ISRAËL

 

 

Riposte iranienne : Entre 400 et 500 drones et 150 missiles pleuvent sur Israël

Source : RzO International - Le 14/04/2024.

par Dominique Delawarde

La nuit dernière entre 400 et 500 drones et 150 missiles auraient été envoyés par l’Iran sur Israël, visant exclusivement des installations militaires. Des drones partis du Yémen, d’Irak et du Liban (Hezbollah) auraient complété la riposte iranienne.1
Cette attaque iranienne vient en riposte du bombardement israélien du consulat iranien à Damas, il y a quelques jours, mais également de très nombreux bombardements israéliens, restés sans réponse à ce jour sur la Syrie, alliée de l’Iran, et bien sûr pour le génocide en cours des Gazaouis.

On notera que la riposte iranienne était attendue et avait même été annoncée par la partie iranienne qui se place sous l’article 51 de la Charte de l’ONU qui traite de la légitime défense.

On notera que l’Iran a évité de viser des cibles civiles et n’a pas attaqué d’installations militaires US dans la Région et qu’il a demandé à la partie US de se tenir à l’écart de cette affaire.

Le vrai bilan de cette attaque n’est pas connu et ne sera d’ailleurs jamais porté à la connaissance du public par la partie israélienne. Sans doute Israël dira-t-il : «Même pas mal»2 surtout s’il veut éviter la montée aux extrêmes.

Cette attaque est toutefois importante car elle peut aussi déclencher l’engrenage d’une escalade dont nul ne sait où cela pourrait conduire la région et même le monde.

Les zélotes fous furieux qui tiennent le haut du pavé à Tel-Aviv et qui dirigent aussi, en large part et par lobbies interposés, la politique étrangère et les médias de grands pays occidentaux (USA, UK, France, Canada, Australie …) vont probablement monter d’un cran pour avoir le dernier mot. Ils ne vont pas en rester là, ce n’est pas dans leurs gènes.

La montée aux extrêmes ne peut donc plus être exclue.

La riposte iranienne bénéficiera probablement d’une neutralité bienveillante de la multipolarité (Chine, Russie, BRICS, OCS, …). On se rappelle que l’ambassade de Chine avait été bombardée par l’OTAN en 1999, sans qu’elle puisse réagir à l’époque ….

L’occident otanien se retrouvera, une fois de plus, isolé dans son soutien jusqu’au-boutiste aux actions les plus irresponsables de provocations israéliennes (Bombarder un consulat n’est pas anodin).

Cette attaque iranienne peut donc avoir des conséquences énormissimes. Était ce le but d’Israël lorsqu’il s’est permis de bombarder le consulat iranien en Syrie ? S’agissait-il d’entrainer l’occident otanien dans une guerre contre l’Iran ?

Si cette affaire dérape, quid de la guerre en Ukraine, quid des JO Paris 2024 ? Et pour quel épilogue ?

Décidément, nous allons vivre une période riche en événements majeurs

Dominique Delawarde

  1. https://tass.com/world/1775051
  2. https://tass.com/world/1775075

Le CGRI lance des frappes de représailles «d’envergure» aux missiles et aux drones sur les territoires occupés

Source : RzO International - Le 14/04/2024.

 

par Press TV

Le Corps des gardiens de la Révolution islamique (CGRI) a lancé des frappes de représailles «d’envergure» de missiles et de drones contre les territoires occupés en réponse à l’attaque terroriste du régime israélien du 1er avril contre les locaux diplomatiques de la République islamique à Damas, la capitale syrienne.

Le CGRI a annoncé le lancement des frappes dans un communiqué samedi soir, définissant la mission comme «Opération Promesse honnête».

«En réponse aux nombreux crimes du régime sioniste, notamment l’attaque contre la section consulaire de l’ambassade d’Iran à Damas et le martyre d’un certain nombre de commandants et de conseillers militaires de notre pays en Syrie, la division aérospatiale du CGRI a lancé des dizaines de missiles et de drones contre certaines cibles à l’intérieur des territoires occupés», indique le communiqué.

Le ministre iranien de la Défense, le général de brigade Mohammad Reza Ashtiani, a quant à lui averti que «tout pays qui pourrait ouvrir son sol ou son espace aérien à Israël pour une attaque [potentielle] contre l’Iran recevra notre réponse décisive».

L’attaque israélienne a entraîné le martyre du général de brigade Mohammad Reza Zahedi, commandant de la force Qods du CGRI, de son adjoint, le général Mohammad Hadi Haji Rahimi, et de cinq de leurs officiers qui les accompagnaient.

L’attaque terroriste a suscité une vive condamnation de la part de hauts responsables politiques et militaires iraniens, qui ont juré de «se venger définitivement».

Lors d’un discours prononcé mercredi à Téhéran après avoir dirigé les prières de l’Aïd al-Fitr, le leader de la Révolution islamique, l’Ayatollah Seyyed Ali Khamenei, a déclaré que le régime israélien «doit être puni et sera puni» pour la frappe meurtrière contre les locaux diplomatiques iraniens.

Le leader a ajouté : «Le régime sioniste maléfique a commis une autre erreur… et c’est l’attaque contre le consulat iranien en Syrie. Le consulat et les missions diplomatiques de tout pays sont considérés comme le territoire de ce pays. Quand ils attaquent notre consulat, cela signifie qu’ils ont attaqué notre sol».

Dans un communiqué ultérieur, le CGRI a déclaré que ces représailles intervenaient après 10 jours de «silence et de négligence» de la part des organisations internationales, en particulier du Conseil de sécurité des Nations unies, pour condamner l’agression israélienne ou punir le régime conformément à l’article 7 de la Charte des Nations unies.

L’Iran a ensuite eu recours à des frappes de représailles, a ajouté le CGRI, «en utilisant ses capacités de renseignement stratégique, ses missiles et ses drones» pour attaquer «les cibles de l’armée terroriste sioniste dans les territoires occupés, les frappant et les détruisant avec succès».

Dans le même temps, le communiqué avertit les États-Unis – le plus grand partisan du régime israélien – que «tout soutien ou participation visant à nuire aux intérêts de l’Iran entraînera une réponse décisive et regrettable de la part des forces armées de la République islamique».

«En outre, l’Amérique est tenue pour responsable des actions perverses du régime sioniste, et si ce régime assassin d’enfants n’est pas maîtrisé dans la région, il en subira les conséquences», note le communiqué.

Le CGRI a conclu sa déclaration en mettant en garde les pays tiers contre toute utilisation de leur sol ou de leur espace aérien pour des attaques contre la République islamique.

source : Press TV

 

Médias israéliens : Les Israéliens se rendent compte qu’ils ont perdu la guerre. Netanyahou est le pire leader des juifs

Source : RzO International - Le 14/04/2024.

 

 

par Al Manar

«Nous avons perdu la guerre», tel est le constat amer du Haaretz selon lequel «Netanyahou est le pire leader des juifs».

Selon son chroniqueur politique, Haïm Levinson le fait d’avoir perdu la guerre «est la conclusion claire pour tout israélien». «C’est la difficulté de le reconnaitre qui résume l’état d’âme du public israélien», ajoute-t-il. «Nous sommes face à une réalité claire, aiguë et exigeante, et nous devons commencer à l’absorber, à la comprendre et à en tirer des conclusions pour l’avenir. Mais ce n’est pas gentil de dire que nous avons perdu, alors nous nous mentons à nous-mêmes».

«Après six mois, nous aurions pu être ailleurs, mais nous sommes les captifs des pires leaders de l’histoire d’Israël», a noté Levinson dans son article.

«Il n’est pas certain que nous puissions retourner à la frontière nord, en toute sécurité», a-t-il expliqué, soulignant que «le Hezbollah a changé l’équation en sa faveur».

«Il y a maintenant une forte probabilité qu’au fil des ans, tout voyage à la frontière nord soit ciblé», a ajouté Levinson. «Tous les prisonniers ne reviendront pas. Toute menace iranienne nous ébranlera. Notre réputation internationale en a pris un coup. Notre faiblesse de leadership a été exposée».

Le chroniqueur du Haaretz estime que «pendant des années, nous avons réussi dans la tromperie que nous sommes forts, avec des gens intelligents et une armée très puissante. Pratiquement, nous sommes un petit village juif avec une armée de l’air».

«Une partie de la difficulté à admettre que nous avons perdu provient de la sainteté de l’armée, car il était interdit de dire un mauvais mot sur l’armée. Ce n’est que le 7 octobre que nous pourrions dire – à un moment donné – que c’est une honte», a-t-il écrit.

«Rafah est la nouvelle arnaque vendue par les trompettes pour nous dire que nous sommes devant une victoire», a-t-il déclaré, soulignant qu’«au moment où ils entreront à Rafah, l’événement perdra tout son sens».

La semaine passée, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou avait déclaré entre «à un pas de la victoire», tout en insistant que l’offensive contre Rafah aura lieu. L’armée d’occupation israélienne avait retiré la majeure partie de ses unités dans le sud de la bande de Gaza, après plusieurs opérations à Khan Younes, au cours desquelles 15 militaires israéliens ont été tués, selon le Hamas.

«La vérité est que les objectifs de la guerre ne seront pas atteints. Le Hamas ne sera pas détruit. Les prisonniers ne seront pas ramenés sous la pression militaire. La sécurité ne reviendra pas», objecte Levinson du Haaretz.

Il a poursuivi en disant : «plus les trompettes crient : nous gagnons, plus nous perdons. Le mensonge fait partie d’eux. On doit s’y habituer. La vie est moins sécurisée qu’elle ne l’était avant le 7 octobre. Le coup dur va perdurer de nombreuses années», a-t-il déclaré.

Et de conclure : «L’isolement international ne disparaîtra pas. Les morts ne reviendront pas. Ni beaucoup de prisonniers non plus».

Le chef du Mossad David Barnea chargé de diriger la délégation israélienne pour les négociations indirectes avec le Hamas au Caire avait informé Netanyahou que la libération de tous les otages israéliens dans le cadre d’une trêve conclue serait impossible et dans le meilleur des cas 40 personnes seulement pourraient entre relâchés, a rapporte le Times of Israel.

L’avis défavorable sur le Premier ministre gagne du terrain parmi les observateurs israéliens. Dans un autre article du Haaretz, Anshel Pfeffer déclare que «tout le monde sera d’accord que Netanyahou est le pire leader du people juif» et «la seule chose qui l’importe est son maintien au pouvoir et la manière dont l’histoire va l’évoquer».

Dans les médias américains, le New York Times s’est fait l’écho du pessimisme des médias israéliens. Il a révélé que beaucoup au sein de l’armée israélienne adressent leurs reproches à Netanyahou «pour ne pas avoir pris de décisions difficiles».

Dans une analyse, le journal américain estime «qu’Israël trébuche et fait face à l’éventualité de perdre la guerre à Gaza». Il remarque que le Hamas est retourné dans les régions qui avaient été vidées des miliciens.

Un avis aussi défavorable a été exprimé par le Guardian qui estime «qu’Israël fait face à une grande défaite stratégique liée à sa réputation qui a été sérieusement endommagée, même parmi ses soutiens les plus enthousiastes».

Selon le journal britannique, «la guerre à Gaza est révélatrice de la chute de l’occident qui paye le prix de son arrogance».

En Israël les sentiments négatifs envahissent les Israéliens en raison de la poursuite de la guerre au sud et au nord. Selon le journal Maariv, citant un récent sondage, 68% d’entre eux ont des sentiments négatifs et les moins de 60 ans seraient les plus pessimistes.

Un précédent sondage il y a quelques jours avait révélé que 62% des Israéliens ne sont pas satisfaits des résultats de la guerre.

En outre, rapporte la chaine qatarie al-Jazeera, les sondages ont aussi montré que les trois-quarts des Israéliens voudraient que Netanyahou démissionne du gouvernement.

Engagé dans un bras de fer avec plusieurs partis israéliens et une bonne partie de l’opinion publique, en voulant imposer des modifications juridiques contestées, lesquelles avaient profondement divisé la société israélienne, le revers sécuritaire causé par l’opération du Hamas, Déluge d’al-Aqsa, le 7 octobre dernier, a encore plus endommagé sa popularité. Son incapacité à réaliser ses objectifs après 6 mois de guerre meurtrière l’enfonce au plus bas. S’il perd la guerre, les Israéliens ne lui pardonneront jamais. Ni l’Histoire.

source : Al Manar

L’Iran a lancé des drones et des missiles vers des installations militaires israéliennes

Source : Le Courrier des Stratèges - par Edouard Husson - Le 14/04/2024.

Une frappe de l’Iran sur Israël est-elle imminente?

Le 13 avril au soir, l’Iran a tiré drones et missiles vers des objectifs militaires en Israël. Il est encore trop tôt pour mesurer l’impact des destructions éventuelles. En début d’après-midi, le Corps des Gardiens de la Révolution iranienne a arraisonné un navire commercial dans le Détroit d’Ormuz, signal envoyé au monde qu’il est possible de bloquer l’économie mondiale pour faire plier Israël. L’Iran a fait passer le message aux USA qu’il ne souhaitait pas une extension du conflit. Cependant la riposte israélienne provoquera inévitablement une deuxième série de frappes iraniennes.

L’Iran a lancé ce samedi 13 avril une attaque contre Israël. Ce que nous savons jusqu’à présent selon le résumé de Slavyangrad :

+ Les Forces de défense israéliennes ont officiellement reconnu le lancement de l’attaque.

+ Le président américain Joe Biden va tenir une réunion avec les secrétaires à la Défense et à l’État, le directeur de la CIA et le conseiller à la sécurité nationale.

+ L’Iran a confirmé le lancement de drones et annoncé le lancement imminent d’une attaque de missiles avec le missile à grande échelle du CGRI, selon les médias iraniens.

+ L’Iran a lancé la première vague (environ 50 unités) de drones kamikazes en direction d’Israël et il leur faudra jusqu’à neuf heures pour atteindre leur cible. Les deuxième et troisième vagues de drones ont également été lancées par l’Iran, ont rapporté les médias israéliens.

+ Aucun avion dans l’espace aérien d’Israël, de la Syrie, du Liban, de la Jordanie, du Yémen et près de Bagdad.

+ La Jordanie s’est rangée d’emblée du côté d’Israël, tandis que les autres Etats de la région fermaient leur espace aérien à tout avion israélien, britannique ou américain.

La menace iranienne d’un blocus du détroit d’Ormuz

L’agence de presse iranienne FARS a rapporté en début d’après-midi qu’une unité des forces spéciales de la marine du Corps des gardiens de la révolution islamique avait effectué le raid sur le MSC Aries, un porte-conteneurs battant pavillon portugais et associé à la société Zodiac Maritime, dont le siège est à Londres. Cette société fait partie du groupe Zodiac, propriété du milliardaire israélien Eyal Ofer.

La marine du CGRI déplace le navire dans les eaux territoriales iraniennes, selon l’agence de presse, qui n’a pas précisé les raisons de la saisie. Selon la Royal Navy, le navire a été saisi à quelque 50 milles nautiques au nord-est du port de Fujairah, aux Émirats arabes unis.

On a pu se demander à ce moment-là, s’il s’agissait de la réponse iranienne attendue. En réalité, c’était plutôt un signal d’avertissement aux USA: s’ils entrent dans une guerre avec l’Iran, Téhéran veut faire comprendre qu’un blocus du détroit d’Ormuz est possible, au-delà de ce lui du détroit de Bab-El-MAndeb.

Une frappe unique?

Selon L’Orient-Le Jour,

“Conduite sur la base de l’article 51 de la Charte des Nations unies, qui a trait à la légitime défense, l’action militaire de l’Iran répond à l’agression du régime sioniste contre nos locaux diplomatiques à Damas”, a déclaré sur X la Mission permanente de la République islamique d’Iran auprès des Nations unies. “L’affaire peut être considérée comme close. Toutefois, si le régime israélien commet une nouvelle erreur, la réponse de l’Iran sera considérablement plus sévère. Il s’agit d’un conflit entre l’Iran et le régime israélien voyou, dont les États-Unis doivent se tenir à l’écart“.

L’Orient-Le Jour, 13 avril 2024

Comme il est peu probable qu’Israël reste sans réagir, on entre effectivement, dans une guerre régionale.

Sur le même sujet : L’Iran lance une attaque massive de représailles contre Israël

 

 

Urgent : En direct de Tel Aviv après que l'Iran a lancé une attaque de drone contre Israël

 

Israël essaie de se dégager du piège de la stratégie iranienne

Source : Le courrier des Stratèges - par Edouard Husson - Le 12/04/2024.
Israël essaie de se dégager du piège de la stratégie iranienne

Il y a un peu plus de quatre ans, le 3 janvier 2020, Donald Trump faisait assassiner le Général iranien Soleimani, architecte de ce qu’on appelle “l’Axe de la Résistance” à la politique israélo-américaine au Proche-Orient. La mort du stratège n’a pas signifié la fin de sa stratégie. Au contraire, l’efficacité redoutable du général commandant le Corps des Gardiens de la Révolution Islamique venait de sa capacité à former des gens capables de se déployer de manière autonome sur le terrain. C’est ce qui explique l’acharnement des Israéliens à tuer les héritiers de Soleimani: Sayyed Razi Mousavi, à Damas le jour de Noël; Saleh el-Arouri à Beyrouth 2 janvier. Puis à faire organiser un attentat, le 3 janvier 2024, contre la foule qui venait se recueillir sur la tombe du Général Soleimani. Vaines tentatives? L’Iran a répondu en bombardant une installation clandestine du Mossad à la frontière de la Jordanie et de la Syrie. Incapables d’accepter un rapport de force modifié qui devrait les amener à négocier, les Israéliens ont poussé la provocation, le 1er avril 2024, jusqu’à tuer le successeur de Soleimani et d’autres hauts gradés du CGRI dans le consulat d’Iran à Damas. Au moment où je clos cet article, une riposte iranienne dure est attendue par tous. Elle pourrait enclencher une escalade qui implique les Etats-Unis dans la guerre – c’est l’espoir de Benjamin Netanyahu.

Le 3 janvier 2020, Donald Trump donnait l’ordre de frapper, depuis un drone, le convoi du Général iranien Qasem Soleimani qui venait de quitter l’aéroport de Baghdad, pour une rencontre avec Adil Abdul-Mahdi, le Premier ministre irakien.

Outre la lâcheté d’une telle frappe, qui faisait soudain ressembler Donald Trump à son prédécesseur honni, Barack Obama, connu pour son goût des assassinats de civils ou de militaires par drone interposé, on peut dire, avec le recul, que la mort de Soleimani n’a pas eu l’impact attendu par les Américains. On frappe à la tête pour désorganiser l’ennemi, le sidérer, voire le forcer à se rendre.

En l’occurrence, il s’est passé le contraire. La détermination de ce qu’on appelle l’axe de la Résistance (Iran, Syrie, milices chiites en Iraq, Hezbollah au Liban, Ansarallah au Yemen) en est sortie renforcée.

“Un, deux, trois Soleimani!”

En 1968, les étudiants du monde manifestaient en réclamant que les “Vietnam” se multiplient pour mettre en échec l’impérialisme américain. Aujourd’hui, beaucoup sont devenus des bourgeois ventripotents qui soutiennent l’impérialisme américain version “néocon”. Mais dans les manifestations en défense des Palestiniens, on aurait toutes les raisons de scander: ”Un, deux, trois Soleimani!”? Ce ne serait plus un vœu. Mais une réalité.

Les assassinats que vient de perpétrer Israêl, à quelques mois d’intervalle -Sayyed Razi Mousavi, à Damas le jour de Noël 2023; Saleh El-Arouri à Beyrouth le 2 janvier 2024 ;  le Général Mohammad Reza Zahedi et plusieurs de ses adjoints le 1er avril lors du bombardement du consulat d’Iran à Damas – ressemblent à s’y méprendre à celui de Soleimani. Non seulement dans les formes mais à cause des cibles visées. L’Iranien Mousavi était un collaborateur de Soleimani. Et Saled El-Arouri est représentatif des résistants palestiniens formés par le Général. Zahedi était son successeur à la tête du CGRI.

Le rôle décisif de Soleimani pour organiser la résistance des Palestiniens

Les graphiques que je reproduis ici concernant Soleimani sont tirés d’un compte X/canal Telegram qui offre un fil quasi-continu des événements actuellement en cours au Proche-Orient.

On comprend plusieurs choses essentielles, en lisant ce travail méticuleux:

+ pendant que les médias occidentaux se focalisaient sur Ben Laden et Al-Qaïda, ce sont Soleimani et l’Iran qui changeaient la face du Proche-Orient.

+ Le partage religieux des influences sous la forme du célèbre accord passé entre Hassan El-Banna, le fondateur des Frères musulmans, et l’Ayatollah Khomeiny, le fondateur de la République islamique d’Iran, reste sans doute vrai sur le plan religieux. Mais il ne rend pas compte de l’affrontement en cours, déterminé par la géopolitique et les nations, non plus par la religion. Chiites et sunnites ont été réconciliés par l’agressivité israélienne et américaine vis-à-vis de tous les courants de l’Islam.

+ Soleimani a enseigné aux Palestiniens comment penser dans le temps long, selon les règles d’une guerre asymétrique, développée dans un milieu aménagé ad hoc. Non seulement le Général a été essentiel pour la construction du réseau de tunnels qui servent de refuge aux mouvements combattants. Mais il a enseigné aussi aux Palestiniens comment se mettre à fabriquer leurs propres armes.

+ Comme la Résistance chiite irakienne et les Houthis d’Ansarallah, les Palestiniens ont adopté et adapté, sous l’impulsion de l’ancien chef du CGRI, la stratégie de combat du Hezbollah. Le chef militaire de la branche combattante du Hamas, Sinwar, s’est rendu, au milieu des années 2010, en Iran, pour une formation spécifique auprès des Gardiens de la Révolution.

+ Enfin, on ne saurait trop insister sur l’importance de la « méthode Soleimani » pour amener tous les mouvements combattants palestiniens à se réconcilier et s’unir dans une lutte de libération nationale : Branches armées du Hamas, du Jihad islamique international, du Front Populaire de Libération de la Palestine.

Les Occidentaux – en tout cas leurs médias, répètent « Hamas » pour désigner les combattants palestiniens, sans voir le rôle joué par les autres mouvements.

La méthode Soleimani et l’émergence de nations combattantes

La méthode Soleimani consiste d’une part dans des transferts technologiques, d’autre part dans la formation des unités combattantes. Le principe directeur est de rendre les mouvements combattants autonomes, au besoin indépendants les uns des autres.

Lorsque le Hezbollah ou l’Iran disent ne pas avoir été informés à l’avance par la Résistance Palestinienne de l’attaque du 7 octobre, c’est à la fois vrai et faux. Vrai sans doute dans les détails opérationnels. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y ait eu aucune interaction entre les différentes composantes de l’Axe de la Résistance. Et la formule de Gilles Kepel, qui a parlé du 7 octobre comme d’un “11 septembre chiite” touche un aspect important de ce qui est en cours.

Il faut bien comprendre, cependant, que les clivages religieux ne sont plus ce qui détermine le conflit du Proche-Orient. On a trois parties en présence.

+ Les Etats-Unis et Israël

+ L’Axe de la Résistance,autour de l’Iran. Aux pays et mouvements combattants déjà cités on peut ajouter l’Algérie.

+ Les pays musulmans ayant, d’une manière ou d’une autre cherché depuis des décennies un accommodement avec Israël: Maroc, Egypte, Turquie, Jordanie, pays du Golfe.

Les Palestiniens sont partis en guerre le 7 octobre parce qu’ils avaient le sentiment que le rapprochement entre Israël et l’Arabie Saoudite était en train de sceller le sort de la nation palestinienne, qui ne pourrait jamais voir le jour. Aujourd’hui, ce rapprochement est suspendu. Et l’Axe de la Résistance apparaît capable d’empêcher le projet israélien d’expulser les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie.

La méthode Soleimani y est pour beaucoup. Une stratégie partagée par des mouvements ou des pays qui disposent du maximum d’autonomie mais sont capables de se coordonner extrêmement rapidement parce qu’ils parlent tous la même langue stratégique. Et savent se servir des mêmes armes.

Tout ceci explique qu’aujourd’hui nous ayons affaire à des nations qui, sous l’effet du coup inattendu porté par la Résistance palestinienne à Israël depuis le 7 octobre, se mettent toutes à peser leurs intérêts. Les Etats-Unis savent qu’ils n’ont pas intérêt à se laisser entraîner par Israël dans un conflit généralisé. Le Maroc, l’Arabie Saoudite ou la Turquie doivent faire preuve d’une grande prudence, désormais, dans leur rapprochement avec Israël, sous peine de mobiliser la rue contre eux. La Syrie ou l’Iraq attendent patiemment leur heure pour libérer leur territoire de toute occupation étrangère. Au grand dam d’Israël – qui peut regretter son tournant anti-iranien depuis une génération -l’Iran sortira vainqueur de l’affrontement actuel.

La stratégie Soleimani est d’abord celle d’un patriote iranien, qui aura servi son pays avec une telle efficacité que l’Iran moderne vivra encore longtemps de son héritage militaire et politique.

Israël ne se résigne pas au nouvel  équilibre des forces au Proche-Orient

On se rappelle que Yitzak Rabin a signé les accords d’Oslo parce qu’il jugeait, de manière réaliste, qu’Israël ne pouvait pas affronter à la fois les Palestiniens et l’Iran.Il voulait faire la paix avec les Palestiniens pour pouvoir éventuellement mener une guerre contre l’Iran.

Après son assassinat, en 1998, la tendance Sharon-Netanyahu a décrété, en suivant une pulsion puérile qui se révèle aujourd’hui suicidaire, que l’on pouvait affronter à la fois les Palestiniens et l’Iran. La mise en place de la stratégie du Général Soleimani a consisté à exploiter systématiquement l’absence de réalisme israélien, pour mettre en place « l’Axe de la Résistance ».

En ce mois d’avril 2024, le Proche-Orient est arrivé au point où Israël est progressivement asphyxié par la stratégie Soleimani et pratique la fuite en avant en espérant que la substitution d’une guerre ouverte à la guerre asymétrique de l’Axe de la Résistance, permettrait de reprendre la main.

Netanyahu tient-il enfin la guerre contre l’Iran qu’il espère depuis vingt ans ?

Source : Le Courrier des Stratèges - Par Edouard Husson - Le 12/04/2024.

Netanyahu tient-il enfin la guerre contre l’Iran qu’il espère depuis vingt ans?

Benjamin Netanyahu tient-il, enfin, la guerre contre l’Iran qu’il espère depuis vingt ans, tant l’héritier du clan Jabotinsky est habité par une pulsion de mort? Les médias et les réseaux sociaux parlent de frappes “de plus en plus imminentes” de l’Iran. En réalité l’Iran a évité le plus longtemps possible la confrontation avec Israël et les États-Unis – pendant des “décennies”. Mais il s’est préparé à un conflit inévitable. Et il se peut que, si la guerre éclate dans les prochains jours, elle conduise à une défaite d’Israël.

Comme le rappelle utilement Shivan Mahendrarajah, l’Iran a cherché à se rapprocher des États-Unis en 2001.

Téhéran a offert un soutien inconditionnel aux États-Unis après le 11 septembre. Certains éléments sont connus : Le général de division Soleimani et le Corps des gardiens de la révolution islamique ont fourni des armes aux États-Unis. Soleimani et le CGRI ont fourni des renseignements et des cartes qui ont permis au CENTCOM de renverser les talibans (….) Ce que l’on sait moins, c’est que l’ouest de l’Afghanistan a été libéré par environ 5 000 moudjahidines tadjiks (sunnites), 1 000 moudjahidines hazaras (chiites), la force IRGC-Quds (IRGC-QF) et le premier détachement opérationnel spécial Alpha (ODA 554) de l’armée américaine. (…) Les forces spéciales américaines et iraniennes ont combattu côte à côte pour libérer l’ouest de l’Afghanistan en novembre 2001

Perspectives, 12 avril 2024

La pulsion de mort de Sharon et Netanyahu

L’Iran a été de bonne foi mais Israël et les néoconservateurs ne voulaient pas de paix ni d’entente avec l’Iran. Ils n’ont eu de cesse de provoquer une guerre entre les Etats-Unis et l’Iran. Comme le rappelle Jacques Baud, l’Iran était sur la liste des pays du Proche-Orient à détruire, au même titre que l’Irak, la Libye et la Syrie.

L’intelligence de la stratégie iranienne a consisté à éviter le piège d’une guerre précoce. Pourtant, insiste Shivan Mahendrarajah, on ne devrait pas se faire d’illusions. Puisqu’Israël et les Etats-Unis s’obstinent à vouloir la guerre, ils vont l’avoir, dans des conditions très défavorables:

L’état-major du Corps des gardiens de la révolution islamique n’a pas passé les deux dernières décennies à se prélasser en buvant du thé ni en fumant la chicha en attendant que les bombes tombent. Ils se sont préparés à la guerre. Le Corps des gardiens de la révolution aérospatiale (CGRI/A) a accéléré ses programmes de développement de la triade défensive iranienne : Guerre électronique, drones et missiles. Les défenses aériennes sont essentielles, mais le CGRI/A préfère détruire rapidement la capacité d’un ennemi à lancer des chasseurs-bombardiers et des missiles. À cette fin, le CGRI a mis au point une série de missiles balistiques, la plupart dotés d’ogives “Maneuverable Re-Entry Vehicle” (MaRV), capables d’échapper aux défenses aériennes, voire de passer sous l'”enveloppe mortelle” du THAAD (Thermal High Altitude Air Defense ; construit par Raytheon ; le meilleur système de défense antiaérienne des États-Unis). Le CGRI a testé le missile hypersonique Fattah-1, qui peut atteindre Tel-Aviv en 400 secondes (6 minutes et 40 secondes). Il est impossible de l’arrêter.

Le CGRI se prépare patiemment à une guerre qu’Israël recherche depuis (au moins) le 29 janvier 2002.

Perspectives, 12 avril 2024

Personne ne peut dire ce qui va se passer dans les prochaines heures. Mais il est une certitude: si Benjamin Netanyahu obtient la guerre dont il rêve depuis longtemps, elle se déroulera dans les conditions les plus défavorables pour Israël: après une défaite stratégique à Gaza et face à un Hezbollah allié de l’Iran, capable à lui seul d’infliger des coups redoutables à l’Etat d’Israël.

Peut-on arrêter Bibi ?

Source : RzO International - Le 31/03/2024.
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par Mike Whitney

Les derniers développements suggèrent que l’offensive terrestre israélienne de grande envergure à Rafah pourrait avoir lieu à tout moment. Les responsables israéliens nous ont dit que l’opération nécessitera l’évacuation de la ville, probablement pour que les FDI puissent infliger à Rafah le même niveau de destruction qu’à Khan Yunis et à la ville de Gaza. Une fois les forces terrestres déployées, les Palestiniens seront contraints de fuir vers la frontière égyptienne où ils chercheront un refuge contre l’assaut israélien. La suite est incertaine, mais compte tenu des nombreuses réunions entre les responsables israéliens et égyptiens et leurs chefs respectifs des services de renseignements, nous pensons qu’un accord pourrait être conclu pour permettre à plus d’un million de réfugiés palestiniens de franchir la frontière égyptienne. Voici quelques articles récents suggérant que l’Égypte pourrait être payée pour participer à l’opération de nettoyage ethnique d’Israël.

1. L’Égypte signe un accord de prêt élargi de 8 milliards de dollars avec le FMIReuters

Le Fonds monétaire international (FMI) a déclaré mercredi qu’il augmenterait son programme de prêt actuel avec l’Égypte de 5 milliards de dollars. (…) Le nouvel accord est une expansion de la facilité élargie de crédit de 3 milliards de dollars et de 46 mois que le FMI a conclu avec l’Égypte en décembre 2022. (…)

L’Égypte cherche également à obtenir un prêt distinct de la Facilité pour la résilience et la durabilité du FMI, qui favorise le financement de la transition climatique. Le Premier ministre égyptien Mostafa Madbouly a déclaré que ce prêt s’élèverait à 1,2 milliard de dollars.

https://www.reuters.com/2024/03/06/egypt-signs-expanded-8-billion-loan-deal-with-imf

2. L’UE annonce un plan d’aide de 7,4 milliards d’euros pour l’Égypte alors que les inquiétudes montent sur les migrationsLe Monde.

L’Union européenne a annoncé dimanche 17 mars un plan d’aide de 7,4 milliards d’euros pour l’Égypte, à court d’argent, alors que l’on craint que la pression économique et les conflits dans les pays voisins ne poussent davantage de migrants vers les côtes européennes. (…)

Selon la mission de l’UE au Caire (…), le programme d’aide comprend notamment des subventions et des prêts sur les trois prochaines années pour le pays le plus peuplé du monde arabe.

Cet accord intervient alors que l’on craint de plus en plus que l’offensive terrestre imminente d’Israël sur Rafah, la ville la plus méridionale de Gaza, ne pousse des centaines de milliers de personnes à se réfugier dans la péninsule du Sinaï, en Égypte. La guerre entre Israël et le Hamas, qui en est à son sixième mois, a poussé plus d’un million de personnes à se rendre à Rafah.

https://www.lemonde.fr/2024/03/17/eu-announces-7-4-billion-aid-package-for-egypt-as-concerns-mount-over-migration

3. L’aide de la Banque mondiale porte le renflouement global de l’Égypte à plus de 50 milliards de dollars, Yahoo finance

La Banque mondiale a annoncé lundi qu’elle verserait plus de 6 milliards de dollars à l’Égypte, ce qui porte à plus de 50 milliards de dollars le montant du plan de sauvetage de l’économie du pays nord-africain au cours des dernières semaines. (…)

Cette annonce intervient un jour après que l’Union européenne se soit engagée à verser environ 8 milliards de dollars sous forme d’aide, de prêts et de subventions. Ces fonds font suite à un programme nouvellement élargi de 8 milliards de dollars du Fonds monétaire international qui a été dévoilé quelques heures après que les autorités ont promulgué la plus forte hausse des taux d’intérêt du pays et dévalué la monnaie pour la quatrième fois depuis le début de 2022.

https://finance.yahoo.com/world-bank-egypt-over

De toute évidence, l’octroi de milliards de dollars de prêts à un pays criblé de dettes dont l’économie moribonde ne montre aucun signe de rebond, n’est pas une procédure normale. On ne peut que conclure que l’argent est offert dans un autre but, c’est-à-dire pour faire face à l’afflux de réfugiés qui se déverseront bientôt à la frontière. Mais si ces articles n’ont pas encore convaincu les lecteurs que le gouvernement égyptien est de mèche avec Israël, peut-être que cette chronique du 23 mars le fera :

L’UE ignore le Parlement pour envoyer rapidement 1 milliard d’euros à l’ÉgypteEUobserver

La Commission européenne met officiellement de côté le rôle de contrôle du Parlement européen en ce qui concerne l’envoi d’un milliard d’euros de prêts à l’Égypte. L’annonce a été faite en amont d’un accord de 7,4 milliards d’euros avec Le Caire pour le contrôle des migrations, ce qui pose des questions délicates à un Parlement européen de plus en plus frustré.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, affirme, dans une lettre datée du 15 mars et vue par EUobserver, que l’urgence d’envoyer l’argent au Caire l’oblige à contourner l’assemblée. Elle a depuis décidé de déclencher l’article 213 du traité de l’UE, permettant à la Commission européenne d’agir seule.

«Pour des raisons d’extrême urgence et à titre tout à fait exceptionnel, le recours à l’article 213 du TFUE est considéré comme une base juridique appropriée pour la première opération d’un milliard d’euros», écrit-elle dans une lettre envoyée à la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola.

https://euobserver.com/migration

Pourquoi la présidente de la Commission européenne éprouve-t-elle un sentiment d’urgence aussi insupportable face aux finances douteuses d’un État en faillite d’Afrique de l’Est ? Et pourquoi Mme von der Leyen a-t-elle choisi d’ignorer les limites de son autorité légale en virant les fonds au Caire sans avoir obtenu au préalable l’approbation de l’assemblée ?

Si tout cela semble plutôt inhabituel, c’est parce que c’est le cas. Les responsables politiques occidentaux font tout ce qu’ils peuvent pour aider Israël dans son projet de nettoyage ethnique de la Palestine. Mme von der Leyen n’est que l’une des contributrices à ce projet malveillant, mais il y en a d’autres aussi. Ce que nous essayons de dire, c’est que la destruction de Gaza par Israël et le regroupement de sa population vers la frontière sud font partie d’un plan plus vaste qui comporte de nombreuses parties mobiles et de nombreux acteurs puissants. Les dirigeants israéliens savent ce qu’il faut pour mener à bien une telle opération, car ils ont déjà mené des opérations similaires par le passé, comme l’illustre cet extrait d’un article de Counterpunch :

Le nettoyage ethnique faisait et fait toujours partie intégrante du projet sioniste…

Pour créer un État juif en Palestine, les sionistes devaient créer une majorité juive écrasante. (…) L’Allemagne nazie a aidé en chassant les juifs d’Europe… mais il n’y avait toujours aucune perspective réaliste de créer une majorité juive écrasante en attirant des colons juifs (…)

La première vague de nettoyage ethnique d’Israël a commencé en 1947, s’est intensifiée en 1948 et s’est poursuivie en 1949. Au total, 720 000 Palestiniens, soit environ 80% des Palestiniens des territoires occupés par les forces juives/israéliennes, ont été expulsés au cours de cette période, ce qui représente la moitié de la population arabe de la Palestine.

Israël s’est engagé dans un deuxième cycle de nettoyage ethnique pendant et après la prise en juin 1967 de la Cisjordanie, de Gaza et de Jérusalem-Est… Les Palestiniens qui étaient présents dans les territoires occupés mais qui n’ont pas été comptés dans un recensement israélien après la guerre de juin se sont vu refuser le droit de résidence en Israël (…) par ces moyens et d’autres, Israël a procédé à un nettoyage ethnique d’un cinquième des Palestiniens dans les territoires occupés.

Dans les décennies qui ont suivi la guerre de juin 1967, Israël a rendu la vie des Palestiniens des territoires occupés de plus en plus difficile (…) Entre 1970 et 2000, la population de la Cisjordanie et de Gaza a triplé, passant d’un million à trois millions d’habitants. À l’intérieur de ses frontières de facteur, Israël comptait désormais 4,1 millions de Palestiniens et 5 millions de juifs. La sonnette d’alarme est tirée. Il fallait faire quelque chose à ce sujet» (…)

«Postscripts sur Israël : October 7 Surprise ?», M. Shahid Alam, Counterpunch

Ce que l’on peut déduire de cet extrait, c’est que l’expulsion des Palestiniens de Gaza ne vise pas à lutter contre le terrorisme, mais à modifier la composition démographique de la région située entre le Jourdain et la mer Méditerranée. Le fait est que l’on ne peut préserver un État à majorité juive sans une nette majorité juive. En annexant les territoires occupés de Gaza et de Cisjordanie, Israël augmentera considérablement le nombre d’Arabes à l’intérieur de ses frontières, mettant ainsi en péril ce principe fondamental. Voici un autre extrait du même article :

«La population juive d’Israël a décuplé entre 1948 et 2023, passant de 717 000 à 7 181 000. Près de la moitié de la population juive mondiale vit aujourd’hui en Israël.

Pourtant, Israël n’a pas gagné la course démographique. En 2023, les Palestiniens seront plus nombreux que les juifs dans la Palestine historique – 7,4 millions de Palestiniens contre 7,1 millions de juifs» (…)

«Postscripts sur Israël : October 7 Surprise ?», M. Shahid Alam, Counterpunch

L’opération militaire d’Israël à Gaza n’est qu’une réponse à un problème démographique qui tourmente les dirigeants israéliens depuis la création de l’État juif. À la lumière de ce fait, nous pouvons constater que le Hamas n’est qu’un prétexte utilisé pour dissimuler le motif des hostilités. En vérité, peu importe que les Palestiniens soient hispaniques, asiatiques ou écossais-irlandais. Si leur nombre menaçait de dépasser celui de la majorité juive, leur sort serait le même.

Naturellement, l’annexion de facto de territoires arabes supplémentaires pose un défi numérique pour lequel il n’existe en fin de compte qu’une seule solution : le nettoyage ethnique. Et si la formulation a été maintes fois remaniée pour paraître moins oppressive (transfert, évacuation, réinstallation, migration volontaire), la pratique reste la même. (Nettoyage ethnique : L’expulsion massive ou le meurtre de membres d’un groupe ethnique ou religieux dans une région par ceux d’un autre groupe. Oxford) Voici quelques itérations récentes sur le même thème :

Dans un document datant du 17 octobre 2023, le ministère israélien du Renseignement a examiné l’option consistant à «évacuer» les habitants de Gaza vers le Sinaï et a affirmé que cela «produirait des résultats stratégiques positifs à long terme pour Israël».  (…)

Un groupe de réflexion israélien, l’Institut Misgav, a également présenté un argumentaire similaire. Il a affirmé que les conditions à Gaza offraient «une occasion unique et rare d’évacuer toute la bande de Gaza et sa coordination avec le gouvernement égyptien».  (…)

Jonathan Adler, Hurford Fellow à la Carnegie Endowment for International Peace, écrit le 31 décembre 2023 qu’«aujourd’hui, il y a un élan croissant [en Israël] pour effectuer un transfert massif – avec le soutien des Américains». Certains politiciens et responsables israéliens – notamment un ancien général de brigade et un ancien ambassadeur israélien aux États-Unis – «suggèrent que les Palestiniens devraient fuir Gaza par le poste frontière de Rafah avec l’Égypte et se réfugier dans la péninsule du Sinaï…».

Le 20 octobre, la Maison-Blanche a demandé au Congrès des fonds pour «répondre aux besoins potentiels des habitants de Gaza fuyant vers les pays voisins». Si la Maison-Blanche s’apprêtait à financer le nettoyage ethnique des Gazaouis, il est peu probable que cela se soit produit sans discussions préalables avec Israël et l’Égypte. Ces discussions ont-elles eu lieu avant le 7 octobre ?…

Counterpunch

Il est clair qu’Israël veut une Palestine sans les Palestiniens et, au cours des six derniers mois, il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour y parvenir. Maintenant que l’objectif est à leur portée, ils sont prêts à tout, même à mettre en péril leurs relations avec leur allié le plus important, pour atteindre leur objectif. C’est pourquoi, mercredi, Netanyahou a déclaré qu’Israël «n’avait pas d’autre choix» que de s’installer à Rafah, car «l’existence même du pays est en jeu». En vérité, Israël n’est pas du tout en danger, Netanyahou essaie simplement de dissimuler le véritable objectif de l’offensive terrestre d’Israël qui est d’exiler plus d’un million de Palestiniens en Égypte. Selon un rapport de CNN :

«Netanyahou avait auparavant déclaré à la délégation que les Palestiniens déplacés à Gaza pouvaient «simplement se déplacer» hors de Rafah et «déménager avec leurs tentes»».

«Déménager avec leurs tentes» ?

Alors, maintenant, Netanyahou admet ce que ses détracteurs disent depuis le tout début, à savoir que l’assaut militaire d’Israël est en fait une opération de nettoyage ethnique visant à pousser les Palestiniens hors de Gaza et dans des villes de tentes dans le désert du Sinaï ?

Il semblerait que ce soit le cas, et il semblerait également que l’Égypte soit d’accord avec ce plan. Selon le Guardian :

L’Égypte a commencé à construire une zone fermée entourée de hauts murs de béton le long de sa frontière avec Gaza, qui semble destinée à accueillir les Palestiniens fuyant la menace d’un assaut israélien sur la ville méridionale de Rafah.

Des photos et des vidéos publiées par la Fondation du Sinaï pour les droits de l’homme (SFHR), un groupe de surveillance, montrent des travailleurs utilisant des machines lourdes pour ériger des barrières en béton et des tours de sécurité autour d’une bande de terre du côté égyptien du point de passage de Rafah. (…)

La SFHR a déclaré sur les médias sociaux que les vidéos montraient des efforts visant à «établir une zone isolée entourée de murs à la frontière avec la bande de Gaza, dans le but d’accueillir des réfugiés dans l’éventualité d’un exode massif.

«L’Égypte construit une enceinte fortifiée dans le Sinaï pour les réfugiés de Rafah, selon des photos», Guardian

Tout, du défrichage du désert du Sinaï à l’octroi de prêts colossaux à l’Égypte, des réunions secrètes des chefs des services de renseignements à Doha (CIA, Mossad, renseignements généraux égyptiens) aux déclarations fanfaronnes des responsables israéliens, en passant par les sauts frénétiques d’Antony Blinken de Jedda à Jérusalem, de Doha au Caire et vice-versa, suggère que nous sommes sur le point d’entamer la phase finale de l’opération maligne de purification ethnique d’Israël. Voici comment Johnathan Adler, de la Fondation Carnegie, résume la situation :

(…), il devient de plus en plus clair que la guerre poursuit un second objectif : l’expulsion massive des Palestiniens de la bande de Gaza. Des hommes politiques israéliens et des responsables de la Défense israélienne ont appelé à une seconde Nakba et ont exhorté l’armée à raser Gaza. Certains suggèrent que les Palestiniens fuient Gaza par le poste frontière de Rafah avec l’Égypte et cherchent refuge dans la péninsule du Sinaï, notamment l’ancien général de brigade Amir Avivi et l’ancien ambassadeur d’Israël aux États-Unis Danny Ayalon.

Avivi et Ayalon insistent sur le fait que l’évacuation des Palestiniens de Gaza n’est qu’une mesure humanitaire visant à protéger les civils pendant qu’Israël mène ses opérations militaires. Mais d’autres rapports suggèrent que les Palestiniens seraient réinstallés de façon permanente en dehors de Gaza, dans un acte de nettoyage ethnique (…)

Les projets actuels de transferts massifs ressemblent donc davantage, d’un point de vue historique, à la Nakba de 1948 et à ses conséquences. Après que 200 000 réfugiés palestiniens eurent fui la Palestine historique vers Gaza en mars 1949, les États-Unis ont fait pression en faveur d’une proposition de l’ONU visant à réinstaller des dizaines de milliers de personnes dans le désert du Sinaï. (…)

Ces dernières semaines, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a résisté aux pressions israéliennes et américaines pour permettre l’évacuation des Palestiniens par Rafah dans le Sinaï… Mais en échange de l’acceptation des Palestiniens de Gaza, les États-Unis auraient proposé au Caire des incitations économiques alors que l’Égypte est confrontée à une crise de la dette extrême». (…)

«Au sud du Sinaï : Israël va-t-il forcer les Palestiniens à quitter Gaza», Carnegie Endowment

Selon toute probabilité, il n’y a rien à faire pour empêcher Israël de raser Rafah ou d’expulser inévitablement les Palestiniens de leur dernier refuge. Le seul espoir est que la communauté internationale condamne l’occupation illégale de Gaza par Israël en imposant des sanctions économiques, politiques et militaires douloureuses qui dureront jusqu’à ce que la terre soit rendue à ses propriétaires légitimes. Cela ne suffira pas à compenser les morts et les souffrances endurées par les Palestiniens au cours du dernier demi-siècle, mais c’est un pas dans la bonne direction.

source : The Unz Review

Une ex-otage raconte comment l’armée israélienne a tué des résidents du kibboutz

Source : RzO International - Le 17/03/2024.

 

«Mon mari a été séparé de nous trois jours avant le retour en Israël, & emmené dans les tunnels. Et vous voulez inonder les tunnels ? Bombarder le tracé des tunnels là où ils sont retenus ?»

par David Sheen et Ali Abunimah

Une Israélienne capturée par des combattants palestiniens le 7 octobre 2023 est reconnaissante envers le pilote d’hélicoptère qui a tiré sur le véhicule dans lequel elle se trouvait, tuant un autre Israélien ainsi que tous leurs ravisseurs, a rapporté le mois dernier la chaîne israélienne Channel 12.

Shani Goren, une habitante du kibboutz Nir Oz, âgée de 29 ans, a été enlevée chez elle sous la menace d’une arme par des combattants palestiniens et transportée dans la bande de Gaza, où elle a été détenue 55 jours. Elle a été libérée le 30 novembre.

Cependant, avant qu’elle n’atteigne Gaza, un véhicule transportant Goren a été la cible de tirs nourris de la part d’un hélicoptère de combat israélien.

Lorsque les tirs ont cessé, Goren a réalisé que les balles de gros calibre de l’hélicoptère avaient tué tous ses ravisseurs, ainsi qu’une Israélienne, Efrat Katz, une autre habitante de Nir Oz.

«Mon pantalon était déchiré et couvert de sang. J’ai levé la tête et aperçu des dominos», se rappelle Goren à Ilana Dayan, présentatrice de la prestigieuse émission d’investigation Uvda sur Channel 12 – et, coïncidence, également sa cousine. «Tous les Palestiniens ont été tués».

 

Vous pouvez visionner une partie du récit de Goren avec sous-titres en anglais dans la vidéo ci-dessus, ou sur YouTube. Une transcription est disponible ci-dessous.

Goren et les autres captifs israéliens qui ont survécu aux tirs nourris de l’hélicoptère ont été enlevés quelques minutes plus tard par d’autres Palestiniens revenant de Nir Oz sur l’un des tracteurs du kibboutz.

Seule une femme, Neomit Dekel-Chen, 63 ans, leur a échappé en faisant semblant d’être mortellement blessée par les tirs de l’hélicoptère.

Le 7 octobre, l’armée israélienne a mis en œuvre sa très controversée directive Hannibal, qui consiste à ordonner l’assassinat de prisonniers israéliens pour éviter d’avoir à négocier leur vie en libérant des Palestiniens détenus dans les prisons israéliennes.

Au kibboutz Be’eri, une autre colonie israélienne située près de la frontière de Gaza, l’armée israélienne a attaqué une maison où se trouvaient 14 otages civils et plusieurs dizaines de combattants du Hamas.

Tous les combattants de Qassam, sauf un, et tous les prisonniers, sauf deux, ont été tués dans les tirs croisés. Au moins trois des civils, dont Liel Hatsroni, 12 ans, ont été calcinés par des obus de chars israéliens tirés sur la maison.

Comme The Electronic Intifada l’a précédemment rapporté, Barak Hiram, le général israélien qui a donné l’ordre de tirer sur la maison, a raconté une histoire inventée de toutes pièces pour tenter de dissimuler cet incident, lorsque Ilana Dayan, de Channel 12, l’a interviewé en octobre.

Les familles des civils israéliens tués par les tirs de l’armée israélienne au kibboutz Be’eri ont exigé que l’armée enquête immédiatement sur l’incident comme sur la décision d’utiliser une puissance de feu écrasante au prix de la vie de leurs proches.

Des sources militaires israéliennes ont révélé que le 7 octobre, des hélicoptères d’attaque, ainsi que des drones armés, ont envahi le ciel au-dessus du sud d’Israël et autour de Gaza.

Le média israélien Ynet a rapporté en novembre que :

«28 hélicoptères de combat ont tiré au cours de la journée toutes les munitions qu’ils avaient en stock, multipliant les tentatives de réarmement».

Ynet mentionne en particulier le lieutenant-colonel A., commandant de l’escadron 190, qui, vers le milieu de la matinée du 7 octobre, «a ordonné aux autres chasseurs de tirer sur tout ce qui bougeait dans le secteur des frontières».

«S’il tire à nouveau, c’est moi qui meurs»

Au moins une survivante de l’attaque d’hélicoptère israélienne qui a tué Efrat Katz, une habitante de Nir Oz, a dénoncé la volonté répétée d’Israël de sacrifier la vie de ses citoyens – le jour où elle a été enlevée, pendant qu’elle était détenue à Gaza, et depuis son retour chez elle le 27 novembre.

Lors d’une réunion avec le Premier ministre Benjamin Netanyahou et son cabinet de guerre, la semaine suivant sa libération, Sharon Cunio a reproché aux dirigeants israéliens d’avoir approuvé la directive Hannibal, et les a suppliés de ne plus prendre de risques avec la vie de son mari David Cunio, toujours détenu à Gaza.

«Notre sentiment, c’est que personne n’a fait rien pour nous. En réalité, je me suis réfugiée dans une cachette qui a été bombardée, et nous avons dû sortir en douce, après avoir été blessés. Sans parler de l’hélicoptère qui nous a tiré dessus sur la route vers Gaza. Ils prétendaient avoir obtenu des renseignements, mais le fait est que nous avons été bombardés», leur a dit Mme Cunio, selon le média israélien Ynet, qui s’est procuré des enregistrements de la réunion controversée.

«Mon mari a été séparé de nous trois jours avant notre retour en Israël, et a été emmené dans les tunnels», a déclaré Mme Cunio aux membres du cabinet de guerre. «Et vous parliez d’inonder les tunnels avec de l’eau de mer ? De bombarder le tracé des tunnels dans la zone où ils sont retenus ?»

La colère de Cunio face aux multiples mises en œuvre de la directive Hannibal par Israël n’est cependant pas partagée par Goren, emmenée à Gaza à bord du même tuk tuk – un petit véhicule utilitaire motorisé.

Lorsqu’on lui demande quels sont ses sentiments à l’égard du pilote de l’hélicoptère qui les a arrosés de tirs, Goren répond qu’elle a ressenti de la gratitude, tout en regrettant qu’il n’ait pas poursuivi ses tirs sur le deuxième groupe de Palestiniens qui les a emmenés à Gaza.

«Merci, et pourquoi n’êtes-vous pas resté ?» a déclaré Goren à Channel 12. «Pourquoi n’êtez-vous pas venu pour abattre tous ceux qui se trouvaient là ? Si un seul hélicoptère avait tiré, tout se serait bien passé. Nous ne serions jamais arrivés à Gaza».

L’appréciation de Goren est d’autant plus étrange qu’elle semble comprendre qu’elle aurait pu être tuée, tout comme Efrat Katz, si l’hélicoptère était revenu.

«J’essayais aussi de me cacher, de me réfugier à l’intérieur autant que possible», explique Goren à Ilana Dayan alors qu’ils regardent les images du deuxième véhicule chargé de personnes qui finira par arriver à Gaza. «À ce moment-là, j’ai eu peur que l’hélicoptère ne nous tire à nouveau dessus. Cette fois, j’étais exposé de dos. S’il tirait à nouveau, c’est moi qui mourais».

Goren a également décrit comment, le 23 octobre, elle et d’autres Israéliens détenus à Gaza ont été évacués à la hâte par leurs ravisseurs palestiniens de la maison où ils étaient retenus, alors qu’ils avaient été avertis de l’imminence d’un bombardement par l’armée de l’air israélienne.

Des tirs amis en masse

Doron Katz-Asher et ses deux petites filles Raz et Aviv se trouvaient dans le premier véhicule avec Efrat Katz, la mère de Doron, et Shani Goren lorsque l’hélicoptère a attaqué.

Katz-Asher a raconté à Channel 12, lors d’une interview réalisée en décembre, ce qui lui est passé par la tête au moment où l’hélicoptère israélien a ouvert le feu, tuant sa mère et blessant Katz-Asher et sa petite fille Aviv, âgée de 2 ans.

«Cela peut sembler bizarre, mais j’ai eu l’impression d’être dans un film de guerre avec des tirs et des terroristes, et je voulais tellement arriver à Gaza, pour être emmenée dans un lieu sûr, entre guillemets, où je ne serais pas sous le feu», a déclaré Katz-Asher. «Et où ils pourraient peut-être même soigner mes blessures».

«Ça a même été une forme de soulagement d’arriver vivantes [à Gaza]», a ajouté Katz-Asher.

Katz-Asher et ses deux filles sont rentrées chez elles le 24 novembre, dans le cadre du cessez-le-feu temporaire et de l’accord d’échange de prisonniers conclus ce mois-là.

Pendant sa détention à Gaza, Katz-Asher a déclaré qu’elle ne pouvait s’empêcher de penser «avoirs été abandonnée» par les dirigeants israéliens, et «qu’ils n‘étaient peut-être animés que par un esprit de vengeance».

L’armée israélienne a admis l’existence d’une «quantité énorme et complexe» d’incidents dits de «tirs amis» le 7 octobre, au cours desquels les forces israéliennes ont tiré sur leurs propres citoyens.

Selon Ynet, l’armée estime toutefois qu’il ne serait pas moralement judicieux d’enquêter sur ces incidents.

En ce qui concerne Efrat Katz, l’armée [Tsahal] a déclaré :

«Après examen de l’incident décrit, aucune réponse ne peut être apportée avec certitude aux allégations de la famille à ce stade».

À ce jour, il n’existe aucun chiffre exact ou officiel permettant de déterminer qui des 1200 Israéliens et ressortissants étrangers dont Israël affirme qu’ils sont morts ce jour-là ont effectivement été tués par les forces israéliennes.

Il est possible que Katz, en tant que résident d’un kibboutz, ait été perçu comme un gauchiste – du moins en termes israéliens – et donc considéré comme quantité négligeable.

Vivre sur une terre volée

Bien que les sionistes aient présenté les kibboutzim au monde entier comme des fermes collectives idéales et socialistes, la réalité montre qu’il s’agissait de colonies de peuplement exclusivement juives, souvent construites sur des terres brutalement arrachées aux Palestiniens victimes d’un nettoyage ethnique.

Nir Oz et plusieurs autres colonies sionistes voisines ont été construites sur des terres appartenant à la famille Abu Sitta, dans une communauté appelée al-Main, jusqu’à ce qu’elle soit expulsée par les colons sionistes vers Gaza pendant la Nakba.

La plupart de ces colonies ont été établies en tant qu’avant-postes coloniaux ou garnisons militaires pour renforcer les conquêtes du nouvel État colonisateur sioniste.

Al-Main a été attaquée par les milices sionistes le 14 mai 1948. La Haganah [groupe armé sioniste de défense des colonies juives, créée au moment lors de la dissolution de la légion juive en 1919, devenue la base de l’armée de défense d’Israël] «a détruit et brûlé des maisons, démoli l’école construite en 1920, fait sauter le puits et le moulin à farine», a écrit Salman Abu Sitta, géographe palestinien renommé et survivant de l’épuration ethnique.

«Quinze combattants palestiniens armés de vieux fusils leur ont opposé une courageuse résistance pendant plusieurs heures», raconte Abu Sitta. «Enfant, j’ai vu les restes fumants de mon village alors que j’étais blotti avec d’autres enfants et femmes dans un ravin voisin. Je n’avais jamais vu de juif auparavant et je ne savais pas qui étaient ces attaquants, ni pourquoi ils étaient venus détruire nos vies».

C’est ainsi qu’a commencé la vie d’Abu Sitta en tant que réfugié.

Il y a cinq ans, De-Colonizer, un projet d’éducation sur la Nakba, a installé une exposition dans la dernière maison encore debout à al-Main et a invité les résidents israéliens des kibboutzim environnants à la visiter.

«Les commentaires les plus virulents, voire les menaces, sont venus d’un vieux kibboutznik de plus de 80 ans, qui a assisté et participé à l’attaque d’al-Main», a observé Abu Sitta.

D’autres colons ont également exprimé leur colère, leur déni et leur défiance face à la réalité de leur présence sur des terres prises de force à des personnes vivant ensuite en tant que réfugiés, enfermées dans un ghetto à quelques kilomètres de là.

Mais de nombreuses personnes ayant visité l’exposition se sont montrées plus réceptives, l’une d’entre elles n’étant autre qu’Efrat Katz, une habitante de Nir Oz.

«Ce que j’ai vu ici aujourd’hui est très émouvant et même douloureux. Bien que je vive ici depuis plus de 35 ans, je ressens le besoin et l’espoir de retourner à la terre et de la faire revivre avec les émotions du passé, de la faire revivre avec la culture et les habitudes de vous, les résidents», a déclaré Mme Katz dans une note manuscrite.

«Un territoire ne se limite pas à quelques briques. Une terre, c’est une valeur, ce sont des racines, c’est l’amour d’un lieu. Il n’y a pas à expulser et déporter qui que ce soit. Je suis de tout cœur avec vous».

Le 7 octobre 2023, les petits-enfants et arrière-petits-enfants des Palestiniens expulsés en 1948 sont revenus sur leur terre, menant un assaut dévastateur contre les bases militaires et les colonies israéliennes qui avaient usurpé par la force leur place et la vie qu’ils auraient pu mener.

«J’aurais pu être l’un de ceux qui ont franchi la barrière si j’avais été beaucoup plus jeune, et si j’avais encore vécu dans le camp de concentration appelé la bande de Gaza», a écrit en janvier Salman Abu Sitta, aujourd’hui âgé de 80 ans.

Efrat Katz est morte ce jour-là aux mains de ceux qui étaient censés la protéger.

Un crime qui n’a pas eu lieu

Les souvenirs de Shani Goren concernant sa capture le 7 octobre semblent incongrus par rapport aux allégations du gouvernement israélien selon lesquelles les combattants palestiniens auraient reçu l’ordre de leurs commandants de violer des Israéliennes pendant l’attaque.

Lorsque le kibboutz a été attaqué tôt le samedi matin, Goren a suivi les conseils téléphoniques de son frère Amit et s’est barricadée dans sa chambre. Lorsque cinq combattants palestiniens sont arrivés et sont entrés dans sa chambre, ils l’ont trouvée presque sans vêtements.

«Je portais des sous-vêtements, mais pas de soutien-gorge, juste un débardeur, ce que je porte habituellement pour aller me coucher», a déclaré Goren à Dayan.

L’un des combattants a fouillé dans son armoire, en a sorti des vêtements pour qu’elle se couvre ses jambes et les lui a tendus. «Il m’a lancé des leggings», s’est souvenue Goren. Il m’a dit : «Habillez-vous».

À ce moment-là, les combattants palestiniens contrôlaient entièrement le kibboutz Nir Oz.

«J’ai regardé de tous les côtés – ils étaient des milliers», se souvient Goren. «Il n’y a personne d’autre. J’ai demandé : «Où est l’armée ?»»

Si les combattants palestiniens avaient vraiment reçu l’ordre de commettre des crimes sexuels ce jour-là, ils auraient pu violer Goren avec une facilité déconcertante. Au lieu de cela, ils l’ont emmenée dans le village, apparemment pour célébrer leur conquête du kibboutz.

Dayan, de Channel 12, l’a décrit comme «une sorte de parcours victorieux à travers les sentiers de Nir Oz».

Pour se calmer, Goren a demandé une cigarette au chef des Palestiniens qui l’avaient enlevée. Il s’est alors approché d’un autre combattant, a pris une cigarette et l’a autorisée à la fumer. Au bout d’un moment, un autre combattant lui a crié dessus et elle a été obligée de l’éteindre.

Le fait qu’une Israélienne de 29 ans légèrement vêtue n’ait pas été agressée sexuellement alors que ses ravisseurs avaient largement la possibilité de le faire, ou pendant ses presque deux mois de captivité à Gaza, montre peut-être qu’aucun crime sexuel n’a été commis ailleurs sur le champ de bataille ce jour-là.

Mais il fournit un contexte supplémentaire pour évaluer les affirmations israéliennes – faites sur la base de comptes rendus démentis et discrédités, et présentées jusqu’à présent sans aucune preuve médico-légale ou témoignage direct – selon lesquelles ces crimes étaient systématiques, planifiés à l’avance et auraient été perpétrés sur l’ordre des commandants du Hamas «en tant qu’arme de guerre».

À cet égard, les souvenirs de Goren peuvent être comparés à ceux de Yasmin Porat, l’une des deux seules Israéliennes à avoir survécu au bombardement de la maison ordonné par le général Barak Hiram au kibboutz Be’eri.

Dans une interview accordée à la radio publique israélienne en octobre, Yasmin Porat a raconté comment les dizaines de combattants palestiniens l’avaient traitée, elle et les autres civils qu’ils détenaient, «avec humanité».

Elle a insisté sur le fait que les combattants avaient certes l’intention de «nous kidnapper pour nous emmener à Gaza, mais pas de nous assassiner».

«C’était vraiment effrayant, mais personne ne nous a maltraités», a déclaré Porat. «Heureusement, il ne m’est rien arrivé de comparable à ce que j’ai pu entendre dans les médias».

*

Transcription de la vidéo

Source de la vidéo : Channel 12 (Israël)

Nom du programme : Uvda

Date : 15 février 2024

Voix off : Il est 6h45 du matin, et il s’agit d’une émission spéciale d’information au lendemain d’une salve de missiles et de roquettes tirés sur le territoire israélien.

Shani Goren : J’ai appellé [mon frère] Amit et il m’a dit : «Lève-toi, ferme la porte, ferme tout, ne sors pas de la maison. Relève la poignée de la chambre et ne bouge pas de là».

Ilana Dayan [voix off] : Son frère Amit n’était pas à Nir Oz ce samedi-là. Sa sœur Shira était au kibboutz, tout comme sa grande amie Arbel Yahud, toujours chez elle à ce moment-là.

Shani Goren : J’ai parlé avec Arbel, nous étions toutes les deux très stressées. Nous ne pouvions pas parler. Nous nous sommes dit que nous nous aimions. Nous espérions qu’ils ne nous atteindraient pas et qu’il ne se passerait rien.

Ilana Dayan [voix off] : À partir de ce moment-là, elle est restée en ligne avec la compagne de son frère pendant toute la durée de l’opération.

Shani Goren : Nofar m’a appelée, j’ai parlé avec elle pendant deux heures.

Ilana Dayan : Vous êtes restées en ligne tout le temps ?

Shani Goren : Oui, elle m’a dit plus tard que cela avait duré deux heures. De mon point de vue, cela faisait une demi-heure qu’on se parlait. Je lui ai dit : «J’ai peur» et elle m’a dit : «Respire». Et soudain, il y a eu des bruits dans la maison. Je lui ai chuchoté : «Nofar, ils sont là ! Ils sont là !» Elle me dit : «D’accord, tais-toi. Respire. Je suis avec toi». J’étais sous la couverture. Recroquevillée, j’essayais de rester près du placard, au cas où ils viendraient. Et puis la porte s’est ouverte sans bruit et ils ont lancé une grenade. Je lui dis : «Ils ont jeté quelque chose, ils ont jeté une grenade !» Heureusement pour moi, la grenade n’a pas explosé. Et après quelques secondes, ils sont entrés.

Ilana Dayan : C’était la pièce sécurisée, votre chambre.

Shani Goren : Oui, c’est ça. Ils ont lancé la grenade et quatre d’entre eux sont entrés dans cette pièce.

Ilana Dayan : Et vous étiez toujours allongée ?

Shani Goren : J’étais dans le lit, assis. Elle fait le mouvement [de croiser les bras pour former un X] – censé montrer qu’on est prisonnier. Je m’en suis rendu compte plus tard, lorsque je suis arrivé à Gaza. Le type qui se trouvait dans la maison où nous étions faisait le même mouvement. Je lui ai demandé : «Qu’est-ce que vous faites ? Qu’est-ce que ça veut dire ?» Il m’a dit : «Ça signifie être en captivité». Je n’avais pas compris ce qu’ils attendaient de moi. J’ai donc résisté, et plus je résistais, ils s’approchaient de moi avec leurs armes.

Ilana Dayan : Vous aviez donc quatre canons braqués sur vous ?

Shani Goren : Oui, et un des gars a commencé à vider mon armoire. À la fin, il m’a jeté des leggings. Il m’a dit : «Habillez-vous». Parce que j’étais en sous-vêtements, pas de soutien-gorge, juste un top, ce que je porte habituellement au lit. Il m’a dit : «Habillez-vous» en me montrant mes tongs.

Ilana Dayan : Mon Dieu.

Shani Goren : Oui.

Ilana Dayan : Étaient-ils calmes ou nerveux ?

Shani Goren : Ils étaient nerveux et stressés, mais ils ne se sont pas défoulés sur moi. Agité, l’un d’eux m’a arraché mon téléphone des mains et l’a empoché. Il a refait ce mouvement [croiser les bras pour former un X]. Chaque fois que je disais : «Non non non !», ils pointaient leurs armes sur moi. Alors je les ai regardés en pleurant, effrayée, en les suppliant de me laisser la vie sauve. J’ai regardé l’arme la plus proche de moi. Puis celui qui a parlé avec moi a éloigné son arme. Et chaque fois qu’il a essayé de m’emmener, j’ai résisté. En fait, ils voulaient simplement me fait sortir.

Ilana Dayan : Avez-vous pu dire au revoir à quelqu’un ?

Shani Goren : Non, je n’ai dit au revoir à personne. Je ne pensais pas que ce genre de chose pouvait arriver.

Ilana Dayan : Et qu’est-ce que cette pièce représente pour vous aujourd’hui ?

Shani Goren : Elle est profanée – pour moi, c’est au-delà du possible.

Ilana Dayan : Ce n’est plus votre maison ?

Shani Goren : Non : Non. Ma maison s’est brisée le 7 octobre.

Ilana Dayan : Vous avez marché jusqu’ici.

Shani Goren : Il m’a emmenée par là. Il m’a prise par la main et nous avons fait le tour. Nous avons marché afin qu’il puisse me montrer…

Ilana Dayan [voix off] : – pour lui montrer comment ils avaient conquis son kibboutz.

Shani Goren : Je regardais de tous les côtés – il y en avait des millions.

Ilana Dayan : Vous parlez des combattants ?

Shani Goren : Oui, il n’y avait personne d’autre. J’ai demandé : «Où est l’armée ? Que se passe-t-il ?»

Ilana Dayan [voix off] : Elle est seule avec cinq Palestiniens qui l’emmènent dans une sorte de tour de piste victorieux à travers les chemins de Nir Oz.

Shani Goren : Je voyais toute cette rangée de maisons incendiées. Il y en avait beaucoup d’autres.

Ilana Dayan : Beaucoup de combattants ?

Shani Goren : Oui.

Ilana Dayan : Et pendant ce temps, vous n’avez pas vu d’autres membres du kibboutz ?

Shani Goren : Aucun, je n’ai vu qu’eux, partout, surgissant de toutes parts. Je ne me souviens pas où nous avons fini par arriver, mais il y avait quelqu’un d’autre. Je l’ai supplié : «Je voudrais une cigarette. Je n’arrive pas à respirer, je veux une cigarette».

Ilana Dayan : Vous lui avez dit cela ?

Shani Goren : Oui. Et il m’a dit : «Non, non, il n’y a pas de cigarettes».

Ilana Dayan : Vous êtes incroyable.

Shani Goren : Et il a fini par me donner une cigarette.

Ilana Dayan : Vous avez réussi à lui soutirer une cigarette ?

Shani Goren : Oui, un groupe est passé, il a pris une cigarette à l’un d’entre eux et me l’a donnée. Après deux bouffées, un grand type barbu est arrivé et m’a crié de laisser tomber la cigarette.

Ilana Dayan : Plus de cigarette.

Shani Goren : Voilà, plus de cigarette. À un moment donné, j’ai vu Doron et ses filles.

Ilana Dayan : Vous les avez vues avec des rebelles ?

Shani Goren : Oui.

Ilana Dayan : Doron est venue ici pour rendre visite à sa mère Efrat.

Shani Goren : Oui, elle était venue rendre visite à sa mère.

Ilana Dayan : J’imagine que vous connaissez Efrat depuis de nombreuses années, c’est une ancienne.

Shani Goren : Oui, Efrat est une voisine de ma mère. Doron aussi, je la connaissais mieux quand nous étions plus jeunes.

Ilana Dayan [voix off] : Pour la première fois, elle a vu un visage familier dans ce paysage d’enfer : Doron Katz et sa mère Efrat qui tient les deux petites filles de Doron.

Shani Goren : Elle a crié : «Shani ! Shani !» Et je suis allée vers eux, ils m’ont laissée les rejoindre. Doron m’a dit : «Prends Raz avec toi pour soulager Efrat».

Ilana Dayan : Raz est la plus âgée.

Shani Goren : Oui, j’ai emmené Raz. Les filles paniquaient parce qu’elles ne savaient pas ce qui se passait. Devant nous, il y avait le vignoble, c’est là qu’ils nous ont rassemblés.

Ilana Dayan [voix off] : Ce n’est qu’en la voyant ici que nous pourrons peut-être commencer à comprendre ce qu’elle a vécu à ce moment-là, lorsque les chemins du kibboutz où elle est née et où elle a grandi deviennent le lieu d’où elle est enlevée pour Gaza.

Shani Goren : Tout était en flammes. Tout au long du trajet, nous n’avons vu que des maisons brûlées.

Ilana Dayan : On les voit ici.

Shani Goren : Oui. Ils nous ont rassemblés là, sur le chemin de terre. Un «tuk tuk» attendait sur la route.

Ilana Dayan [voix off] : Le véhicule qui s’approche d’eux est un quad qui tire un plateau et qui s’arrête à côté des Palestiniens. Ils ont l’intention d’y charger les captifs quand soudain, la sirène du code rouge a retenti.

Shani Goren : Nous avons alors couru vers l’abri. Là aussi, quelques secondes se sont écoulées…

Ilana Dayan : Avec les rebelles ?

Shani Goren : Oui, ils ont couru après nous. Avant même la fin du code rouge, ils nous ont dit : «Allez, allez».

Ilana Dayan [voix off] : Elle est maintenant dans le «tuk tuk» à plateau avec Efrat, la fille d’Efrat, Doron, et les deux petites filles de Doron.

Shani Goren : Nous étions assises dedans. Soudain, nous avons vu Neomit se faire emmener elle aussi. Ils l’ont fait monter avec nous.

Ilana Dayan [voix off] : Neomit Dekel-Chen, 63 ans, responsable de l’aménagement paysager à Nir Oz, est montée dans le véhicule. Quelques secondes plus tard, David Cunio et l’une de ses filles jumelles y sont également entraînés.

Shani Goren : Ils ont essayé de faire démarrer le moteur. Soudain, nous avons vu Sharon se faire emmener avec deux autres personnes.

Ilana Dayan : La mère sans la deuxième fille ?

Shani Goren : Sans la deuxième fille. Et David s’est écrié : «C’est ma femme ! C’est ma femme ! Attendez !» Ils l’ont embarquée elle aussi. Nous nous sommes assis sur le plateau. Les Palestiniens se sont assis sur les côtés, ils nous ont encerclés et nous avons commencé à rouler. J’essayais de rester concentrée pour les filles, de les calmer et de leur dire : «Ça va aller, ça va aller».

Ilana Dayan : Mais intérieurement…

Shani Goren : J’étais morte de peur, c’était le pire des cauchemars.

Ilana Dayan : Étiez-vous psychologiquement consciente ou détachée de la réalité ?

Shani Goren : Détachée. Très détachée. Mon cœur battait à tout rompre, mais c’est comme si j’étais quelqu’un d’autre.

Ilana Dayan [voix off] : Ce qui va se passer à un autre moment n’a presque jamais été discuté jusqu’à présent. Les captifs sont déjà dans le véhicule, entourés de toutes parts et en route pour Gaza.

Shani Goren : Nous sommes sortis, nous avons tourné à gauche, nous avons roulé…

Ilana Dayan : Sur ce chemin que nous voyons ici ?

Shani Goren : Oui, nous avons roulé, puis nous avons tourné à droite. Et nous n’avons rien vu.

Ilana Dayan : Comment ça, vous n’avez rien vu ?

Shani Goren : Rien, pas d’armée, nada, le vide total.

Ilana Dayan : Vous les attendiez toujours ?

Shani Goren : Oui, on s’attend toujours à les voir.

Ilana Dayan [voix off] : Elle ne verra pas un seul soldat. Mais soudain, du ciel, un son se fait entendre et fait naître une lueur d’espoir.

Shani Goren : 150 mètres avant la frontière, nous avons entendu soudain un hélicoptère de combat dans le ciel.

Ilana Dayan [voix off] : L’hélicoptère de combat qui les survole voit depuis le cockpit ce qu’il n’aurait jamais pu imaginer : des flots de combattants et de civils israéliens emmenés en captivité à Gaza.

Ilana Dayan : L’hélicoptère vous a suivi pendant un bon moment ?

Shani Goren : Je ne me souviens pas exactement de la durée, mais il était là. Nous nous sommes dit : «Bien, peut-être que l’armée est là. Il va peut-être se passer quelque chose».

Ilana Dayan [voix off] : Et il s’est effectivement passé quelque chose du côté de l’hélicoptère, en l’espace de quelques minutes.

Shani Goren : Soudain, une rafale de coups de feu a éclaté.

Ilana Dayan : Venant du ciel.

Shani Goren : Oui.

Ilana Dayan [voix off] : Il est maintenant 11h30. Le pilote de l’hélicoptère a pris une décision dans une situation quasi impossible. Il a fait feu sur le petit véhicule chargé de combattants, mais aussi de captifs israéliens.

Shani Goren : C’était un moment terrifiant. Ça a duré quelques secondes. J’ai baissé la tête. J’ai réalisé que mon pantalon était déchiré et couvert de sang. J’ai levé la tête et j’ai vu des dominos.

Ilana Dayan : Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?

Shani Goren : Tous les Palestiniens étaient morts.

Ilana Dayan : Au moment où vous avez levé la tête ?

Shani Goren : Oui.

Ilana Dayan [voix off] : L’une des captives, la mère de Doron, est mortellement blessée par les tirs.

Shani Goren : Malheureusement, Efrat Katz a été tué sur le coup.

Ilana Dayan : Avez-vous réussi à voir Efrat ?

Shani Goren : Oui.

Ilana Dayan : C’est l’un des souvenirs que vous essayez d’effacer ?

Shani Goren : Oui.

Ilana Dayan : Effacer.

Shani Goren : Effacer, oui.

Ilana Dayan : En pensant au pilote, que vous êtes-vous dit ?

Shani Goren : Le pauvre. Je ne sais pas… Je ne l’envie vraiment pas. Il a pris une décision difficile. Mais il nous a presque sauvés.

Ilana Dayan : Presque.

Shani Goren : Presque. Nous étions tous blessés, j’ai été touchée par des éclats de métal. Pendant une seconde, nous n’avons pas su quoi faire. J’ai pris Aviv dans mes bras.

Ilana Dayan : La petite ?

Shani Goren : Oui. David [Cunio] a pris Yuli, leur fille. Neomit a pris Raz et nous avons couru jusqu’au champ.

Ilana Dayan : Jusqu’où pensez-vous avoir couru ? Combien de mètres ?

Shani Goren : Je ne sais pas, pas trop, mais nous nous sommes éloignés. Nous avons couru, mais Doron est resté avec sa mère dans le camion.

Ilana Dayan : Parce que Doron n’a pas pu quitter sa mère ?

Shani Goren : Non. Ce n’était pas un moment facile.

Ilana Dayan : En fait, Doron a déclaré dans une interview à Channel 12 News : «J’ai réalisé que je n’avais aucun moyen de l’aider, que je devais rester avec les filles. Alors, avec zéro énergie, tout en saignant, j’ai marché vers elles».

Shani Goren : Doron est venue vers nous, très pâle, saignant du dos. Sharon s’est levée pour l’aider. Pour l’amener jusqu’à nous. Neomit s’est allongée, Aviv était sur mes genoux. Aviv a été blessée. Un de ses orteils a été coupé en deux. J’ai enlevé ma chemise, je l’ai mise sur son pied.

Ilana Dayan : Une petite fille de 2 ans.

Shani Goren : Oui

Ilana Dayan [voix off] : Il est déjà un peu plus de 11h30. Les rebelles qui les ont capturés ont apparemment tous été tués. Sauf un [sic]. Shani et les autres sont toujours en territoire israélien, si près de Nir Oz.

Shani Goren : Nous avons couru jusqu’au milieu du champ et nous nous sommes assis là, et avons regardé le ciel.

Ilana Dayan [voix off] : Et l’hélicoptère était toujours au-dessus d’eux. Mais il ne tire plus.

Shani Goren : Si seulement il n’avait pas été à court de munitions.

Ilana Dayan : C’est ce qu’ils vous ont dit ? Qu’il n’avait plus de munitions ?

Shani Goren : Je ne suis pas sûre que ce soit vrai, mais c’est ce qu’ils ont dit.

Ilana Dayan [voix off] : En cet après-midi de sabbat, au cœur de ce champ exposé, ils réalisent maintenant que personne ne les sauvera. Ils sont abandonnés à leur sort. Mais ils parviennent à prendre soin les uns des autres, même là.

Ilana Dayan : Dans tout ce chaos, l’idée de fuir vous a-t-elle traversé l’esprit ?

Shani Goren : Cela m’a traversé l’esprit. David l’a également suggéré : «Peut-être qu’on pourrait se réfugier dans les buissons ?» Je me suis dit : Peut-être que je vais courir ? Puis je me suis dit : «Comment pourrais-je vraiment courir ? Je ne peux pas laisser les filles ici. Il n’y a aucun moyen de savoir ce qui va se passer. Doron étant blessée, qui va s’occuper d’elles ?»

Ilana Dayan : On dirait que vos facultés de décision sont toujours en éveil. Quel était le meilleur plan d’action ? Est-ce moral ? Est-elle possible ? C’est un travail de tous les instants !

Shani Goren : Oui, mais il y a à la fois des choses qui fonctionnent et d’autres non. Et puis un autre véhicule est arrivé. Chargé de matériel divers. Un tracteur d’aménagement paysager du kibboutz.

Ilana Dayan : Vous saviez qu’il appartenait au kibboutz.

Shani Goren : Oui. Neomit a dit : «Faites semblant d’être morts». Mais nous ne pouvions pas vraiment faire semblant d’être morts parce que nous étions avec des enfants. Puis il s’est arrêté et nous a fait signe de venir, mais personne n’a bougé. Il s’est approché de nous, a pris Raz et a commencé à marcher. À la seconde même, nous nous sommes tous levés. Puis il nous a fait monter dans le camion. Ils ont enlevé le matériel et nous ont fait asseoir là.

Ilana Dayan [voix off] : Le tracteur transportant huit captifs roule déjà à toute allure vers Gaza, laissant derrière lui Neomit qui parvient à rester allongée sans bouger. Blessée et saignant, elle rampera jusqu’au kibboutz.

Shani Goren : Nous avons continué à rouler, nous avons vu un char en flammes. Et plus aucune clôture. Et l’hélicoptère avait disparu. On ne l’a plus entendu ni revu.

Ilana Dayan : Et si vous rencontriez le pilote maintenant, que lui diriez-vous ?

Shani Goren : Je lui dirais : «Merci – mais pourquoi n’êtes-vous pas resté ?». Et aussi : «Pourquoi n’étiez-vous pas là, ici, pour abattre tout le monde ici ? Si un seul hélicoptère avait tiré, tout serait rentré dans l’ordre. Nous ne serions jamais arrivés à Gaza».

[La vidéo est projetée sur un ordinateur portable]

Ilana Dayan : C’est Doron, n’est-ce pas ?

Shani Goren : Oui. Oui.

Ilana Dayan : Et là c’est vous.

Shani Goren : Oui, c’est moi.

Ilana Dayan : Et qui serrez-vous dans vos bras ?

Shani Goren : Raz. J’essayais aussi de me cacher, d’être le moins visible possible à l’intérieur de la maison. À ce moment-là, j’avais peur que l’hélicoptère se remette à tirer, car cette fois-ci, mon dos était exposé. S’il avait à nouveau tiré, c’est moi qui mourais.

source : The Electronic Intifada via Spirit of Free Speech

 

Jacques Baud, ancien analyste de l’OTAN, sur «Al-Aqsa Flood» : La défaite du vainqueur

Source : RzO Interntional - Le 09/03/2024.

par Jacques Baud

La directive Hannibal est toujours utilisée, bien sûr sans grande publicité : «Les diplomates européens sont frappés par le manque d’intérêt d’Israël pour la vie des otages détenus à Gaza».

Extrait du magazine The Postil :

«Nous avons le plaisir de vous présenter cet extrait du dernier livre du colonel Jacques Baud, qui traite du génocide à Gaza actuellement mené par Israël. Ce livre s’intitule “Opération Al-Aqsa Flood : La défaite du vainqueur». Nous mettrons à jour cette page dès que ce livre sera disponible, en attendant, voici l’extrait.

— Le magazine The Postil

Un appareil doctrinal inadapté à un conflit asymétrique
La doctrine BETHLEHEM

Cette doctrine a été élaborée par Daniel Bethlehem, conseiller juridique de Benjamin Netanyahou puis du Premier ministre britannique Tony Blair. Elle postule que les États ont le droit de se défendre préventivement contre une attaque «imminente». La difficulté étant ici de déterminer le caractère «imminent»d’une attaque, ce qui implique que l’action terroriste soit proche dans le temps et qu’il y ait un faisceau de preuves pour la confirmer.

En février 2013, NBC News a publié un «livre blanc» du ministère de la Justice définissant le terme «imminent» : «La menace imminente d’une attaque violente contre un pays ou une région représente une menace pour la Sécurité nationale».

La menace imminente d’une attaque violente contre les États-Unis n’exige pas que les États-Unis aient la preuve qu’une attaque spécifique contre des personnes ou des intérêts américains aura lieu dans un avenir immédiat.

Si le principe paraît légitime, c’est l’interprétation du mot «imminent» qui pose problème. Dans les milieux du renseignement, l’«imminence» d’un attentat est définie en fonction de sa proximité dans le temps et de la probabilité qu’il se produise. Or, selon Daniel Bethlehem, ce n’est plus le cas ici :

«Il doit être juste que les États puissent agir en légitime défense dans des circonstances où il existe des preuves d’attaques imminentes par des groupes terroristes, même s’il n’y a pas de preuve spécifique du lieu où une telle attaque aura lieu ou de la nature précise de l’attaque

Ainsi, une attaque terroriste peut être considérée comme «imminente», même si les détails et le moment ne sont pas connus. Ce qui permet, par exemple, de lancer une frappe aérienne simplement sur la base de soupçons d’une attaque imminente.

En novembre 2008, alors qu’un cessez-le-feu était en vigueur, un commando israélien a tué six personnes à Gaza. L’explication donnée par l’armée israélienne illustre la doctrine BETHLEHEM :

«Il n’y avait pas d’intention de rupture du cessez-le-feu, le but de l’opération était plutôt d’éliminer une menace immédiate et dangereuse posée par l’organisation terroriste du Hamas.»

Cette doctrine est similaire à celle énoncée en 2001 par Dick Cheney, alors vice-président des États-Unis, également connue sous le nom de «doctrine Cheney» ou «doctrine du 1%» :

«S’il y a une probabilité de 1% qu’une personne soit tuée ou blessée, c’est une probabilité de 1% qu’elle soit tuée ou blessée.»

S’il existe une probabilité de 1% que des scientifiques pakistanais aident des terroristes à développer ou à fabriquer des armes de destruction massive, nous devons traiter cela comme une certitude, en termes de réponse.

C’est la version stratégique/opérationnelle du «tir rapide» du Far West. C’est symptomatique de la façon dont nous interprétons le droit et dont nous faisons la guerre : sans valeurs et sans honneur.

Le problème de la doctrine BETHLEHEM est qu’elle a systématiquement été utilisée par Israël pour justifier les violations du cessez-le-feu. C’est le cas des exécutions extrajudiciaires, qui ne sont pas considérées comme des violations du cessez-le-feu. Une étude des tirs de roquettes palestiniens montre qu’ils sont toujours effectués en réponse à une attaque israélienne, qui n’apparaît généralement pas dans nos médias. De là découle notre perception que les organisations palestiniennes – le Jihad islamique palestinien et le Hamas en particulier – attaquent volontiers Israël avec leurs roquettes, et se livrent donc à des pratiques terroristes.

Dans son rapport de février 2018, le Conseil des droits de l’homme (CDH) rapporte que lors des manifestations à la frontière de Gaza (Marches du retour), l’armée israélienne a abattu 183 civils, dont 154 qui n’étaient pas armés et 35 enfants. En février 2019, il rapporte que l’armée israélienne a «intentionnellement» tiré sur des enfants, du personnel médical (portant des badges et abattu dans le dos !), des journalistes et des personnes handicapées. Les enfants palestiniens abattus par des tireurs d’élite israéliens avec des balles à fragmentation alors qu’ils se tenaient simplement devant la frontière à Gaza en 2018, ou le jeune Palestinien menotté et aux yeux bandés abattu dans le dos en avril 2019, sont des crimes de guerre.

Les partisans d’Israël invoquent la légitime défense, mais c’est fallacieux, comme le montrent les vidéos publiées par les Nations unies. D’abord parce que les victimes se trouvaient dans une bande de sécurité de 150 m à l’intérieur de Gaza, séparée d’Israël par une clôture et un large talus, d’où tirent les snipers israéliens. Deuxièmement, parce que les personnes tuées n’étaient «armées» que de pierres et troisièmement, parce que certaines des personnes touchées (notamment des enfants) ont reçu une balle dans le dos.

Voilà pour l’armée la plus morale du monde, à qui les Nations unies ont demandé de cesser de tirer sur les enfants.

La doctrine DAHIYA

L’armée israélienne ignore délibérément les principes du droit international humanitaire et applique la «doctrine Dahiya», élaborée par le général Gadi Eisenkot, aujourd’hui chef d’état-major général. Elle préconise l’utilisation d’une «force disproportionnée» pour créer un maximum de dégâts et de destructions, et considère qu’il n’y a «pas de villages civils, ce ne sont que des bases militaires… Ce n’est pas une recommandation, c’est un plan».

C’est une doctrine qui se présente comme étant dissuasive, mais contrairement à ce qu’affirme Wikipédia, c’est une tactique qui ne peut fonctionner que dans un contexte symétrique, c’est-à-dire lorsque l’action a un effet linéaire sur l’affaiblissement de l’adversaire. Dans un contexte asymétrique, où la détermination des combattants dépend de la brutalité de l’adversaire, ces destructions ne font que stimuler la volonté de résistance et la détermination à utiliser une approche terroriste. C’est l’essence même du djihad.

En fait, l’existence même de cette doctrine montre que les Israéliens n’ont pas compris leurs adversaires et leur logique de fonctionnement. Cela explique qu’Israël soit le seul pays au monde à ne pas avoir maîtrisé la résistance en trois quarts de siècle.

En octobre 2023, la même logique sera appliquée. Le journal britannique The Telegraph a cité le contre-amiral Daniel Hagari, porte-parole de l’armée israélienne, qui a déclaré que concernant les frappes, «l’accent est mis sur les dégâts, pas sur la précision», l’objectif étant de réduire Gaza à une “ville de tentes» d’ici la fin de la campagne.

*

La directive HANNIBAL

Nos médias ne mentionnent jamais la «directive HANNIBAL», entrée en vigueur en 1986 dans l’armée israélienne, destinée à éviter que les prisonniers israéliens ne soient utilisés comme monnaie d’échange par les Palestiniens. Elle stipule que ceux qui détiennent le prisonnier doivent être détruits par tous les moyens nécessaires (y compris au prix de la vie du prisonnier et de celle des civils de la région). Appliquée lors de l’opération PROTECTIVE EDGE, elle a été à l’origine de la destruction totale d’un quartier de Rafah le 1er août 2014, événement connu en Palestine sous le nom de Black Friday.

Cette directive semble toujours utilisée, naturellement sans grande publicité. Elle explique pourquoi les Israéliens ne sont pas impressionnés par les otages pris par le Hamas :

«Les diplomates européens ont également été frappés par le manque d’intérêt du gouvernement israélien pour la vie des otages détenus à Gaza.»

Très rapidement après le début de l’opération du Hamas, Israël a annoncé la mort de 1 400 civils israéliens. Ce chiffre est devenu un leitmotiv pour refuser tout dialogue avec le Hamas et les autres groupes palestiniens. Mais ce chiffre a été revu à la baisse après que 200 corps carbonisés ont été reconnus comme étant ceux de combattants du Hamas. Puis, le 2 décembre 2023, il est à nouveau abaissé à 1 000 dans un tweet du gouvernement israélien.

Un colonel de l’armée de l’air israélienne confirmera plus tard que le 7 octobre, l’armée de l’air a ordonné un «tir libre», décrit comme un «HANNIBAL de masse».

La directive HANNIBAL est appliquée non seulement en cas de prise d’otages, mais aussi lorsque des soldats risquent d’être capturés. Par exemple, le 24 janvier 2024, près de Khan Younès, un char est endommagé par un tir de roquette et les militaires israéliens ne peuvent s’en approcher pour récupérer les trois blessés. L’état-major a donc préféré bombarder le char et ses occupants plutôt que de risquer qu’ils tombent aux mains du Hamas.

En tout état de cause, on constate que l’armée israélienne n’applique le principe de précaution ni aux Palestiniens, ni à ses propres hommes. On pourrait dire avec un certain cynisme que, au moins ici, Palestiniens et Israéliens sont traités sur un pied d’égalité.

À la mi-décembre 2023, la découverte de trois corps dans un tunnel à Gaza suscite la controverse. Il s’agit de trois hommes détenus par le Hamas, que le porte-parole de l’armée israélienne a déclaré tués par l’organisation palestinienne. Ils ne présentent aucune blessure apparente et semblent avoir été tués par empoisonnement. Ont-ils été tués par l’utilisation délibérée d’un toxique de combat ou accidentellement par des fumées toxiques provenant d’explosions (comme le monoxyde de carbone) ? Nous ne le savons pas, mais la mère de l’un d’entre eux, Ron Sherman, pense qu’il a été délibérément sacrifié par l’armée. En tout état de cause, cela illustre le non-respect du principe de précaution par l’armée israélienne.

Exécutions extrajudiciaires

Les exécutions extrajudiciaires sont un élément important de la politique israélienne de dissuasion à l’égard des mouvements palestiniens. Elles consistent à éliminer des militants en dehors de toute procédure judiciaire, en recourant à des tueurs ou à des frappes «ponctuelles» telles que des attaques aériennes. Juridiquement contestables, elles sont souvent stratégiquement inefficaces. Trois pays y ont recours régulièrement : les États-Unis, Israël et la France. Présentées comme des mesures préventives, elles sont généralement menées de manière punitive, à la manière des vendettas siciliennes, sans réelle évaluation de leurs conséquences stratégiques. En pratique, elles alimentent un processus croissant de violence et constituent une source de légitimité pour le terrorisme. En fait, elles reflètent souvent l’absence d’une véritable stratégie antiterroriste.

L’archétype de ce mode d’action est l’opération Colère de Dieu (Mivtza Za’am Ha’el), également connue sous le nom d’opération BAYONET, menée par le Mossad pour punir les auteurs de l’attentat contre l’équipe olympique israélienne à Munich en 1972 (opération BERIM & IKRIT). En l’espace d’un an, la quasi-totalité du commando palestinien a été éliminée : Wae Zwaiter (Rome, 16 octobre 1972), Mahmoud Hamchari (Paris, 9 janvier 1973), Abd El-Hir (Nicosie, 24 janvier 1973), Basil Al-Kubaissi (Paris, 6 avril 1973), Ziad Muchassi (Athènes, 12 avril 1973), Mohammed Boudia (Paris, 28 juin 1973), Kamal Nasser, Mahmoud Najjer et Kamal Adouan (Beyrouth, 9 avril 1973). Son chef, Ali Hassan Sala-meh, a été tué à Beyrouth le 22 janvier 1979, suivi de son second, Khalil al-Wazir (alias Abou Djihad), le 16 avril 1988 à Tunis. Finalement, seul un membre du groupe, Jamal al-Gasheï, semble avoir échappé à la Colère de Dieu, tandis qu’un innocent a été tué par erreur à Lillehammer (Norvège).

Ces actions sont des opérations punitives. Ce que nos pays et Israël considèrent comme faisant partie du jeu est appelé terrorisme quand d’autres le font. En l’acceptant de la part d’Israël, nous créons un environnement permissif qui pourrait bien légitimer l’élimination de certains de nos dirigeants politiques.

Depuis 1988, Israël utilise des unités spécialement entraînées pour opérer clandestinement dans les territoires occupés. Connues sous le nom de «mista’aravim» ou YAMAS, il s’agit de formations ad hoc qui opèrent clandestinement (en vêtements arabes – d’où leur nom) dans les territoires occupés pour des missions de reconnaissance, des actions de commando ou des exécutions extrajudiciaires. Les actions des Mista’aravim sont principalement menées en Cisjordanie par la Sayeret Duvdevan (Unité 217).

La plus connue d’entre elles est la tentative du Mossad d’empoisonner Khaled Mashal, leader politique du Hamas en Jordanie, en 1997. Elle s’est soldée par un échec : les deux agents israéliens munis de passeports canadiens ont été arrêtés, puis Israël a dû fournir un antidote et libérer le cheikh Ahmed Yassine en échange de la libération de ses agents. Le résultat a été la perte de crédibilité d’Israël auprès de la communauté internationale et la méfiance de la Jordanie, avec laquelle Israël a signé un traité de paix.

Les Mista’aravim sont l’équivalent des unités du Groupe Antiterroriste de Libération (GAL) utilisées en Espagne dans les années 1980, considérées comme une forme de terrorisme d’État. Ce type d’action présente toutefois l’avantage d’éliminer un individu sans raser tout un quartier ni détruire des familles entières. Mais elle nécessite des agents d’autant plus compétents et courageux que les Palestiniens ont renforcé leurs capacités de contre-espionnage et de sécurité intérieure. C’est pourquoi ce type d’opération est devenu quasiment impossible à mener à Gaza, mais reste une pratique courante en Cisjordanie. A Gaza, Israël préfère mener ses actions «à distance», en utilisant des moyens plus sophistiqués comme les drones ou les missiles guidés, qui ont un effet dévastateur sur la population civile.