Le président et la défense

Le billet d'humeur du Général Roland Dubois - le 16/07/2017

 

C'est une vieille habitude française.

Chaque année on vote un budget. Mais ensuite tous les crédits destinés à la défense ne sont pas dépensés. Très rapidement après le vote, on en bloque une partie qu'’on finit en général par annuler au moins partiellement.

 

Evidemment on ne parle que du budget voté; c'est la pâture jetée à la presse donc au public et aux contribuables qui pour la plupart s’'en moquent. La suite se passe dans la discrétion des cabinets et seuls les principaux intéressés en ont vent.

 

Cela arrive aussi dans d'autres ministères mais jamais dans les proportions atteintes au ministère de la défense. Cette fois encore la défense va supporter à elle seule 20% des économies estimées indispensables. Les élus votent un budget rogné ensuite sans contrôle par le ministre des finances. J'’ai toujours connu ça. Mais après les promesses faites si récemment on a le droit d’être indigné. Il n’y a aucun espoir que le budget de la défense atteigne les 2% du PIB promis par le candidat Macron ; promis à l’'horizon 2025 il faut dire, date prudemment fixée largement après la fin de son mandat.

 

Même les journalistes du Figaro semblent lui trouver des excuses. Il agirait ainsi en réaction à la politique de M. Hollande qui aurait particulièrement choyé les armées après les attentats de 2015. Rien n’est plus faux.

Les deux présidents précédents ont constamment diminué les budgets et les effectifs. Après les attentats de novembre 2015, si la presse nous a annoncé que M. Hollande « redonnait des effectifs aux armées », c'’est uniquement parce qu'’il renonçait à une partie des nouvelles réductions prévues. Autrement dit il réduisait les réductions.

 

Le premier ministre a benoîtement annoncé que ce nouveau coup de rabot se traduirait au pire par des retards dans les programmes. C’'est ce qu’on fait depuis toujours : programmes annulés, diminués, étalés ou retardés se succèdent alors que nos matériels sont à bout de souffle pour plus de la moitié, que la disponibilité opérationnelle chute constamment, en particulier celle des hélicoptères tombée à environ 50%. Sans évoquer les graves carences que nous avons dans les domaines du renseignement, de l’'appui feu et de la logistique, carences qui ne seront jamais comblées avec les budgets actuels.

 

Toutes ces faiblesses sont incohérentes avec nos prétentions à l’'indépendance et se paieront en croix dans les cimetières.

Le budget de la défense, tombé à moins de 1,4 % du PIB contre plus de 3 % en 1990, ne représente plus que le tiers du budget global consacré à l’'éducation nationale, dont malgré cela le bilan est si médiocre qu'’on compte sur des armées paupérisées pour en pallier les carences. C’'est l’'objet principal des questions qui surgissent à nouveau sur l’'opportunité d’'un service militaire dont le coût, pour une durée absurde de un mois, viendrait encore tirer la défense vers le bas en prélevant sur la ressource opérationnelle.

Mais donner des ordres aux militaires c'est plus facile que de mettre au pas « le mammouth ».

 

Depuis 30 ans les chefs militaires qui se succèdent ne cessent, à chaque coup de rabot, de dire qu'on va faire face mais que c'est la dernière fois. Davantage ne serait plus possible compte tenu des missions que le pouvoir politique impose. Ils sont écoutés poliment puis « on » remet ça.

 

Qui aura le courage un jour de jeter son képi sur le bureau du ministre ? On dit que l’'actuel chef d’état-major des armées a été près de le faire dans le passé récent. En tout cas il vient d’'être injustement malmené, humilié, devant ses pairs, par un président qui lui a carrément intimé l’'ordre de se taire, lui rappelant inutilement que le chef c’'est lui (ce qu'’aucun militaire ne conteste), et lui reprochant de mettre ces questions sur la place publique, ce qui est inexact puisqu'il s’'est exprimé à huis clos devant la commission de la défense nationale comme son devoir le lui imposait.

 

Napoléon a dit : «  un chef doit se démettre plutôt que d'’être l’'instrument de la ruine des siens ».

 

Général (2s) Roland DUBOIS

 

 Source : https://www.volontaires-france.fr/single-post/2017/07/16/Le-billet-dhumeur-du-G%C3%A9n%C3%A9ral-Roland-Dubois

 

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