Forces et Faiblesses d'Israël

L'analyse du club des vingt

...par le Gal. Dominique Delawarde - le 26/08/2019.

Bonjour à tous,

 

Une analyse traitant des forces et des faiblesses d'Israël m'a été transmise récemment.

Elle est cosignée par un "Club des Vingt" qui compte des anciens ministres des affaires étrangères, plusieurs anciens ambassadeurs, un ancien chef d'état major des armées, des universitaires et des personnalités de premier plan qui ont marqué leur époque.

Parce que cette analyse m'a parue trop "convenue et politiquement correcte", comme doit l'être d'ailleurs une analyse "diplomatique, parce qu'il m'a semblé que des points essentiels avaient été occultés, peut être volontairement, je me suis permis d'y ajouter quelques commentaires

personnels, au fil du texte, afin d'élargir et d'épicer le débat.

 

A chacun, bien sûr, de réfléchir et de se faire sa propre idée sur cet intéressant sujet.

L'analyse "des vingt" est en caractère romain de couleur noire.

Mes commentaires sont en italique et de couleur bleue. Ils ne se veulent pas irrévérencieux mais constructifs et visent à donner un éclairage différent à l'analyse qui nous est proposée. 

 

Bonne lecture

 

DD    


Forces et faiblesses d'Israël, l'analyse du "Club des Vingt"

Posté le mardi 13 août 2019

Commenté le 26 août 2019 par Dominique Delawarde

 

Club des vingt : Au cours de la période récente, la situation intérieure d’Israël s’est sensiblement

modifiée menant à une grave crise susceptible même de remettre en cause les valeurs sur lesquelles il a été fondé. Cependant Israël s’est affirmé en tant que puissance régionale et même comme un acteur à part entière de la vie internationale.

 

1. Israël n’est plus ce qu’il était

Après l’effondrement de l’URSS, plus d’un million de Russes et d’Ukrainiens –étrangers au

monde arabe- ont émigré en Israël. D’autre part, le développement de l’intégrisme religieux a donné une influence croissante aux partis ultra-orthodoxes devenus indispensables pour la formation des gouvernements. Enfin les courants extrémistes sont apparus en Cisjordanie parmi des colons entendant y défendre leur présence.

Aussi, après Rabin et Peres, l’ambition d’Israël est devenue peu à peu moins de s’intégrer

pacifiquement parmi les pays de la région que d’y affirmer sa singularité jusqu’à se déclarer

dernièrement «État juif».

Les partis de gauche, le Meretz et le parti travailliste, ont connu un déclin rapide au fur et à

mesure que s’enlisait le processus de paix engagé par le Président Clinton. Quant aux partis arabes, ils sont trop divisés pour avoir un poids correspondant à l’importance de la communauté.

Compte tenu des poursuites dont il est l’objet, il n’est pas sûr de Benjamin Netanyahou restera

Premier Ministre après les élections de septembre, mais son successeur mènerait la même politique. En effet, la dérive vers la droite et l’extrême droite de la politique intérieure d’Israël semble irréversible car elle correspond à l’évolution de la société. Elle comporte des mesures de contrôle, des juges, notamment ceux de la Cour Suprême et la soumission des ONG à des contraintes en matière de droits de l’homme. Ainsi s’érode le caractère démocratique d’Israël.

 

2. Israël invulnérable ?

2.1 Sur le plan sécuritaire, l’ordre règne. L’efficacité combinée de Tsahal et des services de

renseignement a quasiment fait disparaître le risque terroriste d’origine palestinienne. Après les deux Intifada du début des années 1990, puis des années 2000, les attaques terroristes sont rares le plus souvent à caractère inorganisé et le fait d’«amateurs». Les menaces encore sensibles sont périphériques et limités.

Elles viennent essentiellement de Gaza avec le Hamas et le Djihad islamique et aussi du Liban avec le Hezbollah.

Dans cette situation, le gouvernement de Tel-Aviv estime qu’il aurait tout à perdre d’une

véritable négociation avec les Palestiniens. Au demeurant, leurs principales revendications sont

inacceptables à ses yeux, notamment la création d’un État avec Jérusalem comme capitale, le gel, voire l’évacuation des colonies de peuplement et le droit au retour.

 

Commentaires DD : Les auteurs de ce texte manquent de sérieux lorsqu'ils écrivent que «l'ordre règne en Israël, que les attaques y sont rares, inorganisées et le fait d'«amateurs», et que les menaces sont limitées».

Il convient de rappeler tout de même l'attaque palestinienne, massive et parfaitement organisée,

des 4 et 5 mai 2019. 700 roquettes ont été tirées sur l'état juif, à partir de la bande de Gaza, dont 200 sont tombées sur des zones habitées. Le bilan de 4 morts et de 130 blessés dans la population israélienne est lourd pour ce petit pays et a contraint la gouvernance de l'état hébreu à négocier un cessez le feu avec le Hamas. Le Mossad, Tsahal et le fameux «dôme de fer» ne se sont d'ailleurs pas montrés très efficaces pour contrer cette attaque.

https://fr.timesofisrael.com/levee-des-mesures-durgence-une-confirmation-implicite-de-la-treve-a-gaza/

Quant aux manifestations liées à la marche du grand retour, elles ont animé la zone

concentrationnaire de Gaza durant d'innombrables semaines, au prix de pertes élevées pour la

population palestinienne (150 morts, 10 000 blessés, dont 1849 enfants, 424 femmes, 115 secouristes et 115 journalistes).

https://www.amnesty.org/fr/latest/campaigns/2018/10/gaza-great-march-of-return/

 

Club des vingt : Qu’ils soient de droite ou de gauche, les gouvernements successifs n’ont cessé de fragmenter la Cisjordanie. Le territoire de Jérusalem a été étendu. De nouvelles implantations illégales ont été encouragées. A cela s’ajoutent des zones interdisant toute présence palestinienne (zones militaires et state lands). Enfin la construction du mur de séparation à l’Est de l’ancienne Ligne verte a permis de grignoter les territoires palestiniens.

Certains partis israéliens évoquent même l’éventualité d’une annexion progressive de la

Cisjordanie, ce qui impliquerait la persistance d’un régime d’occupation. Plus de la moitié de la

Cisjordanie est déjà sous le contrôle des autorités israéliennes. Il n’y a plus de continuité territoriale entre  le sud et le nord de la Cisjordanie. Ainsi tout est fait pour rendre pratiquement impossible la constitution d’un État palestinien. Il est plus que probable que le «deal» du siècle du gendre du Président Trump, Jared Kushner, ne mentionnera pas la possibilité de créer un État palestinien.

Le processus enclenché par les accords d’Oslo de 1993 est mort, il n’y a d’ailleurs plus de

véritable pression internationale pour qu’il en soit tenu compte.

 

Commentaires DD : Il est regrettable qu'à aucun moment dans le paragraphe ci dessus n'ait été mentionné le fait que l'action des gouvernements israéliens successifs a été conduite en violation de nombreuses résolutions de l'ONU (71 au total) et dans un quasi-silence assourdissant et complice de la «communauté internationale». Cette «communauté internationale», qui

semble souvent se limiter aux USA et à ses deux principaux vassaux (FR et UK) est pourtant prompte à se lancer dans «l'ingérence humanitaire» lorsque celle ci peut servir ses intérêts et ceux de l'état hébreu......

Par ailleurs, un petit dessin aurait utilement complété le texte pour montrer le résultat

spectaculaire obtenu par l'action continue et tenace des gouvernances successives de «l’État juif», appellation qu'il s'est donné lui même et qu'il a inscrite récemment dans sa constitution.

 Résultat de recherche d'images pour "evolution de l'état d'Israel depuis 1949 cARTE"

Club des vingt :

2.2 Sur le plan économique, Israël est devenu le pays le plus développé, le plus puissant et le plus

dynamique de la région. Bénéficiant d’une forte croissance, supérieure à la moyenne Ocde et à celle des pays de la zone ANMO, le PIB israélien est supérieur à celui cumulé de ses cinq voisins (Egypte, Liban, Jordanie, Syrie, Territoires palestiniens).

 

Commentaires DD : Deux erreurs sont à corriger dans le texte ci dessus (si l'on en croit les dernières données du FMI.)

La croissance israélienne a été en 2018 de 3,3%. Elle n'est forte que si on la compare aux

croissances maigrichonnes des pays de l'OCDE.... La croissance mondiale était de 3,6% en 2018. La croissance israélienne est donc inférieure à celle ci. La croissance des cinq pays d'Afrique du Nord était de 4,4% en 2018. La croissance israélienne est donc inférieure à celle ci. La croissance de l’Égypte était de 5,3% en 2018. La croissance israélienne est donc inférieure à celle ci. (Source FMI-mise à jour d'avril 2019)... https://www.imf.org/external/datamapper/NGDPD@WEO/OEMDC/ADVEC/WEOWORLD/NAQ

Quant au PIB israélien, il n'est pas exact d'écrire qu'il est supérieur à celui cumulé de ses cinq

voisins. Démonstration (source FMI-avril 2019) :

 

PIB 2018 Prévisions FMI PIB 2019

Israël : 370 milliards de $ 381,5 milliards de $

Egypte : 250 milliards de $ 300 milliards de $

Jordanie : 42,4 milliards de $ 44,3 milliards de $

Liban : 56,4 milliards de $ 58,3 milliards de $

Territoires Palestiniens : 14,5 milliards de $ > 14,5 milliards de $

Syrie : pas de données connues du FMI pour 2018

FMI -dernier chiffre connu: 60 milliards de $ en 2010. > 17 milliards de $

Estimation Syrie 2017: 17,1 milliards de $

 

A chacun de faire ses additions .........

 

Club des vingt : Avec un taux de chômage très faible (moins de 4 %), une inflation limitée à 1 % et un excédent de balance courante et de balance de paiements tels que les avoirs extérieurs sont de l’ordre de 120 Mds/$, le pays connaît une prospérité économique et financière, mais avec des inégalités sociales importantes. Il est d’autre part très tourné vers les hautes technologies, y compris à caractère militaire, et il est devenu un acteur principal sur le marché du gaz en Méditerranée orientale.

 

Commentaires DD : Il est dommage que le soutien financier des USA et celui d'une diaspora militante, dans laquelle les milliardaires sont légions, ne soient pas au moins évoqués pour expliquer la bonne santé économique d'Israël. Ces soutiens sous diverses formes (fourniture d'équipements militaires à titre gracieux par exemple) entrent pour une part non négligeable dans l'équation économique de l'état hébreu.

 

Club des vingt :

2.3 Sur le plan diplomatique, jamais la position d’Israël n’a été aussi bonne. Alors que

plusieurs présidents américains, en particulier Clinton ou Obama, ont essayé de jouer «les honest brokers» pour résoudre le problème palestinien, le Président Trump laisse le champ libre au premier ministre israélien et prend lui-même des mesures telles que le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, la fermeture de la représentation palestinienne à Washington, la reconnaissance de la souveraineté d’Israël sur le Golan et il se tait devant l’extension rapide des colonies de peuplement.

D’autre part, Israël poursuit avec succès une politique très active en direction de l’Afrique, de

l’Asie (Inde, Chine), de l’Amérique latine (Brésil) et de l’Europe. Benjamin Netanyahou s’emploie avec succès à diviser l’Union Européenne en établissant des relations amicales avec des «démocratures», aux traditions antisémites, comme la Pologne ou la Hongrie. Des liens, parfois étroits, ont été noués avec un certain nombre de pays arabes du Golfe. Enfin l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis sont devenus des pays amis avec lesquels une coopération, notamment dans le domaine du renseignement, s’est développée.

 

Commentaires DD : L'affirmation selon laquelle Clinton et Obama auraient tenté de jouer les «honest brokers» pour résoudre le problème palestinien reste à prouver ....... Ce n'est pas mon point de vue et suis prêt à le démontrer. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que l'AIPAC soutenait en 2016 la candidature d'Hillary entièrement acquise au soutien d'Israël et plus malléable que Trump.

Par ailleurs, le Président Trump n'est pas le seul à laisser le champ libre au premier ministre

israélien.

Quelle est donc la différence entre se taire, comme le fait Trump, sur l'extension rapide des colonies de peuplement et protester du bout des lèvres, sans jamais insister, comme le font la FR et l'UK.

Pour moi, aucune.

Peut être le comportement de Trump est-il moins hypocrite que celui de Macron, de May (ou de Johnson aujourd'hui).

 

Club des vingt : Reste l’obsession pour Israël d’une menace iranienne qui est devenue sa préoccupation.

L’affrontement entre Téhéran et Tel-Aviv se poursuit depuis des années. Il s’agit d’abord d’une guerre de l’ombre : sabotage d’installations suspectes, cyber-attaque dans les installations nucléaires, assassinat de scientifiques, soutien politique et financier aux minorités ethniques –kurdes, baloutches- et aux opposants politiques, etc. Mais en même temps le conflit prend peu à peu un caractère plus dangereux: intervention militaire d’Israël au Liban contre le Hezbollah, ainsi qu’en Syrie, actions iraniennes contre des bâtiments étrangers dans le détroit d’Ormuz.

 

Commentaires DD : Les interventions militaires Israéliennes au Liban contre le Hezbollah constituent une activité de routine depuis plus de quarante ans. Les interventions actuelles ne sont donc ni plus ni moins dangereuses que celles que j'ai bien connues.

Ce qui devient plus dangereux pour Tsahal, c'est que le Hezbollah 2019 est un Hezbollah beaucoup plus aguerri et beaucoup mieux équipé que le Hezbollah des années 80. Il est clair qu'Israël devra accepter des pertes plus lourdes que dans le passé s'il veut intervenir militairement, au sol, en territoire libanais. La multiplication des missiles performants dans l'arsenal du Hezbollah et du Hamas devrait permettre à ces derniers de frapper en riposte un territoire israélien qui manque cruellement de profondeur stratégique. En outre la coordination Hezbollah-Hamas semble aujourd'hui sensiblement améliorée ce qui rendra les interventions militaires israéliennes plus compliquées.

Quant aux actions iraniennes dans le détroit d'Ormuz, j'observe que la gouvernance iranienne

n'hésite pas à les revendiquer lorsqu'elle les a fait exécuter. (Drone US abattu, pétrolier britannique

arraisonné). Pour ce qui concerne les attaques sous faux drapeaux en mer d'Oman ou ailleurs, l'Iran n'a aucune raison de les revendiquer puisqu'il n'y est pour rien.

La ficelle de ceux qui cherchent en permanence à noircir l'Iran et à créer des casus belli en lui

attribuant tout ce qui ne va pas au Moyen-Orient est un peu grosse. J'espère qu'il n'existe pas un France un groupe de vingt personnes suffisamment naïves pour accréditer l'idée que l'Iran serait derrière ces attaques sous faux drapeau.

Le Japon dont un navire a été attaqué lors de la visite d'état de son premier ministre en Iran ne

croit pas une seule seconde à la responsabilité iranienne...... Il faut être israélien ou américain pour tenter de propager ces sornettes .....

 

Club des vingt :

3. Quel avenir pour Israël ?

Jamais sans doute la situation d’Israël dans la région n'a-t-elle semblé aussi favorable. Mais elle

tient pour beaucoup à des éléments qui sont fragiles. Aussi l’avenir d’Israël est-il moins assuré qu’il ne paraît l’être.

En l’absence de la solution des deux États, il y aura toujours un problème palestinien. Ceux-ci

n’accepteraient pas, ni les Israéliens d’ailleurs, leur insertion dans État unique où ils seraient

inévitablement soumis à un régime d’apartheid. D’un autre côté, les générations succédant aux

générations, les Palestiniens accepteront de moins en moins de demeurer comme des réfugiés de l’Histoire au statut indéfini. L’alternative sera entre une violence accrue ou la dispersion progressive d’un nombre croissant de Palestiniens en quête d’avenirs individuels (certains Israéliens voudraient même leur expulsion). Ces «exilés» constitueront peu à peu des ferments de troubles dans la région. Au reste, les régimes des pays du Golfe, voire celui de l’Égypte, pourront tôt ou tard changer sans que leurs successeurs aient la même attitude vis-à-vis d’Israël. A cette pression de l’extérieur pourrait s’ajouter celle de l’intérieur eu égard au dynamisme démographique des Arabes eux-mêmes.

 

Commentaires DD : Je ne peux que souscrire à l'idée directrice du paragraphe qui précède. Si favorable qu'elle soit, la situation d'Israël dans la région tient pour beaucoup à des éléments qui sont fragiles et l’avenir d’Israël est moins assuré qu’il ne paraît l’être. Je reviendrai en conclusion sur ces deux points très importants.

 

Club des vingt :

4. Position française

Malgré sa forte position traditionnelle au Moyen-Orient, la capacité d’action de la France peut y

paraître actuellement faible. Mais elle ne saurait se désintéresser de l’avenir d’une région essentielle pour la paix dans le monde. Le rôle de la France et des pays, notamment européens, qui voudront se joindre à elle, peut être important.

Plusieurs protagonistes et leurs alliés définissent leur politique non pas en fonction de la réalité

mais à partir d’à priori et de vues à court terme. Dans la situation d’incertitude actuelle, il est donc plus que jamais nécessaire d’affirmer et de rappeler un certain nombre de principes :

• Attachement à la sécurité d’Israël et à la lutte contre le terrorisme.

• Engagement de la France dans la lutte contre l’antisémitisme et l’islamophobie de même que toute forme de racisme.

• Attachement à la solution des deux États, seule capable d’assurer, sur le long terme, la sécurité d’Israël.

• Respect des droits de l’homme et condamnation de tout ce qui pourrait apparaître comme étant des mesures discriminantes, voire d’apartheid, contre les Palestiniens sous occupation.

• Mise en garde contre la tentation de l’annexion de la Cisjordanie voire de l’expulsion des

populations arabes.

• Condamnation des violences pouvant affecter les populations civiles.

 

Refuser ces principes est ne pas vouloir voir la situation telle qu’elle est. Quoi que d’aucuns puissent prétendre parmi les protagonistes et leurs alliés, toute formule qui ne serait pas fondée sur ces principes conduirait nécessairement à des déferlements de violence allant tôt ou

tard jusqu’à menacer l’avenir même des protagonistes.

 

LE CLUB DES VINGT *

(clubdesvingt.home.blog)

* Hervé de CHARETTE, Roland DUMAS (anciens ministres des Affaires Etrangères), Bertrand

DUFOURCQ, Francis GUTMANN -président du Club-, Gabriel ROBIN (Ambassadeurs de France),

Général Henri BENTEGEAT, Bertrand BADIE (Professeur des Universités), Denis BAUCHARD,

Claude BLANCHEMAISON, Hervé BOURGES, Rony BRAUMAN, Jean-François COLOSIMO, Jean-

Claude COUSSERAN, Dominique DAVID, Régis DEBRAY, Anne GAZEAU-SECRET, Jean-Louis

GERGORIN, Renaud GIRARD, Bernard MIYET, François NICOULLAUD, Marc PERRIN de

BRICHAMBAUT, Jean-Michel SEVERINO, Pierre-Jean VANDOORNE.

 

Commentaires conclusif DD :

Cette analyse, pour connus et brillants que soient ses cosignataires, ne couvre pas, loin s'en faut,

l'ensemble du sujet. C'est une analyse de «diplomate» qui reste «convenue et politiquement correcte». Les quatre derniers principes énoncés en conclusion sont autant de vœux pieux sans intérêt dès lors qu'Israël et les États-Unis ne partagent pas les positions «affichées» par la France.

Puisque le sujet du jour porte sur les forces et les fragilités voire les faiblesses de l’État d'Israël,

revenons sur des points clefs qui semblent avoir été totalement occultés dans cette analyse,

volontairement ou non.

1 – La véritable force d'Israël ne réside pas uniquement et principalement dans l'efficacité de Tsahal ou dans sa situation économique «florissante» avec un PIB de 370 milliards de $ qui le place en 34 ème position mondiale (en PIB nominal), et en 53 ème position (en PIB PPA).

La véritable force de l’état d'Israël réside, pour l'essentiel, dans la fraction militante et organisée de sa diaspora. C'est d'ailleurs cette «fraction» militante et organisée qui a permis sa création en 1947, qui l'a soutenu dans ses premières années d'existence et qui continue de le soutenir contre vents et marées pour le meilleur et pour le pire.

Cette fraction militante, c'est celle qui contrôle, depuis très longtemps et pour une large part, la finance internationale et qui collectionne les milliardaires dans de nombreux pays. C'est celle qui a pris le contrôle d'une part suffisante des médias mainstream dans le monde pour «diriger la meute» (notamment en occident) en mettant la priorité sur les pays dominants (USA, UK, FR).

C'est celle qui a créé et contrôle aujourd'hui Google, Facebook, Wikipedia, Amazone .... etc ...etc... et qui utilise sans modération ces «outils» au profit de «la cause».

C'est aussi celle qui a créé le premier outil connu de manipulation électorale et de manipulation

de masse à l'échelle mondiale (Cambridge Analytica avec Robert Mercer et Zuckerberg) et qui l' a utilisé avec succès dans de nombreux pays (200 élections reconnues entre septembre 2013 et mars 2018). C'est celle qui a permis la création et le fonctionnement du système incroyablement efficace des «sayanims»

(ceux qui aident), en priorité dans les pays dominants du camp occidental (USA, UK, FR, Canada,

Australie ...etc). Voir l'excellente explication du système par Jacob Cohen :

https://www.youtube.com/watch?v=c5wVjst_Nk4

 

Cette fraction militante et organisée de la diaspora, c'est aussi celle de l'ombre qui «compromet

et fait chanter», voire corrompt les politiques et les élites en utilisant tous les moyens (Epstein). C'est celle qui achète les élections par la promotion ou la destruction des candidats en fonction de leur position à l'égard d'Israël. C'est celle qui est au cœur des lobbies pro-Israël (AIPAC, America-Israel-Public-Affairs-Committee aux USA, Labour Friends of Israel, Conservative Friends of Israel en UK, CRIF en France) et qui œuvre inlassablement au profit de «la cause».

Cette fraction militante et organisée de la diaspora, c'est aussi celle qui a fondé et fait vivre le

PNAC (Project for a New American Century) qui a rédigé sa bible «Rebuilding America's Defense»

(Krauthammer, Kristol, Podhoretz, Perle, Kagan, Horowitz, Wolfowitz, Elliott Abrams, Victoria

Nulland....etc ...etc ....) : Ceux que l'on appelle vulgairement les néocons et qui ont pris le contrôle des principaux rouages de l'état US (Affaires étrangères, CIA, Défense, Finance, Maison Blanche). Ils agissent résolument au profit d'Israël. Ils ont évidemment leurs «homologues» en UK et FR avec lesquels ils «traitent» en utilisant soit la cordialité, soit la coercition.

Cette fraction militante et organisée de la diaspora, c'est aussi ceux qui ont accédé aux plus haut

niveau des appareils d'état, souvent en récompense d'un financement généreux de campagne électorale par les membres actifs des lobbies pro-Israël: Steven Mnuchin, Secrétaire d’État US au trésor d'ascendance ashkenaze , qui concocte les sanctions économiques tous azimuts contre l'Iran, ennemi d'Israël, et contre tous ceux qui auraient la mauvaise idée de commercer avec; Jared Kushner, juif orthodoxe, fervent soutien et sponsor d'IDF (Israeli Defense Forces), l'homme que Trump a choisi comme «arbitre»??? pour établir un deal «équilibré»???: le deal du siècle (au profit d'Israël, bien sûr), sur le problème palestinien. Les mêmes existent en France et au Royaume Uni ........

Cette fraction militante et organisée de la diaspora, c'est enfin Hollywood et ceux qui ont produit

et réalisé tant de films merveilleux sur la 2ème guerre mondiale visant à culpabiliser l'Europe de l'Ouest toute entière et même les descendants de ceux qui ont pu commettre des atrocités, à victimiser toujours plus les innocents assassinés, à idéaliser le projet sioniste (Exodus), à dédouaner les descendants ou lointains parents des victimes de l'holocauste pour le comportement que certains peuvent avoir aujourd'hui en Palestine. Bref à tirer un maximum de dividendes d'Auschwitz.

Esquiver, ignorer ou faire semblant d'ignorer que l'essentiel de la force d'Israël vient de son

pouvoir d'influence sur les grands de ce monde, pouvoir totalement contrôlé par la fraction militante et organisée de la diaspora juive, c'est passer, pour une large part, à côté du sujet.....

 

Deux preuves indiscutables de ce pouvoir d'influence (parmi beaucoup d'autres) ?

- Le discours de Netanyahu donnant le 3 mars 2015, devant un Congrès US totalement acquis, des leçons de politique étrangère au président OBAMA. Aucun autre chef d'état au monde n'aurait pu se permettre un tel exercice. 

Par ailleurs, Thomas Friedman, un des plus influents journalistes US, membre de la

communauté juive, éditorialiste au NewYork Times et triple lauréat du Prix Pulitzer, ardent partisan d’Israël, écrivait le 13 décembre 2011, dans le NewYork Times: "J’espère que le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, comprend que, s’il a été gratifié de l’ovation reçue au Congrès cette année, ce n’était pas pour sa politique. Son ovation a été achetée et payée par le lobby israélien" . À chaque visite aux États-Unis d’un Premier Ministre israélien, le Congrès l’accueille avec plus de ferveur que le président américain lui-même.» https://www.nytimes.com/2011/12/14/opinion/friedman-newt-mitt-bibi-and-vladimir.html?_r=1&ref=opinion

 

- Le lobbying pour le vote de lois anti-BDS criminalisant le Boycott, le Désinvestissement et les

Sanctions contre l'état hébreu (donc quels que soient ses crimes et ses violations des résolutions de l'ONU) a fini par porter ses fruits aux USA, en France, au Royaume Uni et en Allemagne. En clair, toute campagne ou propos publics en faveur du BDS sont désormais illégaux et considérés comme «antisémites» dans ces quatre pays. Israël est donc protégé par la loi et peut donc se permettre désormais tous les excès, en toute impunité.

*

2 - Venons-en maintenant aux perspectives d'avenir de l'état hébreu que les auteurs du texte ont, à fort juste titre, qualifiées de «fragiles».

L'avenir d'Israël est indissolublement lié à celui de son principal soutien et protecteur: les USA.

La grande crise économique et/ou boursière annoncée par de très nombreux experts n'a jamais été aussi proche. Elle est inéluctable.

 

En 1929, l'histoire nous a montré qu'une crise de forte amplitude pouvait avoir des effets

dévastateurs sur les pays qui en sont victimes et conduire à des réactions «hors de contrôle» des

populations qui en subissent les effets. En clair, ceux qui tiennent aujourd'hui le haut du pavé dans les pays occidentaux ne seront très probablement plus les mêmes demain.....

Lorsqu'une crise de forte ampleur survient et fait de gros dégâts, les peuples en cherchent les

responsables. Ils veulent des boucs émissaires.... Et ils n'auront probablement pas beaucoup de mal à en trouver..... Les milliardaires et les lobbies de la diaspora ont donc quelques soucis à se faire s'ils ont bien étudié l'histoire des années trente. L'histoire pourrait bien se répéter......

Il est certain que lorsque cette crise surviendra, les lobbies pro-Israël seront affectés d'une

manière ou d'une autre, dans les pays touchés par la crise (dont les USA, la FR et l'UK).

Par ailleurs, si Israël a quelques amis puissants, il a aussi beaucoup d'adversaires plus ou moins

virulents dont certains montent aujourd'hui en puissance. Si l'état hébreu a réussi à monter

temporairement quelques pays musulmans les uns contre les autres en attisant des rivalités religieuses d'un autre âge, il est loin d'avoir convaincu la rue arabe qui, quoiqu'on en dise, reste solidaire de la Palestine. Comme le dit fort justement le groupe des 20, les gouvernants et leur politique peuvent changer.....

En outre, chacun le sait, chacun le sent, l'équilibre du monde bascule aujourd'hui sous nos yeux.

On imagine mal Netanyahu ou son successeur aller donner demain des leçons de politique étrangère à Pékin ou à New Dehli devant les Congrès de la Chine ou de l'Inde, soutiens assumés de la Palestine, comme il l'a fait devant le Congrès US. Le monde multipolaire de demain ne sera pas Israélo-centré.

Il ne faut pas oublier que si Israël a des amis, la Palestine en compte aussi quelques uns. 139

états ont reconnu à ce jour l’État de Palestine dans ses frontières de 1967. Ce nombre ne fait que croître avec le temps..... La résolution 67/19 du 27 novembre 2012 accordant à la Palestine le statut d’État observateur non membre auprès de l’Organisation des Nations Unies a été adoptée par 138 voix pour, 9 contre et 41 abstentions (5 absents). Je laisse aux lecteurs prendre connaissance des 9 opposants: sans surprise Israël et les USA suivis de «leurs colonies»: la Micro-nésie, Palaos, Nauru, les Iles Marshall, le Panama et, bien malheureusement, le Canada, à l'époque sous gouvernance du néo-con Stephen Harper, qui fréquente assidûment les Congrès annuels de l'AIPAC à New York, et la république tchèque, dont le président Milos Zeman fréquente régulièrement, lui aussi, les grand-messes de l'AIPAC à New York et y fait des déclarations pro-Israël enflammées.

https://www.lemondejuif.info/tag/milos-zeman/

 

Chacun aura compris qu'en dépit des apparences, l'avenir d'Israël est loin d'être assuré, que la

violence et le sang vont encore s'étendre sur la région.

Mais c'est probablement la démographie et l'économie (lorsque la crise surviendra et/ou

lorsque l'équilibre du monde aura basculé) qui auront le dernier mot.

Je reste, pour ma part, très dubitatif sur la pertinence de la décision prise par les occidentaux

de créer, en 1947, un état à partir de territoires qui ne leur appartenaient pas, pour se faire pardonner leurs turpitudes lors de la deuxième guerre mondiale.

L'analyste et l'historien de bonne foi ne pourront que constater que la création de cet état et les

conflits directs et indirects qui lui sont liés, ont déjà provoqué, en 72 ans, plus de morts qu'il n'y a

d'habitants juifs aujourd'hui dans ce pays alors même que le problème est toujours loin d'être résolu et que la violence et la mort liées à ce problème palestinien vont très probablement perdurer et, peut être même, mal se terminer pour l'un des protagonistes .......

 

DD

 

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Forces et faiblesses d'Israël, l'analyse
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En complément :  

Tempête antisioniste au Grand Orient

https://lalettrepatriote.com/tempete-antisioniste-au-grand-orient/

 

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