Les Opérations (III)

L’Ukraine est en train de se « suicider par flic interposé »


Par The Saker – Le 25 novembre 2022 – Source The Saker’s Blog

Hier, j’ai reçu un courriel d’un de mes amis ukrainiens.  Par « ukrainien« , je veux dire que sa culture et son identité propre sont ukrainiennes, qu’il aime son héritage, qu’il parle la langue et qu’il aime son pays.  En fait, il est ce que j’appellerais un « véritable ukrainien », par opposition aux Ukronazis au pouvoir à Kiev. Nous correspondons régulièrement et échangeons nos opinions sur ce qui se passe. Voici un extrait de ce que je lui ai écrit hier :

 

J’ai également le cœur brisé par l’évolution de la guerre pour libérer l’Ukraine de l’OTAN : si je n’ai aucun doute sur l’issue, je suis horrifié à l’idée de ce que cela fait à la population civile. Ma tristesse est d’autant plus grande que je réalise que, dans une large mesure, les Ukrainiens se sont infligés eux-mêmes cette situation. La Russie a fait de VRAIS efforts pour qu’il n’y ait pas de guerre, puis elle a fait de VRAIS efforts pour sauver les civils et l’infrastructure civile. Mais le peuple sous l’occupation nazie a cru toute la propagande émanant du régime de Kiev et de l’Occident et maintenant, c’est l’enfer qu’il va payer. Pendant 6 mois, ces personnes naïves ont cru que l’Ukraine gagnait parce qu’elles ne pouvaient même pas imaginer que la Russie n’utilisait qu’environ 10% de ses forces et essayait vraiment de sauver autant d’Ukrainiens que possible. Mais non, ils ont célébré le meurtre de Dugina, l’attaque du pont de Crimée, les attaques contre la centrale nucléaire et maintenant ils vont payer un prix horrible pour ces illusions et, franchement, ce manque de décence/moralité.

Comme l’a dit Douglas MacGregor, « les Russes sont sur le point d’amener le marteau-pilon » pour vaporiser les forces de l’OTAN en Ukraine.

Nous n’avons pas voulu cela.

Cela nous a été imposé.

Que puis-je dire d’autre ?

Les nazis seront écrasés, mais le coût de cette opération sera inutilement élevé.

Des millions de réfugiés viendront s’ajouter aux millions de personnes qui ont déjà fui.

Je me sens complètement dégoûté, triste et en colère face à ce résultat.

Comme le dit une chanson rock que je connais (« Gates of Babylon » de Rainbow – voir ci-dessous) : « dors avec le diable, et alors tu dois payer, dors avec le diable et le diable t’emportera« .

Je suis triste de dire que je crois que le peuple ukrainien a « dormi avec le diable » (l’Occident) et que l’inévitable se produit maintenant.

Après avoir envoyé mon courriel, je n’ai cessé de penser à la folie totale des actions ukrainiennes. Un observateur extérieur pourrait être pardonné de penser que le peuple ukrainien a une sorte de désir de mort, et si ce n’est la plupart des gens, au moins les dirigeants de l’Ukraine. Et puis j’ai pris conscience d’une chose.

L’Ukraine est en train de faire ce que l’on appelle aux États-Unis un « suicide par flic interposé« , que Wikipedia définit comme suit : « Le suicide par flic interposé est une méthode de suicide dans laquelle un individu suicidaire se comporte délibérément de manière menaçante, avec l’intention de provoquer une réponse létale de la part d’un agent de la sécurité publique ou d’un agent chargé de l’application de la loi« .

Voici ce que le Law Enforcement Bulletin du FBI a à dire sur une telle situation : (c’est nous qui soulignons)

Les situations de suicide par flic interposé sont plus intenses que les autres appels au suicide. Toutes les parties sont armées, ou la victime semble être armée. L’individu est actif, plutôt que passif, et agressif envers la police ou d’autres personnes. Malgré ses caractéristiques uniques, le SFI correspond au modèle du comportement suicidaire en tant que résultat planifié d’un processus psychologique en cours. La prévention et l’intervention sont possibles aux mêmes endroits que pour le suicide par d’autres moyens. Théoriquement, les suicides sont évitables ; cependant, en réalité, ils peuvent ne pas être évitables en raison de la nature du plan ou du moment où les premiers intervenants rencontrent la personne suicidaireLe SFI est souvent impossible à prévenir. Cela doit être pris en compte dans les suites de l’affaire concernant les officiers qui ont été contraints d’être les moyens involontaires.

Pour être clair, je ne considère PAS que la Russie soit une sorte de « flic » qui doit faire respecter la loi aux autres. Pas du tout. Mais je vois un parallèle moral entre le flic qui ne veut pas tuer la personne suicidaire avec une arme à feu, mais qui n’a peut-être pas le choix, et le fait que la Russie n’avait tout simplement pas d’autre choix que d’agir lorsque le Donbass était menacé d’une invasion imminente et que la Russie était menacée par les plans ukronazis d’acquérir une arme nucléaire.

Parfois, la seule façon de désarmer une personne est d’utiliser sa propre arme. C’est exactement ce qui s’est passé ici.

Ce qui rend tout cela encore pire, c’est que les forces obscures de l’Occident, qui ont créé l’Ukraine en premier lieu, se sont jointes aux nazis et aux néoconservateurs (les deux vilains jumeaux qui se combattent mais se ressemblent tant !) pour pousser le peuple ukrainien dans une guerre qu’il n’a jamais eu la moindre chance de gagner. L’armée ukrainienne a été vaincue dès la mi-mars mais cela ne suffisait pas à l’Hégémon, il a donc ordonné des vagues de mobilisations et envoyé des MILLIERS de « conseillers » et de « volontaires« . Au milieu de l’été, ce qui avait été une armée ukrainienne a été remplacée par une force de facto de l’OTAN, qui est maintenant également en cours de « démilitarisation« .

L’empire anglo-sioniste a promis au peuple ukrainien la paix, la prospérité et toutes les richesses de la propagande occidentale (qui sont très différente de la réalité de l’Occident) et le peuple ignorant de l’Ukraine (dont le cerveau a été lavé d’abord par la propagande soviétique, puis occidentale) a tout gobé, « hameçon, ligne et plomb« . Cela ressemble à deux adultes vicieux promettant à un enfant de 5 ans des bonbons super savoureux et lui disant que « tout ce qu’il a à faire » en échange des bonbons, c’est de jeter quelques pierres sur un ours endormi et « ne t’inquiète pas, si l’ours se réveille, nous te protégerons !« .

Maintenant, l’ours est réveillé, et il est très en colère : l’enfant de 5 ans se fait éviscérer pendant que les adultes vicieux qui lui ont promis « un pays où coulent le lait et le miel » regardent (de ce qu’ils croient – à tort – être une distance sûre) et s’amusent de tout cela.

C’est vraiment démoniaque.

Il y a encore des gens qui ne peuvent pas, ou ne veulent pas, comprendre ce qui se passe.

Je vais donc partager avec vous une vidéo qui circule sur Internet et qui vous montre exactement à quoi tout cela ressemble en réalité.

Voyez par vous-même : (pas besoin de traduction autre que « ВСУ » qui signifie « forces armées de l’Ukraine »).

 

Ce que montre cette vidéo, ce sont deux tentatives d’attaque des forces ukrainiennes : d’abord contre les forces de la LDNR, puis contre les mercenaires de Wagner. Ce qui se passe ensuite est prévisible : on assiste d’abord à un échange de tirs d’armes légères, puis les Russes utilisent des mortiers. Viennent ensuite les frappes très précises de l’artillerie russe. Puis des attaques MLRS à grande échelle suivies d’encore plus de frappes par une paire de Su-25 et un seul Su-34. Selon des sources russes, lors de cette (très petite) attaque, tous (la plupart ?) les Ukrainiens ont été tués tandis que les Russes n’ont subi aucune perte. Remarquez que les soldats ukrainiens, bien que très courageux, n’ont absolument aucun soutien. Notez également la taille minuscule de la force d’attaque : les Ukrainiens avaient l’habitude d’attaquer avec plusieurs « brigades » (enfin, un peu), maintenant ils en sont réduits à des engagements au niveau d’escouades !

Et ce genre de boucherie inutile se produit tous les jours, jour après jour après jour après jour.

Mon ami ukrainien m’a également demandé pourquoi la Russie n’élimine pas « Ze » et sa bande.

Je pense que c’est là le nœud du problème : je crois que c’est le peuple ukrainien lui-même qui devrait renverser « Ze », et non les Russes. Tout comme il était infantile de croire que l’UE allait transformer l’Ukraine en une nouvelle Allemagne du jour au lendemain, il est tout aussi infantile de croire que « Poutine va venir et rétablir l’ordre« . Poutine est le président de la Russie, pas de l’Ukraine, et ce n’est pas à lui de sauver l’Ukraine du gouffre dans lequel elle est tombée.

Il y a également trois raisons pratiques de ne pas décapiter (pas encore) le régime de Kiev :

  • Ce régime n’a pas d’autorité de toute façon, et tout ce qu’une telle décapitation accomplirait serait de couper une tête déjà bien morte.
  • L’Hégémon pourrait rapidement remplacer l’ancien gang par un nouveau.
  • « Ze » et Cie sont si fantastiquement incompétents que la Russie ne peut de toute façon pas espérer avoir un adversaire plus faible, plus bête et plus incompétent.

Cependant, le travail de Poutine est de protéger la Russie et le peuple russe. En poussant les Ukrainiens vers des provocations de plus en plus dangereuses, les Néocons étaient pleinement conscients qu’ils les poussaient dans une sorte de fol « suicide par ours interposé« .

La triste vérité est que la Russie n’a pas d’autre choix que de faire ce que le peuple ukrainien ne peut (ou ne veut) pas faire : dénazifier l’Ukraine. Et puisque l’Ukraine ne pouvait pas être dénazifiée, elle devait être désarmée.

Note de l’auteur

oh et s’il vous plaît, ne me donnez pas l’argument « mais les Ukrainiens ne pouvaient rien faire pour résister ». La résistance est toujours possible, même sous les régimes les plus durs et les plus maléfiques. Et lorsque cette résistance semble futile, cela reste une question d’honneur, de choix personnel, d’obligation morale de résister du mieux que l’on peut. La résistance au mal est ce qui définit notre humanité. Et si l’on ne peut vraiment pas, alors, à tout le moins, chaque personne a la possibilité de « ne pas vivre dans le mensonge » ! Encore une fois, la résistance, même humble et petite, est toujours possible, et le peuple du Donbass l’a prouvé.

Ce dernier bain de sang initié par les néocons a déjà largement dépassé les centaines de milliers de personnes tuées, mutilées ou déplacées inutilement. Cet hiver, cela ne fera qu’empirer.

Et que pensez-vous que les Ukronazis feront pour atténuer cette catastrophe ?

Négocier ? Non, pas du tout !

Ils veulent démonter la statue du fondateur de la ville d’Odessa ! Oui, comme les autres monstres dégénérés d’Europe de l’Est, les Ukronazis sont toujours en train de « combattre les statues » et, par extension, leur propre passé historique.  C’est carrément nul…

Tout cela serait assez hilarant si ce n’était pas aussi horrible et si des millions de personnes n’avaient pas à souffrir des actions des shaitans [diables dans la mythologie arabes, NdSF] qui gouvernent l’Occident !

Le FBI a tout à fait raison. Le suicide par flic interposé est généralement impossible à prévenir.

La Russie a-t-elle eu raison de faire autant d’efforts pour éviter une guerre totale ? Oui.

Les Russes ont-ils eu raison d’essayer de minimiser les dommages causés aux civils et aux infrastructures de l’Ukraine ?  Oui, absolument !

Pensez-y : si la Russie avait attaqué l’Ukraine à la manière de « shock and awe » dès le premier jour et transformé Kiev, Kharkov ou Lvov en « Fallujahs ukrainiens », il aurait été beaucoup plus crédible de blâmer la Russie pour les « dommages collatéraux » massifs qu’une telle attaque aurait inévitablement entraînés.

Est-ce que quelqu’un blâme le flic pour une mort par « suicide par le flic » ?

Bien sûr que non !

Oui, cette politique consistant à essayer d’épargner l’Ukraine a coûté cher à la Russie, non seulement en termes politiques, mais aussi en vies russes perdues.

Mais, au moins, nous avons essayé.

Peut-être est-ce là la plus grande différence entre les Russes et les Ukrainiens ?

Andrei

***

Le week-end approche et j’ai l’habitude de partager avec vous quelques vidéos musicales.  Aujourd’hui, je vais en poster une seule : la vidéo de Rainbow dont j’ai parlé plus haut. Je voudrais juste noter que selon le guitariste, Richie Blackmore, son solo sur « Gates of Babylon » est son meilleur solo à ce jour. Je suis tout à fait d’accord. En termes de structure, le début de la chanson est basé sur une gamme/mode majeur double harmonique, mais le solo passe ensuite à une séquence d’accords/harmonies qui rappellent beaucoup plus la musique baroque, plus précisément J.S. Bach (quelque chose que Richie Blackmore avait déjà exploré avec Deep Purple, mais qu’il a véritablement maîtrisé avec cette superbe chanson). Le chanteur est le regretté Ronnie James Dio, la meilleure voix de toute la musique rock à mon humble avis. Profitez-en !

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

Ukraine. La jauge arrive dans le rouge


Par Moon of Alabama – Le 24 novembre 2022

Hier, le Pentagone annonçait un nouveau transfert d’armes à l’armée ukrainienne :

Voici la liste du Pentagone :

 

Des munitions supplémentaires pour le NASMAS

150 mitrailleuses lourdes avec viseurs à imagerie thermique pour contrer les systèmes aériens sans pilote.

Des munitions supplémentaires pour les HIMARS

200 obus d’artillerie de 155 mm à guidage de précision

10 000 obus de mortier de 120 mm

Des missiles antiradiations à grande vitesse (HARM)

150 véhicules polyvalents à roues à haute mobilité (HMMWV)

Plus de 100 véhicules tactiques légers

Plus de 20 000 000 de munitions pour armes légères

Plus de 200 générateurs

Des pièces de rechange pour les obusiers de 105 mm et d’autres équipements.

Ces 400 millions de dollars d’armes sont envoyés à l’Ukraine par le biais de l’autorité présidentielle de retrait (PDA), qui permet au président Biden d’envoyer des armes directement à partir des stocks militaires américains.

Le Pentagone est clairement en train de racler les fonds de tiroirs.

  • « Des munitions supplémentaires pour le NASMAS »

Le NASMAS est un système de défense aérienne qui utilise des missiles air-air réutilisés (AIM-120 AMRAAM à guidage radar actif) en mode sol-air.

Hier, un de ces missiles a été utilisé à Kiev mais a manqué sa cible. Il a touché un immeuble d’habitation et tué plusieurs personnes :

Le missile qui a frappé un immeuble d’habitation à Kiev aujourd’hui était un AIM-120C de fabrication américaine lancé depuis l’un des systèmes de défense aérienne NASMAS récemment arrivés, donnés à l’Ukraine au cours des derniers mois. La population locale a partagé sur les médias sociaux des photos de l’épave du missile. Bien que l’Ukraine ait accusé la Russie de cette frappe, il s’avère que le missile n’était pas russe mais américain et a été tiré par les troupes ukrainiennes.

Le fragment montré sur la photo porte le mot LIFT comme l’AIM-120C américain. Il s’agit d’un missile anti-aérien pour les systèmes NASAMS qui ont été récemment donnés à l’Ukraine. En analysant les photos que les citoyens ukrainiens ont publiées eux-mêmes, le missile qui a frappé leur immeuble résidentiel peut être facilement identifié comme étant américain.

 

  • « Des mitrailleuses lourdes avec viseurs à imagerie thermique pour contrer les systèmes aériens sans pilote. »

C’est un très mauvais signe. J’ai essayé de trouver des photos récentes de mitrailleuses utilisées en mode défense aérienne. Il n’y avait que des photos anciennes et cette photo modèle.

Agrandir

Il y a quelques décennies de cela, nous nous sommes entraînés à abattre des hélicoptères et des avions avec les mitrailleuses fixées au sommet de nos chars de combat. Malgré le fait que nous tirions depuis une plate-forme stable et que nous utilisions beaucoup de munitions, nos taux de réussite étaient vraiment minces. C’est pourquoi aucune armée que je connaisse n’utilise encore cette méthode. La plupart des drones utilisés en Ukraine pour la reconnaissance sont électriques. Il est peu probable qu’ils apparaissent dans un viseur thermique. Les drones iraniens à hélice, probablement fabriqués en Russie, sont chauds et font beaucoup de bruit. Ils peuvent être ciblés mais sont assez rapides et il faut agir tout aussi rapidement pour les attraper. Les drones kamikazes Lancet utilisés par l’armée russe en Ukraine volent bas et rapidement. Une équipe de mitrailleurs aura peu de chances lorsqu’un tel drone volera vers elle.

Les mitrailleuses que l’Ukraine recevra, sauf celles qui seront vendues au marché noir, ne peuvent pas être efficaces comme défense aérienne. Elles finiront probablement par être utilisées en mode terrestre pour défendre tel ou tel fossé de la ligne de front. Ils sont bons pour cela jusqu’à ce qu’un obus d’artillerie ou un véhicule de combat d’infanterie arrive et les détruise.

  • « Des munitions supplémentaires pour HIMARS »

Le HIMARS est l’arme merveilleuse qu’elle n’est pas. La portée de quelque 70 kilomètres est raisonnable, mais il faut aussi de très bonnes données de ciblage pour les utiliser. Les Russes ont tiré les leçons des premiers succès du HIMARS et sont devenus bien meilleurs pour camoufler leurs positions.

  • « 200 obus d’artillerie de 155 mm à guidage de précision »

C’est une bonne chose, mais là encore, il faut disposer de données de ciblage fiables. Ce qui est choquant, c’est qu’il n’y a pas d’autres munitions de 155 mm dans cette livraison. Que sont censés tirer les canons M-777, du moins ceux qui existent encore en Ukraine ?

  • « 10 000 obus de mortier de 120 mm »

Ce n’est pas beaucoup non plus. Auparavant, les États-Unis avaient donné à l’Ukraine 20 mortiers de 120 mm avec 135 000 cartouches de mortier de 120 mm. Les 10 000 nouveaux obus seront probablement utilisés en moins d’une semaine.

  • « Des missiles antiradiations à grande vitesse (HARM) »

Il s’agit de missiles air-sol utilisés pour cibler les radars ennemis. Ils ont été bricolés pour être montés sur les quelques avions de chasse SU-27 que l’Ukraine a reçus d’un pays d’Europe de l’Est. Selon certains rapports, les défenses aériennes russes frappent généralement ces missiles avant qu’ils n’atteignent leur cible.

Aujourd’hui, le New York Times rapporte qu’un de ces missiles, tiré en septembre, a touché un immeuble d’habitation à Kramatorsk :

Les journalistes du New York Times ont pu recueillir et identifier des fragments métalliques distincts laissés sur le site d’une frappe antérieure, en septembre dans l’est de l’Ukraine, ce qui permet de voir où les milliards de dollars d’aide militaire envoyés par les États-Unis à l’Ukraine peuvent parfois atterrir.

« Trois personnes ont été blessées, disent-ils. Aucun mort. Il a frappé un appartement où personne ne vit, et dans l’appartement voisin, des gens ont été blessés« , a déclaré Olga Vasylivna, une habitante qui vivait à côté de l’endroit où le missile a frappé.

Les camions que l’Ukraine recevra seront peut-être utiles, mais y aura-t-il assez de diesel pour les alimenter ?

20 000 000 de munitions pour armes légères, c’est encore presque rien. La charge de combat typique d’un soldat d’infanterie est de 240 cartouches. Les équipes de mitrailleurs transportent environ 6 000 cartouches. La ligne de front en Ukraine est longue de 1 000 kilomètres. Si l’on fait le calcul, on constate que ces 20 millions de cartouches ne représentent pratiquement rien.

Il existe actuellement un marché noir florissant pour les générateurs en Ukraine. Ces 200 nouveaux seront les bienvenus. Ils finiront très probablement à Lviv ou à Kiev.

  • « Des pièces de rechange pour obusiers de 105 mm et autres équipements »

L’histoire du soutien américain en matière d’armement pour l’Ukraine est celle d’une diminution de la quantité et de la qualité. Les États-Unis ont d’abord fourni 143 systèmes M-777 de 155 mm à l’Ukraine. Ceux-ci se sont avérés avoir un taux de casse élevé et étaient également facilement ciblés. Ensuite, les États-Unis ont épuisé les munitions de 155 mm qu’ils pouvaient donner. Ils ont ensuite offert 36 obusiers de 105 mm et 180 000 munitions de 105 mm. Même histoire. Puis vint le mortier de 120 mm.

L’artillerie est généralement combattue par la contre-artillerie. Lorsque le radar de combat repère un obus d’artillerie en vol, on peut calculer d’où il a été tiré. Ensuite, une batterie de contre-artillerie dédiée, généralement de plus longue portée, sera chargée de tirer sur cette position. Dans une unité bien organisée, cela prend moins d’une ou deux minutes.

Les canons M-777 ont une portée de tir d’environ 20 kilomètres. C’est à peu près égal aux canons de 152 mm utilisés par les Russes. Viennent ensuite les canons de 105 mm. Leur portée est d’environ 11 kilomètres. Le mortier de 120 mm peut atteindre environ 7 kilomètres.

Hormis les HIMARS, l’artillerie ukrainienne est devenue plus petite et a une portée inférieure à celle des systèmes utilisés de l’autre côté. Il sera donc plus facile de la contrer. L’Ukraine manque également cruellement de munitions pour les quelques armes qui existent encore. Elle a perdu depuis longtemps la guerre de l’artillerie.

La guerre en Ukraine se déroule à un niveau industriel. Mais l' »Occident » et son mandataire ukrainien ne sont pas préparés à une guerre industrielle. Dans un article intitulé « c’est la guerre, Joseph, mais pas celle que l’on connait », Aurelian explique pourquoi c’est le cas :

Tout d’abord, une grande partie de l’impulsion politique pour l’Ukraine vient des pays anglo-saxons, dont l’histoire de la guerre, et la réflexion sur la guerre, est essentiellement expéditionnaire et limitée.

Le type d’opérations militaires que les Européens ont effectivement menées depuis 1945, et surtout depuis 1989, a eu tendance à suivre ce modèle.

Le deuxième facteur est simplement qu’en général, les guerres de l’Occident ont été des guerres à responsabilité limitée, où il y a eu peu de victimes dans leur pays.

Pour les Russes, la géographie imposait un ensemble différent de critères. Toujours un pays massif, avec une population relativement importante et de longues frontières, la nation a subi des invasions militaires étrangères à plusieurs reprises dans son histoire. Elle a l’habitude d’être obligée de se battre sur son propre territoire et, au cours de la seule Seconde Guerre mondiale, elle a subi près de trente millions de morts, dont une grande partie de civils. Ainsi, la défense nationale est littéralement une question de vie ou de mort, et la réflexion et la planification de la guerre se font à un niveau stratégique beaucoup plus élevé et complexe.

Cette expérience russe produit inévitablement une façon d’envisager les conflits qui est radicalement différente de celle de l’Occident, à l’exception des deux guerres mondiales où l’Occident lui-même a dû apprendre péniblement des leçons similaires, pour les oublier rapidement à chaque fois.

Les armées soviétique et russe ont une longue tradition d’étude des terribles guerres passées de leur pays, et une telle analyse permet de tirer un certain nombre de conclusions évidentes. L’une d’elles est l’importance du nombre, du personnel, de l’équipement et des munitions. Dans une longue guerre, que les Russes, contrairement aux Occidentaux, se sont toujours attendus à mener, ces éléments comptent énormément.

Jusqu’en 2012, il y avait une entreprise ukrainienne près de Kiev qui produisait encore des munitions d’artillerie pour la Russie. Je ne trouve plus le lien vers cette histoire, mais le nombre de munitions produites pour la Russie s’élevait à quelque 2 000 000 millions par an. L’Occident n’a aucun moyen d’égaler les stocks russes.

Gordon M. Hahn, expert de la Russie, se penche sur la prochaine offensive d’hiver russe. Ce n’est que grâce à un cessez-le-feu que l’Ukraine et ses sponsors pourront éviter la catastrophe à venir. Et ce pour trois raisons :

Premièrement, le marteau russe est sur le point de s’abattre sur l’Ukraine. Les stations d’énergie électrique, les ponts et même les « centres de décision » tels que les bâtiments du gouvernement central de Kiev sont pris pour cible. … Quelle sera la situation sociopolitique lorsque ces infrastructures critiques seront complètement effondrées et que les températures auront baissé de 20 degrés ? La Russie se rapprochera de la stratégie du « choc et effroi« , en détruisant entièrement toutes les infrastructures – militaires ou autres – comme les États-Unis l’ont fait en Serbie et en Irak, et prendra probablement moins de précautions pour éviter les pertes civiles.

Une fois les infrastructures complètement détruites ou neutralisées, les renforts russes de 380 000 soldats réguliers et nouvellement mobilisés se seront pleinement ajoutés aux forces russes dans le sud-est de l’Ukraine. … Une offensive hivernale d’environ un demi-million de soldats permettra de réaliser des gains substantiels sur ces trois fronts et de multiplier les pertes ukrainiennes en personnel et en matériel, qui sont déjà élevées. Cela pourrait facilement conduire à un effondrement des forces ukrainiennes sur un ou plusieurs fronts. Sur la base d’un tel succès, le président russe Poutine pourrait également tenter à nouveau de menacer Kiev…

Deuxièmement, l’Occident commence à fatiguer de l’Ukraine. Les réserves d’armes des pays de l’OTAN ont été épuisées au-delà du tolérable, et la cohésion sociale s’effondre face à une inflation à deux chiffres et à la récession économique. Tout cela fait de la Russie le vainqueur sur le plan stratégique et oblige Washington et Bruxelles à chercher au moins un répit par le biais d’un cessez-le-feu.

Troisièmement, le plus grand atout politique de l’Ukraine – Zelenskiy lui-même – vient d’être dévalué, mettant encore plus en danger la stabilité politique de l’Ukraine. … Pour l’instant, afin de garder l’Occident à bord, Zelenskiy pousserait le commandant des forces armées ukrainiennes Viktor Zalyuzhniy à lancer une dernière offensive pré-hivernale dans le nord de Donetsk (Svatovo et Severodonetsk) ou à Zaporozhe afin de mettre un terme aux murmures de l’Occident sur le cessez-le-feu et de regagner son soutien. Parallèlement, il est question de la poursuite des tensions entre Zelenskiy et Zalyuzhniy en raison de la bonne presse et du statut de star de ce dernier à l’Ouest. … Dans le contexte de la détérioration du champ de bataille et de la situation stratégique internationale, de telles tensions entre civils et militaires sont porteuses d’un risque de coup d’État. …

Nous atteignons peut-être le moment décisif de la guerre d’Ukraine. Plus d’électricité, plus d’armée, plus de société.

Tout ce qui précède et l’approche des élections présidentielles prévues à Moscou, Kiev et Washington l’année prochaine font de cet hiver un moment charnière pour tous les principaux partis en guerre.

En lisant les deux articles cités ci-dessus, j’en arrive à la conclusion que la guerre a été perdue ; tant par l’Ukraine que par ses partisans.

L’OTAN, déjà profondément impliquée, pourrait encore vouloir changer cela en se joignant pleinement à la guerre. Mais je ne pense pas que l’armée américaine, ni ses alliés européens de l’OTAN, auront le cran de le faire.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

La Russie frappe massivement l’Ukraine après des attaques ukrainiennes contre la Crimée et la centrale de Zaporijia - Le 24/11/2022.

par Christelle Néant.

Le 23 novembre 2022, la Russie a de nouveau massivement frappé l’Ukraine à coup de missiles, après une nouvelle attaque de drones ukrainiens contre Sébastopol en Crimée, ainsi qu’un bombardement ukrainien massif de la centrale nucléaire de Zaporijia.

Le 19 novembre 2022, l’armée ukrainienne a tiré 12 roquettes sur la centrale nucléaire de Zaporijia, endommageant plusieurs bâtiments importants, dont la zone de stockage à sec des déchets nucléaires.

Si cette attaque n’a pas provoqué de rejet radioactif, et que sans surprise, l’Ukraine et l’Occident accusent de manière délirante la Russie de bombarder elle-même la centrale nucléaire qui est sous son contrôle (l’AIEA se contente de son côté de ne pas nommer la partie au conflit responsable de ces attaques à répétition, ce qui montre bien que c’est Kiev qui est coupable, si c’était Moscou elle aurait déjà été ouvertement pointée du doigt par cette organisation), ces bombardements répétés de la centrale de Zaporijia font peser un risque énorme non seulement sur une bonne partie du territoire voisin, mais aussi sur plusieurs pays européens.

 

 

 

Et comme si ce bombardement terroriste de la centrale nucléaire de Zaporijia ne suffisait pas, l’Ukraine a tenté une nouvelle fois d’attaquer la Crimée à l’aide de drones. Il semble que la dernière attaque contre Sébastopol (qui a été suivie d’un bombardement massif de l’Ukraine par la Russie, et la suspension temporaire de l’accord céréalier) n’a pas servi de leçon. Le 22 novembre 2022, l’Ukraine a envoyé cinq drones attaquer de nouveau la ville où se trouve la base navale de la flotte de la mer Noire.

La défense anti-aérienne russe a abattu les cinq drones (deux au-dessus de la centrale de Balaklava et trois au-dessus de la mer) avant qu’ils ne puissent faire des dégâts. Il faut souligner que la tentative d’attaque ukrainienne a une nouvelle fois été surveillée (voire coordonnée) par un drone américain, un RQ-4D Phoenix, qui volait dans l’espace aérien international au large de la Crimée.

Sans surprise le lendemain de cette attaque, la Russie a de nouveau frappé intensivement l’Ukraine à coup de missiles, détruisant une bonne partie de ce qui restait de l’infrastructure énergétique du pays.

 

 

 

D’après les informations venant de sources ukrainiennes, les missiles russes ont frappé les villes suivantes :

 Kiev : Plusieurs missiles et explosions rapportées aux centrales n°5 et n°6, qui avaient déjà été visées en octobre. La rive gauche de Kiev s’est retrouvée privée d’eau et d’électricité.

 Mikolaïv : Explosions rapportées, la ville est sans électricité, et la centrale nucléaire du Sud a été coupée en urgence, sûrement après la destruction de la sous-station de 750 kV.

• Odessa : Des explosions sont rapportées dans le district de Beliavski, et la région est sans électricité.

• Dnipropetrovsk : Frappes rapportées près de la ville et à Krivoï Rog. Les deux villes sont privées d’électricité.

• Zaporijia : Explosions rapportées près de Volniansk où se trouve une sous-station de 750kV. Des problèmes d’approvisionnement en électricité sont rapportés.

• Kirovograd : Une frappe a été signalée près du barrage de Svetlovodsk.

• Les régions de Lvov, Rovno, Volyn, Kharkov, Soumy, Jitomir, Poltava et Tchernigov sont aussi sans électricité.

Des coupures de courant d’urgence ont lieu un peu partout en Ukraine. La situation actuelle montre que les frappes russes de missiles et de drones qui se succèdent depuis plusieurs semaines ont un effet cumulatif, qui réduit petit à petit la résilience du réseau électrique ukrainien. Or tant l’Ukraine que ses patrons occidentaux manquent de pièces de rechange adaptées pour réparer ce que chaque nouvelle frappe de la Russie détruit. Ce qui veut dire qu’à terme, l’Ukraine va se retrouver totalement ou presque totalement privée d’électricité si Kiev ne se décide pas rapidement à négocier avec la Russie.

Christelle Néant

source : Donbass Insider

Guerre électrique

par Pepe Escobar - Le 24/11/2022.

Les tactiques russes actuelles sont le contraire absolu de la théorie militaire de la force concentrée développée par Napoléon.

Des bruits de pas résonnent dans la mémoire
Dans le passage que nous n’avons pas emprunté
Vers la porte que nous n’avons jamais ouverte
Dans le jardin de roses. Mes mots résonnent
Ainsi, dans ton esprit.
Mais dans quel but
Remuer la poussière d’un bol de feuilles de roses
Je ne le sais pas.

(T.S. Eliot, « Norton brûlé »)

Ayez une pensée pour le fermier polonais prenant des photos de l’épave d’un missile – dont il a été indiqué plus tard qu’il s’agissait d’un S-300 ukrainien. Ainsi, un agriculteur polonais, dont les pas résonnent dans notre mémoire collective, a peut-être sauvé le monde de la Troisième Guerre mondiale, déclenchée par un complot sordide concocté par les « renseignements » anglo-américains.

Cette sordidité a été aggravée par une dissimulation ridicule : les Ukrainiens tiraient sur les missiles russes depuis une direction d’où ils ne pouvaient pas venir. C’est-à-dire : la Pologne. Et puis le secrétaire américain à la Défense, le marchand d’armes Lloyd « Raytheon » Austin, a condamné la Russie comme étant à blâmer de toute façon, parce que ses vassaux de Kiev tiraient sur des missiles russes qui n’auraient pas dû être en l’air (et ils ne l’étaient pas).

Appelez cela le Pentagone élevant le mensonge éhonté au rang d’un art plutôt minable.

Le but anglo-américain de ce racket était de générer une « crise mondiale » contre la Russie. Il a été démasqué – cette fois-ci. Cela ne signifie pas que les suspects habituels ne vont pas essayer à nouveau. Bientôt.

La raison principale est la panique. Les services de renseignements occidentaux collectifs voient comment Moscou mobilise enfin son armée – prête à intervenir le mois prochain – tout en mettant hors service l’infrastructure électrique de l’Ukraine, comme une forme de torture chinoise.

L’époque de février où l’on n’envoyait que 100 000 soldats et où les milices de la RPD et de la RPL, les commandos Wagner et les Tchétchènes de Kadyrov faisaient le gros du travail est révolue depuis longtemps. Dans l’ensemble, les Russes et les russophones étaient confrontés à des hordes de militaires ukrainiens – peut-être jusqu’à un million. Le « miracle » de tout cela est que les Russes s’en sont plutôt bien sortis.

Tout analyste militaire connaît la règle de base : une force d’invasion doit être trois fois plus nombreuse que la force de défense. L’armée russe au début de l’opération militaire spéciale (OMS) représentait qu’une petite fraction de cette règle. On peut dire que les forces armées russes disposent d’une armée permanente de 1,3 million de soldats. Elles auraient certainement pu épargner quelques dizaines de milliers de soldats de plus que les 100 000 initiaux. Mais elles ne l’ont pas fait. Il s’agissait d’une décision politique.

Mais maintenant, l’OMS est terminée : c’est le territoire de l’OAT (Opération anti-terroriste). Une série d’attaques terroristes – visant Nord Stream, le pont de Crimée, la flotte de la mer Noire – a finalement démontré qu’il était inévitable d’aller au-delà d’une simple « opération militaire ».

Et cela nous amène à la guerre électrique.

Ouvrir la voie à une DMZ

La guerre électrique est traitée essentiellement comme une tactique – menant à l’imposition éventuelle des conditions de la Russie dans un éventuel armistice (ce que ni les services secrets anglo-américains ni l’OTAN vassale ne veulent).

Même s’il y avait un armistice – largement vanté depuis quelques semaines maintenant – cela ne mettrait pas fin à la guerre. Parce que les conditions russes tacites et plus profondes – fin de l’expansion de l’OTAN et « indivisibilité de la sécurité » – ont été entièrement exposées à Washington et à Bruxelles en décembre dernier, puis rejetées.

Comme rien – conceptuellement – n’a changé depuis lors, et que l’armement de l’Ukraine par l’Occident est devenu frénétique, la Stavka de l’ère Poutine ne pouvait qu’étendre le mandat initial de l’OMS, qui reste la dénazification et la démilitarisation. Mais ce mandat devra désormais englober Kiev et Lviv.

Et cela commence par l’actuelle campagne de désélectrification – qui va bien au-delà de l’est du Dniepr et le long de la côte de la mer Noire vers Odessa.

Cela nous amène à la question clé de la portée et de la profondeur de la guerre électrique, en ce qui concerne la mise en place de ce qui serait une DMZ (zone démilitarisée) – avec un no man’s land – à l’ouest du Dniepr pour protéger les zones russes des attaques de l’artillerie, des HIMARS et des missiles de l’OTAN.

Quelle profondeur ? 100 km ? Ce n’est pas suffisant. Plutôt 300 km – car Kiev a déjà demandé de l’artillerie avec ce genre de portée.

Ce qui est crucial, c’est qu’en juillet déjà, cette question faisait l’objet de discussions approfondies à Moscou, au plus haut niveau de la Stavka.

Dans une longue interview accordée en juillet, le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a vendu la mèche – diplomatiquement – :

« Ce processus se poursuit, de manière constante et persistante. Il se poursuivra tant que l’Occident, dans sa rage impuissante, cherchant désespérément à aggraver la situation autant que possible, continuera à inonder l’Ukraine de toujours plus d’armes à longue portée. Prenez les HIMARS. Le ministre de la Défense Alexey Reznikov se vante qu’ils ont déjà reçu des munitions de 300 kilomètres. Cela signifie que nos objectifs géographiques vont s’éloigner encore plus de la ligne actuelle. Nous ne pouvons pas permettre que la partie de l’Ukraine que Vladimir Zelensky, ou celui qui le remplacera, contrôlera, dispose d’armes qui constituent une menace directe pour notre territoire ou pour les républiques qui ont déclaré leur indépendance et veulent déterminer leur propre avenir. »

Les implications sont claires.

Autant Washington et l’OTAN sont encore plus « désespérés d’aggraver la situation autant que possible » (et c’est le plan A : il n’y a pas de plan B), autant, géoéconomiquement, les Américains intensifient le Nouveau Grand Jeu : le désespoir s’applique ici à la tentative de contrôler les corridors énergétiques et de fixer leur prix.

La Russie ne se laisse pas impressionner, car elle continue d’investir dans le Pipelineistan (vers l’Asie), de consolider le corridor international de transport Nord-Sud (INTSC) multimodal, avec des partenaires clés comme l’Inde et l’Iran, et de fixer le prix de l’énergie via l’OPEP+.

Un paradis pour les pillards oligarchiques

Les straussiens/néoconservateurs et néolibéraux-conservateurs qui imprègnent l’appareil de renseignement/sécurité anglo-américain – des virus militarisés de facto – ne se laisseront pas faire. Ils ne peuvent tout simplement pas se permettre de perdre une autre guerre de l’OTAN – et en plus contre la « menace existentielle » russe.

Alors que les nouvelles des champs de bataille ukrainiens promettent d’être encore plus sombres sous le règne du général Winter, on peut au moins trouver du réconfort dans la sphère culturelle. Le racket de la transition verte, assaisonné dans une salade mixte toxique avec l’éthique eugéniste de la Silicon Valley, continue d’être un plat d’accompagnement offert avec le plat principal : le « Grand Récit » de Davos, l’ancienne Grande Réinitialisation, qui a montré sa tête hideuse, une fois de plus, au G20 à Bali.

Cela signifie que tout va pour le mieux en ce qui concerne le projet de destruction de l’Europe. Désindustrialiser et être heureux ; danser sur l’arc-en-ciel sur tous les airs de musique populaire du marché ; et geler et brûler du bois tout en bénissant les « énergies renouvelables » sur l’autel des valeurs européennes.

Il est toujours utile de faire un rapide retour en arrière pour situer le contexte dans lequel nous nous trouvons.

L’Ukraine a fait partie de la Russie pendant près de quatre siècles. L’idée même de son indépendance a été inventée en Autriche pendant la Première Guerre mondiale dans le but de saper l’armée russe – et cela s’est certainement produit. L’actuelle « indépendance » a été mise en place pour que les oligarques trotskistes locaux puissent piller la nation alors qu’un gouvernement aligné sur la Russie était sur le point d’agir contre ces oligarques.

Le coup d’État de 2014 à Kiev a été essentiellement mis en place par Zbig « Grand Échiquier » Brzezinski pour entraîner la Russie dans une nouvelle guerre partisane – comme en Afghanistan – et a été suivi par des ordres aux haciendas pétrolières du Golfe pour faire s’effondrer le prix du pétrole. Moscou devait protéger les russophones en Crimée et dans le Donbass – et cela a conduit à davantage de sanctions occidentales. Tout cela n’était qu’un coup monté.

Pendant 8 ans, Moscou a refusé d’envoyer ses armées même dans le Donbass à l’est du Dniepr (historiquement partie de la Mère Russie). La raison : ne pas s’enliser dans une nouvelle guerre partisane. Le reste de l’Ukraine, pendant ce temps, était pillé par les oligarques soutenus par l’Occident, et plongé dans un trou noir financier.

L’Occident collectif a délibérément choisi de ne pas financer ce trou noir. La plupart des injections du FMI ont simplement été volées par les oligarques, et le butin transféré hors du pays. Ces pillards oligarchiques étaient bien sûr « protégés » par les suspects habituels.

Il est toujours crucial de se rappeler qu’entre 1991 et 1999, l’équivalent de la totalité de la richesse actuelle des ménages russes a été volé et transféré à l’étranger, principalement à Londres. Aujourd’hui, les mêmes suspects habituels essaient de ruiner la Russie avec des sanctions, car le « nouvel Hitler » Poutine a arrêté le pillage.

La différence est que le plan consistant à utiliser l’Ukraine comme un simple pion dans leur jeu ne fonctionne pas.

Sur le terrain, ce qui s’est passé jusqu’à présent, ce sont surtout des escarmouches, et quelques vraies batailles. Mais comme Moscou rassemble des troupes fraîches en vue d’une offensive hivernale, l’armée ukrainienne pourrait être complètement mise en déroute.

La Russie n’a pas l’air si mal en point, si l’on considère l’efficacité de ses frappes d’artillerie contre les positions fortifiées ukrainiennes, et les récentes retraites planifiées ou la guerre de position, qui permettent de limiter les pertes tout en écrasant la puissance de feu foudroyante des Ukrainiens.

L’Occident collectif croit qu’il détient la carte de la guerre par procuration en Ukraine. La Russie mise sur la réalité, où les cartes économiques sont la nourriture, l’énergie, les ressources, la sécurité des ressources et une économie stable.

Pendant ce temps, comme si l’UE, suicidaire en matière d’énergie, n’avait pas à faire face à une pyramide d’épreuves, elle peut certainement s’attendre à ce qu’au moins 15 millions d’Ukrainiens désespérés, fuyant des villages et des villes sans électricité, frappent à sa porte.

La gare de Kherson – temporairement occupée – en est un exemple concret : les gens s’y présentent constamment pour se réchauffer et recharger leurs smartphones. La ville n’a ni électricité, ni chauffage, ni eau.

Les tactiques russes actuelles sont à l’opposé de la théorie militaire de la force concentrée développée par Napoléon. C’est pourquoi la Russie accumule de sérieux avantages tout en « remuant la poussière d’un bol de feuilles de roses ».

Et bien sûr, « nous n’avons même pas encore commencé ».

Pepe Escobar

source : Strategic Culture Foundation

traduction Réseau International

Ukraine. Plus de lumières, plus d’eau et bientôt plus de chauffage

Par Moon of Alabama – Le 23 novembre 2022

Dans la journée, l’armée russe a mis hors service le réseau électrique ukrainien.

Les attaques précédentes avaient limité la capacité de distribution à environ 50 % de la demande. Des coupures contrôlées pendant plusieurs heures par jour ont permis de fournir de l’électricité pendant quelques heures à la plupart des régions du pays. L’attaque d’aujourd’hui a créé un problème beaucoup plus important. Non seulement les réseaux de distribution ont été attaqués, mais aussi les éléments qui relient les installations de production d’électricité de l’Ukraine au réseau de distribution. Les quatre centrales nucléaires ukrainiennes, avec leurs 15 réacteurs, sont désormais en mode arrêt.

 

Kiev ainsi que la plupart des autres villes d’Ukraine n’ont plus d’électricité.

La Moldavie est également touchée, car elle recevait environ 20 % de son électricité d’Ukraine. Lorsque le réseau ukrainien s’est arrêté, la seule centrale thermique locale s’est également arrêtée. Il est probable qu’elle puisse être remise en service, mais le processus peut être compliqué.

Des importations limitées d’électricité du réseau européen vers l’Ukraine pourraient encore être possibles, mais cette électricité ne serait disponible que dans les villes occidentales de l’Ukraine.

Avant l’attaque d’aujourd’hui, le Washington Post racontait les difficultés rencontrées pour réparer le réseau. Comme nous l’avons déjà expliqué, les attaques russes ont touché les transformateurs qui relient le réseau national de 330 kilovolts. Ils sont difficiles à remplacer :

Alors que l’étendue des dommages causés aux systèmes énergétiques ukrainiens est devenue évidente ces derniers jours, les responsables ukrainiens et occidentaux ont commencé à tirer la sonnette d’alarme, mais ils se rendent également compte qu’ils ont un recours limité. Le système électrique ukrainien datant de l’ère soviétique, il ne peut pas être réparé rapidement ou facilement. Dans certaines des villes les plus touchées, les responsables ne peuvent pas faire grand-chose d’autre que d’exhorter les habitants à fuir, ce qui augmente le risque d’un effondrement économique en Ukraine et d’un afflux des réfugiés dans les pays européens voisins.

Le premier ministre ukrainien Denys Shmyhal a déclaré qu’environ la moitié de l’infrastructure énergétique du pays était « hors service » à la suite des bombardements.

Pendant des semaines, les missiles russes ont visé des éléments clés du système de transmission électrique de l’Ukraine, mettant hors service des transformateurs vitaux sans lesquels il est impossible d’alimenter en électricité les ménages, les entreprises, les bureaux gouvernementaux, les écoles, les hôpitaux et d’autres installations essentielles.

Lors d’un point de presse mardi, Volodymyr Kudrytskyi, directeur d’Ukrenergo, l’opérateur public du réseau électrique, a qualifié de « colossaux » les dégâts subis par le système électrique.

Les Russes, a-t-il dit, visent principalement les sous-stations, des nœuds du réseau électrique où le courant est redirigé depuis les centrales. Les principaux composants de ces sous-stations sont des autotransformateurs – « des équipements de haute technologie et de coût élevé » qui sont difficiles à remplacer.

Une liste des « besoins urgents » de DTEK, la plus grande société privée d’énergie du pays, qui circule à Washington, énumère des dizaines de transformateurs ainsi que des disjoncteurs, des bagues et de l’huile pour transformateurs.

Mais ce sont les autotransformateurs – le « cœur » des sous-stations, selon les termes de Kudrytskyi – qui figurent en tête de la liste des besoins des Ukrainiens et qui sont la clé du bon fonctionnement du réseau électrique du pays.

Les Ukrainiens ont essayé d’acheter tous les autotransformateurs qu’ils ont pu trouver, allant jusqu’en Corée du Sud pour en trouver, mais ils doivent encore passer des commandes pour que d’autres soient construits.

« Nous essayons de rassembler tout ce qu’ils ont actuellement dans le monde et d’en commander davantage« , a déclaré Olena Zerkal, conseillère au ministère ukrainien de l’énergie.

Toute tentative de réparation du réseau est inutile tant que la Russie continue de l’attaquer.

Pour mettre fin à ces attaques, il faut une solution politique. L’Ukraine devra finalement trouver un accord avec la Russie.

La Russie a également attaqué certaines des sources de gaz naturel dont dispose l’Ukraine :

La semaine dernière, la Russie a élargi ses cibles. Oleksiy Chernyshov, directeur général de la compagnie énergétique nationale ukrainienne Naftogaz, a déclaré dans une interview qu’une « attaque massive de missiles » avait touché 10 installations de production de gaz dans les régions de Kharkiv et de Poltava, dont Shebelinka, l’une des plus grandes zones de production et de forage.

« Bien sûr, nous allons faire de notre mieux maintenant pour récupérer, mais cela prendra du temps, des ressources et du matériel« , a déclaré Chernyshov. « Le temps est essentiel« , a-t-il ajouté. « Parce que l’hiver, c’est maintenant. »

Le ciblage de l’approvisionnement en gaz est un développement critique, a déclaré Victoria Voytsitska, un ancien membre du parlement qui travaille maintenant avec des groupes de la société civile pour fournir à l’Ukraine les équipements dont elle a besoin. Si Moscou supprime le réseau de gaz, dit-elle, les villes et les villages du pays pourraient devenir « inhabitables« .

Le fournisseur de gaz russe Gazprom a annoncé qu’il allait réduire la quantité de gaz traversant l’Ukraine pour aller vers les clients européens, car l’Ukraine en vole :

Gazprom dit avoir remarqué qu’une partie du gaz destiné à la Moldavie dans le cadre d’un contrat avec l’entreprise gazière locale est détournée par l’Ukraine. Si le déséquilibre dans le transit du gaz se poursuit, Gazprom commencera à réduire les flux de gaz via l’Ukraine dans la matinée du 28 novembre, a déclaré aujourd’hui le géant gazier russe, comme le rapporte l’agence de presse russe TASS.

Sans électricité, il n’y a pas d’eau qui coule dans les systèmes de distribution d’eau des villes. Sans eau, les toilettes ne peuvent pas être utilisées. L’hygiène publique en pâtira. L’internet est également en panne en Ukraine.

Un pays qui devient « inhabitable » a peu de chances de mener et de gagner une guerre. Quand il n’y a pas de transport, pas d’électricité, pas de chauffage et pas de communication, tout devient incroyablement difficile.

Le flux de réfugiés que tout cela va provoquer va accroître la pression sur l’Europe pour pousser l’Ukraine à négocier la paix avec la Russie. Les conditions seront dures, mais ils n’ont pas d’autre moyen de sortir de ce pétrin.

——-

Au cours des dernières semaines, les attaques ukrainiennes sur la ligne de front ont été remarquablement inefficaces. Il n’y a plus aucune coordination des grandes formations. Les unités qui attaquent maintenant sont pour la plupart de la taille d’une compagnie ou même plus petites. Une vidéo de 12 minutes montrant des images de drone d’une telle attaque a été publiée hier :

Que cachent les médias ? @narrative_hole – 11:20 UTC – 23 nov. 2022

Je n’arrive pas à croire que j’ai raté celle-là aujourd’hui, le montage est incroyable.

Un clip de 12 minutes d’Ukrainiens menant ce qui était malheureusement une attaque suicide sur les tranchées russes…

… juste pour se faire pilonner par des Su-25, de l’infanterie, des mortiers lourds, un char, des MLRS et finir par un bombardement de Su-34.

vidéo

Assis sur le toit d’un véhicule d’infanterie blindé, une vingtaine de soldats ukrainiens se dirigent vers une zone fortifiée et pénètrent dans la première rangée vide de tranchées. De là, ils tentent d’attaquer la deuxième rangée de tranchées, tenue par une poignée de soldats russes.

Les troupes ukrainiennes semblent être assez bien équipées, avec des casques et des gilets pare-balles. Mais ils n’ont pas de soutien.

L’infanterie russe riposte. Elle est soutenue par des tirs de mortier bien ciblés, des attaques d’artillerie, de chars et d’avions. Les Russes ont des drones en l’air qui peuvent voir toute la scène. Les unités ukrainiennes n’ont que leurs fusils et quelques grenades à main. Après la destruction du peloton d’attaque, l’artillerie russe attaque et détruit la zone industrielle d’où ils venaient. L’opération se termine par un désastre complet. Toutes les troupes ukrainiennes impliquées semblent être mortes. Le côté russe semble n’avoir eu aucune ou très peu de pertes.

Que cachent les médias ? @narrative_hole – 1:04 AM – 23 Nov. 2022

Cette bataille a eu lieu il y a un certain temps, mais c’est toujours incroyable à regarder maintenant qu’ils ont fait le montage concis.

Si l’on considère que de telles attaques se produisent par dizaines chaque semaine, les estimations du MoD russe concernant les pertes quotidiennes ukrainiennes ne sont pas si farfelues.

Il y a plusieurs attaques de ce type par jour et seules quelques-unes réussissent.

Dans la liste des pertes d’aujourd’hui :

Dans la direction de Donetsk, les unités de l’armée russe ont poursuivi leur intense opération. Plus de 60 militaires ukrainiens et cinq véhicules de combat blindés ont été éliminés.

Dans la direction du sud de Donetsk, les tirs d’artillerie et les actions décisives des troupes russes ont repoussé une attaque des FAU vers Pavlovka avec les forces du groupe tactique d’une compagnie.

En outre, à la suite d’une attaque par tir préventif, les réserves ennemies qui progressaient depuis Ougledar ont été détruites.

Un groupe de sabotage et de reconnaissance des FAU a été détruit près de Novodarovka (région de Zaporozhye).

Les pertes de l’ennemi s’élèvent à plus de 40 militaires ukrainiens tués et blessés, trois véhicules blindés, un MT-LB et quatre pick-up.

Dans la direction de Kupyansk, la tentative d’attaque d’une compagnie d’infanterie mécanisée des FAU, près de Novosyolovskoye (République populaire de Lugansk), a été contrecarrée par des tirs d’artillerie et des systèmes de lance-flammes lourds.

Suite aux tirs d’artillerie russes, plus de 30 militaires ukrainiens, deux véhicules à moteur et un mortier ont été détruits.

Dans la direction de Krasniy Liman, une tentative de déplacement du groupe tactique d’une compagnie des FAU pour attaquer Chervonopopvka (République populaire de Lougansk) a été perturbée par des tirs préventifs.

Jusqu’à 20 militaires ukrainiens, trois équipes de mortiers et deux véhicules motorisés ont été éliminés.

Les troupes d’aviation, de missiles et d’artillerie opérationnelles et tactiques de l’armée ont neutralisé le poste de commandement de la 128e brigade d’assaut en montagne des FAU déployée près de Volnyansk (région de Zaporozhye), ainsi que 72 unités d’artillerie sur leurs positions de tir, des effectifs et du matériel dans 144 zones.

Cela fait au moins 150 soldats ukrainiens morts juste pour cette liste.

Je ne comprends pas pourquoi le commandement ukrainien continue à ordonner des attaques aussi insensées. Militairement, il aurait dû passer depuis longtemps en mode défensif. Cela sauverait des vies ukrainiennes et rendrait plus coûteuse l’attaque des Russes.

——

Le Parlement européen, qui n’a aucune fonction législative sérieuse, a voté aujourd’hui en faveur d’une résolution non contraignante qui déclare que la Russie est un « État soutenant le terrorisme« . Certains Russes ont trouvé cela scandaleux. Quelques heures plus tard, le Parlement a été frappé par une cyberattaque « sophistiquée » :

Le site web du Parlement européen a été touché par une attaque informatique, ont déclaré des responsables mercredi.

La présidente du Parlement, Roberta Metsola, a déclaré qu’il s’agissait d’une « attaque sophistiquée » et qu’un groupe pro-Kremlin en avait revendiqué la responsabilité.

Elle a noté que l’attaque a suivi le vote des législateurs de l’UE visant à désigner la Russie comme un « État parrain » du terrorisme en raison de sa guerre en Ukraine.

« Ma réponse est : Slava Ukraini (Gloire à l’Ukraine)« , a déclaré Mme Metsola.

Cette peu pertinente conservatrice maltaise a encore beaucoup à apprendre.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

Les Ukrainiens plongent dans l’obscurité et le froid du fait des frappes russes. Mais qui en Occident est prêt à “mourir pour Kiev”?

Source : Le Courrier des Stratèges - Le 23/11/2022.

Nouvelle journée de bombardement intensifs des infrastructures, en particulier énergétiques, de l'Ukraine par la Russie. Ce soir 23 novembre, alors que la guerre entre dans son dixième mois, toutes les centrales nucléaires ukrainiennes sont à l'arrêt. Visiblement l'Ukraine n'a pas les moyens, même avec l'aide occidentale, de parer ces vagues de destruction de ses infrastructures. En réalité, l'Occident soumet l'Ukraine à une injonction paradoxale: il lui est enjoint de faire la guerre mais sans qu'elle puisse se défendre car seule une entrée ouverte de l'OTAN en guerre contre la Russie pourrait équilibrer les forces en présence. Mais personne, à l'Ouest, n'est prêt, au-delà de toutes les belles paroles, ) "mourir pour Kiev".

L’Ukraine a été soumise ce mercredi 23 novembre 2022  à de nouvelles salves de frappes russes sur les infrastructures. On on compté 70 missiles, en tout. 

Tout d’abord quelques tweets de Jacques Frère, dont le fil est remarquable pour suivre la guerre: 

Des frappes massives

 

 

 

 

 

L’arrêt des centrales

Le canal Telegram Slavyangrad commente ainsi : “Après la frappe russe massive d’aujourd’hui, les médias ont immédiatement fait état de problèmes dans les installations nucléaires en Ukraine.

La centrale nucléaire d’Ukraine du Sud, située dans l’Oblast de Nikolaev, est passée en mode d’urgence, suivie par les centrales nucléaires de Rivne et de Khmelnitsky, dans l’ouest du pays.

La cause la plus probable de l’accident est la défaillance de sous-stations d’alimentation. Cela a entraîné une forte baisse des consommateurs d’électricité produite par les centrales nucléaires, en raison de laquelle les équipes en poste ont été contraintes d’arrêter les réacteurs et de les mettre au service des besoins propres des centrales.

Aujourd’hui, pour la première fois depuis le début de l’Opération Militaire Spéciale, toutes les centrales nucléaires ukrainiennes ont été ” coupées ” du réseau électrique du pays.

Il n’est pas exclu que les ingénieurs électriciens parviennent à remettre en place les circuits de secours et à redémarrer certaines des centrales nucléaires.” Mais cela prendra du temps. 

En fin de journée, le Ministère ukrainien de l’énergie a confirmé: “Toutes les centrales nucléaires et la plupart des centrales thermiques et hydroélectriques d’Ukraine sont hors tension ce mercredi, la grande majorité des consommateurs sont privés d’électricité“.

Les Ukrainiens privés d’eau et d’électricité  

Ce soir, sont privées d’électricité: 

Dniepropetrovsk, Jitomir, Kharkov, Khmelnitski, Kiev, Kirovograd,  Krementze Podolski,  Krivoï Rog, Lutsk, Nikolaïev, Odessa, Poltava,Soumak,  Tcherkassy, Tchernigov, Zaporojie, 

Sont privées d’eau: Dniepropetrovsk,  Kharkov, Kiev, Nikolaïev, Odessa, Soumak

La Moldavie et la Transnistrie sont, par répercussion, également privées, partiellement, d’électricité. 

Les Occidentaux sont en train de se déconsidérer dans le monde entier

On comprend que la stratégie russe consiste, par des frappes régulières, à paralyser le pays et, à plus ou moins brève échéance, provoquer l’effondrement du pays, l’hiver venant.  A l’exception d’Odessa, les températures sont déjà froides ce 23 novembre en début de soirée: 

Le gouvernement et l’armée ukrainiens sont impuissants face à ces frappes russes. L’Ukraine se trouve donc dans la situation où l’Occident l’encourage à faire la guerre mais ne veut pas d’escalade avec la Russie – l’épisode du missile tombé en Pologne l’a montré. L’Ukraine est donc confrontée à une véritable injonction paradoxale: on lui dit de faire la guerre mais sans lui donner les moyens de se défendre – et la seule façon de la défendre serait que l’OTAN entre en guerre mais cela signifierait potentiellement une escalade nucléaire dont on ne veut pas. 

Dans ce cas, la seule conclusion à en tirer serait – aurait été dès mars – de trouver un accord de paix. Plus le temps passe, plus la société ukrainienne souffre, plus les Etats-Unis et l’UE se déconsidèrent aux yeux du reste du monde. 

 

Ukraine. Extinction des feux


Par Moon of Alabama – Le 18 novembre 2022

La destruction minutieuse des systèmes énergétiques en Ukraine se poursuit.

Tiré de la liste d’aujourd’hui telle que fournie par le ministère de la Défense de la Russie :


Le 17 novembre, les forces armées de la Fédération de Russie ont lancé une frappe concentrée, à l’aide d’armes aériennes, maritimes et terrestres à longue portée et de haute précision, sur les installations de contrôle militaire, l’industrie de la défense, ainsi que sur les infrastructures énergétiques et de carburant connexes de l’Ukraine.
Les objectifs de la frappe ont été atteints.
Tous les missiles ont frappé avec précision les installations désignées.

Je n’ai aucune idée si la dernière ligne est vraie mais cela n’a pas beaucoup d’importance.

Le ciblage de transformateurs de 330 kilovolts dans divers postes de commutation a réduit de 50 % environ la capacité de distribution du réseau électrique ukrainien. Ces transformateurs pèsent jusqu’à 200 tonnes. Ils ne sont pas remplaçables. Vous ne les achetez pas au coin de la rue, mais vous devez les commander avec des années de délai. Pour autant que je sache, la Russie est actuellement le seul producteur de transformateurs de ce type.

N’est-ce pas un crime de guerre que de détruire l’infrastructure qui approvisionne les civils ?

Cela dépend. Si l’infrastructure est utilisée exclusivement à des fins civiles, la destruction est illégale. Mais l’infrastructure électrique et de transport en Ukraine est utilisée à des fins civiles ET militaires. Dans un article récent de Politico, des responsables ukrainiens le confirment même :

L’Ukraine dit à ses alliés qu’elle pourrait ne pas être en mesure de se remettre de nouvelles attaques russes sur les systèmes énergétiques
Un secteur énergétique peu fiable pourrait avoir des conséquences mortelles, selon des responsables ukrainiens. Dans des conversations récentes, ils ont ajouté que cela pourrait interrompre la production alimentaire et les opérations de transport – des services essentiels pour soutenir les opérations militaires.

La liste comprend également cet élément curieux :

La frappe a permis de neutraliser les capacités de production d’armes nucléaires.

Je me demande où et de quoi il s’agit :

Un dépôt d’armement d’artillerie, livré par les pays occidentaux et préparé pour être envoyé aux troupes, a été détruit.
Le redéploiement des forces de réserve des forces armées ukrainiennes (AFU) et la livraison d’armement étranger aux zones d’opérations sont entravés.

La dernière phrase décrit le véritable objectif des attaques contre les systèmes énergétiques.

Le manque d’énergie dégrade le réseau ferroviaire qui achemine les armes de l’ouest vers le front oriental. Il rend le redéploiement des unités d’une section du front à une autre très difficile et long. Elle donne l’avantage aux forces russes lorsqu’elles changent le Schwerpunkt de leurs attaques d’un coin de la ligne de front à un autre.

Un autre effet des frappes sur les systèmes électriques et des pannes dans les grandes villes qui les suivent sera un nouveau flux de réfugiés qui voudront atteindre l’Europe occidentale. Avec le temps, cela changera l’opinion publique et les priorités politiques de ces pays. S’ils ne parviennent pas à mettre fin à la guerre, ils devront en porter le fardeau.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

Le retrait de Kherson par la Russie : Est-il tactique ou stratégique ?


Par Dmitry Orlov – Le 11 novembre 2022 – Source Club Orlov + The Saker francophone.

Au cours des deux dernières années, une transformation étonnante s’est produite : une gigantesque masse grouillante de virologistes indépendants basés sur Internet s’est spontanément transformée en une masse tout aussi grouillante d’experts en géopolitique. Et maintenant, avec la même soudaineté, ces géopoliticiens sont devenus des experts militaires. Certains de ces nouveaux experts militaires estiment que la décision de la Russie, annoncée il y a deux jours, de retirer ses troupes d’un territoire situé sur la rive droite du Dniepr, dans lequel se situe la ville de Kherson, est une défaite stratégique. Elle est stratégique parce que la stratégie de la Russie à l’égard de cette région est – en fait quoi ? Et c’est une défaite parce qu’une retraite est le contraire d’une victoire, qui, dans le contexte de l’opération spéciale de la Russie dans l’ancienne Ukraine, serait – en fait quoi ? Ils ne le savent pas (ils viennent de sortir de l’œuf), mais l’expression « défaite stratégique » impressionne et vise à nous convaincre que ces virologues, je veux dire ces experts militaires, savent certainement de quoi ils parlent. Et même si ce n’est pas le cas, ajoutez-y un peu de Deep State, quelques Bilderbergers, un Schwab ou deux, assaisonnez, mélangez, et vous obtiendrez une belle salade de mots.

 

Si vous préférez quelque chose de plus consistant à vous mettre sous la dent, voici quelques informations. Kherson est une région russe située juste au nord de la Crimée. Elle fait partie du pont terrestre qui longe la côte de la mer d’Azov et relie la Crimée au reste de la Russie. Elle relie également la Crimée au puissant fleuve Dniepr par un canal qui lui fournit de l’eau pour son irrigation et permet aux agriculteurs de Crimée de cultiver beaucoup de riz (entre autres choses). Et puis il y a la ville de Kherson, qui est à Kherson ce que Kansas City est au Kansas, à la différence que si Kansas City est à cheval sur le fleuve Missouri, Kherson City est de l’autre côté du Dniepr par rapport au reste du territoire de Kherson. En fait, la ville de Kherson se trouve du mauvais côté du fleuve (qui, dans ce cas, est également le bon côté, si vous êtes dans le sens de son écoulement).

Le Dniepr est en fleuve puissant. Il traverse Kiev, puis décrit un grand arc de cercle jusqu’à la mer Noire, formant une frontière naturelle difficile à franchir et facile à défendre. Les Soviétiques l’avaient enjambé avec une douzaine de ponts et de barrages et y avaient construit des centrales hydroélectriques qui ont contribué à faire de l’Ukraine une puissance économique – pour un temps. Mais cette époque est désormais définitivement révolue et les nationalistes ukrainiens actuels appellent cette période « occupation soviétique » et s’emploient à détruire tout ce qui est soviétique, qu’il s’agisse des statues de Lénine sur les places des villes, les ponts, les barrages, qu’ils bombardent sans relâche. Jusqu’à présent, les dommages subis par les barrages n’ont été que superficiels, mais un de ces jours, ils pourraient réussir à en détruire un, auquel cas un mur d’eau submergerait la ville de Kherson et ses environs, la rendant invivable pour un bon moment.

Les Russes ont donc décidé d’évacuer la ville de Kherson et ses environs. Poutine a donné l’ordre direct d’évacuer tous ceux qui voulaient partir. Ces personnes ont été transportées en Crimée, avec leurs enfants, leurs animaux domestiques et leurs parents âgés, dans des ambulances si nécessaire. Elles ont été logées et nourries, ont reçu un traitement médical si nécessaire, puis ont reçu des bons de logement et des cartes de paiement avec un peu d’argent pour leur permettre de tenir jusqu’à ce qu’elles trouvent un emploi et qu’elles soient envoyées dans une région russe où les emplois sont nombreux. Comme Kherson fait désormais partie de la Russie, ils sont tous automatiquement des citoyens russes dotés de tous les droits inaliénables et de tous les privilèges qui s’y rattachent, ce qui les rend, selon les normes ukrainiennes contemporaines, ridiculement riches. Inversement, qu’est-ce que cela fait de ceux qui ont refusé l’offre d’évacuation et ont décidé de rester dans une ville complètement délabrée, partiellement détruite, bombardée sans relâche, complètement minée, semi-abandonnée, qui sera noyée lorsque le vieux barrage cédera ? Une stupidité embarrassante, je suppose… Du point de vue russe, l’évacuation était essentiellement un rapatriement des Khersoniens qui se considèrent comme russes ; quant aux autres – quel est déjà ce mot vulgaire que Victoria Nuland aime prononcer ?

Examinons maintenant la ville de Kherson du point de vue de la logistique. L’hiver arrive, les ponts sont détruits et le Dniepr gèle, mais la ville est située assez loin au sud par rapport aux normes russes, et donc elle ne gèle pas très rapidement ni de manière fiable. Pendant une grande partie de l’hiver, le fleuve sera fermé à la navigation, mais la glace sera trop fine pour permettre le passage de camions lourds et de chars. Il n’y a pas non plus d’aéroport [Il y en a bien 1 au  nord de la ville mais dans quel état ? NdT]. Il n’est pas nécessaire d’être un expert militaire (ni un virologue de talent) pour comprendre que l’évacuation et le retrait de Kherson étaient la seule option viable. Oui, il s’agit d’une retraite, et certaines personnes pensent qu’une retraite est en quelque sorte toujours une mauvaise chose. La retraite de Koutouzov de Moscou en 1812 était-elle une mauvaise chose ? Elle l’a certainement été pour Napoléon ! Et puis, en 1942, il y a eu la retraite en traversant la Volga, à Stalingrad. Comment cela c’est-il passé pour Hitler ?

Ainsi, la ville de Kherson est du mauvais côté du fleuve, impossible à réapprovisionner, complètement dépeuplée, avec des infrastructures délabrées par trois décennies de corruption, de vol et de négligence ukrainiennes, à moitié détruites par les bombardements ukrainiens incessants de ces derniers mois, et sera potentiellement inondée lorsque le barrage cédera. D’un autre côté, les prix de l’immobilier y sont assez raisonnables en ce moment, et c’est toujours un territoire russe – une partie de la région de Kherson, qui a été acceptée dans la Fédération de Russie le 4 octobre 2022, sur la base des résultats d’un référendum public. Selon la constitution russe, aucune partie du territoire russe ne peut être vendue, aliénée ou échangée. Les hostilités se poursuivront donc jusqu’à ce que ce territoire soit à nouveau sous contrôle russe et que le drapeau russe flotte à nouveau sur ce qui restera de la ville de Kherson.

Et si ce morceau de terre particulier du mauvais côté du Dniepr est un territoire russe, alors qu’en est-il du reste ? Que diriez-vous d’une belle bande de terre agricole dépeuplée et démilitarisée de quelques centaines de kilomètres de large le long de la mauvaise rive du Dniepr, patrouillée par des drones et périodiquement labourée, plantée et récoltée par des machines agricoles robotisées ? Ce plan semble parfaitement réalisable ; il ne reste plus qu’aux fiers propriétaires de ce qui reste de l’Ukraine (qui en réalité se trouvent à Washington) à réaliser que c’est la meilleure offre qu’ils puissent recevoir. Les Russes sont toujours assez raisonnables au début, puis le deviennent de moins en moins, et leur offre finale n’est généralement pas une offre du tout – juste la mort.

Maintenant, supposons que les Washingtoniens ne se mettent pas allègrement sur le dos, pour laisser Poutine leur gratter le ventre et ensuite se pisser dessus dans une joie de chiots. Après tout, l’Ukraine est une terre américaine ! Ils ont acheté ces terres à des oligarques ukrainiens, ou les ont gagnées en jouant au poker avec eux, ou les ont simplement prises parce qu’elles leur plaisaient… Supposons qu’au lieu de cela, ils impriment d’énormes liasses de dollars et les donnent aux Ukrainiens, qui s’assoient sur place et envoient d’un air maussade ces liasses de dollars en direction des Russes, qui sont confortablement installés sur la bonne rive du Dniepr (celle de gauche), profitant des douillettes mitaines de laine que des millions de grands-mères russes sont en train de leur tricoter. Alors comment la Russie peut-elle établir cette belle et large bande de terre ? Je ne suis pas un virologue et je ne pourrais pas distinguer l’ARN messager de l’ARN ordinaire, mais je sais reconnaître une protéine de pointe (elle a des pointes, bien sûr !) et je sais aussi lire une carte. Et en la regardant, je vois clairement que le moyen le plus rapide et le plus direct pour la Russie de faire cela est de lancer une attaque depuis le Belarus, en passant par Kiev, puis descendre jusqu’à Odessa sur la mer Noire. La côte de la mer Noire étant déjà bloquée par la marine russe, les voies de réapprovisionnement des forces ukrainiennes/OTAN à l’est de cette ligne seraient coupées et l’action militaire sur le territoire de l’ancienne Ukraine prendrait fin peu après.

Ce qui freine ce plan, c’est la population : il reste encore quelques millions de personnes dans ces territoires, et qui, à votre avis, est censé les nourrir ? Les Russes ? Pas question ! Ces gens ont eu l’occasion de se déclarer russes et de se joindre aux Russes dans la lutte contre les nazis ukrainiens (qui ont toujours été plutôt peu nombreux mais, étant donné leur soutien occidental généreux, plutôt influents). Mais ils ont laissé passer cette chance, et il faut maintenant les persuader de faire leurs valises et de rejoindre l’Union européenne. La façon la plus simple de le faire est de leur présenter la perspective d’un hiver long et froid, sans électricité, sans chauffage, sans eau courante, sans nourriture dans les magasins et sans argent. (La situation pourrait bientôt être sensiblement la même dans une grande partie de l’Union européenne elle-même, mais laissons leur l’opportunité de le découvrir par eux-mêmes). C’est exactement ce que fait la Russie, qui a déjà mis hors service 40 % de la capacité de production d’électricité de l’Ukraine tout en infligeant de nombreux autres dommages à l’infrastructure, principalement à l’aide de missiles lancés depuis des navires et des avions, et de nouvelles mobylettes volantes fantaisistes appelées Geranium 2 (un drone suicide iranien alimenté par un moteur à deux temps bon marché de fabrication chinoise).

Jusqu’à présent, il ne s’agit que de tactique, mais qu’en est-il de la stratégie ? Eh bien, d’un point de vue stratégique, c’est un signal pour les États-Unis et l’OTAN, et ces mandataires et mercenaires que la Russie combat actuellement en Ukraine. (Grâce à la dissuasion nucléaire de la Russie, les guerres par procuration sont tout ce qu’ils peuvent risquer). Ce que la Russie leur signale, ainsi qu’à son propre peuple et au reste du monde, c’est que cette opération militaire spéciale est un engagement à durée indéterminée, sans échéance précise, mais avec un objectif défini : assurer la sécurité de la Russie. La Russie peut la maintenir, littéralement, à l’infini. De plus, c’est probablement une bonne chose pour elle : le peuple devient plus uni, l’économie se dédollarise, le rouble est plus fort qu’il ne l’a été en 22 ans, l’influence culturelle occidentale est éliminée, les ennemis internes sont éliminés et la machine militaire russe reçoit une mise au point bien nécessaire. Pendant ce temps, le reste du monde peut prendre tout son temps pour se faire à l’idée que l’Occident collectif est en train de disparaître. La Russie a tendance à remporter ses plus grandes victoires au cœur de l’hiver. Sa victoire peut venir cet hiver, ou le suivant, ou celui d’après…

Quant à moi, j’adore l’hiver ! J’ai hâte d’aller skier et patiner. Je viens de mettre des pneus cloutés sur mon van militaire Bukhanka, pour le préparer aux aventures hivernales. Je pourrais même faire le traditionnel plongeon dans un trou de glace le 6 janvier (Épiphanie). Cet hiver devrait être bon.

——-

Déclaration complète du ministère de la Défense sur le passage du Dniepr :

  • Aujourd’hui à 5 heures du matin, heure de Moscou, le transfert des unités russes sur la rive gauche du Dniepr a été achevé.
  • Pas une seule pièce d’équipement militaire et d’armes n’a été laissée sur la rive droite, tous les militaires russes ont traversé vers la rive gauche, aucun abandon de personnel, d’armes, d’équipement militaire et de matériel du groupe russe n’a été autorisée.
  • Les forces russes qui ont traversé occupaient des lignes et positions défensives préparées à l’avance en termes de génie.
  • Tous les civils qui souhaitaient quitter la partie de la rive droite de la région de Kherson ont reçu une aide pour leur évacuation.
  • La nuit, l’ennemi a tenté de perturber le transport des civils et le transfert des troupes vers la rive gauche – les militaires ukrainiens ont frappé 5 fois aux points de passage avec des roquettes HIMARS, la défense aérienne russe a abattu 28 obus, 5 autres ont été déviés de leurs cibles au moyen de la guerre électronique.
  • Au cours des deux derniers jours, l’avancée des unités ukrainiennes dans certaines zones [de la région de Kherson] – n’a pas été de plus de 10 km.
  • L’artillerie et les frappes aériennes russes ainsi que l’utilisation de mines et de barrières explosives ont arrêté les unités ukrainiennes à 30-40 km de la zone de traversée du Dniepr.
  • Les drones Lancet et les tirs de roquettes MLRS ont détruit 3 obusiers tractés américains M777, 2 véhicules de combat d’infanterie et 3 camionnettes ennemies pour la journée, plus de 20 soldats ukrainiens, 2 chars, 2 affûts d’artillerie automoteurs et 3 véhicules de combat blindés ont sauté sur des champs de mines.

Dmitry Orlov

Soutenez mes efforts sur https://boosty.to/cluborlov ou https://subscribestar.com/orlov.

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateurs de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Il vient d’être réédité aux éditions Cultures & Racines.

Il vient aussi de publier son dernier livre, The Arctic Fox Cometh.

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Pourquoi les Américains ont-ils reconnu aussi rapidement que les missiles tombés en Pologne étaient ukrainiens?

Source : Le Courrier des Stratèges - Le 16/11/2022.

En quelques heures, le dossier était plié. Les Américains décidaient qu'il n'y aurait pas de surenchère anti-russe sur les missiles tombés en Pologne. J'ai demandé à Alexandre N. de nous décrypter cette rapidité inhabituelle à "innocenter" les Russes. C'est moins dû à un souci de la vérité qu'au constat du rapport de forces réel, sur le terrain. Le Pentagone sait que la supériorité aérospatiale russe est bien réelle et le Ministère de la Défense américain n'a pas envie de se livrer à une escalade qui se finirait par une défaitre piteuse : Depuis le début de la guerre, tous les systèmes de défense antiaérienne fournis par les Occidentaux à l'Ukraine, ont été mis en échec par les armes aérospatiales russes.

J’aime toujours m’entretenir avec Alexandre N. parce que “ça décape”.  Toutes les erreurs de stratégie sont passées au crible.  Russes ou occidentales. A travers l’histoire. Mais récemment, la balance penche du côté occidental. Et, ce matin, Alexandre était particulièrement sarcastique: 
Avez-vous remarqué la vitesse à laquelle les Américains ont douché l’enthousiasme des Polonais à déclencher l’antépénultième guerre mondiale ? La vitesse à laquelle soudain on a extrait de terre des bouts de ferraille avec des marquages ukrainiens ? Du jamais vu !
C’est d’autant plus vrai que sur Nordstream,  par opposition, c’est silence radio depuis des semaines. Comme quoi, quand on veut, du côté américain, on peut aller très vite vers la vérité. Mais quelle est la motivation américaine ? Hier soir, on avait un scénario où Zelenski faisait des bonds en réclamant une punition sévère de la Russie. Le gouvernement polonais tendait à dramatiser. Et on avait même Associated Press qui avait interrogé une “gorge profonde” du renseignement américain qui était sûre de son coup : Les projectiles incriminés étaient le résultat d’un tir russe.  Et puis ce matin tous les médias occidentaux marchent au pas. Une, deux, une deux : On vous dit que c’est une erreur ukrainienne. 
 
 

“La DCA occidentale est complètement dépassée. Il faut calmer le jeu.”

 
Pour Alexandre N. : “Le problème est simple : il faut calmer le jeu avec la Russie parce que la DCA occidentale est complètement dépassée et que, par conséquent, aucune capitale de l’OTAN n’est plus protégée. Non seulement Kiev mais Varsovie, Berlin, Paris, Londres. Et même Washington. Mon interlocuteur ajoute:  “Aucun des systèmes n’a résisté : IRIS-T SLM allemand, Arrow-3 israelien, crotale français, … Les missiles russes ont tout percé, avec un ratio de pertes minimal. 
De plus les stocks occidentaux ont été stupidement épuisés.
La raison en est tout simplement une vaste erreur de stratégie des moyens : Les Occidentaux ont mal anticipé la menace aérienne “future” ( en particulier l’impact des drones et l’émergence des armes hypervéloces ) et çe n’est absolument pas réparable dans les 10 années qui viennent. Donc personne n’a envie de s’engager dans une escalade avec la Russie“. Il y a suffisamment d’esprits lucides dans les états-majors occidentaux. Et ils savent ce que les sociétés occidentales ne doivent pas percevoir : L’OTAN s’est engagé imprudemment dans un bras de fer avec la Russie. 
 

La journée du 15 novembre a montré l’impuissance ukrainienne (et donc OTANienne)

 
Il est vrai qu’il n’y a pas que des aigles dans les états-majors de l’OTAN. “On a eu droit à un méchant désaveu par le réel : Le 15 novembre au matin, la propagande américaine, reprise par les Ukrainiens et les médias européens,  expliquait que les Russes étaient en rupture de stock pour les missiles et les drones. Dans les heures qui suivent, l’Ukraine subit des attaques comme jamais!
 

En effet, le bilan de la journée du 15 novembre est terrible. A se demander si la montée en épingle des missiles tombés en Pologne n”avait pas pour objectif de faire oublier les destructions infligées par les Russes aux infrastructures ukrainiennes, sans que les Kiéviens puissent riposter. 

À la suite de dizaines de frappes dans diverses régions d’Ukraine, le courant a été coupé à Kiev, Kharkov, Jytomyr, Khmelnytsky, Soumy, Lvov, Rivne, Odessa et Izyum.
Il y a également eu des frappes sur Vinnitsa, Krivoy Rog, Kovel, Krementchoug, Ivano-Frankivsk, Zaporozhye, etc. etc.
Regardez les photos/vidéos et autres détails des frappes sur la chaîne https://t.me/boris_rozhin et vous aurez une idée de la disproportion des forces, alors que l’Ukraine est entraînée par l’OTAN depuis des années“. 
 Et Alexandre N. surenchérit suite à ma question: “Lorsque Rybar expliquait ironiquement, à la fin de l’après-midi, “Dans la soirée, nous attendons des histoires sur le fait que les 120% des missiles volant vers l’Ukraine ont été abattus”, il nous donne une des clés de la polémique sur les missiles tombées en Pologne. Il y avait une tentative de diversion de la part des Ukrainiens et des Polonais”

 

Les Américains ne veulent pas engager de missiles Patriot en Pologne 

Mais les Américains n’ont pas voulu entrer dans ce jeu : 
Probablement la prudence américaine s’explique-t-elle par la volonté de ne pas engager les Patriot en Pologne. On sait déjà (expérience yéménite) qu’ils ne sont pas performants. Je le sais pour ma part depuis 1992 où je l’ai vu en action sur un terrain d’essai américain. Ce missile a une faute de conception. Il ne fait pas le poids face aux missiles russes“. 
 
Est-on arrivé à un point d’inflexion, demandé-je pour finir à mon interlocuteur ? 
Il est clair que le Pentagone ne veut pas de guerre. Pour moi, les Russes commencent donc à jouer pour que  l’Etat profond  nous fasse un remake de “règlement de compte à OK Corral” entre ceux qui veulent la guerre et ceux qui ne la veulent pas“.

 

L’énigme de Kherson n’en est pas une

Source : Le Courrier des Stratèges - Le 17/11/2022.

Pourquoi les Russes sont-ils partis de Kherson ? Pour François Martin, on en a fait une énigme, alors que les explications sont très simples.

Il existe plusieurs raisons qui expliquent facilement le retrait des troupes russes de Kherson. Elles tiennent soit à la géographie locale, soit au moment de la guerre, soit à la nature même de celle-ci.

La géographie

J’avais dit dans un article précédent (1) que le retrait des russes de Kherson était un piège, parce que l’idée qui devait les titiller, dans ce « jeu d’échecs de la guerre », que nous voyons se déployer depuis huit mois, était de faire aux ukrainiens une « variante Moscou » (ce qu’ils ont fait à Napoléon), ou une « variante  Stalingrad » (ce qu’ils ont fait à Hitler). Je m’étais trompé, ou plutôt, il convient d’adapter et de mieux préciser les choses.

En effet, Kherson n’est pas Moscou. Si, à Moscou, les russes avaient bien quitté la ville avant de la laisser à Napoléon, puis de la brûler, il convient de noter que cette tactique était alors beaucoup plus dommageable pour les français, d’abord parce que l’on était déjà en plein hiver, et surtout parce que les lignes logistiques de l’armée françaises étaient considérablement plus étirées que ne le sont actuellement les lignes ukrainiennes à Kherson. Napoléon s’en était aperçu, qui rentrera en France après une course folle de 13 jours, et qui abandonnera son armée (2), laquelle sera totalement décimée par le froid, la faim et le thyphus pendant son retour. Il y laissera près de 530.000 hommes (3). Autant dire que, pratiquement sans combattre, et sans même l’avoir battu militairement (4), mais seulement par le jeu de ce qui ne s’appelait pas encore une « guerilla », les russes supprimeront la menace du français, qui ne s’en relèvera plus.

A Stalingrad, la situation était aussi différente. En effet, au niveau de cette ville, la largeur de la Volga est faible, et en plus divisée en deux bras qui enserrent une île. Si le nord et le sud du fleuve étaient aux mains des allemands, la partie orientale face à la ville ne l’était pas, ce qui permit aux russes, avec des ponts ou des barges, de réapprovisionner le quartier dit des usines, dernière partie résistante de la ville, pendant toute la durée de la bataille (5). A Kherson, la largeur du Dniepr fait semble-t-il un km. A supposer que les russes aient voulu laisser dans la ville tout ou partie de leurs 25.000 soldats, il n’aurait pas été possible de les ravitailler en armes ou en troupes pour organiser une telle résistance, ni de les évacuer ensuite correctement. A coup sûr, les ukro-américains auraient concentré leurs efforts sur ce point, créant ainsi une sorte de Marioupol à l’envers, ce qui aurait constitué, pour le coup , une grave défaite pour les russes.

Il faut rappeler qu’une défaite stratégique se produit soit lorsque l’on conquiert un espace stratégique, qui permet une nouvelle attaque vers d’autres objectifs, soit lorsque l’on tue ou emprisonne un grand nombre d’adversaires. A Marioupol, les ukrainiens ont subi une défaite stratégique majeure, avec la perte d’un territoire contrôlant un immense complexe industriel et la mer d’Azov, et celle d’une quantité importante de combattants très aguerris. A Kherson, le contrôle de la rive droite du Dniepr ne sert à rien aux ukrainiens, puisque le fleuve est trop large pour organiser à partir de là une traversée sans se faire repousser. Par ailleurs, ils n’ont « piégé » aucun groupe de combattants russes. En fait, bien qu’ils la célèbrent comme il se doit devant les caméras du monde entier et qu’ils soient embrassés par les populations pro-russes qui sont restées (6), leur entrée à Kherson n’est même pas une « victoire à la Phyrrus ». Ce n’est pas une victoire du tout, mais seulement une occupation de terrain qui ne leur servira à rien et va les rendre plus vulnérables.

En effet, la future réponse des russes est dejà limpide, comme Zelensky l’a annoncé lui-même, en disant : « Ils attendent que nous nous regroupions dans la ville pour nous écraser sous les bombes ». Il reconnaît lui-même que la ville n’est pas tenable, et donc qu’elle ne lui sert à rien. Par ailleurs, s’ils ne les ont pas déjà minées (7), il suffira que les russes, comme ils l’ont fait ailleurs, détruisent les centrales d’eau et d’électricité pour rendre la ville invivable. Dès que le froid sera venu, les habitants frigorifiés devront fuir vers l’exil, comme il vont le faire à Kiev et ailleurs. Les russes n’ont donc, pour le moment, depuis l’autre côté du fleuve, rien à faire d’autre que de préparer le futur désastre, et d’attendre qu’ensuite, le « Général Hiver » fasse le reste. Nonobstant les clameurs du camp occidental, ce sont bien les russes qui tiennent, pour le moment, la bonne position.

Une trève qui ne dit pas son nom

Cette bataille de Kherson était aussi le moment d’une trève. En effet, on peut penser que les ukro-américains, après les multiples tentatives d’attaques repoussées, où ils ont laissé une quantité de forces, en matériel et en armes, avaient besoin d’une pause. Il en était de même pour les russes, qui sont en plein réaménagement de leur dispositif : nouveaux hommes, avec l’arrivée des 300.000 réservistes et, certainement, nouveaux objectifs. Pour eux aussi, une pause était salutaire. Ainsi, il est fort probable que celle-ci ait été négociée entre les deux belligérants, les uns trop heureux d’afficher leurs succès, même factices, et les autres contents de pouvoir « fignoler » plus tranquillement leur dispositif. C’est pour cette raison, parce qu’ils ne craignaient pas, dans ce cas précis, d’afficher leurs objectifs, que les russes ont annoncé leur départ officiellement et bien à l’avance. Pourquoi, en effet, en faire mystère alors que ce n’était, probablement, qu’un « secret de Polichinelle » dans les milieux bien informés ? De plus, cela permettait (et c’est fort important) de mieux « préparer » les opinions russes et les « leaders d’opinion », comme Kadyrov, afin d’éviter des couacs comme par le passé.

Par ailleurs, le fait de « fixer » ainsi une partie de l’armée ukrainienne à Kherson ou aux alentours permettra aux russes, comme dans beaucoup de cas précédents (8), de les empêcher de se déplacer vers ce qu’ils considèrent comme le théâtre d’opération principal de cette guerre : le Donbass.

Enfin, cette pause est aussi, pour les russes, une opportunité de réallocation de leurs ressources. Dès son arrivée à la tête de l’armée russe en Ukraine début Octobre, le nouveau commandant en chef Sergueï Sourovikine avait critiqué le dispositif actuel. Sans doute le changement était-il l’une des conditions de son acceptation du poste. En effet, pourquoi immobiliser 25.000 soldats, parmi lesquels des troupes très aguerries, pour défendre une ville sans aucun intérêt stratégique ? De l’autre côté du Diepr, bien protégé par la largeur du fleuve, et organisé pour détruire par l’artillerie toutes les forces adverses qui s’approcheront trop de la ville, il va pouvoir diminuer son contingent de 25.000 à 10 ou 15.000 hommes, et envoyer le reste vers le Donbass, là où ils seront infiniment plus utiles. A tous points de vue, ce changement, qui est bien plus un retrait qu’une retraite (les ukrainiens n’ont pas tué un seul soldat russe pendant cette manœuvre) est bénéfique pour les russes.

Les Russes ont intérêt à faire durer la guerre

Nous l’avons souvent dit, pour les russes, ce conflit n’est pas une guerre de « décapitation », mais de « dévitalisation » de leur adversaire. Bien plus que du gouvernement ukrainien, ils doivent se débarrasser, et pour longtemps, de la menace américaine et européenne. Pour cela, ils doivent « nous » saigner à blanc.

Dans un entretien réalisé par Laurent Schang et Slobodan Despot (9), l’historien suisse Bernard Wicht explique ainsi le « jeu du chat et de la souris » que, selon lui, les russes pratiquent avec le camp occidental. Il dit :

« Je pense que cette expression pourrait, à elle seule, livrer « la » clef requise pour décrypter ce qui se passe à l’heure actuelle :

  • Pour mémoire, l’objectif de la Russie n’est pas prioritairement l’Ukraine, mais la sidération et le déséquilibrage de l’UE et de l’OTAN (crise énergétique ® crise économique ® inflation ® récession,…
  • D’autre part, sous la pression de ses mentors occidentaux, le président Zelensky a retiré ses propositions de paix de février-mars. La guerre peut donc se poursuivre jusqu’à épuisement : c’est très vraisemblablement le jeu que pratique le chat russe avec la souris ukrainienne. Une solution négociée paraissant impossible aujourd’hui, seul l’épuisement (démographique) de l’Ukraine peut garantir à la Russie une relative « tranquillité » à long terme sur sa frontière sud-ouest.
  • Dès lors, cette dialectique chat/souris pourrait expliquer l’attitude russe visant à « ne pas vouloir en finir».

Une telle posture stratégique n’est pas inédite dans l’histoire militaire. Le cas de la Guerre civile espagnole (1936-1939) est particulièrement emblématique à cet égard.

 

Le général Franco, commandant en chef des forces nationalistes, a été considéré pendant longtemps, certes comme un homme politique très habile, mais comme un piètre stratège sur le terrain. Malgré la supériorité militaire dont il dispose, il aurait fait de mauvais choix opérationnels laissant aux Républicains l’opportunité de mener des contre-attaques désespérées prolongeant, de la sorte, la guerre d’au moins un an. Puis récemment, les recherches historiques ont révélé que ces « mauvais choix » avaient été faits sciemment afin d’épuiser le potentiel humain des Républicains dans des batailles d’anéantissement où la puissance de feu de l’armée nationaliste pouvait donner sa pleine mesure. A titre d’exemple, en septembre 1936 déjà, plutôt que s’emparer de Madrid alors très peu défendue, et obtenir ainsi la capitulation du gouvernement républicain et terminer la guerre en deux mois, il opte pour la prise de Tolède, ville certes très symbolique mais dont l’importance stratégique est relative. Il veut une guerre longue pour détruire le potentiel démographique des Républicains et « nettoyer » de la sorte les régions conquises des populations favorables au régime en place. Il considérait qu’il ne pourrait pas disposer de la stabilité nécessaire à la reconstruction du pays si une jeune génération pro-Républicaine suffisamment nombreuse survivait à la guerre. Il le dit explicitement dans un entretien : « Dans une guerre civile, mieux vaut une occupation systématique du territoire, accompagnée du nettoyage nécessaire, qu’une déroute rapide des armées ennemies qui laisserait le pays infesté d’adversaires. »[1]

 

Outre la ressemblance frappante entre Poutine et Franco (10), il semble bien que la guerre ukrainienne soit menée par les russes dans le même esprit que la guerre civile espagnole : il faut à Poutine une guerre longue. Ainsi, en réponse à la stratégie initiale des américains, qui visait à « vietnamiser » les russes, il semble bien que ce soit ces derniers qui aient, finalement, rendu la monnaie de leur pièce à leurs adversaires (11).

Dans cette perspective, on comprend le peu d’intérêt à obliger une partie des 25.000 soldats qui occupaient Kherson à faire un « Fort Chabrol » pour rien. Bien au contraire, dans une guerre longue et à l’économie, il est bien plus utile de les préserver. La « valeur » des soldats disponibles va devenir de plus en plus « chère » au fur et à mesure de l’avancement du conflit.

De plus, ne l’oublions jamais, cette guerre est faramineusement chère pour les occidentaux. En effet, si, pour les russes, le financement par l’Etat est facilement remboursé par les énormes surprofits causés par nos propres sanction (12), du côté occidental, il n’en est pas de même. Des près de 80 Milliards de USD qu’ont coûté a) les travaux de la CIA visant à destituer le gouvernement de Ianoukovitch en 2014 (10 Milliards de USD), b) les frais militaires pour former l’armée ukrainienne et la « ligne Maginot » après 2015 (3,5 Milliards de USD), c) le coût de la présente guerre, armes et formations militaires, et prêts civils (le reste, versé par les USA et l’UE depuis Février 2022), il ne faut pas oublier que tout est financé par des  « prêts-bail » qui ne seront jamais remboursés. L’Etat ukrainien en faillite, à lui seul, coûte entre 5 et 8 milliards de USD par mois (13). Deux mois de guerre supplémentaires coûteront donc mécaniquement à l’occident près de 15 milliards de USD, et 6 mois plus de 40 Milliards (14), alors que, rappelons-le encore, depuis 8 mois, aucune victoire stratégique n’a été remportée par son camp, mais seulement des « victoires médiatiques ». Combien  de temps nos dirigeants vont-ils continuer à payer pour que, vraiment, cela change ?

Car par ailleurs, il faut impérativement payer l’Etat ukrainien tous les mois, sinon tout s’arrête : armée, police, fonctionnaires, postes, trains, hopitaux, écoles, etc… C’est inenvisageable pour l’occident. Le camp américano-européen a donc, au-dessus de sa tête, une énorme « épée de Damoclès » qui s’alourdit tous les jours…

On comprend bien qu’à l’approche de l’hiver, et alors même que Poutine vient de « remettre au pot » 300.000 hommes, avec la possibilité de rajouter ensuite jusqu’à 2 millions de réservistes et 25 Millions de conscrits s’il le faut, une « certaine nervosité » commence à s’emparer du camp occidental, pour demander à Zelensky de montrer un peu plus de souplesse…

Les prochains objectifs des russes

Une autre des raisons qui laissent à penser que, probablement, la guerre sera longue, est le fait que tous les objectifs de Poutine ne sont pas atteints. Il en reste un de taille : Odessa. Il est en effet impossible de penser que Poutine s’arrêtera avant de conquérir ce port. D’abord, parce qu’il est sur la route de la Transnistrie, avec laquelle la Russie veut faire la jonction. Ensuite, parce que l’objectif premier de cette guerre est d’obtenir, d’une façon ou d’une autre, la démilitarisation de l’Ukraine (15), afin qu’elle ne soit plus jamais un danger, un « pistolet sur la tempe de Moscou », comme Poutine l’a expliqué à son opinion dès les premiers jours de la guerre. Depuis la prise de Liman, après 6 mois de guerre où Poutine a soigneusement ménagé la partie occidentale de l’Ukraine, et la liberté d’action de Zelensky et des occidentaux, période pendant laquelle il a méthodiquement liquidé l’armée ukrainienne, avec un espoir de négociation qui n’est jamais arrivé, Poutine a « franchi le Rubicon ». Il s’est persuadé que malgré ses « ouvertures », l’affaire irait jusqu’au bout, parce que les américains ne renonceraient pas à leur projet de liquider son pays. Il s’est donc décidé à obtenir de facto ce qu’il n’obtenait pas de jure (16).

Pour cette raison, il a russifié les quatre oblasts. Et pour cette même raison, il lui faut le contrôle total de la mer Noire et aussi Odessa. En effet, il ne lui servirait à rien de « dévitaliser » toute l’Ukraine, ainsi que le potentiel militaire et financier de l’occident, s’il leur laissait Odessa. Dans ce cas, la premiere chose que ferait le camp adverse, pour ressusciter l’opposition à la Russie, serait de monter une base militaire de l’OTAN à Odessa, juste en face de Sébastopol. C’est absolument impossible. Il est donc certain que la Russie ne s’arrêtera pas avant d’avoir conquis ce port.

Comment Poutine va-t-il s’y prendre ?

On peut penser qu’il va d’abord attendre le froid, pour voir comment se comportent les populations du pays, les politiciens et les militaires, et aussi les opinions européennes. Il va continuer à détruire méthodiquement les infrastructures ukrainiennes, afin que le pays non contrôlé par la Russie devienne totalement invivable. Il va continuer à « mettre la pression » dans le Donbass, pour se rapprocher de Kramatorsk, son objectif ultime. Il va vérifier que les occidentaux n’ont « plus de billes » pour payer l’Etat ukrainien en faillite et livrer des armes. Il va continuer à former ses troupes, et à renforcer son dispositif sur l’ensemble du front, sous une forme essentiellement défensive, et en économisant ses forces pour une guerre longue.

Il est fort possible qu’il fera durer les choses ainsi tout l’hiver, espérant ainsi démoraliser profondément ses adversaires. Il est probable qu’il ne fera rien dans le sud, maintenant qu’il y est bien protégé par le Dniepr, et qu’il concentrera tous ses efforts pour briser la « tenaille » du Donbass, et parvenir à conquérir Slaviansk, puis Kramatorsk. Ce n’est qu’après, sans doute, lorsqu’il n’aura plus d’armées en face, ni d’ennemis extérieurs prêts encore à payer, car confrontés à leurs opinions ruinées et furieuses, qu’il lancera une contre-offensive par le nord de Kherson, dans une partie du Dniepr où le fleuve est moins large, et qu’il redescendra celui-ci par la rive droite vers le sud, pour reprendre ainsi Kherson (ou ce qu’il en restera), puis continuer jusqu’à Mykolayiv, afin de s’ouvrir la route vers Odessa. Cela pourrait se produire cet hiver, mais plus probablement au printemps ou même à l’été prochain, après que ses adversaires aient été totalement « dévitalisés ».

Dans toutes ces hypothèses, nous pouvons être certains d’une chose : quoi qu’ils décident, les russes prendront tout leur temps. Ils sont, à ce titre, comme les peuples africains qui aiment à nous dire : « Vous, vous avez la montre. Nous, nous avons le temps ». Dans certains cas, c’est un défaut. Dans le cas de l’Ukraine, il semble bien que ce soit la clef de la guerre.

(1) Pourquoi Poutine va (quoi qu’en disent les Occidentaux) gagner la guerre – par François Martin – Le Courrier des Stratèges (lecourrierdesstrateges.fr)

(2)Napoléon est coutumier du fait. Déjà, après l’immense défaite navale d’Aboukir, qui avait privé son armée de possibilité de retour d’Egypte, il avait abandonné celle-ci sur place et était rentré en France tout seul en criant victoire.

(3) Koutouzov : « Napoléon est comme un torrent. Moscou sera l’éponge qui l’absorbera. » | L’Histoire en citations (histoire-en-citations.fr)

(4) La seule « vraie » bataille de cette campagne sera la bataille de Borodino (ou bataille de la Moskova) remportée par Napoléon, et qui lui ouvrira la porte de Moscou. Elle n’aura pas de conséquences stratégiques, dans la mesure où elle ne liquidera pas le potentiel de l’armée russe.

(5) Bataille de Stalingrad — Wikipédia (wikipedia.org)

(6) Ce qui prouve bien que, contrairement à ce qu’on a dit, la Russie n’agit pas par la contrainte en Ukraine, pour ce qui concerne les populations. Ceux qui n’ont pas voulu quitter Kherson se sont évidemment identifiés comme pro-ukrainiens. Dans d’autres guerres, ils auraient été soit liquidés, soit emmenés de force sur l’autre rive et parqués dans les camps. Ici, les russes ne l’ont pas fait.

(7) Il semble que ce soit déjà le cas : Guerre en Ukraine, en direct : la Russie a détruit « toutes les infrastructures cruciales » à Kherson, selon Volodymyr Zelensky (lemonde.fr) . C’est aussi pour cette raison que les russes ne se sont pas encombrés des pro-ukrainiens à Kherson. Pourquoi s’occuper d’eux, alors qu’ils partiront d’eux-mêmes d’ici quelques semaines ? Ils iront pérégriner sur les routes enneigées, puis grossir les rangs des réfugiés en Pologne et ailleurs, contribuant à désorganiser l’adversaire occidental.

(8) A Kiev, à Kharkyv, à Liman…

(9)Ce que nous dit l’Ukraine de la guerre qui vient – Éd. JC Godefroy (editionsjcgodefroy.fr)

(10) Même appétence pour un pouvoir fort, même certitude de défendre la civilisation européenne chrétienne contre un ennemi totalitaire, même conservatisme inébranlable, même sens du temps long, même équilibre entre les forces internes nationalistes et libérales, même désir de modernisation du pays, mais pas à pas, même conception de la guerre. De nombreux points rapprochent ces deux hommes. Libre journal de la crise du 11 novembre 2022 : “L’armée russe dominera-t-elle finalement l’armée ukrainienne ? Avec quelles conséquences ?” – Radio Courtoisie

(11) Ukraine : Vietnamisation, mais pour qui ? par François Martin – Le Courrier des Stratèges (lecourrierdesstrateges.fr)

(12) Pétrole, gaz et matières premières, mais aussi engrais, céréales, produits agricoles, etc…

(13)Ukraine : il y a aussi une guerre économique, par François Martin – Le Courrier des Stratèges (lecourrierdesstrateges.fr)

(14)Ursula Van der Leyen a récemment annoncé une « rallonge » de financement pour l’Ukraine de 18 Milliards d’Euros pour un an de la part de l’UE. A priori, cela paraît beaucoup, mais cela ne fait « que » 1,5 Milliards d’Euros par mois. S’il manque 5 Milliards d’Euros ou de USD par mois pour boucler le budget ukrainien, cela fait 60 Milliards pour la prochaine année ! Si la guerre dure, où va-t-on les trouver ? Les Républicains américains, vainqueurs de la Chambre des représentants, vont-il continuer à alimenter ainsi le « tonneau des Danaïdes » ? On peut en douter.

(15) Que la Russie demande depuis 20 ans, dans le cadre d’une architecture de sécurité où ses intérêts, comme les nôtres, soient préservés. Or depuis 20 ans, l’occident refuse.

(16) La Guerre d’Ukraine est-elle en train de devenir une guerre mondiale? par François Martin – Le Courrier des Stratèges (lecourrierdesstrateges.fr)

Le décor est planté pour les troupes de combat américaines en Ukraine - Le 15/11/2022.

image_pdfimage_print

par Mike Whitney.

« Si quelqu’un de l’extérieur s’immisce en Ukraine, il doit le savoir : S’ils créent des menaces pour nous… nous riposterons immédiatement. Nous avons tous les outils dont nous avons besoin pour répondre, et toutes les décisions sur ce (sujet), ont déjà été prises. » (Vladimir Poutine)