Le dernier Président...

 

 ...par Stratediplo - le 11/05/2017.

 

  De formation militaire, financière et diplomatique, s'appuie sur une trentaine d'années d'investigations en sciences sociales et relations internationales.

L'électorat français vient d'élire le dernier président de la République n° 5.

 

Le beau monde de la communication jubile en déclarant que l'investiture suprême d'un technocrate qui n'avait jamais sollicité de mandat élu de sa courte carrière est une victoire éclatante de la mercatique. On objectera que celle-ci s'attache plutôt à mettre sur le marché des produits existants qu'à construire des mythes à base de vent. A l'époque où les écoles de commerce françaises proposaient leurs premiers cours de marketing social et politique, le ponte de la publicité politique Séguéla prétendait faire croire à sa mère qu'il était pianiste dans un bordel. Le succès magistral qui le rendit aussi célèbre que son simple mais génial slogan de la "force tranquille" s'appuyait cependant sur la stature d'une personnalité vétérane de la politique française sous trois républiques, ancien ministre de premier rang sous la n° 4, l'homme qui avait mis en ballotage électoral l'ancien officer félon auteur de quatre coups d'état. Cette fois-ci il a fallu utiliser des procédés déloyaux et même illégaux jusqu'après l'entrée en vigueur du couvre-feu électoral, utiliser à outrance la propagande mensongère jouant sur la propension à l'amnésie des foules afin de faire passer un ancien ministre empartidé pour un puceau de la politique et forcer la réclame pour repeindre à la grosse louche un oligarque politico-financier membre de tous les directorats apatrides en électron libre antisystémique. Faute de produit on ne peut pas parler de publicité commerciale, et vu l'ampleur vraisemblable de la fraude en l'absence d'observateurs étrangers de la transparence du scrutin il est abusif de parler de succès commercial d'un achat imposé sans alternative autorisée.

 

Le monde patriote, lui, jubile moins en se rappelant que l'ordre "en avant, marche !" ne peut produire que le désordre s'il n'est pas précédé de l'ordre préparatoire "garde-à-vous !". Celui-ci, même non incorporé au slogan, a été d'ailleurs largement dicté par tous les meneurs d'opinion et toutes les autorités intellectuelles et même politiques, en infraction à la neutralité supra-partisane théoriquement imposée à l'Etat et à ses serviteurs soldés sur les impôts des citoyens de toutes les orientations.

 

Le monde opaque de la finance, pour sa part, déjà choyé deux mandats plus tôt par le premier président de la République issu de l'immigration (et élu sous un faux nom) qui avait clamé haut et fort vouloir gouverner pour les agences de notation (du "risque pays" attaché à la dette souveraine), puis plus récemment par son continuateur en dérégulation, n'aurait pu rêver mieux qu'un poulain issu de son propre sérail (bancaire) aussi confirmé que pantouflé, et intronisé dauphin de l'exécuteur en fin de mandat de liquidation pourtant adoubé par un parti abusivement associé à un passé marxiste.

 

L'empire uniopéen, pour sa part, ne se gêne plus pour dicter, dans les prises de position officielles de ses plus hautes autorités, le bon choix auquel les électeurs doivent se conformer. Le multipartisme est encore toléré pour l'image démocratique dans le monde, mais rien ne garantit qu'il le restera. En Union Soviétique un candidat unique par poste à pourvoir était sélectionné par le parti unique et présenté à l'approbation de l'électorat. Dans l'Eglise romaine, où autrefois votaient tous les évêques comme dans les autres patriarcats, les papes choisissent les évêques autorisés à voter (cardinaux) et parmi lesquels sera élu leur successeur. Dans l'Union Européenne, la formalité finale se réduit à une alternative binaire entre le bon bulletin et le mauvais bulletin, et les peuples déjà uniopéisés depuis quelque temps savent que si en dépit des sommations claires et unanimes ils effectuent le mauvais choix ils seront de nouveau appelés aux urnes jusqu'à l'obtention du résultat qui convient aux pouvoirs qui organisent la consultation.

 

Finalement, plus rien ne leurre plus personne et on comprend que l'électorat se lasse de l'électoralisme démagogique, tandis que le peuple voit le qualificatif de "populiste" dévoyé en injure disqualifiante par une caste politique endogamique qui méprise de plus en plus ouvertement la population. Vu l'inutilité du processus les citoyens se détournent de plus en plus de l'élection, et les dirigeants pour sauver les apparences du dogme démocratique devront soit baisser ou abolir le quorum dans les pays où il existe afin qu'on puisse proclamer un vainqueur même en cas de 90% d'abstention, soit rendre le vote obligatoire comme c'est le cas dans certains pays et comme ça l'était même dans des pays à parti unique. Dans un cas comme dans l'autre, l'élection n'est plus qu'un alibi dispensable et dispendieux. La France a déjà connu cela, lorsque l'empire qu'elle avait fondé se mit progressivement à prendre note de l'élection du roi, puis la valider, puis finalement la dicter. Il fallut élire, il y a 1030 ans, un roi apparemment docile mais secrètement souverainiste pour rétablir la pleine liberté de la France et quitter l'empire occidental. Faute de renouveler l'opération, il ne faudra pas longtemps pour que l'intérimaire du palais de l'Elysée finisse par être désigné comme un vulgaire préfet, ou que la désignation déjà non élective du chef du gouvernement (premier ministre) soit confiée au Conseil Européen, par cooptation, ou à la Commission, par mandat. Après la suppression (par la Révolution) des parlements provinciaux, autrefois pouvoirs législatifs, puis la transformation (plus récente) du parlement national en chambre de transcription locale des directives approuvées par le Parlement Européen (qui n'a lui-même pas de pouvoir de proposition mais seulement d'acceptation), cette fonctionnarisation, à son tour, du pouvoir exécutif semblerait logique.

 

Les peuples de France ont bien compris que le régime n'est pas (ou plus) démocratique, et que leur sélection des parlementaires sur des programmes précis n'empêche pas ces représentants, une fois élus, de mépriser leur mandat et de faire le contraire. Pour mémoire, bien que le 29 mai 2005 les Français aient largement exprimé leur opposition au traité dissolvant la France dans l'Union Européenne, un abandon majeur qui requérait leur approbation par referendum, leurs élus au parlement ont accepté le 4 février 2008 de modifier la constitution française pour retirer aux Français la prérogative de décider de leur avenir commun, puis ratifièrent quatre jours plus tard une nouvelle version de ce traité déjà rejeté qu'ils avaient pour mandat de refuser.

 

Lassé de la fausse démocratie, l'électorat français en a tiré les conséquences et se retire de la politique. En apparence il a plébiscité, sur ordre, le dauphin et continuateur d'un président auquel seulement 4% de cet électorat accorde une opinion favorable. Sur le fond il a écarté une candidate qui proposait un programme clair mais promettait surtout un referendum sur chaque question importante, et préféré un candidat au programme incertain qui annonçait vouloir gouverner par ordonnances, sans consultation même parlementaire, et transférer à l'Union Européenne un nouveau pan de gouvernement (le ministère de l'Economie). En acceptant l'administration par décrets au lieu du gouvernement par referenda, le peuple souverain a signifié son abdication.

 

Ce président sera donc le dernier. Si la France existe encore dans cinq ans, et si elle a encore un organe de gestion national, il y aura bien sûr un fonctionnaire désigné pour siéger au premier rang, c'est-à-dire pour présider au sens étymologique du terme, voire pour inaugurer les chrysanthèmes sur fond d'hymne européen. Quant à la République n° 5, cette parenthèse de soixante ans d'apparente stabilité (et de tourbillon de modifications) dans la valse de la vingtaine de constitutions qui ont régi la France depuis l'abrogation des Lois Fondamentales, il est vraisemblable qu'elle aura disparu, et même pas forcément dans un coup d'état comme celui dont elle est née.

 

On a certainement élu le dernier président de cette république.

 

Source : http://stratediplo.blogspot.fr/2017/05/le-dernier-president.html

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