Veille géopolitique hebdomadaire sur la Libye

...par Marc Adan Ourradour (Stagiaire chez Geopragma)

Le 31/05/2020.

 

Source modifiée : Google Maps

  Les événements de la semaine :

 22/05

 

Les forces de l’ANL bombardent Gharyan et Al-Asaba (Sud de Tripoli).

Plusieurs offensives du GUN au sud de Tripoli. L’ANL cède du terrain.

Entretien téléphonique entre le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et le premier ministre du GUN, Fayez al-Sarraj. Mike Pompeo a souligné « l’opposition des Etats-Unis aux flux persistant d’armements et de munitions qui arrivent dans le pays. »

La mission d’appui des Nations Unies en Libye se déclare inquiète de l’augmentation de l’intensité des combats et rappelle aux parties leur devoir de respecter le Droit International Humanitaire.

  

23/05

 

Des centaines de mercenaires russes quittent Tripoli et ont été vu à Bani Walid.

Le porte-parole du GUN demande aux populations civiles de rester éloignées des sites militaires de l’ANL.

Les forces du GUN continuent de gagner du terrain au sud de Tripoli et s’emparent du camp de Yarmouk.

Entretien téléphonique en Trump et Ergodan, le sujet de la Libye a été abordé.

 

24/05

 

Le Secrétaire général de la Ligue Arabe appelle à un cessez-le-feu en Libye.

Combats dans différentes localités du nord de Tarhounah.

Les forces de l’ANL mènent des frappes sur Gharyan.

 

25/05

 

La mission d’appui des Nations Unies en Libye condamne l’utilisation d’engins explosifs improvisés dans le conflit. Des victimes civiles sont à déplorer à Ain Zara et dans la zone de Salahuddin (Tripoli).

L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés annonce avoir « raccompagné à Tripoli 315 réfugiés et migrants après les avoir interceptés/secourus en mer ».

Entretien téléphonique entre le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi et le premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis.

L’Etat Islamique revendique un attentat sur les forces du maréchal Haftar à Taraghin.

 

26/05

 

Le commandant des forces américaines en Afrique, Stephen Townsend, affirme que des avions de chasse russes « sont arrivés en Libye depuis une base aérienne russe après avoir transité en Syrie ».

Les forces du GUN continuent de lancer des offensives au sud de Tripoli.

 

27/05

 

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a déploré une « syrianisation » de la Libye.

Les mercenaires russes auraient quitté Bani Walid pour se diriger plus au sud.

 

28/05

 

Les combats se poursuivent au sud de Tripoli.

Le Haut Représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité a demandé devant le Conseil de sécurité une solution politique inclusive et, à cette fin, l’arrêt des livraisons d’armes et la création d’un espace pour un véritable dialogue.

 

Analyse :

 

La semaine dernière tombait la base d’Al-Watiya, l’une des principales emprises du maréchal Haftar dans l’Ouest de la Libye. Ce revers a confirmé l’échec de l’offensive finale sur Tripoli lancée il y a plus d’un an par l’Armée Nationale Lybienne (ANL) qui possédait alors l’initiative. Aujourd’hui la dynamique est tout autre, le Gouvernement d’Union Nationale (GUN) peut compter sur des milices en provenance de Syrie et sur les redoutables drones turcs. Cette semaine les forces du GUN ont lancé de multiples offensives sur différents objectifs au sud de Tripoli. La progression est relativement rapide et l’ANL est en train de perdre en quelques jours ce qu’elle a mis des mois à conquérir. Les troupes du maréchal Haftar doivent avoir le moral au plus bas. Pour ne rien arranger à la situation les mercenaires russes combattant à leurs côtés se sont retirés de Tripoli et ont été vus à Bani Walid, 150 km plus au sud.

 

Ces récentes évolutions ne vont pas dans le sens d’une sortie de crise. L’ONU n’a toujours pas trouvé de médiateur pour succéder à Ghassan Salamé qui démissionna le 2 mars dernier. Il n’avait pas réussi à instaurer un réel cessez-le-feu.  Que l’un des deux camps l’emporte et prenne la direction du pays tout entier, ou qu’une longue stabilisation du front mène de facto à une partition du pays en fonction des alliances, il ne pourra y avoir de solution politique viable qu’à la condition que l’équilibre tribal soit restauré et que le fléau des milices djihadistes soit éliminé. Les évolutions récentes du conflit libyen nous montrent que la situation peut changer rapidement avec par exemple le soutien ou l’intervention d’une puissance étrangère. Le camp qui a l’avantage sur le terrain peut alors avoir intérêt à négocier tant qu’il est en position de force. L’accord trouvé devra pencher en sa faveur et il jouira de l’image du camp qui a préservé les populations civiles en mettant un terme au conflit.

 

Cependant nous ne semblons pas nous diriger vers ce scénario et les forces du GUN vont continuer leurs offensives. Le prochain objectif majeur est la ville de Tarhounah qui résiste encore. Il s’agit de la dernière place forte du maréchal Haftar au sud de Tripoli, ravitaillée par la route entre Tarhounah et Bani Walid. Cet axe est une cible stratégique pour les forces du GUN et c’est le chemin que les mercenaires russes ont empreinté pour leur retraite. Mais la partie est loin d’être gagnée pour le GUN, les forces de l’est du pays restent soutenues par les Emirats Arabes Unis et l’Egypte. Le déploiement d’avions russes de quatrième génération montre que Moscou souhaite rester dans la partie. Comme dans le conflit syrien la Russie et la Turquie montrent leur puissance, leur capacité à intervenir et à défendre leurs intérêts ici divergents. Le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a déploré une “syrianisation” de la Libye. Souhaitons que la France y défende mieux ses intérêts qu’en Syrie… Perseverare diabolicum

 

*Marc Adan Ourradour, stagiaire chez Geopragma

 


Le 18/05/2020.

Synthèse des opérations militaires en Libye du 8 au 14 mai 2020

Source carte : Google Maps

 

Les événements de la semaine :

08/05

  • Le port principal de Tripoli a été bombardé alors que le personnel de l’OIM (UN Migration Agency) attendait le débarquement de 25 migrants interceptés en mer.
  • L’aviation du GUN mène des frappes aériennes sur la base d’Al Watiya.
  • Le porte-parole de l’ANL déclare que ce sont les milices du GUN qui ont ciblé des ambassades. Il dénonce une manipulation, l’ANL n’a jamais pris pour cible une ambassade ou un bâtiment d’une organisation internationales.
  • Combats au Sud de Tripoli.
  • La mission d’appui des Nations Unies en Libye condamne l’augmentation des bombardements sur Tripoli. Elle appelle les parties à respecter le droit international humanitaire et notamment le principe de distinction.

09/05

  • Les forces de l’ANL ont bombardé des objectifs à Tripoli. L’aéroport Mitiga est particulièrement touché.
  • Le porte-parole des forces armées du GUN annonce une prochaine offensive sur la base d’Al Watiya.
  • Violents combats au Sud de Tripoli (Ain Zara, Abu Salim). L’ANL annonce avoir détruit un drone.
  • L’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme a annoncé que le nombre de morts parmi les mercenaires syriens en Libye était passé à 268.

10/05

  • Le général Abdelkader Touhami, chef du renseignement lybien est décédé. Le GUN parle d’une crise cardiaque mais certains témoignent d’un possible enlèvement par des milices tripolitaines.
  • Les combats continuent au sud de Tripoli.
  • Le ministère des affaires étrangères turc dénonce les bombardements sur Tripoli et menace l’ANL de représailles si cela continue.
  • Le porte-parole de l’ANL annonce la mort du chef de la milice (mercenaire) Second Legion qui combat pour le GUN.

11/05

  • Les ministres des Affaires étrangères de la Grèce, de l’Égypte, de Chypre, de la France et des Émirats Arabes Unis ont fait une déclaration commune. Ils dénoncent « des activités illégales turques sur la zone économique exclusive chypriote ».
  • L’ANL a bombardé à l’aide de drones les positions des forces du GUN à Abu Grein.
  • Le porte-parole de l’ANL déclare qu’ils ont ciblé l’aéroport de Mitiga car c’est une menace pour la protection des populations civiles. Il s’étonne que la mission d’appui des Nations Unies ne dénonce pas le fait qu’il s’agisse d’une base pour les drones turcs. Plus généralement il dénonce le silence de la communauté internationale vis-à-vis de l’intervention turque.
  • Les forces du GUN bombardent la base d’Al Watiya et ses environs.

12/05

  • Les bombardements sur la base d’Al Watiya continuent.
  • Le ministre des affaires étrangères du GUN accuse les troupes du maréchal Haftar d’avoir ciblé l’ambassade turque ainsi que la résidence de l’ambassadeur italien.
  • L’ANL bombarde des positions des forces du GUN à Abu Grein.
  • Déclaration du ministre des affaires étrangères du GUN, il dénonce la déclaration commune de la France, Chypre, Egypte et EAU et appelle ces puissances à ne pas interférer dans le conflit libyen.

13/05

  • Frappe de drone sur des véhicules de l’ANL dans la région de Bani Walid

14/05

Déclaration commune de plusieurs ONG (OCHA, HCR, UNICEF, FNUAP, PAM, OMS) sur le dossier libyen. Elles s’inquiètent de la situation des migrants ainsi que d’une possible escalade de l’épidémie de coronavirus.

Analyse :

Cette semaine, dans une déclaration commune, les ministres des Affaires étrangères de la Grèce, de l’Égypte, de Chypre, de la France et des Émirats Arabes Unis ont dénoncé « des activités illégales turques sur la zone économique exclusive chypriote ». Cette déclaration fait suite à de nombreuses tentatives turques de mener des opérations de forage dans la zone maritime de Chypre. En novembre dernier, Ankara et le GUN ont signé un accord visant à redéfinir les frontières maritimes. Si cet accord était appliqué, les Turcs pourraient exploiter du gaz qui se trouve dans la zone économique exclusive chypriote.  Ainsi les Turcs ont tout intérêt à ce que le GUN reste en place et gagne la guerre. Mais l’exploitation de ce gaz serait illégale au regard de la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer signée à Montego Bay en 1982. Cependant, si nous regardons les listes des signataires, nous ne trouverons pas la Turquie. Le ministre turc des affaires étrangères dénonce une tentative déstabilisation régionale et souligne que la Turquie a le droit « de protéger ses intérêts légitimes fondés sur le droit international, sous des prétextes injustes et illégaux, est inacceptable en toutes circonstances ». Nous pouvons observer que le Droit International est utilisé par les différents parties pour soutenir des positions différentes. Les Etats dépensent beaucoup de moyens pour montrer qu’ils agissent selon le droit.

              Sur le terrain, les forces du GUN continuent à mettre la pression sur la base d’Al Watiya. La semaine dernière, de nombreux affrontements ont eu lieu sur l’axe entre Zuwarah et la base d’Al Watiya. Cette base constitue un objectif important pour les forces du GUN qui pendant un an ont été contraintes de rester sur les zones côtières sans pouvoir descendre vers le Sud. Depuis l’intensification de l’aide turque, les forces du GUN ont lancé plusieurs offensives visant à repousser les forces du maréchal Haftar vers le Sud. Ces offensives se heurtent à plusieurs points de résistance qui forment une ‟ligne de front”. La chute d’un de ces points permettrait aux troupes du GUN d’avancer vers le sud et de pouvoir prendre à revers les troupes de l’ANL situées sur les autres points. Parmi ces points de résistance, nous avons la base d’Al Watiya, les zones au Sud de Tripoli, Tarhounah et Abu Grein. Ces zones font l’objet de nombreux bombardements qui n’épargnent pas les populations civiles. Face à ce constat, les deux camps s’accusent de cibler des objectifs non militaires. C’est en ce sens que la mission d’appui des Nations Unies pour la Libye a dénoncé l’augmentation des bombardements sur Tripoli. Elle appelle les parties à respecter le Droit International Humanitaire et particulièrement le principe de distinction. Rappelons que ce principe impose aux belligérants de faire en tout temps la distinction entre la population civile et les combattants ainsi qu’entre les biens civils et les objectifs militaires. Mais le conflit Libyen nous montre bien la difficulté à faire appliquer ce principe. Prenons l’exemple de l’aéroport de Mitiga. D’un côté le GUN accuse les forces du maréchal Haftar de bombarder un bâtiment civil et de l’autre l’ANL affirme que cet aéroport est utilisé comme base pour les drones turcs. Alors on invoquera le principe de précaution. Mais encore une fois, le coupable est-il le GUN qui posséderait une base militaire dans une zone peuplée, ou l’ANL qui bombarde des objectifs situés dans cette même zone ? Ce que l’on peut dire c’est que ces bombardements ont bien lieu et qu’il est peu probable que chaque combattant ait un exemplaire du DIH dans ses poches.

 

Source : http://geopragma.fr/veille-geopolitique-hebdomadaire-sur-la-libye-3/


Le 28/04/2020.

 

 

Synthèse des opérations militaires en Libye du 17 au 23 avril 2020
Source carte : Google Maps

 

 

Les évènements de la semaine : 

        17/04

 Le GUN impose un couvre-feu pour dix jours dans les régions qu’ils contrôlent.

  • Bombardement de la base d’Al Watiya par le GUN.
  • Le ministère de la défense déclare « Nos avions de l’armée de l’air effectuent des entrainements en Méditerranée avec nos navires. »
  • Crash d’un drone turc à 80 km sud-ouest de Bani Walid.

 18/04

 Les forces du GUN ont lancé une attaque sur Tarhounah, une des principales villes de l’ANL à l’ouest. Reprise de plusieurs villes, matériel et combattants capturés.

  • L’ANL lance des roquettes sur Tripoli.
  • Le porte-parole de l’ANL annonce avoir infligé de lourde perte sur l’axe Al-Hirah.

 19/04

 Bombardement du GUN à l’ouest de Sirte.

  • Destruction d’un drone du GUN à Abu Grein
  • Des renforts du GUN arrivent dans le district de Tarhounah..

 20/04

 Passage en force de la frontière tunisienne par des tunisiens qui travaillaient en Libye et étaient bloqué dans la zone frontalière.

  • Bombardement du GUN sur Ain Sharshara au nord de Tarhounah.
  • L’ANL bombarde un stock de munition à Zouara, combat au Sud d’Al jamil, un porte-parole annonce la reprise de la localité Al-Aqrabiyah.

 21/04

 Un porte-parole de l’ANL annonce la destruction d’un drone du GUN à Ain Sharshara.

  • Entretien téléphonique entre Poutine et Erdogan.
  • Combats au sud d’Al-Jumayl.

 22/04

 Tirs d’artillerie de l’ANL sur Tripoli.

  • Combats à Ain Sharshara.
  • Le porte-parole de l’ANL déclare que l’intervention turque devient une occupation de la capitale.
  • Entretien téléphonique entre M. Poutine et Mme Merkel, le sujet de la Libye a était discuté.

 23/04 

  • L’ANL bombarde des positions des forces du GUN à Abu Qurain et sur la route menant à Misrata.
  • Le ministre de l’intérieur du GUN accuse le groupe Wagner d’utiliser des armes chimiques.
  • La mission des Nations Unies pour la Libye appelle à cesser les combats à l’approche du début du Ramadan.
  • L’ANL annonce avoir repoussé une offensive du GUN dans la zone d’Ain Zara et Casirma, les affrontements se poursuivent. Déclaration affirmant que la Turquie pourrait menacer l’Europe si elle s’emparait des côtes libyennes.
  • L’ANL annonce avoir capturé une quinzaine de combattants de nationalité syrienne.
  • Le GUN bombarde les positions de l’ANL à Tarhounah.

 Analyse : 

Il y a un an débutait l’offensive du maréchal Haftar et de son Armée Nationale Libyenne (ANL) contre Tripoli, capitale du Gouvernement d’Union Nationale (GUN). Il profitait de son avantage — militaire, alliances tribales, soutiens étrangers — pour étendre sa zone d’influence et tenter de conquérir l’ensemble du territoire libyen. La semaine dernière, le GUN a réussi, pour la première fois depuis le début du siège de Tripoli, à lancer une contre-offensive qui s’est concrétisée par la reconquête de territoires à l’est de Tripoli (villes de Sabratha et Sorman). Cette semaine, souhaitant garder l’initiative, le GUN a lancé une grande offensive dans le district de Tarhounah. Le GUN profite largement de l’aide turque qui a incontestablement modifié le rapport de forces. D’une manière générale, nous pouvons remarquer que les attaques sont presque systématiquement précédées de bombardements aériens. Le contrôle et l’utilisation de l’espace aérien sont des enjeux majeurs pour décider de l’issue du conflit. Cet espace stratégique permet aux troupes au sol de progresser. Loin de tout débat éthique, nous observons une systématisation de l’utilisation des drones, que ce soit pour reconnaître ou pour bombarder une position. Alors que nous pourrions avoir l’image erronée d’un petit conflit statique, l’arsenal utilisé et les nombreux mouvements de troupes nous démontrent le contraire. Il s’agit bien là d’une guerre opposant deux camps, qui contrôlent des territoires et des villes bien identifiés, et mènent des opérations planifiées soutenues par du matériel moderne. Malgré la menace du COVID-19 qui pèse sur le pays, les combats continuent et les populations subissent les conséquences de la guerre. Il ne se passe pas une semaine sans combats et tirs d’artillerie sur la capitale libyenne, en état de siège depuis plus d’un an. Il n’est pas nécessaire de comparer la situation d’aujourd’hui avec celle qui prévalait sous Mouammar Kadhafi, mais on peut difficilement ne pas se pencher sur les mystérieuses raisons de l’intervention française en Libye. De son côté, la mission des Nations Unies pour la Libye appelle à cesser les combats à l’approche du début du Ramadan. Énième tentative qui se soldera très probablement par un échec. Il faudrait adopter une stratégie « des petits pas » qui commencerait par la nomination d’un médiateur impartial pour la Libye. Le post est vacant depuis la démission de M. Salamé survenue le 2 mars 2020.

 

 

Si le GUN lance des offensives, la guerre est très loin d’être gagnée. Le maréchal Haftar reste celui qui contrôle la plus grande partie du territoire. L’ALN tient ses positions au nord de Tarhounah et lance même une offensive à l’Ouest dans la région de Zouara. L’ALN menace encore Tripoli et Abu Grein, ville stratégique située sur l’axe Syrte – Misrata. Ainsi malgré l’aide d’Ankara, nous ne pouvons pas dire que nous assistions à un réel retournement de situation. Les prochaines semaines pourraient être décisives. Ankara continue en effet de transférer des mercenaires de Syrie en Libye. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, plus de 5 000 combattants auraient ainsi été transférés. Il ne s’agit pas d’une aide ponctuelle, mais bien d’un désir de participer durablement au conflit. Nous nous retrouvons avec des pays de l’OTAN qui ne soutiennent pas les mêmes camps. Ankara peut se targuer de soutenir le camp reconnu par « la communauté internationale », un camp très largement appuyé par des milices islamistes celles-là même qui tiennent sous leur contrôle le chef du GUN. Par ailleurs nous ne pouvons que nous inquiéter de l’arrivée des mercenaires ; beaucoup d’entre eux appartiennent à des groupes radicaux. La Libye est avant tout un pays tribal et nous ne voyons pas comment ces tribus pourraient voir d’un bon œil l’arrivée de mercenaires étrangers alors que la lutte s’intensifie pour l’affectation des ressources et richesses du pays. Sur le long terme, comment le GUN peut-il espérer trouver enfin une légitimité autre que de papier. Le camp du maréchal Haftar possède également ses mercenaires. Le groupe russe Wagner combat aux côtés de l’ANL et ses liens avec le pouvoir russe ne sont plus à démontrer. Moscou veille, comme en témoignent les échanges téléphoniques que M. Poutine a eu avec M. Erdogan et Mme Merkel. Vigilance assez logique considérant les intérêts stratégiques russes sur ce territoire, mais qui évidemment déplait fortement à d’autres. On vient d’accuser le Groupe Wagner d’avoir utilisé des armes chimiques… Le parallèle avec la Syrie est facile à faire. S’agit-il d’une tentative de déstabilisation des positions russes ou d’une accusation bien fondée ? 

 

 

*Marc Adan Ourradour, stagiaire chez Geopragma

Source : http://geopragma.fr/veille-geopolitique-hebdomadaire-sur-la-libye/

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