TERRORISME :

Europe ! Défends-toi !

par le Gal. Gilbert Robinet - le 29/03/2016.


 

Non, rassurez-vous ! Je ne vais pas me lancer dans un énième plaidoyer pro domo en faveur d’une Europe de la Défense qui n’existe pas et qui, je le crois, n’existera jamais. En revanche, les attentats islamistes qui frappent les pays européens à tour de rôle et à intervalles réguliers, eux, existent bien. La France arrive en tête d’un triste palmarès avec le détournement du vol Alger-Paris de 1994, les attentats de Paris et de la région parisienne de 1995, 1996 et 2015 (janvier et novembre) et ceux de la région de Toulouse en 2012. Mais, l’Espagne a été frappée en 2004, la Grande-Bretagne, à Londres en 2005, à Glasgow en 2007 et, à nouveau, à Londres en 2015. Ce furent aussi Stockholm en 2010, Francfort en 2011 et Copenhague en 2015. Enfin, après une première alerte en 2014, Bruxelles, la capitale belgo-européenne, a connu à nouveau l’horreur le 22 mars 2016. Encore s’agit-il là d’une liste non exhaustive où ne figurent que les attentas les plus meurtriers.

    Si, par le passé, certains de ces attentats n’ont pas été clairement signés, comme, par exemple, celui du 25 juillet 1995 survenu à Paris, à la gare RER Saint-Michel, attribué au groupe islamiste armé algérien alors que celui-ci n’en a jamais revendiqué la paternité, il se trouve que, désormais, les attaques s’accompagnent d’un redoutable volet médiatique et que Daech, dans une communication bien conduite, s’en attribue systématiquement l’origine. Nous connaissons donc notre ennemi et, en France, nos responsables politiques affirment haut et fort que nous sommes en guerre.

   Pour conduire une guerre avec une chance de succès, et dès lors que l’ennemi a été clairement désigné, ce qui est le cas aujourd’hui, il faut commencer par analyser ses moyens et ses modes d’action. Pour ce qui concerne Daech, celui-ci procède de trois façons :
    - à partir de son sanctuaire d’Irak et de Syrie, il utilise des moyens militaires classiques pour tenter d’étendre son emprise territoriale et constituer ainsi un proto-état qu’il prétend être un califat rétabli ;
    - il implante, en Occident et, principalement, en Europe, des réseaux organisés et structurés constitués d’individus ayant reçu ou non une formation en Syrie et en profitant, en particulier, des afflux de migrants en Europe pour y infiltrer des « combattants » dévoués à la cause ;
    - enfin, il appelle tous les bons musulmans partout dans le monde à agir individuellement, avec les moyens dont ils disposent, même les plus rudimentaires comme des couteaux ou encore des automobiles lancées dans la foule, pour tuer le maximum de « croisés ».
Pour lutter contre Daech et le vaincre, il faut donc agir à ces trois niveaux.

   Paradoxalement, l’éradication de Daech de son sanctuaire est la question la plus facile à régler. En effet, plus Daech tend à ressembler à un état, plus il nous facilite la tâche car nos armées occidentales ont été conçues pour mener des guerres conventionnelles interétatiques. Il ne s’agit donc là que d’une question de moyens. Si tous les pays européens aujourd’hui attaqués par Daech prenaient conscience qu’eux aussi sont en guerre et se réunissaient en une vaste coalition en fournissant chacun un volume significatif de moyens, avec ou sans l’aide des Américains, la guerre conventionnelle serait gagnée. Pour s’en convaincre, il suffit de constater que la seule intervention de l’armée russe en Syrie a suffi à modifier le rapport de force en défaveur de Daech et à le faire reculer. En l’absence de structure européenne ad ‘hoc, seul le problème du commandement d’une telle coalition resterait à régler ce qui n’est pas insurmontable puisque une telle question a été résolue lors de l’opération Harmattan menée en Libye, en 2011.

     Si la solution au problème posé par Daech au Levant repose sur un volet essentiellement militaire, à la condition toutefois que celui-ci soit au service d’une politique clairement établie, le succès de la lutte, plus difficile à mener, contre les réseaux implantés sur nos territoires, ressortit davantage des domaines de la police et de la justice. Dans ce cadre, la clé du succès est le renseignement qui doit être centralisé puis partagé au niveau européen. Or, que constate-t-on aujourd’hui ? Il existe, en la matière, deux agences européennes dont les budgets doivent être tellement ridicules qu’ils ne sont même pas publiés : la première, EUROPOL, est chargée, pour l’aspect police, de la lutte contre, dans l’ordre, le trafic de stupéfiants, le terrorisme (ah bon ! Ouf !) et ….la pédophilie (sic), la seconde, EUROJUST, pour l’aspect justice, est sensée coordonner les perquisitions et les arrestations. Il est urgent de créer une véritable agence européenne du renseignement, avec des moyens conséquents, qui collecterait tous les renseignements provenant des services nationaux, prolongerait éventuellement leur analyse et les diffuserait aux pays concernés.


     Enfin pour ce qui concerne la sécurité de l’Europe tout entière, on ne peut pas omettre de citer, pour le regretter, le refus obstiné du Parlement européen de donner son accord à la création d’un PNR (Passager Name Record) européen tel qu’il en existe un aux Etats-Unis et dont le principe a été adopté unilatéralement par la France. Un tel fichier permettrait de tracer les habitudes de voyage et de détecter des comportements suspects. De même FRONTEX, agence chargée de la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures de l'Union européenne, dont le siège est à Varsovie et qui dépend de la bonne volonté des États membres qui lui « prêtent » des moyens nationaux parcimonieux, doit être significativement renforcée. Son budget de 285 millions d’euros en 2015 est notoirement insuffisant et ne permet pas un véritable contrôle de l’identité et des motivations des migrants parmi lesquels se glissent des individus formés en Syrie pour armer les réseaux terroristes constitués en Europe.

     Quant au dernier mode d’action de Daech, s’il semble difficile d’y parer, des contre-mesures existent. D’abord, l’anéantissement de Daech au Levant et partout où il tente de s’implanter (au Sinaï et en Libye par exemple) tarirait, de facto, les émissions de mots d’ordre et les appels lancés en faveur du passage à l’acte individuel de par le monde. De même, le démantèlement des réseaux sur le territoire européen avant qu’ils n’aient pu attaquer éviterait de générer des « imitateurs » comme il s’en est trouvé parfois après un attentat. Mais c’est la vigilance des citoyens et des mesures de sécurité élémentaires qui constituent le meilleur rempart. Encore faut-il que les responsables politiques ne donnent pas trop de marge de manœuvre à ceux qui seraient tentés par l’action criminelle. L’opération Sentinelle en France participe à cette vigilance nationale. Comment pourrait-elle être mise en œuvre en Belgique dont l’armée réduite à moins de 30 000 hommes aujourd’hui (pour un objectif, à terme, de 25 000), n’existe pratiquement plus ? Loin de moi l’idée de vouloir accabler ce pays, si proche de nous géographiquement et culturellement et désormais frère dans la souffrance, mais le droit de vote accordé chez lui, en 2004, à tous les étrangers, pour les élections municipales, n’a-t-il pas favorisé une forme de clientélisme électoral débouchant sur la constitution de Molenbeek ? De même, la limitation, au nom de la démocratie, à 24 heures, de la durée de la garde à vue quel qu’en soit son motif ne limite-t-elle pas l’action de la police (pour mémoire, en France, elle est de 96 heures pour les actes terroristes) ?

     Il existe un état qui, au quotidien, subit, depuis sa création en 1948, ces trois formes de menaces : il s’agit d’Israël. Comment ce pays fait-il face ? Pour garantir sa survie devant le risque d’agression extérieure, Israël s’est tout d’abord doté d’une armée puissante et efficace à laquelle il consacre plus de 5% de son PIB (5, 2% en moyenne entre 2011 et 2015). Mais, face au terrorisme, Israël a compris que la supériorité technologique ne suffit pas et qu’il faut instaurer un esprit de défense collectif qui ne se contente pas de déléguer à des professionnels de la sécurité la charge de la protection des individus. La population, consciente de la menace, est mobilisée derrière ses dirigeants, accepte les mesures prises même quand elles sont décriées par le reste du monde comme les barrières de sécurité. Mais, au premier chef, une action résolue est menée dans le domaine du renseignement et de l’infiltration dans les milieux où se préparent les attentats.

     Le djihad mondial a vis-à-vis de nous, Occidentaux en général et Européens en particulier, le même objectif à long terme que pour Israël, c'est-à-dire, sinon de nous faire disparaître physiquement, de détruire les fondements de nos sociétés. Il faut nous montrer impitoyables vis-à-vis des tueurs, de leurs commanditaires, de leurs inspirateurs et de leurs propagandistes et ceci partout en Europe. Si un pays se montre plus laxiste qu’un autre, il constituera le maillon faible et servira de point d’entrée aux assassins. Après l’attentat de la gare d’Atocha, à Madrid, en 2004, les dirigeants espagnols sont passés du déni de son caractère islamiste à la recherche de l’apaisement vis-à-vis des terroristes. A l’inverse, après les attentats multiples de Londres en juillet 2005, les Britanniques ont répondu  « Not afraid ».

     Européens, tous ensemble, contrairement à ce que certaines bonnes âmes voudraient nous faire croire en invoquant des excuses « sociales » en faveur des terroristes, nous ne sommes coupables de rien, mais, pour notre salut, nous devons être capables de tout.

 

Général Gilbert ROBINET

Secrétaire général de l’ASAF

 

Source : http://www.asafrance.fr/item/terrorisme-europe-defends-toi.html 

 


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