Lettre ouverte à une toute nouvelle députée.

...par le Gal. Christian Renault - le 22/07/2017.

Ma chère Marianne,

 

Permets-moi de t’appeler ainsi bien que ce ne soit pas ton prénom, mais pour la toute nouvelle députée que tu es, il m’a semblé parfaitement te convenir tant tu es représentative de ce que j’attends d’une nouvelle génération de parlementaires.

 

Elue de terrain, tu es toute entière engagée au service de tes concitoyens et j’ai pu mesurer moi-même la profondeur de cet engagement pour t’avoir un moment accompagnée dans ton parcours. C’est donc un ami – je pense ne pas être étranger à ton élection – citoyen libre dans son expression, qui souhaite t’éclairer sur un sujet qu’il pense, avec modestie mais assurance, bien connaître et qui peut encore recéler pour les nouveaux (mais aussi pas mal d’anciens) élu(e)s quelques zones d’ombre : celui des armées que les récentes crispations autour de son budget ont placé à la une des journaux.

 

 Tu vas devoir en effet voter ce budget, donc manifester ta décision et non pas enregistrer – je sais que tu n’es pas aux ordres –  celle du gouvernement. Ainsi, c’est de toi et tes collègues parlementaires que dépendra la capacité des armées à remplir les missions qui leur sont confiées, lesquelles aujourd’hui vont très au-delà du contrat qui leur a été fixé par la dernière loi de programmation militaire. Cette crispation sur le budget des armées est la marque d’un déficit de confiance gravement préjudiciable à la réussite des opérations engagées et, à terme, à la sécurité de la nation. Sa principale raison tient à la persistance de certains préjugés et clichés sur le monde militaire au sein des lieux de pouvoir : aussi vais-je m’efforcer de les démonter pour toi.   

Je commence par une précision concernant le chef des armées. Un président de la 5e République est chef des armées comme l’étaient avant lui ceux des 4e, 3e et 2e République    parce qu’il incarne la nation au service exclusif de laquelle sont placées les armées. Ainsi lorsque le président passe devant les troupes sur les Champs Elysées, les armes ne sont pas présentées à l’élu que la foule applaudit (ou parfois siffle) mais à la nation incarnée devant laquelle les drapeaux s’inclinent… ce qui oblige à la dignité du comportement et du langage celui à qui sont rendus les honneurs. En fait, si le chef de l’état dispose des armées il ne les commande pas.

Je poursuis par à une mise au point concernant la discipline exigée du militaire. Nombre d’esprits dans différents cercles du pouvoir semblent en être restés à la conception qu’illustre cet extrait du règlement de 1933 : La discipline faisant la force principale des armées, il importe que tout supérieur obtienne de ses subordonnés une obéissance entière et une soumission de tous les instants, que les ordres soient exécutés littéralement sans hésitation ni murmure… Or cela fait maintenant plus de cinquante ans que ce texte a été supprimé du règlement de discipline générale car si le militaire est un être agissant il est tout autant pensant, donnant des ordres, selon la formule consacrée, pour le bien du service, l’exécution des règlements militaires, l’observation des lois et le succès des armes de la France. Au plus haut niveau, le bien du service et le succès des armes de la France relèvent d’une vision partagée entre le politique qui fixe les missions, accorde les moyens et le militaire chargé de les organiser et mettre en œuvre pour obtenir le résultat souhaité.

 

A cet égard je veux insister sur un aspect particulier du comportement de tout chef militaire de quelque niveau que ce soit au reçu d’une mission. S’il en étudie soigneusement la lettre, il s’attache tout autant à son esprit pour savoir en quoi cette mission permet d’atteindre les objectifs que s’est fixés celui qui l’a donnée. Une telle démarche suppose l’échange et la confiance réciproque fondés sur la loyauté de chacun : cacher ses intentions à un chef militaire ou le mettre devant le fait accompli revient à le tromper ou l’égarer, avec toutes les conséquences néfastes sur le sort des armes comme en témoigne notre histoire de 1939 à 1962. J’ajoute que le mutisme d’un chef militaire est plus dangereux que son expression : soit il est incompétent, soit il méprise le donneur d’ordres.

 

Je termine ce bref éclairage sur le monde militaire en t’adressant une supplique que je te demande de transmettre à tes collègues parlementaires : que cessent ces réformes à répétition qui, au nom de la rationalisation des dépenses et de l’optimisation des moyens, diminuent les effectifs et complexifient les structures au détriment de la capacité opérationnelle. Les armées sont épuisées et les militaires en ont, permets moi l’expression, « ras le képi », et ils appréhendent les conclusions de la revue stratégique annoncée.

 

Le pouvoir est au peuple, donc à ses représentants : j’espère que le vent du changement n’était pas qu’une simple rafale et qu’il va continuer de souffler sur notre assemblée pour qu’elle vote dans l’intérêt de la nation et non dans celui de l’exécutif.

Le compte sur toi ma chère Marianne. Bien à toi.

 

Général (2s) Christian RENAULT

 

Source : http://www.asafrance.fr/item/lettre-ouverte-a-une-toute-nouvelle-deputee-libre-opinion-de.html

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