Le Monde diplomatique a raison : le Kosovo constitue bien le plus gros bobard de la fin du XXe siècle

...par Nikola Mirkovic - Le 06/04/2019.

Dans un excellent article de Serge Halimi et Pierre Rimbert, Le Monde diplomatique confirme que la guerre de l’OTAN, pour soi-disant libérer les Albanais du Kosovo du régime tyrannique de Slobodan Milošević, constitue bel et bien « le plus gros bobard du XXe siècle ». On n’avait pas besoin de le lire pour le croire, mais ça fait du bien de le lire quand même. Le mythe officiel autour du Kosovo est, littéralement, en train d’imploser. Non, il n’y a pas eu de génocide.L’article rappelle que le ministre de la Défense allemand, Rudolf Scharping, avait dit sur TF1, le 20 avril 1999, que les Serbesavaient « tué de 100.000 à 500.000 personnes ». Pourtant, avant les bombardements de l’OTAN, on décomptait 2.000 morts… Serbes et Albanais confondus.

 

Non, l’opération Fer à cheval, censée purifier la région de toute présence albanaise, n’a jamais existé. C’est une invention ourdie par les renseignements allemands pour discréditer Belgrade. Tous les médias dominants s’en sont fait l’écho pour accuser les Serbes, mais la vérité est que ce plan n’a jamais existé.

Le Monde diplomatique a tout à fait raison de souligner que : « […] les principaux désinformateurs furent les gouvernements occidentaux, l’OTAN ainsi que les organes de presse les plus respectés » et d’épingler tout particulièrement le « quotidien de référence », Le Monde, dirigé à l’époque par Edwy Plenel, qui n’a cessé de mentir dans ses colonnes au sujet de la Serbie, des Serbes et de la réalité du Kosovo. Le Monde était le porte-voix de l’OTAN, qui voulait une guerre totale pour démanteler la Yougoslavie et annihiler la petite Serbie, pourtant alliée historique de la France. Quand on pense qu’au début des années 1980, ce même quotidien défendait la cause des Serbes victimes de l’ostracisme des Albanais au Kosovo…

Le Monde diplomatique a également raison de rappeler que la guerre du Kosovo a été menée sans mandat de l’ONU. Elle était illégale et a servi de précédent pour d’autres guerres de l’OTAN ailleurs dans le monde.

Pour finir, Halimi et Rimbert ont raison de rappeler que la guerre du Kosovo a été « conduite par une majorité de gouvernements “de gauche”, et appuyée par la plupart des partis conservateurs », soulignant l’alignement atlantiste de nos dirigeants qui font semblant de se battre sur les plateaux télévisés mais qui s’agenouillent tous devant Washington une fois élus.

Le Monde diplomatique oublie juste une conclusion évidente qui s’impose à la lecture de ces événements : aucun des crimes commis par l’OTAN en Serbie n’a été jugé et très peu de politiciens et de journalistes de l’époque ont osé avouer qu’ils nous avaient menti au sujet du Kosovo. Cela en dit long sur la justice internationale et la déontologie de nombreux journalistes.

Les « fake news » d’État sont bien les pires, mais on n’est pas près d’y mettre fin tant que les criminels qui les propagent ne sont pas arrêtés, jugés et mis hors d’état de nuire.

 

Source : https://www.bvoltaire.fr/le-monde-diplomatique-a-raison-le-kosovo-constitue-bien-le-plus-gros-bobard-de-la-fin-du-xxe-siecle/

 


SERBIE : 20 ans après...

...par Patrice Gibertie - Le 08/04/2019.

il y a 20 ans, piégés par un grand bobard monté par l’Allemagne et les media nous sommes allés bombarder la Serbie… La nouvelle guerre froide en Europe pouvait commencer

Plenel_avec_Alain_Minc_et_Jean_Marie_Colombani_Campus_6_mars_2003-d070c.jpgc’était il y a 20ans , je m’insurgeais alors contre l’intervention de l’Otan contre la Serbie et en faveur  del’UCK une bande de maffieux islamistes  qui entendaient provoquer l’indépendance de la province du Kosovo

Les Serbes commettent un « génocide », « jouent au football avec des têtes coupées, dépècent des cadavres, arrachent les fœtus des femmes enceintes tuées et les font griller », prétendit le ministre de la défense allemand, le social-démocrate Rudolf Scharping, dont les propos furent repris par les médias ; ils ont tué « de 100 000 à 500 000 personnes » (TF1, 20 avril 1999), incinéré leurs victimes dans des « fourneaux, du genre de ceux utilisés à Auschwitz » 

Une à une, ces fausses informations seront taillées en pièces — mais après la fin du conflit —, notamment par l’enquête du journaliste américain Daniel Pearl (The Wall Street Journal, 31 décembre 1999). Tout comme se dégonflera l’une des plus retentissantes manipulations de la fin du XXe siècle : le plan Potkova (« fer à cheval »), un document censé prouver que les Serbes avaient programmé l’« épuration ethnique »du Kosovo. Sa diffusion par l’Allemagne, en avril 1999, servit de prétexte à l’intensification des bombardements. Loin d’être des internautes paranoïaques, les principaux désinformateurs furent les gouvernements occidentaux, l’OTAN ainsi que les organes de presse les plus respectés .

Parmi eux, Le Monde, un quotidien dont les prises de position éditoriales servent alors de référence au reste de la galaxie médiatique française. Sa rédaction, dirigée par Edwy Plenel, admet avoir « fait le choix de l’intervention   ». En première page de l’édition du 8 avril 1999, un article de Daniel Vernet annonce : « Ce plan “Fer à cheval” qui programmait la déportation des Kosovars ». Le journaliste reprend les informations dévoilées la veille par le ministre des affaires étrangères allemand, l’écologiste Joschka Fischer. Ce « plan du gouvernement de Belgrade détaillant la politique de nettoyage ethnique appliquée au Kosovo (…) porte le nom de code de plan “Fer à cheval”

Plenel une fois de plus trompait ses lecteurs. La presse française n’a jamais fait son mea culpa à l’exception du Monde Diplomatique ;

https://www.monde-diplomatique.fr/2019/04/HALIMI/59723

Deux jours plus tard, le quotidien récidive sur toute la largeur de sa « une » : « Comment [Slobodan] Milošević a préparé l’épuration ethnique ». « Le plan serbe “Potkova” programmait l’exode forcé des Kosovars dès octobre 1998. Il a continué d’être appliqué pendant les négociations de Rambouillet. » Le Monde évoque un « document d’origine militaire serbe » et reprend à nouveau les allégations des officiels allemands, au point de reproduire l’intégralité d’une note de synthèse — ce qu’on appellerait aujourd’hui les « éléments de langage » — distribuée aux journalistes par l’inspecteur général de l’armée allemande. Berlin entend alors justifier auprès d’une opinion plutôt pacifiste la première guerre menée par la Bundeswehr depuis 1945, de surcroît contre un pays occupé cinquante ans plus tôt par la Wehrmacht.

Or ce plan est un faux : il n’émane pas des autorités serbes, mais a été fabriqué à partir d’éléments compilés par les services secrets bulgares, puis transmis aux Allemands par ce pays, qui fait alors du zèle pour rentrer dans l’OTAN. Le pot aux roses sera révélé le 10 janvier 2000 par l’hebdomadaire Der Spiegel et confirmé douze ans plus tard par l’ancienne ministre des affaires étrangères bulgare. A posteriori, le document aurait dû inspirer d’autant plus de méfiance que « fer à cheval » se dit potkovica en serbe, et non potkova, ainsi que le remarqua dès le 15 avril 1999 le député allemand Gregor Gysi devant le Bundestag. En mars 2000, le général de brigade allemand Heinz Loquai exprime dans un livre ses « doutes sur l’existence d’un tel document » ; son enquête oblige M. Scharping à admettre qu’il ne dispose pas d’une copie du « plan » original. Au même moment, le porte-parole du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie qualifie les éléments du prétendu plan de « matériel peu probant » (Hamburger Abendblatt,24 mars 2000) ; et la procureure Carla Del Ponte n’y fera même pas référence dans l’acte d’accusation de Milošević en 1999 puis en 2001.

« La guerre, avait expliqué Plenel peu après le début des bombardements, c’est le défi le plus fou pour le journalisme. C’est là qu’il prouve ou non sa crédibilité, sa fiabilité   » L’investigateur n’est jamais revenu sur ce grand écart avec « l’amour des petits faits vrais » qu’il proclame dans son livre pamphlet en faveur de l’intervention de l’OTAN Le Monde évoquera à nouveau le faux, mais comme s’il l’avait toujours considéré avec prudence : « “Fer à cheval” reste un document fort controversé, dont la validité n’a jamais été prouvée » (16 février 2002). Spécialistes des Balkans, les journalistes Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin qualifient pour leur part le plan Potkova d’« archétype des fake news diffusées par les armées occidentales, repris par tous les grands journaux européens 

Dirigée sur le plan militaire par le général américain Wesley Clark (futur candidat à l’investiture démocrate en 2004) et le socialiste espagnol Javier Solana, secrétaire général de l’OTAN, la campagne fut menée sur le plan politique par la fine fleur de la « gauche occidentale ». Le président démocrate américain William Clinton pouvait compter sur le soutien des grands pays européens, tous gouvernés par des sociaux-démocrates : Anthony Blair au Royaume-Uni, Gerhard Schröder en Allemagne, Massimo D’Alema en Italie et Lionel Jospin en France.

Vingt après, l’OTAN intègre désormais la Slovénie, la Croatie et le Monténégro et entretient toujours des troupes localement. Situé non loin de la capitale Pristina, le camp Bondsteel, l’une des plus grandes bases des États-Unis en Europe, a également servi de lieu de détention et d’interrogatoire durant les conflits d’Irak et d’Afghanistan. En 1999, les Kosovars fuyaient par centaines de milliers la guerre. Au printemps 2017, ils étaient des dizaines de milliers à fuir la misère. En dépit des bienveillances occidentales, l’économie du Kosovo n’a jamais décollé. Le produit intérieur brut (PIB) par habitant reste le plus faible de la région, le chômage touche 31 % de la population (dont un jeune sur deux) et le déficit commercial atteint 38 % du PIB. Les seuls éléments dynamiques relèvent de l’économie informelle (au moins un tiers du PIB) et des transferts d’argent des émigrés travaillant en Europe occidentale .

Sur le plan géopolitique, la guerre du Kosovo a marqué l’apogée d’un monde unipolaire — sous domination américaine — issu de la fin de la guerre froide. Elle a consacré l’OTAN comme « gendarme du monde », intervenant en Afghanistan, au Darfour, en Irak, en Libye, dans la Corne de l’Afrique ou en Macédoine, bien loin de sa vocation initiale : « assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord ». Le président Donald Trump vient même d’évoquer l’adhésion du Brésil…

Réaffirmé aux dépens des minorités serbes lors des conflits de Croatie et de Bosnie-Herzégovine, le principe du respect de l’intégrité territoriale fut bafoué d’abord dans les faits, puis avec la reconnaissance occidentale de l’indépendance du Kosovo, proclamée en février 2008. Arrivé au pouvoir en août 1999, Vladimir Poutine gardera un souvenir cuisant de l’humiliation subie par la diplomatie russe lors de ce conflit, en particulier du double discours occidental.

Pour ce qui fut sa première guerre depuis sa naissance en 1949, l’OTAN choisit d’attaquer un État qui n’avait menacé aucun de ses membres. Elle prétexta un motif humanitaire et agit sans mandat des Nations unies. Un tel précédent servit les États-Unis en 2003 au moment de leur invasion de l’Irak, là encore aidée par une campagne de désinformation massive. Quelques années plus tard, la proclamation par le Kosovo de son indépendance, en février 2008, mettrait à mal le principe de l’intangibilité des frontières. Et la Russie se fonderait sur cette indépendance lorsque, en août 2008, elle reconnaîtrait celles de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, deux territoires qui s’étaient détachés de la Géorgie. Puis en mars 2014 quand elle annexerait la Crimée

 

 

Source : https://pgibertie.com/2019/04/08/il-y-a-20-ans-pieges-par-un-grand-bobard-monte-par-lallemagne-et-les-media-nous-sommes-alles-bombarder-la-serbie-la-nouvelle-guerre-froide-en-europe-pouvait-commencer/

 


Qui orchestra le démembrement de la Yougoslavie, et comment ?

...Par Andrew Korybko -  le 2 avril 2019

Il y a vingt ans, le 24 mars 1999, commençait l’opération Force alliée – le bombardement par l’OTAN de la Yougoslavie, qui amena au démembrement du pays – et l’État indépendant du Kosovo était proclamé. Que ces événements se soient produits en même temps n’était pas une coïncidence. Qui organisa le démembrement de la Yougoslavie, et comment ?

Carte du Kosovo

 

De nos jours, bien peu se souviennent que les Bulgares trempaient dans la genèse de ces événements. Et les Bulgares eux-mêmes n’aiment pas trop y penser.

Début mars 1999, les services de renseignements bulgares déclaraient aux services de renseignements de l’Allemagne fédérale (le BND) qu’ils disposaient d’informations sur un projet confidentiel de l’État-Major yougoslave, sous le nom de code Opération Fer à cheval, d’exterminer/de déporter l’ensemble de la population albanaise du Kosovo et de Meohija à partir du 1er avril. Le BND transmit ces informations au ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, qui les considéra comme très sérieuses et appela immédiatement à une intervention militaire en Yougoslavie, à l’encontre de la position pacifiste du parti des Verts auquel il était pourtant affilié.

Mais ce que les Bulgares détenaient, en réalité, était une carte du Kosovo et de Metohija révélant les positions des unités du 52ème corps de Pristina de la Troisième armée yougoslave, ainsi que d’unités de police. Visuellement, on pouvait assimiler la position de ces forces à un fer à cheval. Mais personne ne prit un instant pour réfléchir à ce que le titre du document contenait le mot « potkova », mot que l’on trouve uniquement en langues bulgare et croate, et qui se traduit « potkovica » en langue serbe. Comme c’est l’Allemagne qui constitua le principal promoteur de l’agression contre la Yougoslavie, les Allemands utilisèrent ce document comme principale raison justifiant une campagne de bombardement, et le nom du « document » qui fut repris resta le terme allemand « Hufeisenplan ».

Il fallut qu’environ dix années s’écoulent avant que la députée européenne Nadezhda Neynsky (Mihaylova), ministre des affaires étrangères de la Bulgarie au moment des faits, en 1999, ne clarifie une chose : les services de renseignements bulgares avaient prévenu les Allemands que les informations de ce « projet » n’avaient pas été complètement vérifiées.

Mais l’OTAN avait établi une présence au Kosovo bien avant le printemps 1999. Un cessez-le-feu promu par l’OTAN dans la région avait été signé le 15 octobre 1998, qui prévoyait que les soldats yougoslaves regagnent leurs casernes d’affectation permanentes. La surveillance du cesser-le-feu avait été confiée à l’OTAN. Dans le cadre de l’Opération Œil d’aigle, des diplomates de l’OTAN et des experts militaires étaient présents au Kosovo pour garder la situation sous surveillance. L’OTAN était donc parfaitement au fait des positions de l’armée yougoslave au Kosovo et à Metohija, et n’avait nul besoin d’« informations vérifiées » des services de renseignement bulgares pour disposer de ces informations.

En approchant de la fin 1998, l’Armée de libération du Kosovo (ALK), un groupe terroriste albanais du Kosovo, était en passe d’être défaite, mais les Albanais se sentirent protégés par l’OTAN et poursuivirent le combat. Le cesser-le-feu s’effondra, et les militants albanais attaquèrent des patrouilles de police et des villages serbes. Au tournant de l’année 1999, l’ALK avait intensifié ses activités terroristes et la situation dans la région était devenue très difficile. L’armée yougoslave fut forcée de reprendre ses opérations anti-terroristes, sachant que cela ne plairait pas à l’OTAN.

En janvier 1999, des combats eurent lieu pour la prise du village de Račak, que l’ALK avait transformé en place forte, comportant des tranchées, des bunkers souterrains, et des nids de mitrailleuses. On ne connaît pas avec certitude le nombre d’Albanais tués à Račak. L’ALK et ses soutiens à Washington affirment qu’on compta des pertes au sein de la population locale. Pourtant, l’enquête médico-légale révéla que tous les morts avaient des traces de poudre sur les mains, et l’état des vêtements qu’ils portaient ne correspondait pas aux plaies ou aux blessures qu’ils avaient reçues.

Mais le diplomate étasunien William Walker, ainsi que son conseiller militaire, le général anglais John Drewienkiewicz, après avoir parlé avec les commandants des opérations de terrain de l’ALK, affirmèrent que les soldats serbes avaient massacré des femmes et des enfants à Račak. Plus tard, le tribunal de la Haie se vit contraint de retirer l’« incident de Račak » de la liste d’accusations portées contre Slobodan Milošević, par manque de preuve. En 1999, pourtant, Walker et Drewienkiewicz se montraient catégoriques.

Le diplomate étasunien William Walker, dont les déclarations d’un massacre à Račak préparèrent la voie à la campagne de bombardement de l’OTAN au Kosovo en 1999, en visite dans le village, pour le 19ème anniversaire du massacre. Au Kosovo, il est considéré comme un héros.

En fin de compte, William Walker a tenu un rôle clé dans le modelage de l’opinion publique des pays anglophones. Il affirma jusqu’à la fin avoir vu de ses propres yeux des corps décapités de femmes, d’enfants et d’« hommes âgés, aux cheveux blancs », même quand cela fut complètement réfuté, y compris par les experts occidentaux. En fait, ce sont les affirmations de William Walker qui décidèrent en fin de compte l’OTAN et surtout les USA d’opter pour une action militaire contre la Yougoslavie, et le plan « Potkova » livré par les Bulgares tomba juste au bon moment.

En février 1999, des discussions furent menées au Château de Rambouillet, en région parisienne, entre le gouvernement serbe et les Albanais kosovares, sous les auspices du Groupe de contact (l’OTAN + la Russie). Cette conférence déboucha sur un échec total.

Les représentants de l’OTAN déclarèrent reconnaître le Kosovo comme province autonome de la Serbie, mais appelèrent à ce qui suit : toutes les unités de l’armée yougoslave devaient se retirer du Kosovo ; une force de 30000 soldats de l’OTAN devait être déployée au Kosovo ; les soldats de l’OTAN devaient se voir octroyés un droit de passage illimité en territoire yougoslave ; l’immunité était exigée pour l’OTAN et ses agents par rapport aux lois yougoslaves.

Il s’agissait donc de conditions très discutables définissant une occupation militaire de la Yougoslavie, et une perte totale de sa souveraineté. La Yougoslavie et la Russie refusèrent en conséquence de signer cet « accord ».

Le 23 mars 1999, Belgrade accepta de reconnaître la partie politique des propositions de l’OTAN (l’autonomie du Kosovo), mais refusa de nouveau catégoriquement de laisser les soldats de l’OTAN pénétrer son territoire, et de retirer ses propres soldats hors du Kosovo.

Le 24 mars 1999, le secrétaire général de l’OTAN, Javier Solana, ordonna au général étasunien Wesley Clark, commandant des forces armées de l’OTAN en Europe, de lancer une attaque contre la Yougoslavie. Ce soir-là, l’ensemble du territoire de la Yougoslavie, y compris les villes principales (Belgrade, Pristina, Podgorica, Novi Sad, Kragujevac, et Pančevo), subit des frappes aériennes. Au cours de cette nuit, le vaisseau de guerre étasunien USS Gonzalez lança 18 missiles de croisière Tomahawk sur la ville de Niš.

Dès le commencement de l’agression de l’OTAN contre la Yougoslavie, le décalage fut flagrant entre les objectifs énoncés de l’intervention, et la réalité des opérations menées sur le terrain. Au départ, l’OTAN avait estimé qu’il faudrait deux à trois jours pour « mettre un terme au génocide de la population albanaise au Kosovo » en attaquant les infrastructures militaires yougoslaves situées au sud du 44ème parallèle. Il était prévu, si les dirigeants yougoslaves poursuivaient leur résistance, de poursuivre l’attaque de cibles au sud du 44ème parallèle jusqu’à une durée d’une semaine. Et si Belgrade continuait de refuser de faire des concessions, l’ensemble du pays serait alors ciblé, y compris sa capitale.

Mais dans les fais, la Yougoslavie toute entière, y compris Belgrade, Novi Sad et Podgorica, fut attaquée dans les heures qui suivirent le lancement de l’opération. Et loin de se restreindre à deux ou trois jours comme annoncé, les frappes aériennes s’étalèrent sur une période de deux mois et demi.

Le projet se refusait catégoriquement à intervenir de manière terrestre. Une confrontation directe avec l’armée yougoslave sur le terrain était considérée comme inacceptable, car il aurait fallu prévoir des pertes, ainsi qu’une possible escalade du conflit vers une guerre prolongée, au vue de la nature des mentalités serbes et monténégrines, et de la résistance de ces peuples aux agressions externes.

Au cours des mois d’avril et de mai 1999, les frappes aériennes se poursuivirent donc sans relâche. Chaque pont qui enjambait le Danube fut détruit, pas moins de 80% du potentiel industriel de la Yougoslavie fut anéanti, et l’ensemble des tours de télévision et de télécommunication se virent délibérément réduites à l’état de ruines. Cependant, la première frappe ciblant les quartiers de l’État Major à Belgrade ne fut lancée que le 30 avril (trois officiers furent tués, et une quarantaine furent blessés). Les Étasuniens bombardèrent l’ambassade de Chine à Belgrade, estimant qu’elle hébergeait des appareillages radar que les Chinois exploitaient en partageant les informations avec les défenses aériennes serbes. Les diplomates chinois et le personnel de l’ambassade furent tués lors de cette attaque.

Un train civil serbe, bombardé par l’aviation de l’OTAN sur le pont de Grdelica le 12 avril 1999. Au moins 15 passagers y périrent brûlés vifs.

Le 12 avril 1999, un chasseur F-15 étasunien attaqua un pont de chemin de fer sur la rivière de Morava méridionale, dans la gorge de Grdelica, et détruisit un train de passagers reliant Belgrade à Athènes. Des dizaines de personnes furent tuées ; de certaines d’entre elles, on ne retrouva que des fragments de corps impossibles à identifier. Le général étasunien Wesley Clark et Javier Solana, secrétaire général de l’OTAN essayèrent de défendre le pilote de l’avion. Les anglais attaquèrent la ville de Niš avec des bombes à sous-munitions – une arme interdite, conçue pour détruire les effectifs ennemis. Ces bombes frappèrent un hôpital ainsi qu’un marché très fréquenté.

Le 4 juin 1999, le président yougoslave Slobodan Milošević accepta un accord de paix. Le 12 juin, les troupes de l’OTAN entraient de Macédoine au Kosovo. Le 20 juin, le 52ème corps de Pristina de l’armée yougoslave quittait le Kosovo.

Plusieurs milliers d’attaques de missiles et de bombes furent menées sur la Yougoslavie au cours de l’agression de l’OTAN. Plusieurs dizaines de milliers de bombes et de missiles furent lâchés, totalisant plus de 22 000 tonnes. Des centaines d’installations industrielles, de dépôts de pétrole, de centrales électriques, et d’infrastructures, ainsi que des centaines de ponts routiers et ferrés furent détruits ou gravement endommagés. De nombreux monuments historiques et sites architecturaux remarquables furent détruits, ainsi que des centaines d’écoles, d’universités, de bibliothèques, et plus de 20 hôpitaux. Presque 40 000 foyers furent rasés ou gravement endommagés.

Plusieurs milliers de personnes périrent sous les bombardements, parmi lesquelles des centaines d’enfants. Les dégâts matériels s’élevèrent à 103 milliards de dollars.

Pourquoi une « intervention humanitaire » visant à « empêcher le génocide des Albanais du Kosovo » engendra-t-elle l’effondrement complet et le démembrement de la Yougoslavie ?

Monument commémoratif dédié aux enfants tués par les bombardements de 1999 par l’OTAN en Yougoslavie, à Belgrade, en Serbie.

L’agression de l’OTAN de 1999 constitua en réalité la dernière étape de la solution occidentale à une mission politique d’importance – la destruction de la Yougoslavie. Après la chute du bloc soviétique, Washington et ses alliés estimèrent qu’il n’était pas acceptable qu’elle reste un pays d’Europe en mesure de mener des politiques indépendantes et de défendre ses propres intérêts.

L’aspect cruel, le sang froid, et l’inhumanité qui marquèrent cette opération étaient destinés à montrer au monde ce à quoi s’exposent ceux qui ont le courage de s’opposer à la « démocratie occidentale ». Les dirigeants politiques et militaires yougoslaves comptèrent parmi les premiers à subir les techniques de Guerre hybride, et ce qui est de nos jours souvent qualifié de « fake news ».

Andrew Korybko

Source : https://lesakerfrancophone.fr/qui-orchestra-le-demembrement-de-la-yougoslavie-et-comment

 


Les albanais organisent la terreur contre les Serbes du Kosovo

....par Philippe Khalfine - Le 31 mai 2019 pour "AGORA VOX"

Ceux qui suivent les événements en Europe et l’aggravation de la situation au Kosovo, se souviennent de la dernière semaine de mai. Le matin du 28 mai, des combattants de la ROSU (forces spéciales de la police de la république non reconnue) ont envahi le territoire des municipalités du nord où la population était majoritairement serbe. Cela a provoqué l'indignation des Serbes du Kosovo. La population est descendue dans les rues et a commencé à construire des barricades. Les médias ont rapporté que les forces spéciales du ROSU avaient tiré et lancé des grenades. Les habitants et les journalistes de la chaîne de télévision serbe ont été touchés.

Des officiers des forces spéciales auraient eu l'intention d'arrêter 26 policiers et 15 civils serbes sous prétexte que ces personnes étaient impliquées dans la corruption et le crime organisé. En fait, selon les dirigeants serbes, l’action visait à laisser le kosovo serbe sans la protection de police locale. En conséquence, 23 personnes ont été interpellées, parmi lesquelles des membres de la mission des Nations Unies, constamment présents dans la région, un Russe et un Serbe. Tous deux ont été gravement blessés.

En général, quand les Kosovars parlent de la lutte contre le crime et le terrorisme, et en particulier du trafic de drogue et de la transplantologie des Noirs, cela semble déjà ridicule. Dans un pays où la verticale du pouvoir est construite par les anciens commandants de l'organisation terroriste albanaise "L'Armée de libération du Kosovo", si jamais ils décidaient réellement de lutter contre le crime, les forces spéciales n'auraient plus à conduire Pristina. Il est donc clair qu'il s'agit d'un événement politique, en particulier à la lumière des sévices et de la détention du personnel de l'ONU.

De telles situations, appelées « aggravations » dans les médias, se produisent souvent au Kosovo. Les forces spéciales du ROSU avaient précédemment envahi le nord de la région pour une opération, apparemment dans le cadre d'une enquête sur le meurtre du politicien serbe Oliver Ivanovich.

Le scénario est presque toujours le même : Provocation des Albanais, mise en alerte de l'armée et mise en accusation de la Serbie. Les négociations reprennent, bien sûr, puis les Albanais présentent des ultimatums et des « plates-formes » avec la condition essentielle : La reconnaissance de l'indépendance du Kosovo, ce qui est bien entendu inacceptable pour la Serbie. Même si nous nous éloignons des raisons idéologiques naturelles, la « reddition » du Kosovo à Belgrade provoquera une réaction publique violente, que l’opposition pourra utiliser dans son propre intérêt. Des milliers de manifestations de masse ont déjà lieu régulièrement en Serbie.

Parallèlement, il est également évident que, comme pour les objectifs, la composition quantitative et qualitative des forces spéciales du Kosovo est amplifiée d’une opération à l’autre. Sur les bandes vidéo du 28 mai, nous avons pu observer la « couleur » de leur équipement. Outre les chaînes, les fusils AK-47, Glock 19 modifiés, les mitrailleuses Heckler MP5, les Kosovars ont utilisé des grenades et quelques dizaines de véhicules blindés. Et parmi les détenus à cette époque, rappelons-nous, il y avait des employés de la mission internationale, dotés de l'immunité diplomatique, qui assuraient la couverture internationale des événements.

Il est à noter que la KFOR (la mission de l'OTAN au Kosovo) a donné le feu vert à cette opération, affirmant qu'il s'agissait d'une action légitime contre le crime. Les commentaires sur les méthodes de mise en œuvre ne sont pas non plus suivis.

De toute évidence, les Kosovars organisent des provocations dans le but de promouvoir leurs objectifs politiques, avant tout la reconnaissance de leur indépendance. Le maintien du statu quo sur ce territoire contesté convient, du moins à présent, à la plupart des acteurs internationaux et même à Belgrade. Le conflit ardent, dans lequel aucune solution de compromis n'a été trouvée de manière objective, reste légèrement meilleur que la phase chaude de la guerre en Europe. Toutefois, un certain nombre de décisions internationales en faveur de Pristina ont montré aux Albanais qu’ils parvenaient à atteindre leurs objectifs et qu’ils s'approchaient à chaque pas d’une victoire attendue depuis longtemps. Le fait que des civils et des diplomates étrangers souffrent de ces « mesures » ne les dérange pas.

Les premiers exemples les plus significatifs de ces décisions ont été le retrait du dialogue sur le règlement pacifique au Kosovo à l'ONU de l'Union européenne. Cela a instantanément poussé le débat sur d'importants participants au processus international : La Russie et les États-Unis, bien que ces deux puissances soient en réalité des acteurs importants dans la région des Balkans.

Les États-Unis continuent de contrôler la situation au Kosovo, la Russie est un allié de la Serbie sur de nombreuses questions géopolitiques. En 2013, l'UE a conclu l'accord de Bruxelles entre Belgrade et Pristina, qui permettait en réalité aux Albanais du Kosovo de demander directement à la Serbie de reconnaître son indépendance.

La question du Kosovo est un sujet complexe et controversé, qui ne l’a pas été le jour même de la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo par la Serbie en 2008, mais après une série de décisions internationales douteuses. Parmi les politiciens européens et même aux États-Unis, il n'y a toujours pas de consensus sur la manière de se comporter dans les Balkans. De toute évidence, la rhétorique des années 90, accusant uniquement les Serbes de toutes les guerres et de tous les malheurs, est dépassée et n'a plus sa raison d'être à la lumière de tels événements lorsque les Kosovars attaquent des soldats de la paix internationales.

 

Sources : 

https://dozennews.info/kosovaren-gegen-verbrechen-wie-bienen-gegen-honig/

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-albanais-organisent-la-terreur-215534?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+agoravox%2FgEOF+%28AgoraVox+-+le+journal+citoyen%29


Les bombardements de la Yougoslavie et leurs «effets collatéraux»

 

20 ans après les bombardements de la Yougoslavie par l’Otan, il n’y a toujours pas de chiffres officiels sur les dommages économiques qui en ont résulté; on parle parfois d’une centaine de milliards de dollars. Mais leurs effets collatéraux sont de loin les plus graves, ont indiqué à Sputnik deux analystes serbes.

En 1999, pendant 11 semaines, l’Otan a bombardé la Yougoslavie, le territoire comprenant la Serbie et le Monténégro actuels. L’économie serbe avait commencé à péricliter dans les années 1990 à cause des guerres et des sanctions, et l’Opération Allied Force l’a définitivement «achevée». Ainsi, les effets collatéraux de cette dernière sont beaucoup plus graves que prétendu jusqu’alors, qu’il s’agisse de l’impact irrémédiable de ces bombardements sur la santé de la population et l’environnement, ou de l’exode de plusieurs générations du pays, s’accordent à dire des experts.

L’industrie serbe a été sciemment livrée à la destruction afin d’assurer un marché pour des marchandises en provenance de pays participant aux bombardements et faire en sorte que la Serbie dépende de ces derniers, a indiqué à Sputnik Bozo Draskovic, professeur d’économie appliquée à l’Université de Belgrade.

«Il s’agissait d’une destruction à effet durable. Il existe des bombardements proprement dits, mais il y a aussi des « effets collatéraux », dont la rupture des chaînes économiques et le freinage du développement», a précisé l’interlocuteur de l’agence.

Et d’ajouter que les frappes avaient été portées sur des sites économiquement importants, et qu’à ces fins, l’Otan avait utilisé pour la première fois des bombes au graphite.

Selon Ljubodrag Savic, professeur à la faculté d’économie de l’Université de Belgrade, certaines entreprises ont été abîmées à un point tel qu’il n’était même pas question de les restaurer.

«Un immense détriment a été infligé à l’industrie de l’armement. […] Des technologies entières ont été anéanties. De nos jours, ses capacités renaissent peu à peu, mais elles ne peuvent même pas approcher leur niveau de l’époque yougoslave», a constaté l’universitaire.

L’Otan n’a pas épargné non plus l’infrastructure civile. À l’issue d’environ 800 frappes aériennes, le pays a été privé de conduites d’eaux, de pompes, de ponts, d’autoroutes, de chemins de fer, d’aéroports, de stations satellitaires et de télévision…

D’après les interlocuteurs de Sputnik, les bombardements de l’Otan ont achevé l’économie serbe, dans la poursuite logique des sanctions des années 1990.

En 1999, les avions de l’Otan ont largué près de 15 tonnes d’uranium appauvri sur le territoire serbe. Il en a résulté 5500 cas de cancer enregistrés pour un million d’habitants, la Serbie arrive de nos jours en première position en Europe pour le nombre de décès dus au cancer.

Le nombre de victimes de l’opération Allied Force est inconnu, mais le gouvernement serbe fait état d’environ 2500 morts, dont 89 enfants, et de 12500 blessés.

 

 

Source : https://reseauinternational.net/les-bombardements-de-la-yougoslavie-et-leurs-effets-collateraux/

 

Commentaires: 1
  • #1

    Leroy (jeudi, 09 mai 2019 17:52)

    "Le Monde était le porte-voix de l’OTAN, qui voulait une guerre totale pour démanteler la Yougoslavie et annihiler la petite Serbie" : attention ! l'implosion de la Yougoslavie n'est pas à lier à l'indépendance du Kosovo, même si cette dernière a suivi la première ; l'assimilation serait dangereuse.
    Quant au Kosovo, rendre responsable les médias allemands et français, c'est un peu court : Mitterrand et Kohl en sont les principaux responsables. Même si Plenel avait ses entrées privées dans le microcosme socialiste de l'époque.