Elections et Défense Nationale

par le Gal. Jean Delaunay - le 08/02/2017.



 Un seul sujet me semble faire l’unanimité - dans la discrétion - parmi les nombreux candidats à l’Election Présidentielle… c’est la Défense Nationale. 
     Je n’ai pas trouvé en effet de programme qui en parle sérieusement, même si certains prétendants disent vouloir lui consacrer 2% du PIB, d’autres évoquant seulement le nécessaire « renforcement de notre Sécurité ». 
     Le Chef d’Etat-Major des armées vient de faire paraitre un article sur ce grave sujet mais il ne me semble pas avoir suscité dans le monde politique les réactions qu’il méritait. 
     D’autres anciens responsables militaires que moi commentent gravement cette situation. 

    Quant à moi, je rappelle qu’elle n’est pas nouvelle. J’ai été nommé Chef d’état-major de l‘armée de terre en 1980 et j’ai jugé de mon devoir de démissionner en 1983 pour marquer mon désaccord avec la politique de défense de l’époque. 
     J’avais connu, en 1943/45, un temps où les armées françaises, réarmées et entretenues par les USA pour faire la guerre, ne manquaient de rien. Cela n’a pas duré. 
     En revanche, j’ai vécu en Algérie 1946/48 et surtout en Indochine 1948/49 une véritable misère matérielle militaire. 
     Au lieu même où le Colonel de Sairigné, héros de la France Libre, avait été tué au milieu du convoi de Dalat anéanti, la moitié des blindés de mon escadron était sur cales faute de pièces de rechange et même de pneus. Les autres engins n’étaient maintenus en état de marche que grâce à nos admirables mécaniciens qui devaient récupérer des pièces sur les carcasses. 
     Pire, j’ai eu souvent à faire face en plein combat à des ratés de munitions, sabotées ou périmées. 
     Ce genre de scandales a alors donné lieu à l’inspection-éclair et au rapport alarmant du Général Revers. Divulgué dans la presse, il a suscité un scandale politique. Vu par nous, il a au moins contribué à terme à redresser un peu la situation. 
(NB. Ce rapport, j’ai eu la chance de le lire moi-même en pleine brousse et en français, l’ayant trouvé dans la sacoche d’un officier Viet victime d’une embuscade tendue par nous …) 

        Ayant vécu ces faits, créateurs de beaucoup de souffrances humaines et de morts, je m’indigne donc que, 60 ans plus tard, le Pouvoir politique qui se glorifie pourtant de notre intervention au Sahel accepte qu’un hélicoptère sur deux y soit en panne chronique, comme beaucoup de nos blindés qui ont deux fois l’âge de leurs pilotes. 
     Dans le même temps, nos soldats de métier sont sur employés dans des figurations type Sentinelle, selon moi, abusives dans la durée et d’effet illusoire. Du coup, bien que passant chaque année de longs mois hors garnison, ils sont sous entraînés en vue du vrai combat et risquent de perdre leur moral, les cadres notamment. 

     En tant que doyen sans doute des anciens chefs d’état- major, je pourrais épiloguer aussi sur la véritable dépossession d’une partie de leurs responsabilités dont ont été victimes mes jeunes camarades des trois armées au profit de hauts fonctionnaires civils. Ceux-ci sont désormais chargés, entre autres, de conduire la politique des ressources humaines des armées, un domaine dont ils ignorent tout. Du coup, la soi-disant logique budgétaire et de gestion éclipse la logique militaire fondée sur l’opérationnel. L’aberrante création des bases de défense interarmées en est l’une des illustrations. 
     Mais l’on pourrait aussi citer les nombreuses possibilités qu’ont les experts du Ministère des Finances pour exploiter et appliquer à leur façon les différents articles des Lois de programmation militaire. 
     Dans tous ces domaines, un redressement s’impose, sous tendu par une réflexion politico stratégique d’ensemble. A cet égard, prétendre fixer a priori le budget Défense à N % du PIB sans préciser d’abord le "Pourquoi et le Comment se défendre ?" me parait étrange…

***


    En conclusion, s’agissant des candidats à l’élection Présidentielle, je constate qu’un certain nombre de ceux-ci semblent préoccupés surtout par les questions économiques et sociales. 
     Je crains aussi qu’ils n’aient pas reçu la culture historique et politico-stratégique nécessaire pour assumer leurs responsabilités dans les domaines vitaux de la politique étrangère et dans celui de la Défense Nationale. 
     (Ce d’autant que plus que celui-ci comporte maintenant des volets depuis longtemps identifiés mais pratiquement négligés faute de moyens comme la défense du territoire, ou carrément révolutionnaires comme la cyberdéfense. ) 

***


    Je formule donc le vœu que les prochaines émissions télévisées destinées à aider les électeurs à discriminer les prétendants comportent, à chaque fois, un volet « Défense Nationale » au sens large. 

***


    Je souhaite surtout que nous parvenions à désigner démocratiquement le vrai Chef d’Etat qu’il nous faut, capable de concevoir aujourd’hui dans son programme un volet Sécurité ambitieux et réaliste, et assez courageux pour le mettre en œuvre demain afin que « Survive la France ».

Jean Delaunay
Général d’armée en 2° section
Président de « France-Valeurs

 


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