forces ukrainiennes se sont immobilisées à l’intérieur des zones urbaines, et ont préparé des défenses. En conséquence, les forces ukrainiennes ont transformé les centres urbains en fortifications pour ce qui est devenu des “dernières positions”. Les retraits raisonnables de villes comme Mariupol, qui auraient pu permettre de sauver un grand nombre des meilleures troupes ukrainiennes, ont été interdits. Les forces russes ont répondu en isolant et en écrasant méthodiquement les défenseurs, sans possibilité de fuite ou de sauvetage par d’autres forces ukrainiennes.

La détermination de Moscou à détruire les forces ukrainiennes au moindre coût en vies russes a prévalu. Les pertes ukrainiennes ont toujours été plus importantes que ce qui était annoncé dès que les troupes russes ont pénétré en Ukraine orientale, mais aujourd’hui, grâce à l’échec récent des contre-attaques ukrainiennes dans la région de Kherson, elles ont atteint des niveaux horribles qu’il est impossible de dissimuler. Le nombre de victimes a atteint 20 000 morts ou blessés par mois.

Malgré l’apport de 126 obusiers, de 800 000 obus d’artillerie et de HIMARS (artillerie à roquettes américaine), des mois de combats acharnés érodent les fondements de la force terrestre de l’Ukraine. Face à ce désastre, Zelensky continue d’ordonner des contre-attaques pour reprendre des territoires, afin de démontrer que la position stratégique de l’Ukraine vis-à-vis de la Russie n’est pas aussi désespérée qu’il n’y paraît.

La récente avancée ukrainienne vers la ville d’Izium, le lien entre Donbas et Kharkiv, a semblé être un cadeau pour Kiev. Les réseaux de satellites américains ont sans aucun doute fourni aux Ukrainiens une image en temps réel de la zone, montrant que les forces russes à l’ouest d’Izium comptaient moins de 2 000 soldats légers (l’équivalent de la police paramilitaire, par exemple, le SWAT et l’infanterie aéroportée). 

 

Le commandement russe a choisi de retirer sa petite force de cette zone qui représente environ 1 % de l’ancien territoire ukrainien actuellement sous contrôle russe. Cependant, le prix à payer pour la victoire de la propagande de Kiev a été élevé – selon la source, on estime que 5 000 à 10 000 soldats ukrainiens ont été tués ou blessés dans une zone plate et ouverte que l’artillerie, les roquettes et les frappes aériennes russes ont transformée en champ de bataille.

Étant donné l’incapacité de Washington à mettre fin à la guerre en Ukraine avec la défaite des armes russes, il semble certain que la Beltway va plutôt essayer de transformer les ruines de l’État ukrainien en une plaie ouverte dans le camp de la Russie qui ne guérira jamais. Depuis le début, le problème de cette approche est que la Russie a toujours eu les ressources nécessaires pour intensifier considérablement les combats et mettre fin aux combats en Ukraine dans des conditions très dures. L’escalade est maintenant en cours.

Dans une déclaration publique qui ne devrait surprendre personne, le président Poutine a annoncé la mobilisation partielle de 300 000 réservistes. Nombre de ces hommes remplaceront les forces régulières de l’armée russe dans d’autres régions de la Russie et les libéreront pour les opérations en Ukraine. D’autres réservistes viendront renforcer les unités russes déjà engagées en Ukraine orientale.

Washington a toujours pris pour une preuve de faiblesse la volonté de Poutine de négocier et de limiter la portée et le pouvoir destructeur de la campagne en Ukraine, alors qu’il était clair que les objectifs de Poutine se sont toujours limités à l’élimination de la menace de l’OTAN contre la Russie en Ukraine orientale. La stratégie de Washington consistant à exploiter le conflit pour vendre des avions de combat F-35 à l’Allemagne – ainsi qu’un grand nombre de missiles, de roquettes et de radars aux gouvernements alliés d’Europe centrale et orientale – est en train de se retourner contre elle.

L’establishment de la défense a une longue expérience de la réussite dans la tranquillisation des électeurs américains avec des clichés dénués de sens. Alors que les conditions favorables à Moscou se développent dans l’est de l’Ukraine et que la position de la Russie dans le monde se renforce, Washington est confronté à un choix cornélien : parler d’avoir réussi à “dégrader la puissance russe” en Ukraine et réduire ses actions. Ou risquer une guerre régionale avec la Russie qui engloutira l’Europe.

En Europe, cependant, la guerre de Washington avec Moscou est plus qu’un sujet désagréable. L’économie allemande est au bord de l’effondrement. Les industries et les ménages allemands sont privés d’une énergie qui devient de plus en plus chère chaque semaine. Les investisseurs américains sont inquiets car l’histoire montre que les performances économiques de l’Allemagne sont souvent le signe avant-coureur de périodes économiques difficiles aux États-Unis.

Plus important encore, la cohésion sociale dans les États européens, notamment en France et en Allemagne, est fragile. Les forces de police de Berlin seraient en train d’élaborer des plans d’urgence pour faire face aux émeutes et aux pillages pendant les mois d’hiver si le réseau énergétique de la ville “multiculturelle” s’effondre. Le mécontentement grandissant rend tout à fait plausible le fait que les gouvernements d’Allemagne, de France et de Grande-Bretagne suivront probablement le chemin de leurs collègues de Stockholm et de Rome, qui ont perdu ou vont perdre le pouvoir au profit de coalitions de centre-droit.

À ce jour, Kiev continue de faire pression sur Moscou en empalant les dernières réserves de main-d’œuvre de l’Ukraine sur les défenses russes. Washington, insiste le président Biden, soutiendra l’Ukraine “aussi longtemps qu’il le faudra”. Mais si Washington continue à drainer la réserve stratégique de pétrole de l’Amérique et à expédier des stocks de guerre américains en Ukraine, la capacité à protéger et à approvisionner les États-Unis sera en concurrence avec le soutien à l’Ukraine.

 

 

La Russie contrôle déjà le territoire qui produit 95 % du PIB ukrainien. Elle n’a pas besoin de pousser plus à l’ouest. À l’heure où nous écrivons ces lignes, il semble certain que Moscou terminera son travail dans le Donbas, puis, tournera son attention vers la capture d’Odessa, une ville russe qui a vu de terribles atrocités commises par les forces ukrainiennes contre les citoyens russes en 2014.

Moscou n’est pas pressé. Les Russes ne sont rien d’autre que méthodiques et délibérés. Les forces ukrainiennes se vident de leur sang en enchaînant contre-attaque sur contre-attaque. Pourquoi se précipiter ? Moscou peut être patient. La Chine, l’Arabie Saoudite et l’Inde achètent du pétrole russe en roubles. Les sanctions font mal aux alliés européens de l’Amérique, pas à la Russie. L’hiver prochain fera probablement plus pour modifier le paysage politique de l’Europe que toute action que Moscou pourrait entreprendre. À Zakopane, une ville de 27 000 âmes située à l’extrême sud de la Pologne, la neige tombe déjà”

 

Point sur la ligne de front

 

Extraits du blog d’Erwan Castel – plus je le lis, plus je trouve qu’on y a un formidable point d’observation du terrain.  C’est bien entendu un bloc engagé, favorable à la Russie et aux républiques du Donbass. Mais il n’épargne jamais les critiques et il respecte les combattants ukrainiens. 

 

19 septembre 2022 :

“Chaque jour des civils meurent au coeur des cités républicaines,. Rien que pour Donetsk,  hier dimanche 18 septembre, 9 personnes ont été tuées et 13 autres blessées par des obusiers de 155mm de l’OTAN,. le 17 septembre, 4 autres civils avaient été tués et ainsi de suite chaque jour que les dieux font et que les hommes défont. 

 

Aujourd’hui 19 septembre, un nouveau massacre perpétré au coeur de Donetsk par les obusiers de 155mm de l’OTAN des soudards de Zelensky a réussi à faire passer au second plan cette attaque dejà inadmissible sur la centrale nucléaire d’Energodar.

 

A 12h20, au moment où l’activité socio-économique extérieure bat son plein, un bombardement ukro-atlantiste s’est abattu au coeur de Donetsk, dans le district de Kuybishevsky situé à l’Ouest du centre ville. La place des commissaires de Bakou, le marché de Sokol (microdistrict de Tekstilshchik) et plusieurs centres commerciaux ont été touchés entre 12h15 et 12h23 par 9 obus de 155mm (calibre OTAN) tirés depuis les positions ukrainiennes de Netaïlovo, à 20 km, au Nord Ouest de Donetsk (secteur de Pervomaïske sur le front d’Avdeevka).

Bilan  provisoire : 16 tués dont 2 enfants 

et plusieurs blessés

Outre les nombreuses victimes fauchées par l’acier de l’OTAN, les destructions sont importantes, magasins de marché, centre commercial, maisons d’habitations, voitures…. et dans ces quartiers frappés au milieu de la journée, pas un seul objectif militaire, logistique ou énergétique pouvant intéresser des opérations militaires… Juste des centres de vie socio-économiques d’une population civile éloignée du front (10 km de la ligne de front). 

Au milieu des corps et des débris, des centaines d’éclats d’acier identifiés comme ceux d’obus de 155mm français tirés par canon CAESAR sont ramassés par les services de sécurité chargés de l’enquête.” 

 
 

20 septembre 2022: 

 

“Sur le front russo-ukrainien, si les mouvements opératifs ont fortement diminué côté ukrainien en revanche l’intensité des combats n’a pas faibli, bien au contraire, car les forces ukro-atlantistes maintiennent leurs pressions offensives dans de nombreux secteurs et les forces russo-républicaines, qui ont reçu leurs premiers renforts au lendemain de la percée réussie par les forces ennemies à l’Est de Kharkov, sont visiblement en train de se réorganiser pour une nouvelle phase offensive avec des moyens et des objectifs plus élargis.

 

Concrètement du Nord au Sud :

Sur le front de Kharkov, si de violents combats se poursuivent dans les quartiers Est de Koupiansk sur la rive gauche à l’Est de l’Oskol, le front s’est stabilisé sur cette rivière entre la frontière de la région russe de Belgorod au Nord et le front au Nord de Slaviansk où elle passe le relais à une autre rivière dans une orientation Ouest Est : la Donets (ou Siversky Donets).

 

Sur le front de Slaviansk, à partir de deux têtes de ponts réalisées sur la rivière Donets et d’une autre en aval du barrage sur l’Oskol, les forces ukrainiennes attaquent et cherchent à encercler la ville de Krasni Liman qi verrouille leur progression vers l’Est le long de la Donets subissant des pertes importantes de la part d’une garnison russe renforcée, mais pas assez fournie pour mener des contre attaques.

 

Sur le front de Severodonetsk Lisichansk, les forces ukrainiennes ont repris aux forces alliées la localité de Bilogorovka à partir de laquelle elles pourraient mener une troisième tête de pont sur la Donets et/ou mener des attaques en direction de Lisichansk s’ils elles n’étaient pas bloquées par un manque d’effectifs d’assaut et d’appuis et une forte résistance alliée qui a également renforcer ce secteur du front Nord Donbass

 

Sur le front d’Artemovsk, au Nord de la ville, les forces alliées peinent depuis 2 mois à conquérir le point d’appui de Soledar dans des combats de rues lents et très couteux et plus au Sud, ne disposent pas d’effectifs suffisants pour réaliser rapidement un mouvement offensif enveloppant cette ville d’Artemovsk que les ukrainiens ont de plus renforcé avec des unités d’infanterie et d’artillerie.

 

Sur le front de Donetsk, de violents combats continuent autour des bastions ukrainiens de Avdeevka, Krasnogorovka et Marinka, au Nord Ouest et Sud de la cité républicaine soumise à des bombardement meurtriers ukrainiens de plus en plus importants dirigés contre ses populations civiles. Plus au Sud sur l’amorce du front de Zaporodje les 2 adversaires repoussent leurs attaques mutuelles dans le secteur de Vougledar.

 

Sur le front de Zaporodje, le situation est relativement stable, essentiellement animée par des duels d’artillerie et quelques reconnaissance offensives de part et d’autre, principalement dans le secteur au Sud de la ville, près du Dniepr, d’où pourrait surgir une nouvelle offensive ukrainienne en direction de Energodar le long de la rive gauche (Sud) du fleuve ou vers Melitopol, en direction de la Mer Noire.

 

Sur le front de Kherson, l’offensive ukrainienne engagée contre les forces russes déployées au Nord du Dniepr, malgré des pertes et des échecs tactiques se poursuit à partir de la tête de pont d’Andrivka sur la rivière Ingoulets et du saillant de Visokopillya, au Nord Est, mais toutefois sans obtenir de succès significatifs, en dehors des destructions par les HIMARS étasuniens des infrastructures russes à l’arrière du front.

21 septembre 2022

Arrivant sur le flanc occidental de la Fédération, de nombreuses forces russes terrestres appartenant à la Garde Nationale et au Corps de défenses sont en train de se déployer autour de l’Ukraine ainsi que de nouveaux appuis aériens avec notamment des moyens stratégiques lourds (bombardiers Tupolev 95 par exemple) qui jusqu’ici n’avaient quasiment pas été engagés. A noter également des renforts importants au sein des forces auxiliaires russes comme le groupe Wagner et les volontaires tchétchènes qui alignent chacun l’équivalent d’une division.

 

De leur côté, l’essoufflement rapide des forces ukrainiennes tend à confirmer que leur percée à l’Est de Kharkov et leurs têtes de pont réalisées sur les rivières Oskol et Donets au Nord et Ingoulets au Sud risquent d’être qualifiées de “victoire à la Pyrrhus” tant elle ont subi des pertes importantes et raclé les fonds de tiroirs des réserves opérationnelles. Et je n’en veux pour preuve que les nouveaux renforts ukrainiens acheminés en urgence par trains vers Kharkov, mais qui sont puisés dans les forces de défense de Kiev. 

 

En résumé le front russo-républicain, après les initiatives opératives ukrainiennes des fronts Sud et Nord est dans l’attente d’un nouveau changement stratégique pour lequel la Russie, qui veut reprendre une initiative offensive forte sur le terrain, vient d’ouvrir le prologue politique. 

Souvenons nous qu’après l’échec des dernières actions diplomatiques russes proposant un traité de sécurité collective pour mettre un terme au conflit dans le Donbass et avant d’engager l’option militaire pour contraindre le régime de Kiev à en respecter les principes, une reconnaissance officielle des Républiques de Donetsk et Lougansk a été votée par le parlement russe le 21 février, aussitôt suivi d’un accord d’assistance militaire mutuelle.

 

Aujourd’hui dans le même souci de préparer le terrain politique et de donner une dimension juridique aux nouvelles opérations militaires qui font probablement fondre sur l’Ukraine prochainement, la Russie avec ses alliés a engagé le processus d’intégration référendaire des républiques populaires de Donetsk et Lougansk, mais aussi des régions de Zaporodje et Kherson. 

 
 

22 septembre 2022

“Alors que les canons français CAESAR de l’artillerie ukro-atlantiste continuent à massacrer les civils de Donetsk (encore 5 morts hier 21 septembre), les forces de Kiev excitées par le sang et leur victoire éphémère du côté de Kharkov continuent de lancer des attaques sur le front de Donetsk, où leurs unités ont même reçu en renfort des unités d’assaut et d’artillerie nouvelles.

 

Ainsi, sur le front de Peski, ce saillant républicain conquis de haute lutte début août par les unités républicaines emmenées par les groupes d’assaut du 11ème régiment et les chars du bataillon Somali, l’ennemi ukrainien a lancé au cours des derniers jours pas moins de 5 assauts mécanisés pour tenter de reconquérir ce point d’appui perdu et essentiel à la défense du front d’Avdeevka

 

Ce 20 septembre, les forces ukrainiennes ont lancé un 5ème assaut contre les positions défensives alliées. Cette attaque des forces de Kiev qui est la plus importante réalisée sur ce secteur est partie à la fois du village de Pervomaïske et du village de Vodyane, ces 2 localités faisant partie (avec Opitnoe plus à l’Est) de la principale ligne de défense extérieure située au Sud du bastion ukrainien d’Avdeevka. plus de 10 blindés (chars et véhicules de combat d’infanterie) et plusieurs compagnies d’infanterie, sont partie dans des assauts convergents vers la rue Stepnova qui permet d’accéder aux quartier des immeubles de grande hauteurs situés au Nord du village.

 

Ce double assaut ukrainien, repéré dès ses sorties de Pervomaïske et Vodyane a tout d’abord subi des tirs de barrage de l’artillerie alliée avant d’arriver dans le secteur de la rue Stepnov, ce qui a contraint leurs unités non détruites à se replier puis contourner le polygone de l’artillerie pour tenter de varianter leur attaque plus au Nord avant d’être à nouveau écrasées par l’artillerie alliées, cette fois une saturation de zone réalisé avec des lance roquettes multiples.

 

Le bilan de cette nouvelle offensive ukrainienne sur Peski est pour Kiev un nouvel échec cinglant et sanglant car les pertes de ce nouveau fiasco devant Donetsk s’élèvent à plus de 100 soldats tués ou blessés et plusieurs véhicules blindés détruits.

 

Ailleurs ce sont des assauts alliés qui n’aboutissent pas comme à Marinka par exemple mais avec des pertes incomparablement moins importantes que celles subies par les ukrainiens devant Peski. C’est ainsi de toutes les guerres de haute intensité, où se vivt une alternance de succès et de revers tactiques, surtout dans des combats de zones urbaines fortifiées où l’avantage est important pour celui qui défend, 

 

Mais ce que l’on peut retenir de l’écrasement des assauts ukrainiens sur Peski, c’est l’efficacité remarquable de la défense républicaine qui s’appuie sur : 

1 - Une observation permanente de l’ennemi, notamment par des drones, ce qui permet d’anticiper et réagir à toute action offensive

2 - Une réactivité et précision efficaces des couvertures de l’artillerie qui réalise aussi bien des tirs de barrage que des appuis lors des  contre attaques

3 - Une défense de la première ligne qui a repoussé les unités d’infanterie qui accompagnaient les blindés 

4 - Une contre attaque blindée finale qui a su exploiter la désorganisation ennemie pour achever sa destruction avant son repli à Vodyane. 

Cependant,  les moyens républicains restent toujours insuffisants pour capitaliser la défaite de l’assaut ukrainien en prolongeant leur contre-attaque en une offensive sur Vodyane par exemple. 

Et du côté ukrainien, ce qui apparait, même aux yeux de premier venu, c’est le caractère désespéré et même suicidaire de ces assauts en terrain découvert avec un appui feu quasiment inexistant et qui, dès les premiers tirs de barrage subis semblent complètement perdus et animés par des réactions individuelles décousues.

 

Il ne s’agit pas pour autant de sous estimer les capacités évolutives des forces ukrainiennes car cette assaut sur Peski, qui est à mettre en relation avec d’autres attaques menées ces derniers jours sur la zone de l’aéroport, un peu plus à l’Est du village, montre que les forces de Kiev sont toujours debout, motivées et qu’elles reçoivent toujours logistique et renforts leur permettant de tenir et même de prendre l’initiative.

 

Le même constat est réalisé sur le front Nord, notamment du côté de Krasni Liman où les forces ukrainiennes échouent à rompre la première ligne de défense alliées en y laissant à chaque fois des pertes importantes mais maintiennent des pressions offensives permanentes.

 

Les forces alliées ont donc besoin de grossir significativement leurs effectifs opérationnels et sur tous les fronts (ce que ne peuvent pas faire les ukrainiens) pour parvenir non seulement à repousser les forces de Kiev partout comme à Peski, mais surtout pour pouvoir engager de nouvelles offensives percutantes permettant de rompre les lignes de défenses ennemies s’emparer de villes clés et précipiter la capitulation de Kiev plutôt que de les grignoter inutilement en donnant du temps aux aides occidentales et aux reconstitutions de nouvelles brigades ukrainiennes.

 

Et c’est visiblement ce qui est en train de se préparer pour la période qui suivra les référendums et la très probable intégration des républiques du Donbass et des régions de Zaporodje et Kherson au sein de la Fédération de Russie qui devrait être entérinée autour du 1er octobre“.