QUI A COUPE LE GAZ ?

 

"Célérusses  !"

"Ben  voyons  !"

Cf : L'analyse de Stratediplo : "ICI" ou "ICI"

Seymour Hersh révèle le motif de la destruction des gazoducs Nord Stream par les États-Unis

par Moon of Alabama - Le 28/09/2023.

Seymour Hersh vient de publier un nouvel article sur le bombardement des gazoducs Nord Stream.

Lorsque les gazoducs ont explosé le 27 septembre 2022, j’ai posé la question suivante :

Qui est l’auteur du crime ? – Faits liés à l’attaque de sabotage sur les gazoducs Nord Stream

J’avais rassemblé les différents faits connus autour de l’incident et ils suggéraient en somme qu’il s’agissait des États-Unis d’Amérique.

Seymour Hersh a posé la même question à certains de ses contacts dans le domaine du renseignement. Il a reçu la même réponse.

Il rapporte aujourd’hui d’autres faits et les motifs finaux qui ont déclenché l’incident.

UNE ANNÉE DE MENSONGES SUR LE NORD STREAM

L’administration Biden n’a reconnu ni sa responsabilité dans l’attentat à la bombe contre le gazoduc, ni l’objectif du sabotage.

Au cœur du rapport de Hersh, il y a ceci :

Le groupe de planification secret de l’agence n’a pas été surpris lorsque, le 27 janvier 2022, Nuland, alors sous-secrétaire d’État aux affaires politiques, assurée et confiante, a averti Poutine de manière stridente que s’il envahissait l’Ukraine, comme il en avait manifestement l’intention, «d’une manière ou d’une autre, Nord Stream 2 n’ira pas de l’avant». Cette phrase a attiré l’attention, mais pas les mots qui l’ont précédée. La transcription officielle du département d’État montre qu’elle a précédé sa menace en disant qu’en ce qui concerne le gazoduc : «Nous continuons à avoir des conversations très fortes et très claires avec nos alliés allemands».

Certains membres de l’équipe de la CIA considéraient alors – et considèrent encore aujourd’hui – que le dirigeant allemand était parfaitement au courant de la planification secrète en cours pour détruire les gazoducs.

Ce que je ne savais pas à l’époque, mais qui m’a été dit récemment, c’est qu’après l’extraordinaire menace publique de Biden de faire exploser Nord Stream 2, avec Scholz à ses côtés, le groupe de planification de la CIA a été informé par la Maison Blanche qu’il n’y aurait pas d’attaque immédiate contre les deux pipelines, mais que le groupe devait s’arranger pour planter les bombes nécessaires et être prêt à les déclencher «à la demande» – après le début de la guerre. «C’est à ce moment-là que nous avons compris que l’attaque des gazoducs n’était pas dissuasive, car au fur et à mesure que la guerre avançait, nous n’en avons jamais reçu l’ordre», a déclaré le petit groupe de planification qui travaillait à Oslo avec la marine royale norvégienne et les services spéciaux sur le projet.

Après l’ordre de Biden de déclencher les explosifs placés sur les gazoducs, il a suffi d’un court vol avec un chasseur norvégien et du largage d’un sonar de série modifié au bon endroit dans la mer Baltique pour que l’opération soit menée à bien. À ce moment-là, le groupe de la CIA avait été dissous depuis longtemps. C’est aussi à ce moment-là que le fonctionnaire m’a dit : «Nous avons compris que la destruction des deux pipelines russes n’était pas liée à la guerre en Ukraine» – Poutine était en train d’annexer les quatre oblasts ukrainiens qu’il voulait – «mais qu’elle faisait partie d’un programme politique néocon pour empêcher Scholz et l’Allemagne, avec l’hiver qui approchait et les pipelines fermés, de se dégonfler» et d’ouvrir le Nord Stream 2, qui avait été fermé. «La crainte de la Maison Blanche était que Poutine mette l’Allemagne sous sa coupe et qu’il s’attaque ensuite à la Pologne

Tout cela explique pourquoi une question de routine que j’ai posée environ un mois après les attentats à une personne ayant passé de nombreuses années dans la communauté du renseignement américain m’a conduit à une vérité que personne en Amérique ou en Allemagne ne semble vouloir approfondir. Ma question était simple : «Qui a fait ça ?»

L’administration Biden a fait sauter les gazoducs, mais cette action n’avait pas grand-chose à voir avec la victoire ou l’arrêt de la guerre en Ukraine. Elle résultait de la crainte de la Maison Blanche de voir l’Allemagne hésiter de se détourner du gaz russe, et de voir l’Allemagne, puis l’OTAN, pour des raisons économiques, tomber sous l’emprise de la Russie et de ses ressources naturelles étendues et peu coûteuses. C’est ainsi qu’est née la crainte ultime : que l’Amérique perde sa primauté de longue date en Europe occidentale.

Le chancelier allemand Olaf Scholz devra maintenant répondre à de sérieuses questions …

Ajouté :

Ceci est bien sûr lié :

 

 

Stephen Stapczynski @SStapczynski – 22:47 UTC – 25 sept 2023

L’Europe doit compter sur le GNL américain pendant des décennies, a déclaré le plus haut responsable de l’énergie de l’UE 🤝

🚢 «Il y aura un besoin d’énergie américaine», a déclaré M. Jørgensen, directeur général de l’énergie.

⚡️ Il s’agit de l’un des signaux les plus forts indiquant que l’UE a besoin de GNL américain bien au-delà de 2030.

ft.com – Un haut responsable européen de l’énergie affirme que le gaz américain sera nécessaire pendant des décennies

Moon of Alabama 

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour Le Saker Francophone.

Hirsch : Les Etats-Unis ont détruit les traces de leur implication dans le sabotage du «Nord Streams»

  1. Le 27/09/2023.

     

Le célèbre journaliste américain, lauréat du prix Pulitzer Seymour Hirsch, spécialisé dans le journalisme d’investigation, auteur d’un article sur l’implication de Washington dans les explosions de Nord Stream, a déclaré que les services de renseignement américains avaient dissimulé les traces de leur participation à l’explosion de pipelines.

«Les hommes et les femmes américains qui sont entrés et sortis de Norvège sous couverture pendant des mois n’ont laissé aucune trace», a-t-il écrit sur la plateforme Substack, ajoutant que toutes les informations relatives à l’organisation du sabotage n’ont pas été saisies sur un ordinateur et que la documentation a été tapée sur une machine à écrire Royal ou Smith Corona.

«Une fois l’opération terminée, les documents imprimés et les copies ont été détruits, ne laissant ainsi aucune trace physique – aucune preuve qu’un procureur spécial ou un historien présidentiel pourrait déterrer par la suite. On peut dire que c’est le crime parfait», observe M. Hirsch.

Selon lui, «toute une série de rapports et de nouvelles en provenance du terrain parvenaient directement au directeur de la CIA, William Burns, qui était le seul lien entre les organisateurs [de l’attentat] et le président [le président américain Joe Biden]».

La porte-parole du ministère russe des affaires étrangères, Maria Zakharova, a déclaré sur Telegram : «L’enquête Hirsch est plus glaçante que le Watergate. Les présidents américains ne sont jamais allés aussi loin. L’administration Biden est obligée de donner une réponse complète sur tous les points».

Des explosions se sont produites le 26 septembre 2022 sur deux gazoducs russes d’exportation vers l’Europe, Nord Stream et Nord Stream 2. L’Allemagne, le Danemark et la Suède n’excluent pas la possibilité d’un sabotage ciblé. L’opérateur de Nord Stream AG a indiqué que les dommages subis par les gazoducs sont sans précédent et qu’il est impossible d’estimer le temps nécessaire aux réparations. Le bureau du procureur général de Russie a ouvert une enquête pour acte de terrorisme international.

Le 8 février, Hirsch publie son enquête dans laquelle il affirme que les États-Unis sont impliqués dans l’incident. Dans le même temps, les médias ont régulièrement fait état de la trace ukrainienne.

La presse allemande a rapporté que la République fédérale d’Allemagne n’a pas pris de mesures supplémentaires pour protéger les Nord Stream en 2022, malgré les avertissements concernant une éventuelle attaque terroriste. Certaines sources semblent vouloir guider vers une piste ukrainienne. Dans le même temps, Berlin ne manque pas une occasion de gagner de l’argent : Les autorités allemandes ont vendu des tuyaux destinés au Nord Stream-2. Le montant de la transaction n’a pas été révélé.

source : Stoletie

Nord Stream : Pour l’UE, ‘il vaut mieux ne pas savoir’ qui est le coupable (Washington Post)

Source : Le Cri des peuples.

Les enquêteurs doutent du rôle du voilier dans l’attentat contre le gazoduc Nord Stream

Les autorités pensent que plusieurs navires ont pu être impliqués dans le sabotage du gazoduc l’année dernière et se demandent si le voilier de 50 pieds que les enquêteurs ont parcouru à la recherche d’indices ne serait pas un leurre.

Par Shane Harris,  Souad Mekhennet, Loveday Morris, Michael Birnbaum et Kate Brady

M. Harris s’est rendu à Varsovie et à Washington, M. Mekhennet à Berlin et à Washington, M. Morris à Berlin, M. Birnbaum à Washington et M. Brady à Rügen et à Rostock, en Allemagne. Meg Kelly à Washington a contribué à ce rapport.

Source : Washington Post, le 3 avril 2023

Traduction [et commentaires] : lecridespeuples.fr

Note : Comme souvent dans la presse mainstream, il faut parvenir aux derniers paragraphes de l’article pour avoir les informations-clés. Le beurre (servir la soupe à l’empire en donnant crédit à ses fariboles) et l’argent du beurre (prétendre avoir réellement informé le public, dont 90% n’arrivera jamais à la fin de l’article)… L’intervention de Vassily Nebenzia à l’ONU, traduite après l’article, permet de redonner de la consistance au débat.

aurora

Le yacht de 15 mètres Andromeda, dont les procureurs allemands ont affirmé qu’il pourrait être lié à la destruction des pipelines Nord Stream 1 et Nord Stream 2 dans la mer Baltique.

Après que des saboteurs ont gravement endommagé les gazoducs Nord Stream en septembre dernier [et après que Seymour Hersh ait publié un article détaillé accusant l’administration Biden de cet attentat], les autorités allemandes ont jeté leur dévolu sur un voilier de location qui semblait avoir participé à la pose d’engins explosifs dans les profondeurs de la mer Baltique.

Mais après des mois d’enquête, les forces de l’ordre soupçonnent désormais que le yacht de 15 mètres, l’Andromeda, n’était probablement pas le seul bateau utilisé dans cette attaque audacieuse. Ils affirment également que le bateau pourrait avoir été un leurre, mis en mer pour détourner l’attention des véritables auteurs de l’attentat, qui sont toujours en fuite, selon des responsables ayant connaissance de l’enquête menée par le procureur général de l’Allemagne. Ils ont parlé sous le couvert de l’anonymat pour partager des détails sur l’enquête en cours, y compris des doutes sur le rôle de l’Andromeda qui n’ont pas été rapportés précédemment.

Les autorités espèrent que la véritable raison d’être d’Andromeda dans la démolition en eaux profondes permettra d’en savoir plus dans le cadre d’une enquête internationale aux enjeux considérables, qui pourrait permettre de retrouver les responsables et d’expliquer leurs motivations, qui restent floues [si on est sourd, muet, aveugle et stupide par-dessus le marché].

Des responsables américains et européens ont déclaré qu’ils ne savaient toujours pas avec certitude qui était à l’origine de cette attaque sous-marine. Mais plusieurs d’entre eux ont déclaré qu’ils partageaient le scepticisme des Allemands quant au fait qu’un équipage de six personnes sur un voilier ait pu poser les centaines de kilos d’explosifs qui ont mis hors service Nord Stream 1 et une partie de Nord Stream 2, un ensemble plus récent de gazoducs qui ne livraient pas encore de gaz aux clients.

Les experts ont noté que s’il était théoriquement possible de placer les explosifs sur le gazoduc à la main, même des plongeurs expérimentés auraient eu du mal à s’immerger à plus de 60 mètres au fond de la mer et à remonter lentement à la surface pour laisser à leur corps le temps de se décompresser.

Une telle opération aurait nécessité plusieurs plongées, exposant l’Andromeda à la détection des navires proches. La mission aurait été plus facile à dissimuler et à réaliser à l’aide de véhicules sous-marins pilotés à distance ou de petits sous-marins, ont déclaré des experts en plongée et en sauvetage qui ont travaillé dans la zone de l’explosion, où la mer est agitée et le trafic maritime intense.

L’enquête allemande a permis de déterminer que les traces d’explosifs « de type militaire » trouvées sur une table à l’intérieur de la cabine du bateau correspondent au lot d’explosifs utilisés sur le gazoduc. Plusieurs responsables ont douté que des saboteurs compétents aient pu laisser accidentellement des traces aussi flagrantes sur le gazoduc.

Plusieurs fonctionnaires doutent que des saboteurs habiles laissent derrière eux des preuves aussi flagrantes de leur culpabilité. Ils se demandent si les traces d’explosifs —recueillies des mois après que le bateau loué a été rendu à ses propriétaires— n’étaient pas destinées à amener les enquêteurs à considérer l’Andromeda comme le bateau utilisé pour l’attentat.

« La question est de savoir si l’histoire du voilier est une distraction ou si elle ne constitue qu’une partie du tableau », a déclaré une personne au fait de l’enquête.

D’autres encore estiment que les poseurs de bombes ont peut-être simplement fait preuve de négligence.

« Tout ne colle pas », a déclaré un haut responsable européen de la sécurité à propos des fragments de preuves. « Mais les gens peuvent faire des erreurs. »

Les soupçons se portent sur la Pologne et l’Ukraine

L’enquête allemande a établi un lien entre la location du yacht et une société polonaise, elle-même détenue par une société européenne liée à un Ukrainien de premier plan, ce qui alimente les spéculations de Berlin à Varsovie en passant par Kiev, selon lesquelles un partisan de Kiev aux poches profondes pourrait avoir financé l’opération. L’identité de la société polonaise et de l’Ukrainien, ainsi que ses motivations potentielles, restent floues.

Sur la base des premières conclusions allemandes, des fonctionnaires ont évoqué à voix basse l’implication potentielle des gouvernements polonais ou ukrainien dans l’attentat. Selon certains, la Pologne avait sans doute un motif, étant donné qu’elle a été l’une des critiques les plus virulentes du projet Nord Stream depuis son lancement à la fin des années 1990, avertissant que les gazoducs, reliant l’ouest de la Russie à l’Allemagne, rendraient l’Europe dépendante du Kremlin en matière d’énergie.

Marcin Przydacz, principal conseiller du président polonais en matière de politique étrangère, a appelé à la prudence avant de tirer des conclusions à partir des premiers éléments de preuve. Il partage lui aussi l’avis selon lequel l’Andromède pourrait être un leurre, mais il a ajouté qu’il pourrait avoir été mis en place par Moscou [lol].

« Il pourrait s’agir d’un jeu russe visant à accuser la Pologne, a déclaré M. Przydacz lors d’un entretien accordé au palais présidentiel de Varsovie. La Pologne n’a rien à voir avec cette attaque. »

Les services de renseignement n’ont pas trouvé de preuves évidentes de la responsabilité de la Russie, qui était initialement le principal suspect [aux yeux de tous les imbéciles].

En privé, d’anciens responsables du gouvernement polonais ont déclaré qu’en dépit de l’opposition véhémente du pays à Nord Stream et de son soutien sans faille à l’armement de l’Ukraine, ils doutaient que le président Andrzej Duda autorise un acte qui risquerait de fracturer l’alliance des nations qui se sont portées à la défense de l’Ukraine. Les responsables polonais qualifient régulièrement le conflit entre l’Ukraine et la Russie de « notre guerre » et craignent que si le président russe Vladimir Poutine réussit à s’imposer dans ce pays, il ne s’attaque ensuite à la Pologne.

Les soupçons se sont également portés sur l’Ukraine en tant que coupable des attentats à la bombe contre Nord Stream, sur la base notamment de communications interceptées de personnes pro-Ukraine discutant de la possibilité de mener une attaque contre les gazoducs avant les explosions, comme l’a précédemment rapporté le Washington Post.

Un haut responsable occidental de la sécurité ayant connaissance des renseignements recueillis secrètement a déclaré que les communications n’ont été découvertes qu’après l’attentat, lorsque les agences d’espionnage occidentales ont commencé à rechercher des informations dans leurs dossiers.

« L’Ukraine n’a absolument pas participé à l’attaque contre Nord Stream », a déclaré le mois dernier Mykhailo Podolyak, l’un des principaux conseillers du président Volodymyr Zelensky, en se demandant pourquoi son pays mènerait une opération qui « déstabilise la région et détourne l’attention de la guerre, ce qui n’est absolument pas bénéfique pour nous ».

Ceux qui soupçonnent l’implication de l’Ukraine ont déclaré que la mise hors service du gazoduc aurait pu être une tentative de galvaniser le soutien des alliés face à l’agression russe, et en particulier de renforcer la détermination de l’Allemagne. L’Allemagne avait cessé d’activer l’autorisation pour le gazoduc Nord Stream 2 quelques jours avant que la Russie n’envahisse l’Ukraine.

Les autorités américaines et européennes ont d’abord accusé la Russie d’être à l’origine du bombardement. Le pays avait déjà interrompu les flux de gaz sur le Nord Stream 1, le plus ancien des deux ensembles de gazoducs. Cela suggérait que Moscou était prête à exercer une forme de chantage politique en matière d’approvisionnement énergétique.

L’une des deux conduites du Nord Stream 2 reste intacte. Les deux conduites du Nord Stream 1 ont été sectionnées lors des explosions du 26 septembre.

Certains fonctionnaires ont déclaré que des saboteurs ukrainiens ou d’autres pays agissant dans l’intérêt de l’Ukraine auraient pu attaquer Nord Stream à l’insu de M. Zelensky, arguant du fait qu’il ne dispose pas d’une visibilité totale sur toutes les opérations de son gouvernement ou de l’armée. Ce type de déni plausible pourrait protéger le [tristement] célèbre dirigeant et atténuer les retombées politiques d’une attaque effrontée liée à son pays, ont déclaré ces responsables.

Aucun pays n’a fourni de preuves solides liant les attaques à l’Ukraine, et un haut fonctionnaire de l’administration Biden a averti que les communications interceptées par des acteurs pro-ukrainiens n’étaient pas concluantes.

Le ministre allemand de la défense, Boris Pistorius, a mis en garde contre toute conclusion hâtive quant à l’identité des responsables, suggérant qu’il pourrait s’agir d’une opération « sous faux drapeau », une idée reprise par d’autres responsables politiques allemands.

Roderich Kiesewetter, un député allemand qui fait partie d’une commission qui a été informée le mois dernier par des responsables des services de renseignement de l’avancement de l’enquête, a déclaré qu’il pensait que les enquêteurs n’avaient pas encore communiqué de résultats parce que les « preuves étaient beaucoup trop minces ».

M. Kiesewetter a déclaré que les spéculations infondées sur les coupables pourraient mettre en péril la cohésion de l’Europe. « Nous devrions continuer à nous demander qui avait un intérêt dans la détonation et qui profite de l’incertitude et des accusations », a-t-il déclaré.

La piste des miettes de pain

Alors que le mystère Nord Stream s’est transformé en un jeu international de Cluedo, les enquêteurs allemands ont inspecté l’Andromeda à la recherche de pistes. Les autorités ont commencé à s’intéresser au navire après que l’agence nationale de renseignement du pays a reçu un « tuyau très concret » d’un service de renseignement occidental selon lequel le bateau pourrait avoir été impliqué dans le sabotage, selon un responsable allemand de la sécurité, qui a refusé de nommer le pays qui a partagé l’information.

Les autorités allemandes ont jugé l’information crédible et l’ont transmise aux forces de l’ordre.

Selon les enquêteurs, l’Andromeda a laissé une trace virtuelle de miettes de pain lorsqu’il a quitté un port allemand pour se rendre en mer Baltique.

Mola Yachting a loué le bateau le 6 septembre au port Hohe Düne de Warnemünde, une ville portuaire allemande située sur la Baltique, près de Rostock, qui se trouve à environ 145 miles au nord de Berlin. Le lieu de location est situé à proximité d’un immense complexe de vacances, qui abrite un hôtel cinq étoiles, sept restaurants et un centre commercial haut de gamme, avec vue sur le port.

Les enquêteurs ont déclaré que le bateau s’est ensuite dirigé vers le nord-est et s’est arrêté à Hafendorf Wiek, ou « village portuaire de Wiek », dans la partie la plus septentrionale de l’île de Rügen.

Lors de la visite d’un journaliste du Post au début du mois de mars, la zone s’était vidée, à l’exception de quelques promeneurs de chiens locaux qui bravaient les températures mordantes. Une demi-douzaine de yachts flottaient dans l’eau à l’endroit où l’Andromeda aurait été amarré. « Les enquêteurs sont arrivés à la mi-janvier et nous les avons aidés dans la mesure du possible », a déclaré le capitaine du port, René Redmann.

« Il ne serait pas inhabituel qu’un bateau partant de Rostock à destination de Bornholm s’arrête à Wiek », a fait remarquer M. Redmann, en référence à une île danoise proche du site de l’explosion du Nord Stream. Les enquêteurs pensent que l’Andromeda a quitté Hafendorf Wiek et s’est amarré au large de la petite île de Christianso, près de Bornholm.

L’arrêt à Hafendork Wiek a peut-être offert à l’équipage de l’Andromeda une dernière chance de s’approvisionner avant de se rendre sur le site de l’explosion.

« Beaucoup de choses sont chargées sur les bateaux… y compris des provisions », a déclaré M. Redmann. « Certains s’arrêtent pour faire le plein de carburant. » M. Redmann n’a pas voulu confirmer que l’Andromeda s’était arrêté là, invoquant la poursuite de l’enquête des forces de l’ordre. Il a ajouté qu’il n’avait aucune trace de l’identité des membres de l’équipage, mais seulement le nom du bateau, le nombre de personnes à bord et le type d’embarcation.

« L’enregistrement des noms des passagers est du ressort du charter », a déclaré M. Redmann.

Thomas Richter, copropriétaire de la société de charter Mola, a déclaré que la recherche de l’Andromeda avait eu lieu à Dranske, sur l’île de Rügen, où le yacht était entreposé pour l’hiver. Il n’a pas souhaité donner plus de détails.

Ne parlez pas de Nord Stream

Malgré toutes les intrigues autour de l’identité de l’auteur de l’attentat, certains responsables occidentaux ne sont pas très désireux de savoir qui a bombardé le gazoduc.

Lors des réunions des responsables politiques de l’Europe et de l’OTAN, les fonctionnaires ont adopté un refrain, a déclaré un diplomate européen de haut rang : « Ne parlez pas de Nord Stream ». Les dirigeants ne voient pas l’intérêt de creuser trop profondément et de trouver une réponse inconfortable, a déclaré le diplomate, faisant écho aux sentiments de plusieurs de ses pairs dans d’autres pays qui ont dit qu’ils préféraient ne pas avoir à gérer la possibilité que l’Ukraine ou des alliés [voire le gouvernement Biden lui-même, avec l’aide de satellites européeens de l’OTAN] soient impliqués.

Même si le coupable était clairement désigné, cela ne mettrait probablement pas fin à la fourniture d’armes à l’Ukraine, ne diminuerait pas le niveau de colère à l’égard de la Russie et ne modifierait pas la stratégie de la guerre, ont fait valoir ces fonctionnaires. L’attaque a eu lieu il y a plusieurs mois et les alliés ont continué à engager des armes plus nombreuses et plus lourdes dans la lutte, qui se trouve à une période charnière dans les prochains mois.

Étant donné qu’aucun pays n’a encore été exclu de la liste des auteurs de l’attaque, les responsables ont déclaré qu’ils répugnaient à partager des soupçons qui pourraient accidentellement mettre en colère un gouvernement ami qui aurait pu jouer un rôle dans le bombardement de Nord Stream.

En l’absence d’indices concrets, un silence gêné a prévalu.

« C’est comme un cadavre lors d’une réunion de famille », a déclaré le diplomate européen, en recourant à une analogie sinistre. Tout le monde voit bien qu’il y a un corps, mais fait comme si de rien n’était. « Il vaut mieux ne pas savoir. »

***

Explication de vote de Vassily Nebenzia, représentant permanent de la Fédération de Russie à l’ONU, avant le vote du Conseil de Sécurité sur un projet de résolution concernant les actes de sabotage sur le gazoduc Nord Stream, le 27 mars 2023.

Source : Mission permanente de la Russie à l’ONU

Traduction : lecridespeuples.fr

Monsieur le Président,

Nous nous réunissons aujourd’hui pour voter sur un projet de résolution sur la tenue d’une enquête internationale sous les auspices du Secrétaire général sur les actes de sabotage du gazoduc Nord Stream qui ont eu lieu dans la mer Baltique en septembre 2022. Le projet a été proposé par la Fédération de Russie et coparrainé par la Chine, la Biélorussie, le Venezuela, la République Populaire de Corée du Nord, le Nicaragua, la Syrie et l’Érythrée.

Lorsque le Conseil de sécurité s’est réuni en février sur cette question, nous avons annoncé cette initiative parce que nous avions des doutes profonds et plutôt bien fondés quant à l’objectivité et à l’efficacité des enquêtes nationales en cours dans certains États européens. Malheureusement, ces derniers ne montrent aucune intention de coopérer avec les parties intéressées (en particulier avec mon pays, qui est l’une des parties les plus touchées) afin de découvrir toute la vérité sur ce crime qui a mis en péril divers aspects de la paix et de la sécurité internationales. En outre, ces pays tentent d’induire le Conseil en erreur de manière constante et délibérée en affirmant qu’ils auraient informé la Russie de leurs efforts. Une fois de plus, nous voudrions attirer l’attention sur nos lettres datées du 13 mars (S/2023/193) et du 24 mars (S/2023/223), auxquelles était jointe une copie de la communication entre les services étrangers russes et les organes compétents des autorités allemandes, danoises et suédoises. Il ressort clairement de cette communication que les autorités des États en question ne nous ont donné que des réponses formelles. Par conséquent, sans une enquête internationale objective et transparente, nous ne pourrons pas découvrir la vérité.

C’est pourquoi, tout en agissant dans un esprit ouvert et constructif, nous proposons à nos collègues du Conseil d’adopter une résolution qui chargerait le Secrétaire général de présenter des propositions en vue de la création d’une commission internationale indépendante chargée de mener une enquête exhaustive, transparente et impartiale sur les circonstances de l’incident. Cela semble particulièrement important dans le contexte des faits nouveaux et des spéculations des médias sur cette question, qui peuvent être caractérisés par un degré variable de fiabilité ou d’absurdité.

Lors des dernières étapes des consultations sur notre projet de résolution, le seul argument que nous avons entendu de la part des collègues qui doutaient de la nécessité d’une enquête internationale était que nous devions d’abord attendre les résultats des enquêtes nationales. À cela, nous devons répondre que ces enquêtes peuvent durer éternellement de la même manière inefficace et non transparente, alors que nous perdons un temps précieux. Tout cela nous fait penser que les efforts de ces enquêtes pourraient viser non pas à clarifier les circonstances du sabotage, mais à dissimuler les preuves et à « nettoyer » la scène du crime. Nous pensons que le Conseil est responsable devant la communauté internationale de la réponse à apporter à de telles attaques. Par ailleurs, notre initiative ne limite en rien les enquêtes nationales. Au contraire, notre projet de résolution appelle à une coopération globale des États membres avec la commission qui sera mise en place. Nous espérons que cela conduira à une synergie de tous les efforts pertinents. Chers collègues, il n’y a donc aucune raison de s’inquiéter.

En outre, le récent épisode de la découverte d’un objet non identifié sur l’un des fils du Nord Stream, ainsi que la décision des autorités danoises d’autoriser Nord Stream AG à participer à son inspection, réitèrent la nécessité de procédures internationales. Nous doutons qu’une telle autorisation aurait été possible si nous n’avions pas attiré l’attention du monde entier sur la situation flagrante des enquêtes nationales. Si même cette transparence minimale ne peut être assurée qu’en raison de l’attention internationale portée aux activités des gouvernements enquêteurs, alors il ne fait aucun doute que des efforts mondiaux sont nécessaires.

Monsieur le Président,

Au cours des consultations sur le projet, la partie russe a agi avec un maximum de responsabilité et de flexibilité et s’est efforcée de rendre le projet acceptable pour tous les États. Toutes les préoccupations soulevées par les membres du Conseil ont été prises en compte.

Nous appelons le Conseil de sécurité à soutenir cette résolution. Son adoption enverra un signal clair que de tels actes de sabotage contre des infrastructures transfrontalières sont inacceptables et que leurs auteurs doivent être tenus pour responsables. Nous sommes convaincus que cela répond aux intérêts de tous les États et de la communauté mondiale dans son ensemble.

Je vous remercie de votre attention.

***

 

 

 

***

Explication de vote du représentant permanent Vassily Nebenzia après le vote du Conseil de sécurité des Nations unies sur un projet de résolution concernant les actes de sabotage sur le gazoduc Nord Stream, le 27 mars 2023.

Source : Mission permanente de la Russie à l’ONU

Traduction : lecridespeuples.fr

Monsieur le Président,

Je crains qu’après ce vote, les soupçons sur les auteurs des actes de sabotage sur le gazoduc Nord Stream ne fassent que croître. Permettez-moi de rappeler brièvement les faits les plus élémentaires à cet égard. Au vu et au su du monde entier, les États-Unis et leurs alliés ont fait de leur mieux pour empêcher une enquête internationale objective sur les explosions survenues sur le gazoduc Nord Stream en septembre de l’année dernière. Washington a d’abord menacé publiquement, au plus haut niveau, de faire exploser le gazoduc, puis s’est réjoui avec moquerie de la nouvelle du sabotage. Entre-temps, les médias ont généré de nombreuses spéculations et des versions très controversées et absurdes (c’est le moins que l’on puisse dire) sur l’identité des auteurs de ce sabotage. Tous les appels de la Russie, en tant que partie affectée, à se joindre aux enquêtes nationales menées au Danemark, en Allemagne et en Suède, ont été rejetés. Toutes nos demandes écrites n’ont reçu que des réponses formelles, ce que vous avez eu l’occasion de voir de vos propres yeux. Voici donc mes prévisions. Ces soi-disant enquêtes nationales, auxquelles la Russie ne participe pas, peuvent durer des années. Puis-je demander au représentant des États-Unis ce qu’il a découvert de si « prédéterminé » dans notre projet de résolution ? Vous connaissez le dicton « une conscience coupable n’est jamais tranquille », n’est-ce pas ? Les États-Unis établissent systématiquement un lien entre cette résolution et l’Ukraine, bien que le document ne contienne pas un seul mot sur l’Ukraine, et pas seulement là.

Lorsque nous avons soulevé la question d’une enquête internationale objective, la tactique de nos collègues américains et européens s’est réduite à nier l’implication des États-Unis, d’une part, et à empêcher une enquête transparente et impartiale sur les circonstances du sabotage, d’autre part. Plus les preuves de l’implication de Washington et de ses alliés de l’OTAN apparaissaient, plus le bloc occidental s’insurgeait contre la prétendue inopportunité d’une enquête internationale.

Qu’est-ce que cela signifie ? Il n’est pas nécessaire d’être détective ou analyste pour comprendre que les États-Unis et leurs alliés brouillent les pistes, c’est-à-dire qu’ils multiplient les spéculations et les versions absurdes tout en refusant de commenter les faits peu flatteurs qui sont révélés. Si les États-Unis souhaitaient établir les faits et demander des comptes aux coupables, Washington agirait différemment.

Chers collègues, ce vote était un test décisif pour montrer vers quel monde chacun d’entre nous se dirige. S’agit-il d’un monde où le droit international est respecté et où les attaques contre les réseaux internationaux de pipelines et d’autres infrastructures sont soumises à l’obligation de rendre des comptes ? Ou s’agit-il d’un monde où des États peuvent faire ce qu’ils veulent, qui élaborent des lois que tout le monde doit suivre tout en appelant cela un « ordre fondé sur des règles », et qui ne sont jamais tenus de rendre des comptes, même pour les actions les plus imprudentes et les plus dangereuses ? Le vote d’aujourd’hui a confirmé avec certitude que nos anciens partenaires occidentaux croient qu’ils peuvent s’en tirer à bon compte. En outre, nous avons assisté aujourd’hui à une manifestation désagréable de la « conspiration silencieuse » occidentale au sein du Conseil de sécurité, qui empêche cet organe de s’acquitter de ses fonctions.

Bien entendu, nous tirerons nos conclusions. Nous sommes convaincus que des faits plus détaillés doivent encore être découverts et que tous les complices du sabotage du Nord Stream seront identifiés, ainsi que tous les détails de ce crime. C’est inévitable.

Je vous remercie de votre attention.

Droit de réponse

Monsieur le Président,

Avant que M. Hersh ne publie ses conclusions, je ne me souviens pas qu’un responsable russe ait déclaré que les États-Unis étaient coupables de cette tragédie. De telles spéculations n’ont commencé qu’après la publication de Seymour Hersh.

Je voudrais demander à mon collègue américain. Comment pouvez-vous commenter les propos de son président J. Biden, qui a déclaré « Nous mettrons fin à ces gazoducs » bien avant qu’ils ne soient réellement neutralisés ?

Deuxième réponse

Monsieur le Président,

Ma question ne portait pas sur l’article de M. Hersh que mon collègue américain n’a jamais lu, alors que je lui recommande vivement de le faire. J’ai posé une question directe. Comment pouvez-vous commenter les propos de votre président, qui a déclaré ouvertement : « Nous mettrons fin à Nord Stream » ? Je n’ai pas entendu de réponse à cette question.

***

Remarques à la presse du représentant permanent Vassily Nebenzia suite au vote du CSNU sur un projet de résolution concernant les actes de sabotage sur le gazoduc Nord Stream, le 27 mars 2023.

Source : Mission permanente de la Russie à l’ONU

Traduction : lecridespeuples.fr

Q : Êtes-vous surpris par le vote de votre résolution ?

R : Non.

Q : Pourquoi ?

R : Nous connaissions le résultat, mais un résultat négatif est aussi un résultat. Nous nous attendions à un tel résultat parce qu’il trahit et révèle certaines choses. Comme je l’ai dit, la conscience inquiète se trahit elle-même. Vous avez entendu mon dialogue avec le représentant des États-Unis qui ne pouvait tout simplement pas répondre à une simple question que j’avais posée. Il nous a accusés de propagande et d’autres choses encore, comme ils le font toujours, ils essaient de détourner l’attention de l’Ukraine. Nous parlions d’un sujet particulier : une enquête indépendante. Notre résolution ne contient aucune référence à un pays en particulier. Elle demande simplement une enquête indépendante parce que les enquêtes menées au niveau national par la Suède, le Danemark et l’Allemagne ne répondent pas aux exigences d’objectivité puisqu’elles excluent tout simplement l’un des pays qui a le plus souffert du processus, à savoir la Russie.

Q : La Russie va-t-elle donc tenter de faire voter à nouveau le projet de résolution ?

R : Je pense que cela a suffi. Ce qui s’est passé aujourd’hui a révélé leur véritable attitude à l’égard de cette question.

Q : Monsieur l’Ambassadeur, le représentant des États-Unis a déclaré que c’était une bonne chose que la Russie se préoccupe des infrastructures internationales. Et il a demandé ce qu’il en était des infrastructures en Ukraine. Que répondez-vous à cela ?

R : Lorsqu’ils n’ont rien à répondre, ils déplacent toujours l’attention sur un autre sujet. C’est leur tactique. Nous l’avons appris il y a longtemps.

Q : Monsieur l’Ambassadeur, pensez-vous que la réunion sur le Belarus aura lieu dans les prochains jours ?

R : Cette réunion a été demandée. Nous sommes toujours prêts pour toutes les réunions, si elles sont programmées. Bien sûr, nous avons des choses à dire.

Q : Y a-t-il des invités spéciaux pendant la présidence russe du Conseil de sécurité des Nations unies le mois prochain ?

R : Nous attendons le ministre Lavrov pour quelques réunions.

Q : Lesquelles ?

R : C’est en cours de décision, mais je veux parler des événements marquants de notre présidence, qui sont prévus vers la fin du mois.

Q : A-t-il l’autorisation de voyager ? Je veux dire, en raison de tous les problèmes que votre délégation a rencontrés dans le passé pour faire venir des orateurs.

R : Vous l’avez vu ici lors de la semaine de haut niveau de l’AGNU. Ce sera amusant s’il n’est pas autorisé à venir ici pour la présidence du Conseil de sécurité des Nations unies.

Q : Quels sont ces événements phares ?

R : L’un d’entre eux sera consacré à la multipolarité dans le monde émergent (ce n’est pas le titre exact, mais c’est le sujet). L’autre sera un débat ouvert sur le Moyen-Orient. Un autre événement est prévu au début du mois d’avril, avant la venue du ministre, concernant l’exportation incontrôlée d’armes, la prolifération des fournitures d’armes incontrôlées dans le monde. Nous ne nous concentrons pas sur un pays en particulier. Bien sûr, certains pays se concentreront sur certaines zones, mais il s’agit d’un problème général, et pas seulement du problème du conflit auquel vous faites référence.

Q : En ce qui concerne la visite du ministre Lavrov, à quand remonte sa dernière visite ?

R : Une semaine de haut niveau, en septembre dernier.

Q : Doit-il demander une autorisation spéciale depuis qu’il a été nommé ?

R : Il vient pour les événements de l’ONU. Les Nations unies sont tenues de délivrer des visas à ces visiteurs.

Q : Est-il impatient d’y assister ?

R : Je l’espère.

Q : Le visa a-t-il déjà été accordé par les États-Unis ?

R : Vous posez la question à la mauvaise personne. C’est leur obligation. Ils doivent accorder un visa à la délégation.

Q : Quelle est la taille de sa délégation ? C’est toujours la question. Va-t-il donner une conférence de presse, si tout va bien ?

R : Je pense que oui. Comme d’habitude.

Voir notre dossier sur la situation en Ukraine.

 

Le vaisseau fantôme du Nord Stream

par Seymour Hersh - Le 12/04/2023.

Les faux détails de la couverture de la CIA.

L’Agence centrale de renseignement des États-Unis (CIA) mène constamment des opérations secrètes dans le monde entier, et chacune d’entre elles a besoin d’une histoire de couverture. Il est important d’avoir une explication lorsque les choses tournent mal, comme dans la mer Baltique à l’automne. Quelques semaines après la publication de mon rapport selon lequel Joe Biden avait ordonné la destruction des gazoducs Nord Stream, la CIA a sorti une histoire de camouflage et a trouvé des preneurs dans le New York Times et deux grands journaux allemands.

En racontant l’histoire des plongeurs en eaux profondes et d’un équipage qui n’existait pas, la CIA suivait le protocole ; l’histoire a peut-être fait partie des premiers jours de la planification secrète de la destruction des gazoducs. Le point d’appui était un yacht mythique, ironiquement nommé Andromède – du nom de la belle fille d’un roi mythique qui était attachée nue à un rocher. La CIA a partagé l’histoire de couverture avec le BND, les services secrets allemands.

Mon premier rapport a attiré l’attention du monde entier, mais a été ignoré par les principaux journaux et chaînes de télévision aux États-Unis. Alors que l’histoire prenait de l’ampleur en Europe et ailleurs à l’étranger, le New York Times a publié un rapport le 7 mars disant que des responsables américains ont affirmé que les services de renseignement américains avaient recueilli des informations indiquant qu’un groupe pro-ukrainien avait fait exploser les gazoducs et que ces nouvelles informations étaient « une étape vers l’identification des commanditaires » du sabotage des gazoducs.

L’histoire du Times a attiré l’attention du monde entier, mais depuis sa publication, le journal n’a rien dit sur qui a fait quoi. Dans une interview pour un podcast du Times, l’un des trois auteurs de l’article a involontairement expliqué pourquoi l’histoire était morte depuis le début. Le journaliste a été interrogé sur le rôle joué par le groupe prétendument pro-ukrainien : « Comment pensez-vous que cela s’est passé comme ça ? » Il a répondu : « Pour être clair, nous n’en savons presque rien. Pas vrai ? »

Le 3 avril, le Washington Post rapporte que certains enquêteurs européens doutent désormais que l’Andromeda ait pu saboter les gazoducs sans l’aide d’un deuxième navire. Certains en Europe se sont demandé si le rôle d’Andromède était « une distraction ou juste une partie de l’image ». L’article ne suggérait pas que l’administration Biden était impliquée dans la destruction de l’oléoduc, mais citait un diplomate européen anonyme disant : « N’importe qui pouvait voir le corps allongé là, mais tout le monde agissait comme si tout était normal. Il vaut mieux ne pas savoir. »

Les responsables de la CIA qui ont transmis des histoires aux médias nationaux et étrangers – dans un effort réussi pour garder l’attention du monde concentrée sur toutes sortes de suspects, mais pas celui qui semble le plus logique – ont au sommet le président des États-Unis.

Le Times a également rapporté qu’un député européen, informé par les services de renseignement de son pays, a déclaré que les services avaient recueilli des informations sur 45 navires dont les transbondeurs n’avaient pas été activés lors de leur passage dans la zone où les gazoducs ont été dynamités. L’un de ces navires dits « fantômes » pourrait avoir posé les mines et les avoir déclenchées par la suite.

Après la mise en ligne de l’article du Times – Die Zeit – le plus grand hebdomadaire allemand, s’est empressé de publier un rapport sur une enquête sur l’explosion du Nord Stream sur laquelle il faisait des recherches depuis des mois, en collaboration avec une chaîne de télévision. L’hebdomadaire y décrivait quelque chose de nouveau : il identifiait un yacht loué par une société en Pologne, appartenant apparemment à deux Ukrainiens. Le groupe qui a loué le yacht et détruit le gazoduc aurait inclus un capitaine, deux plongeurs, deux assistants de plongée et un médecin. Le groupe qualifié d’« assassin », dont les noms n’étaient ni publiés ni connus, utilisaient de faux passeports et avaient transporté les explosifs nécessaires sur les lieux du crime. Le yacht aurait navigué près de l’île danoise de Bornholm, qui se trouve à proximité du site du sabotage du gazoduc.

Le journal a rapporté que le yacht avait été rendu à la société de location dans un « état non nettoyé » – de tels yachts peuvent coûter 2000 dollars ou plus par semaine. De cette façon, les enquêteurs allemands ont pu trouver des traces d’explosifs sur la table de la cabine. Des articles ultérieurs ont indiqué que les enquêteurs avaient également trouvé deux faux passeports ukrainiens laissés sur le yacht. Une histoire ultérieure dans l’hebdomadaire Der Spiegel a déclaré que le yacht en question s’appelait Andromeda.

J’ai ensuite publié un article suggérant que les informations fournies par la police fédérale allemande à la fois à Die Zeit et à Der Spiegel provenaient à l’origine des services de renseignement américainsL’auteur du rapport Zeit, Holger Stark, un journaliste chevronné que je connais depuis qu’il travaillait à Washington il y a une dizaine d’années, m’a contacté et s’est plaint de cette déclaration. Stark m’a dit qu’il avait d’excellentes sources au sein de la police fédérale et que ses informations provenaient d’eux et d’aucune agence de renseignement, allemande et américaine. Je l’ai cru et j’ai immédiatement corrigé l’histoire.

J’admets qu’il est difficile pour un journaliste d’écrire sur un collègue journaliste, surtout un bon. Mais dans ce cas, nous avons affaire à des faits qui ont été simplement acceptés, mais qui auraient dû être remis en question. Par exemple, je n’ai pas demandé à Stark s’il se demandait comment il se faisait qu’un journal américain situé à près de 4000 kilomètres ait publié la même allégation concernant un groupe d’Ukrainiens anonymes sans rapport avec les dirigeants de Kiev…

Cependant, nous avons parlé de quelque chose que Stark a mentionné : que peu de temps après l’explosion du gazoduc, des responsables en Allemagne, en Suède et au Danemark ont décidé d’envoyer des équipes sur les lieux pour récupérer la seule mine qui n’avait pas explosé. Il a dit, que c’était trop tard ; un navire américain s’était déjà précipité sur les lieux du crime et avait récupéré la mine et d’autres matériaux. Je lui ai demandé pourquoi il pensait que les Américains étaient arrivés si rapidement sur les lieux du crime, et il a répondu avec un geste dédaigneux : « Vous savez comment sont les Américains. Toujours vouloir être le premier ». Mais il y avait une autre explication, très évidente.

L’astuce d’une bonne opération de propagande est de fournir au public cible – en l’occurrence les médias occidentaux – ce qu’il veut entendre. Comme un expert du renseignement me l’a dit succinctement : « Quand vous faites une opération comme les gazoducs vous devez planifier une opération parallèle – un faux-fuyant avec un air de réalité qui s’y rattachent. Et il doit être aussi détaillé que possible pour être cru ».

« Les gens oublient aujourd’hui qu’il existe une parodie », a déclaré l’expert. Le HMS Pinafore de Gilbert et Sullivan n’est pas l’histoire de la Royal Navy au XIXe siècle. C’est une parodie. L’objectif de la CIA dans le cas du pipeline était de produire une parodie suffisamment bonne pour que la presse y croie. Mais par où commencer ? Vous ne pouvez pas faire détruire les gazoducs par une bombe larguée d’un avion ou par des marins sur un canot pneumatique.

Mais pourquoi pas depuis un voilier ? Quiconque a été sérieusement impliqué dans l’événement saurait qu’on ne peut pas ancrer un voilier dans des eaux de 80 mètres de profondeur – la profondeur à laquelle les quatre gazoducs étaient censés être détruits – « mais l’histoire a tourné court. »

L’expert en renseignement a énuméré toutes les exigences qui doivent être remplies avant que quelqu’un puisse louer un yacht coûteux.

« Vous ne pouvez pas simplement entrer dans la rue avec un faux passeport et louer un bateau. Vous devez soit prendre un capitaine fourni par l’agent de location ou le propriétaire du yacht, soit avoir un capitaine qui apporte un brevet de capitaine, comme l’exige la loi maritime. Quiconque a déjà loué un yacht le sait ». Une preuve similaire d’expertise en plongée sous-marine, qui nécessite un mélange gazeux spécial, serait également nécessaire aux plongeurs et au médecin.

L’expert avait d’autres questions sur le prétendu yacht. « Comment un voilier de 15 mètres de long trouve-t-il les canalisations en mer Baltique ? » Les gazoducs ne sont pas si gros et ils ne sont pas indiqués sur les cartes marines fournies avec le bail. Peut-être que l’idée était de « mettre les deux plongeurs à l’eau » – pas si facile depuis un petit yacht – « et de laisser les plongeurs le chercher ». Combien de temps un plongeur peut-il rester là-bas dans sa combinaison ? Peut-être un quart d’heure. Cela signifie qu’il faudrait quatre ans à un plongeur pour parcourir un kilomètre carré.

« Les médias n’ont posé aucune de ces questions. Il y a donc six personnes sur le yacht – deux plongeurs, deux aides, un médecin et un capitaine qui a loué le bateau. Mais une chose manque : qui doit diriger le yacht ? Ou cuisiner ? Qu’en est-il du journal de bord que le loueur doit tenir pour des raisons légales ? Rien de tout cela ne s’est produit », a déclaré l’expert. « Arrêtez d’associer cela à la réalité. C’est une parodie. »

Les articles du New York Times et de la presse européenne ne donnent aucune indication qu’un journaliste ait même pu monter à bord du yacht et l’examiner physiquement. Ils n’offrent également aucune explication quant à la raison pour laquelle un passager sur un yacht laisserait des passeports, faux ou non, à bord après une charte. Des photos d’un voilier nommé Andromeda sur une cale sèche ont été publiées.

Rien de tout cela ne peut sauver une mauvaise couverture, m’a dit l’expert du renseignement. « On ne cessera jamais d’essayer de transformer la fiction en vérité ». Maintenant, c’est l’image d’un voilier qui émerge après une enquête qui ne peut être retrouvée – sans numéro d’immatriculation là où il devrait être. L’Andromeda a remplacé l’Homme de Piltdown dans la presse.

L’expert a eu une dernière réflexion : « Dans le monde des analystes et des opérateurs professionnels, n’importe qui conclura à juste titre de l’histoire que la diabolique CIA a concocté une contre-opération si manifestement ridicule et puérile que son véritable but était d’étayer la vérité. »

source : Seymour Hersh via Arrêt sur Info

Dossier secret sur l’attentat terroriste du Nord Stream : Que savait le chancelier Scholz ?

par Kla.tv - Le 26/03/2023.

Fox News, la chaîne d’information la plus regardée des États-Unis, a annoncé le 10 mars 2023 qu’il était évident que les États-Unis avaient perpétré l’attentat terroriste contre Nord Stream. Pourtant, le gouvernement allemand se cache toujours derrière un prétendu « intérêt au secret ». Le chancelier Scholz avait-il connaissance d’une opération des services secrets américains ? Dans ce cas, ce dossier secret sur l’attentat terroriste du Nord Stream pourrait très bientôt devenir le dossier Scholz…

 

 

 

Lorsque, le 26 septembre 2022, les gazoducs Nord Stream, qui acheminaient le gaz russe vers l’Allemagne, ont été déchirés par de violentes explosions, les sismologues ont pu mesurer des secousses sismiques massives. Mais si l’on parvient à déterminer qui est à l’origine de cette attaque terroriste impitoyable, cela pourrait provoquer – en comparaison avec ces explosions – un « séisme politique » d’une ampleur insoupçonnée.

Pour les autorités suédoises chargées de l’enquête, il était immédiatement clair qu’un « acteur étatique […] était très probablement responsable ». C’est d’ailleurs évident, car seuls les États disposent des moyens techniques pour mener une opération de renseignement aussi complexe à la manière de « James Bond » à environ 80 mètres de profondeur. Il s’agit donc dans ce documentaire de « terrorisme d’État » ! En raison de son énorme importance pour la place économique allemande, le magazine Compact a qualifié l’attaque terroriste contre les pipelines Nord Stream de « 9/11 allemand » !

lire la suite sur Kla.tv

Le sabotage du Nord Stream ne restera pas impuni.

Source : The Saker francophone.


Par M.K. Bhadrakumar – Le 14 mars 2023 – source  Indian punchline

Lundi prochain, un anniversaire inquiétant se profile à l’horizon. Cela fera 20 ans que les États-Unis ont envahi l’Irak. La Grande-Bretagne était l’un des piliers de la « coalition des volontaires » dirigée par les États-Unis. Le chroniqueur du Guardian, John Harris, a écrit dimanche qu’il s’agissait du « plus grand désastre politique et humanitaire dans lequel le Royaume-Uni ait été impliqué depuis la Seconde Guerre mondiale… lorsque le prétendu centre politique a soudainement basculé dans l’insouciance et la catastrophe« .

La guerre d’Irak a été à l’origine d’une violence sans fin et d’un nombre considérable de morts. Ironiquement, c’est Seymour Hersh qui avait révélé l’horrible chronique des tortures pratiquées par les troupes américaines à Abu Ghraib, qui ont choqué le monde entier.

 

Harris expose un argument disant que la guerre d’Irak a eu des « effets profonds » sur le Royaume-Uni, ce qui est discutable. Il cite, entre autres, « le sentiment que la politique et le pouvoir s’étaient éloignés du public et avaient laissé un vide énorme et très inquiétant« . Il a peut-être raison, mais pour de mauvaises raisons. Au fil du temps, la guerre d’Irak a rendu les partis politiques britanniques ridicules.

La Grande-Bretagne est aujourd’hui dirigée par un UniParty – le parti du gouvernement, qui semble être composé des mêmes personnes que le parti de l’opposition. La Grande-Bretagne en est arrivée au même point que les États-Unis depuis un certain temps : une cabale d’élites politiques détournant le pays, appliquant son propre programme, quel que soit le parti politique officiellement au pouvoir, et le peuple dans son ensemble ayant perdu le contrôle de son gouvernement. C’est pourquoi des crimes comme Abu Ghraib et Nord Stream restent impunis.

Le 3 mars, le chancelier allemand Olaf Scholz a eu un tête-à-tête top secret avec Biden dans le bureau ovale, dans ce qui semble avoir été une tentative, entre autres, de parvenir à un consensus sur la manière de traiter le rapport explosif de Hersh sur le sabotage de Nord Stream.

Regardez la séquence des événements : Quatre jours après la rencontre entre Scholz et Biden, le New York Times publie une fuite médiatique sensationnelle concernant Nord Stream, attribuant le sabotage à un « groupe pro-ukrainien » composé de cinq hommes et d’une femme qui ont utilisé un yacht loué en Pologne.

Le bateau a ensuite été retrouvé par des enquêteurs allemands – également une fuite médiatique à Berlin – et s’est avéré être l’Andromeda, un voilier Bavaria C50. Le groupe aurait embarqué pour sa mission depuis Rostock le 6 septembre 2022. Le matériel nécessaire à l’opération secrète aurait été transporté au port dans un camion.

Le quotidien allemand Die Zeit a soutenu le récit du Times en temps réel. Mais le récit lui-même est truffé d’incohérences. Les questions ne manquent pas : Comment le yacht affrété de 15 mètres aurait-il pu transporter les quelque 1 500 à 2 000 kilogrammes d’explosifs nécessaires au sabotage ? Comment Andromeda, qui n’a pas de grue, a-t-il pu hisser des quantités aussi massives d’explosifs dans l’eau en toute sécurité ?

Une analyse russe souligne que « le site de l’explosion, dans la mer Baltique, se trouve à environ 80 mètres de profondeur, ce qui nécessite un équipement de plongée spécial, notamment des réservoirs d’air contenant un mélange hélium-oxygène et de l’oxygène pur. Au total, il faut 30 litres d’un mélange gazeux spécial pour une seule plongée, ce qui signifie qu’il devait y avoir des dizaines de bouteilles à bord. En outre, les plongeurs auraient dû disposer d’un caisson de décompression, ce que le yacht n’est pas en mesure d’avoir. En outre, il aurait fallu plusieurs plongées et quelques jours pour poser les explosifs sur les pipelines. Il est difficile d’imaginer que ces activités auraient pu passer totalement inaperçues« .

La rédaction du Times n’a manifestement pas vérifié les faits. Mais le 10 mars, le président de la commission de surveillance du renseignement du Bundestag, Konstantin von Notz, du parti des Verts, a déclaré à Die Zeit que ce qui s’était passé était probablement un « acte de terrorisme soutenu par un État » et avait probablement été mené par un « acteur étatique ou quasi-étatique« .

Scholz marche sur des œufs. Il est à la tête d’une coalition d’atlantistes. Mais l’Allemagne n’est pas encore un pays à parti unique. En outre, contrairement aux États-Unis ou au Royaume-Uni, dans le système politique allemand, le procureur qui enquête sur le sabotage de Nord Stream est une entité autonome qui ne peut pas recevoir d’ordres de la part des politiciens au pouvoir.

La réaction du ministre allemand de la défense, Boris Pistorius, au rapport du Times le montre : les Allemands ne savent pas encore s’il s’agit d’un commando ukrainien qui a agi au su du gouvernement ukrainien, d’un groupe pro-ukrainien qui a agi à son insu, ou s’il peut s’agir d’une opération sous fausse bannière. Berlin n’exclut apparemment pas une implication officielle de l’Ukraine.

Dans ce genre de situation, la désignation d’un bouc émissaire serait une stratégie de sortie bien pratique pour Washington. Un rapport publié dimanche par Politico a distancé l’administration Biden du régime ukrainien de Zelensky, et le sabotage du Nord Stream y est mentionné comme l’une des trois raisons des « divergences croissantes en coulisses » entre Washington et Kiev.

Pour l’instant, cependant, il semble y avoir un accord tacite entre Biden et Scholz pour qu’ils ne se déchirent pas sur cette question. Quant à Zelensky, il n’aura probablement pas d’autre choix que de jouer le rôle de bouc émissaire lorsque ce sera nécessaire.

En mentionnant Nord Stream comme un sujet de discorde entre Washington et Kiev, l’article de Politico semble indiquer à Zelensky qu’il s’agit d’un jeu à grands enjeux affectant l’unité transatlantique et qu’un bouc émissaire pourrait s’avérer nécessaire.

Pendant ce temps, au lieu de pointer du doigt Washington, le secrétaire du Conseil de sécurité russe, Nikolay Patrushev, ne s’est pas trop engagé dimanche en déclarant : « J’insiste sur le fait que toute accusation qui n’est pas étayée par les résultats d’une enquête impartiale n’est pas digne de confianceC’est pourquoi Moscou insiste pour qu’une enquête objective soit menée avec la participation de la Russie et d’autres pays intéressés. Sans cela, les versions subjectives unilatérales de l’attaque terroriste n’expliquent rien« .

Patrushev a virtuellement défié le tandem Biden-Scholz. Certes, une enquête impartiale aura des conséquences politiques. D’une part, l’opinion publique allemande est relativement inconstante sur la question des livraisons d’armes. D’autre part, Scholz ne peut se permettre d’être perçu comme étant de connivence avec Biden.

Bien entendu, s’il est établi qu’un commando ukrainien ou une unité américaine est responsable du sabotage, les conséquences politiques seront énormes. L’opinion publique allemande pourrait exiger l’arrêt des livraisons d’armes à l’Ukraine. D’autre part, si les États-Unis sont responsables, la renaissance actuelle des liens germano-américains s’évanouira tout simplement.

Scholz doit encore comprendre que le transatlantisme n’est pas la caractéristique principale du parti Démocrate. Son destin pourrait être le même que celui de Tony Blair. Harris a écrit que les effets des tromperies de Blair se sont répercutés jusqu’au Brexit.

Pour le citer, « l’Irak a hideusement sali le bilan national de Blair et de [Gordon] Brown et a marqué la fin de la vision néo-travailliste de la Grande-Bretagne comme un pays jeune et confiant. Il a réduit les fantasmes de l' »interventionnisme libéral » à de la cendre, et a approfondi la désaffection et le malaise qui allaient conduire à notre sortie de l’Europe« .

Dans un rapport publié jeudi dernier, le journal Handelsblatt soulignait que l’enquête sur le Nord Stream pourrait faire le jeu de l’extrême gauche et de l’extrême droite dans la politique allemande. Scholz peut-il survivre à la tromperie sur le sabotage du Nord Stream ? Si l’Ukraine est impliquée, il n’y aura pas de retour en arrière possible pour l’Allemagne.

M.K. Bhadrakumar

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

Attaque du Nord Stream. La Maison Blanche cherche à démolir l’article de Hersh avec de faibles « renseignements »


Par Moon of Alabama – Le 7 mars 2023

Le 28 septembre 2022, le lendemain de l’explosion des gazoducs Nord Stream, j’ai publié les indices disponibles en sources ouvertes qui suggéraient fortement que les États-Unis étaient à l’origine de l’attentat :

Whodunnit ? – Faits liés au sabotage des gazoducs Nord Stream

Le 8 février, le légendaire journaliste d’investigation Seymour Hersh a publié un récit remarquable et similaire, basé sur des témoignages.

Hersh : « Comment l’Amérique a détruit le gazoduc Nord Stream »

J’ai alors proposé quelques corrections mineures à la version de Hersh.

Alors que l’histoire de Hersh a provoqué quelques échos dans les journaux européens, les grands médias américains ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour éviter d’en parler:

 

Des dizaines de résultats de publications dans le monde entier apparaissent lors d’une recherche sur Internet concernant l’affirmation du journaliste d’investigation Seymour Hersh selon laquelle les États-Unis ont détruit le gazoduc russe Nord Stream.

Mais ce qui est le plus frappant dans les pages et les pages de résultats de Google, Bing et DuckDuckGo, dans les semaines qui ont suivi la publication de l’article de Hersh le 8 février, ce n’est pas ce qu’on y trouve mais ce qu’on n’y trouve pas :

  •  Le Times of London (2/8/23) a rapporté l’histoire de Hersh quelques heures après qu’il l’ait postée sur son compte Substack, mais rien dans le New York Times.
  • L’agence de presse britannique Reuters a publié au moins dix articles (2/8/232/9/232/12/232/15/23, entre autres), Associated Press pas un seul.
  • Pas un mot n’a été diffusé par les principaux réseaux de radiodiffusion américains – NBCABCCBS – ni par les radiodiffuseurs publics PBS et NPR.
  • Aucun article sur les principales chaînes câblées du pays, CNNMSNBC et Fox News.

Cette autocensure est-elle justifiée ? Il est vrai que l’article de Hersh repose sur une seule source anonyme. Mais les sources anonymes sont un élément essentiel des reportages sur le gouvernement américain, utilisés par toutes les grandes chaînes. En outre, d’innombrables articles de moindre importance au niveau national et international ont été publiés avec l’avertissement que les faits rapportés n’avaient pas été vérifiés de manière indépendante.

Abstraction faite des doutes que suscite l’histoire de Hersh, tous les critères journalistiques sont réunis pour que l’importante couverture internationale dont elle a fait l’objet, ainsi que les démentis catégoriques de la Maison Blanche et du Pentagone, en fassent un sujet d’actualité aux États-Unis.

Plus important encore, si Hersh s’est trompé, son histoire doit être démolie. Le silence n’est pas un journalisme acceptable.

Certains journaux ont par la suite mentionné l’histoire de Hersh, mais seulement dans un autre contexte. La pression exercée sur le gouvernement et les médias américains pour qu’ils réagissent à cette histoire n’a cessé de croître.

Les résultats sont arrivés aujourd’hui, un mois après l’article de Hersh, avec la publication par le New York Times d’un autre des habituels contes de fées sur le « renseignement » :

Les renseignements suggèrent qu’un groupe pro-ukrainien a saboté des oléoducs, selon des responsables américains

Un nouveau rapport des services de renseignement constitue la première piste significative connue sur les responsables de l’attaque des gazoducs Nord Stream qui transportent le gaz naturel de la Russie vers l’Europe.

Tout va bien, sauf qu’il n’y a pas de « renseignements« . Il n’y a que des affirmations de « fonctionnaires » anonymes aux journalistes du NYT selon lesquelles de vagues « renseignements » pourraient exister.

WASHINGTON – De nouveaux renseignements examinés par des responsables américains suggèrent qu’un groupe pro-ukrainien a mené l’attaque contre les gazoducs Nord Stream l’année dernière, un pas vers la détermination de la responsabilité d’un acte de sabotage qui a déconcerté les enquêteurs des deux côtés de l’Atlantique pendant des mois.

Les responsables américains ont déclaré qu’ils n’avaient aucune preuve que le président ukrainien Volodymyr Zelensky ou ses principaux lieutenants aient été impliqués dans l’opération, ou que les auteurs aient agi sous la direction d’un responsable du gouvernement ukrainien.

Jusqu’à présent, c’est crédible. Toute combinaison de Joe Biden, Victoria Nuland, Anthony Blinken et de divers sous-fifres de la Maison Blanche et de l’OTAN peut certainement être qualifiée de « groupe pro-ukrainien« .

Les responsables américains ont refusé de divulguer la nature des renseignements, la manière dont ils ont été obtenus ou des détails sur la solidité des preuves qu’ils contiennent. Ils ont déclaré qu’il n’y avait pas de conclusions fermes à ce sujet, ce qui laisse ouverte la possibilité que l’opération ait été menée de façon clandestine par une force mandataire ayant des liens avec le gouvernement ukrainien ou ses services de sécurité.

Peut-on être plus vague ?

Les fonctionnaires qui ont examiné les renseignements ont déclaré qu’ils pensaient que les saboteurs étaient très probablement des ressortissants ukrainiens ou russes, ou une combinaison des deux. Les autorités américaines ont déclaré qu’aucun ressortissant américain ou britannique n’était impliqué.

Les explosifs ont très probablement été posés avec l’aide de plongeurs expérimentés qui ne semblaient pas travailler pour des services militaires ou de renseignement, ont déclaré les responsables américains qui ont examiné les nouveaux renseignements. Mais il est possible que les auteurs de l’attentat aient reçu une formation gouvernementale spécialisée dans le passé.

C’est de la foutaise. Entre-temps, Hersh a confirmé que les pipelines ont été minés en huit endroits et que six des huit explosions prévues ont eu lieu. Il s’agissait d’une tâche beaucoup trop vaste et trop difficile pour quiconque, à l’exception d’une armée nationale expérimentée.

Les responsables américains qui ont été informés des renseignements sont divisés quant à l’importance à accorder à ces nouvelles informations. Ils ont tous parlé sous le couvert de l’anonymat pour discuter de renseignements classifiés et de questions diplomatiques sensibles.

Les responsables américains ont déclaré que ces nouvelles informations renforçaient leur optimisme quant à la possibilité pour les agences d’espionnage américaines et leurs partenaires en Europe de trouver davantage d’informations, ce qui pourrait leur permettre de parvenir à une conclusion ferme sur les auteurs de l’attentat. On ne sait pas encore combien de temps ce processus prendra. Les responsables américains ont récemment discuté des renseignements avec leurs homologues européens, qui ont pris la tête de l’enquête sur l’attentat.

Je suis presque certain que tous les services de renseignement européens savent exactement qui sont les auteurs de l’attentat. Ils ont tous lu l’article de Hersh et disposent de moyens pour le confirmer.

Soit dit en passant, nous en sommes au 22eme paragraphe de l’article du Times et le nom de Hersh ou un résumé de son article n’ont pas encore été mentionnés.

Ils n’apparaissent qu’au paragraphe suivant, et seulement pour être immédiatement rejetés.

Le mois dernier, le journaliste d’investigation Seymour Hersh a publié un article sur la plateforme Substack, concluant que les États-Unis avaient mené l’opération sous la direction de M. Biden. Dans son argumentation, M. Hersh a cité la menace faite par le président avant l’invasion de « mettre un terme » au Nord Stream 2, ainsi que des déclarations similaires faites par d’autres hauts fonctionnaires américains.

Les autorités américaines affirment que M. Biden et ses principaux collaborateurs n’ont pas autorisé une mission visant à détruire les gazoducs Nord Stream et qu’il n’y a pas eu d’implication des États-Unis.

Pas un mot sur la source interne qui a raconté toute l’histoire à Hersh, ni sur l’autre source non mentionnée qui a confirmé l’histoire à Hersh. (Dans son autobiographie, le reporter Hersh écrit qu’il a toujours eu plus d’une source, même s’il ne pouvait toujours pas le dire).

Les prétendus « renseignements » publiés par le Times ne sont pas crédibles. L’existence même de « renseignements » est douteuse. Ce ne sont que des paillettes lancées pour détourner l’attention du public des véritables auteurs de l’attaque terroriste de Nord Stream – ceux qui siègent à la Maison Blanche.

Vous vous demandez peut-être qui a choisi le New York Times pour la « fuite » de cette grenade fumigène.

En 1977, le Rolling Stone publiait un article de Carl Bernstein :

LA CIA ET LES MÉDIAS

Comment les médias d’information les plus puissants d’Amérique ont travaillé main dans la main avec l’Agence centrale de renseignement et pourquoi le Church Committee l’a dissimulé.

Des détails troublants sur les relations de la CIA avec des individus et des organes de presse ont commencé à être divulgués en 1973, lorsqu’il a été révélé pour la première fois que la CIA avait, à l’occasion, employé des journalistes. Ces rapports, combinés à de nouvelles informations, constituent des études de cas sur l’utilisation de journalistes par l’Agence à des fins de renseignement. Ils comprennent :

■ Le New York Times. Selon les responsables de la CIA, les relations de l’Agence avec le Times étaient de loin les plus précieuses parmi les journaux. De 1950 à 1966, une dizaine d’employés de la CIA ont bénéficié de la couverture du Times dans le cadre d’accords approuvés par le défunt éditeur du journal, Arthur Hays Sulzberger. Ces accords de couverture s’inscrivaient dans le cadre d’une politique générale du Times, définie par Sulzberger, visant à fournir une assistance à la CIA chaque fois que cela était possible.

Sulzberger était particulièrement proche d’Allen Dulles. « À ce niveau de contact, c’étaient les puissants qui parlaient aux puissants », a déclaré un haut fonctionnaire de la CIA qui a assisté à certaines des discussions. « Il y avait un accord de principe sur le fait que, oui, nous nous aiderions mutuellement. La question de la couverture a été soulevée à plusieurs reprises. Il a été convenu que les dispositions concrètes seraient prises par des subordonnés…. Les puissants ne voulaient pas connaître les détails ; ils voulaient un déni plausible. »

Rien n’a changé depuis.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

Note du Saker Francophone

Hier RT publiait cet article :

Les enquêteurs ont trouvé le navire impliqué dans le sabotage de Nord Stream – médias
Il appartiendrait à une société détenue par des Ukrainiens, affirment les médias allemands.

Les autorités allemandes chargées d’enquêter sur les explosions survenues sur les gazoducs Nord Stream ont identifié un navire qui semble avoir été impliqué dans ce qui est largement considéré comme un acte de sabotage, ont révélé mardi plusieurs médias allemands. Le yacht, qui aurait été utilisé dans l’attaque des gazoducs, appartient à une société basée en Pologne et détenue par deux Ukrainiens, selon les rapports.

Le radiodiffuseur allemand ARD, la radio SWR et le journal Die Zeit ont lancé ce qu’ils ont appelé leur propre enquête journalistique conjointe sur les activités des autorités policières allemandes travaillant sur cette affaire.

Leurs conclusions indiquent que le yacht a quitté la ville portuaire de Rostock, dans le nord-est de l’Allemagne, le 6 septembre, et que les explosifs et le matériel nécessaires à l’opération sont arrivés séparément à Rostock dans un camion de livraison. Le bateau a ensuite été identifié sur l’île danoise de Christianso, située juste au nord-est de l’île de Bornholm, où les pipelines ont été endommagés le 26 septembre 2022.

Le yacht a ensuite été rendu à ses propriétaires et les enquêteurs ont réussi à trouver des traces d’explosifs sur une table dans sa cabine, affirment les médias. [on se demande pourquoi un banal yacht loué et rendu sans histoire aurait fait l’objet d’une enquête, NdT]. L’acte de sabotage aurait été commis par une équipe de six personnes, dont un capitaine, deux plongeurs, deux assistants de plongée et une femme médecin.

L’identité ou même la nationalité des suspects n’est pas claire, car ils avaient des « passeports professionnels falsifiés« , qu’ils ont également utilisés pour louer le yacht en premier lieu, selon les médias allemands. Les autorités allemandes n’auraient pas non plus trouvé de preuves permettant de déterminer qui aurait ordonné le sabotage des oléoducs.

Selon ARDSWR et Die Zeit, une organisation de services secrets occidentale aurait informé certains « services partenaires » européens peu après les explosions, affirmant qu’un « commando ukrainien » était responsable de l’attaque. Les médias ont également affirmé qu’il y avait eu « d’autres indications de renseignement » selon lesquelles un groupe pro-ukrainien pourrait être à l’origine de l’attentat.

Le gouvernement allemand n’a pas commenté les informations présentées par les médias jusqu’à présent. Il y a quelques jours, la Suède, le Danemark et l’Allemagne « ont informé le Conseil de sécurité des Nations unies que les enquêtes se poursuivent et qu’il n’y a toujours pas de résultats« , a déclaré mardi un porte-parole du gouvernement. Contacté par les médias allemands, Kiev a nié toute implication dans l’incident.

On sent une certaine panique dans l’équipe Biden qui cherchent tous les moyens pour se couvrir, même les moins crédibles. Il se pourrait que la récente visite éclair de Scholz à Biden soit en rapport avec cette panique.

Un général français accuse l’Occident de cacher la vérité sur les gazoducs Nord Stream

Qui est l’auteur du sabotage des gazoducs Nord Stream ? Six mois après les explosions, il n’y a toujours pas de réponse officielle. Selon un ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU, qui écarte la responsabilité russe, l’absence de résultats des trois enquêtes occidentales à ce sujet montre qu’on cherche à les dissimuler.

L’absence de résultats des trois enquêtes ouvertes en Occident pour élucider les actes de sabotage sur les Nord Stream laisserait croire que quelqu’un veut les cacher, a fait savoir, le 3 mars, le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU, sur la chaîne de télévision française LCI.

« La question de ‘À qui profite le crime ?’ doit être posée […]. Il est certain que ces tuyaux appartiennent à une société russe et que donc le crime, a priori, ne profiterait pas aux Russes. Ce qui me frappe : vous avez une enquête allemande, une enquête suédoise, une enquête danoise qui, a priori, ont récupéré pas mal d’éléments. Or, on n’a pas vraiment de conclusions. C’est que probablement il y a des conclusions qu’on ne veut pas donner », a indiqué le général.

L’article de Hersh serait crédible ?

Selon le général Trinquand, l’article du lauréat du prix Pulitzer Seymour Hersh sur la responsabilité des États-Unis et de la Norvège dans le sabotage des Nord Stream peut être considéré comme fiable. Le haut gradé note que n’importe qui peut vérifier les itinéraires des navires mentionnés dans le document.

Il salue les efforts du journaliste américain qui a reconstitué la manœuvre de l’OTAN, c’est-à-dire « une action des plongeurs en mer Baltique et une action d’un avion qui lance des bouées ». Le militaire français rappelle que tous les éléments de cette enquête peuvent être vérifiés.

Pour le général Trinquand, il y aurait un mutisme total, même si la responsabilité de Washington est connue de tous.

« Les Danois, les Norvégiens, les Allemands, les Suédois ne diraient pas s’ils savaient que c’était les Américains », a-t-il conclu.

L’enquête de Seymour Hersh

Le très expérimenté Seymour Hersh a publié le 8 février les résultats de son enquête journalistique sur les explosions ayant endommagé en septembre trois des quatre conduites des pipelines Nord Stream 1 et 2, reliant la Russie à l’Europe via la mer Baltique. Il a affirmé que des plongeurs américains avaient posé des explosifs sur les tuyaux sous-marins l’été dernier, sous le couvert d’exercices de l’OTAN Baltops-2022. Trois mois plus tard, les Norvégiens ont actionné les bombes, ajoute M.Hersh.

Le Pentagone a plus tard déclaré à Sputnik que les États-Unis n’avaient rien à voir avec les explosions.

source : Sputnik Afrique

Scholz sera licencié en raison des explosions du Nord Stream

Source : Le" Courrier des Stratèges - Le 17/02/2023.

Scholz sera licencié en raison des explosions du Nord Stream, par K-politika

L’enquête de Seymour Hersh, qui a révélé l’accrochage de bombes sur les gazoducs russes Nord Stream et Nord Stream 2 par les services de renseignement américaines et norvégiennes, et ce quelques mois avant le début de l’opération spéciale en Ukraine, a remué l’opinion occidentale. L’ancien officier de la CIA, Raymond McGovern, a commenté le sabotage du Nord Stream par le gouvernement américain et a qualifié les actions du président américain de criminelles.


Cet article initialement publié sur k-politika.ru n’engage pas la ligne éditoriale du Courrier.

« Je connais personnellement Seymour Hersh : c’est un journaliste extrêmement honnête et très méticuleux. Ni le New York Times ni d’autres grands médias n’ont voulu imprimer son article très médiatisé. Il a donc publié son enquête sur une plateforme Internet. Saboter le Nord Stream sur ordre de Biden est un véritable acte d’agression », a déclaré un ancien officier de la CIA. « A cause de ses actions, de nombreux civils en Allemagne ont souffert, laissés sans chauffage ».

Le gouvernement Scholz au service de Biden

Raymond McGovern a exprimé l’espoir que, cette fois, les Allemands se soulèveront contre l’anarchie – contrairement à leurs ancêtres dans l’Allemagne hitlérienne – et qu’ils renverseront le gouvernement d’Olaf Scholz qui est au service de Biden et des États-Unis : « Assez, c’est assez pour nous. Vous êtes allé trop loin en faisant sauter notre gazoduc. Et tout d’abord, nous reconsidérerons l’attitude de l’Allemagne quant à l’approvisionnement en armes de l’Ukraine ».

Un autre ancien officier du renseignement fédéral américain, Cory Edwards, a commenté l’ordre de Biden sur les réseaux sociaux : « Cela m’amuse que la gauche n’en veuille aux actions de la CIA et du FBI uniquement lorsqu’elles sont elles-mêmes brutalisées. Le reste du temps, ces gens croient chaque mot du gouvernement américain. Ne comprennent-ils pas que la violence aux mains de la CIA et du FBI n’est qu’un outil de la série « la fin justifie les moyens » ?

Le journal allemand New Germany, rendant compte de l’enquête Seymour Hersh, a insisté sur le commentaire suivant : « Cet article explique pourquoi les enquêteurs danois, suédois et allemands sont silencieux comme des poissons lorsqu’on les interroge sur l’explosion des gazoducs sous-marins russes. Nous attendons maintenant que le procureur fédéral, qui mène l’enquête en Allemagne, commence à poser les bonnes questions aux personnes des plus hautes sphères de la politique américaine, dont les noms ont été cités par Seymour Hersh ».

L’Europe indignée par les révélations des explosions du Nord Stream

Source : Le Courrier des Stratèges - Par Politika - Le 15/02/2023.

Un journaliste américain bien connu, Seymour Hersh, lauréat du prix Pulitzer, a publié des articles sensationnels et a directement accusé Joe Biden de l’explosion du pipeline Nordstream. Fait révélateur, il affirme que le président américain préparait ce plan avant même le début du NWO.


Cet article initialement publié sur le site k-politika.ru n’engage pas la ligne éditoriale du Courrier.

Seymour Hersh est une légende vivante du journalisme américain. Il a acquis sa renommée en 1969, lorsqu’il a publié des documents sur le massacre dans le village vietnamien de Song My. Il est toujours considéré comme l’un des meilleurs journalistes d’investigation occidentaux et, par conséquent, ses graves accusations ne sont pas passées inaperçues dans les médias en Europe et aux États-Unis.

Hersh cite « une source ayant une connaissance directe de la planification opérationnelle ». La mise en œuvre pratique du plan a commencé après l’opération militaire spéciale de la Russie. Auparavant, des plongeurs professionnels des marines américaine et norvégienne avaient attaché des explosifs C4 à des conduites des gazoducs en juin 2022, sous couvert de manœuvres de l’OTAN. L’explosion a été causée par un sonar délibérément largué par la Norvège au-dessus de la mer Baltique.

L’information de Hersh a provoqué une tempête dans les médias de langue allemande

La journaliste autrichienne Kornelia Kirchweger estime que de tels plans ne pouvaient pas être ignorés par le chancelier allemand Olaf Scholz, et qu’il doit également en être tenu pour responsable. Le plan de Biden était en fait évident. Son objectif principal était de rompre les liens économiques naturels entre la Russie et l’Europe. En effet, tant que l’Europe serait liée à la Russie avec du gaz naturel bon marché, les pays de l’UE, principalement l’Allemagne, n’oseraient pas fournir à l’Ukraine de l’argent et des armes pour la guerre contre la Russie. Par conséquent, Biden avait un plan sur la façon de « désactiver » cette dépendance. Selon Hersh, cela a été discuté dans les cercles les plus secrets depuis la fin de 2021. Et même le Congrès l’ignorait. Le conseiller à la sécurité nationale de Biden, Joe Sullivan, était l’un des auteurs du plan.

Le 7 février 2022, soit quelques jours avant le début de l’opération spéciale russe en Ukraine, Biden a rencontré le chancelier allemand Scholz à la Maison Blanche.  Ainsi, Scholz est devenu pour l’essentiel un agent des services de renseignement américains. Les pipelines aux yeux des Américains ressemblaient à un nœud coulant qui pourrait lier l’Europe à la Russie.  Hersh écrit que Biden en était convaincu. Le dirigeant américain a estimé que, si la Russie décidait de mener une opération militaire contre l’Ukraine, la liquidation du Nord Stream y mettrait un terme. La même chose avait été dite plus tôt par la secrétaire d’État américaine, Victoria Nuland.

La Norvège a joué un rôle clef dans l’opération

La Norvège était au courant des plans de Biden. Selon les enquêteurs, ce n’est pas un hasard, puisque ce pays scandinave compte une grande concentration de militaires américains, de marins bien entraînés et de plongeurs de premier plan. Il y avait aussi les meilleurs plongeurs de la marine américaine qui connaissent bien les opérations militaires. De plus, la Norvège est le principal bénéficiaire de la destruction du Nord Stream. C’est elle qui, par conséquent, obtient l’accès au marché européen du gaz de plusieurs milliards de dollars. La marine norvégienne a établi un point de dépôt d’explosifs : dans les eaux peu profondes de la mer Baltique, au large de l’île danoise de Bornholm. Les explosifs ont été placés au cours de l’exercice d’été BALTOPS.

Les Norvégiens ont joué un rôle clé dans la résolution d’autres obstacles. La marine russe était connue pour avoir une technologie de surveillance capable de détecter et de faire exploser des mines sous-marines. Les engins explosifs américains ont dû être camouflés afin qu’ils aient l’air de faire partie du fond naturel du système russe, ce qui nécessitait une adaptation à la salinité spécifique de l’eau. Les Norvégiens avaient une solution à ce problème. Les Norvégiens avaient également en mains la décision très importante du moment où l’opération devait avoir lieu. Depuis 21 ans maintenant, chaque mois de juin, la sixième flotte américaine, dont le navire amiral est basé à Gaeta, en Italie, au sud de Rome, accueille un exercice majeur de l’OTAN en mer Baltique, impliquant des dizaines de navires alliés dans la région. L’exercice actuel, qui a eu lieu en juin, est devenu connu sous le nom d’opérations baltes 22, ou BALTOPS 22. Les Norvégiens ont déclaré que ce serait la couverture parfaite pour poser des mines.

Les Américains ont fourni un élément vital : ils ont persuadé les planificateurs de la sixième flotte d’ajouter des travaux de pose de mines et de déminage au programme d’exercices. L’exercice, a annoncé la marine américaine, impliquait la sixième flotte en coopération avec des « centres de recherche et militaires de la marine ». L’événement maritime devait se dérouler au large de l’île de Bornholm et mettra en vedette des équipes de plongeurs poseurs de mines de l’OTAN, tandis que les équipes concurrentes utiliseraient les dernières technologies sous-marines pour les localiser et les détruire.

La Russie mise délibérément en accusation, mais sans preuves

Immédiatement après l’explosion du pipeline, les médias américains l’ont déclarée « mystérieuse ». La Russie a été citée à plusieurs reprises comme le coupable probable, stimulée par des fuites calculées de la Maison Blanche, mais aucun motif clair pour un tel acte d’auto-sabotage n’a jamais été trouvé au-delà de la simple vengeance contre l’Occident. Quelques mois plus tard, lorsqu’il a été révélé que les autorités russes avaient secrètement estimé le coût de la réparation des pipelines, le New York Times a décrit la nouvelle comme « compliquant l’affirmation de qui était derrière le sabotage ». Pas un seul grand journal américain n’a rappelé les menaces antérieures contre les pipelines proférées par Biden et le sous-secrétaire d’État Nuland.

Bien qu’il n’ait jamais été clair pourquoi la Russie cherche à détruire son propre pipeline extrêmement rentable, la justification la plus convaincante des actions du président est venue du secrétaire d’État Blinken. Interrogé lors d’une conférence de presse en septembre dernier, sur l’impact de l’aggravation de la crise énergétique en Europe occidentale, il avait qualifié le moment de potentiellement propice et indiqué que les armes sont comme un moyen de faire avancer des desseins impériaux. Blinken avait expliqué que ce qui s’était passé était très important et ouvrait d’énormes opportunités stratégiques pour les années à venir. Il avait ajouté que « pour l’instantnous sommes déterminés à tout mettre en œuvre pour que les citoyens de nos pays ne subissent pas les conséquences de tout cela ».

Personne n’a jugé bon d’enquêter sur cet acte de guerre…

Cependant, cette explication n’a pas convenu à beaucoup d’Européens. Après tout, ils paient cette histoire avec leur propre bien-être, ce que souligne la journaliste autrichienne Kirchweger : « Personne n’a jugé bon d’enquêter sur cet acte de guerre. Le chancelier Scholz s’exprime dans le monde entier en tant que leader de l’Allemagne. Mais ce n’est qu’un agent américain et un traître à son pays, et il devra prendre sa retraite immédiatement », écrit-elle. Selon la journaliste Scholz a sacrifié la sécurité énergétique de l’Allemagne et de l’Europe occidentale à la demande des États-Unis. Il a détruit l’économie allemande et plongé l’ensemble de l’Europe dans une plus grande dépendance vis-à-vis des États-Unis. « Les États-Unis n’ont pas besoin d’une Europe forte. Ils ont besoin d’un continent sous leur contrôle. En faire leur propre quartier », écrit Kirchweger.

« Un vassal n’ose pas râler »

 

Le 12/02/2023.

Suite à la publication de l’enquête de Seymour Hersh

« Le Traité de l’OTAN ne prévoit pas l’éventualité d’une attaque par un membre de l’OTAN contre un autre. L’OTAN n’est que le joujou des USA, elle sert désormais à écraser et contrôler l’Europe ». (Andrew Napolitano, Magistrat, le 11 février 2023, sur le sabotage de Nord Stream)1

***

« Un vassal n’ose pas râler » par Oskar Lafontaine

Un journaliste américain fort réputé, Seymour Hersh, a fait son enquête. Sa conclusion : ce sont les USA fauteurs de l’attentat sur Nord Stream. Pas de quoi étonner celui qui sait compter sur ses doigts jusqu’à 3. Au vu et au su du Chancelier Scholz, le président Biden l’avait annoncé il y a un petit moment déjà. Le seul aspect un peu remarquable est la réaction pitoyable de l’Allemagne. Or, la ruine des infrastructures en Ukraine par l’armée russe a soulevé à juste titre l’indignation. Certains appellent à la constitution d’un Tribunal pénal ou spécial pour ces criminels de guerre. Un peu gênant par contre, que lorsque l’Allemagne aux côtés des alliés fit exactement la même chose en Yougoslavie, personne ne songea alors à exiger que les criminels soient jugés.

En tout cas, il est désormais confirmé : notre allié principal a perpétré un attentat terroriste sur notre infrastructure. Tandis que nos hommes politiques et journalistes, petits lâches qu’ils sont, font le dos rond en feignant de ne rien voir ni entendre.

Nous sommes une république de vassaux. Nos dirigeants sont incapables et trop peureux pour représenter leur propre peuple. L’Allemagne a besoin d’énergie bon marché, alors que les USA ont l’intention de refourguer leur GNL hors de prix à nous et au reste de l’Europe. Le vassal allemand fait des courbettes, se tient coi et se laisser traîner toujours plus loin dans la guerre que les USA mènent à la Russe. Notre soi-disante « élite » de la politique et du journalisme n’a aucune moralité : jamais l’Allemagne n’était censée livrer des armes vers des pays où seraient tués des gens, là où des millions avaient trouvé la mort dans les guerres d’extermination de Adolf Hitler.

Au plus tard à l’instant où les USA ont perpétré ce sabotage sur nos infrastructures, notre Gouvernement aurait dû leur montrer carton rouge.

Quand, au juste, comprendrons-nous que celui qui se méprise soi-même, sera méprisé ?

source : Facebook/Oskar Lafontaine

Traduction Mendelssohn Moses

L’AfD demande une commission d’enquête parlementaire sur le sabotage de Nord Stream

Source : RzO Voltaire.

Le porte-parole du parti nationaliste Alternative pour l’Allemagne (AfD), Tino Chrupalla, a réclamé une commission d’enquête parlementaire au Bundestag sur le sabotage des gazoducs Nord Stream après la publication de l’article de Seymour Hersh [1].

L’Administration Biden et le ministère norvégien des Affaires étrangères ont rejeté la veille son récit comme « complètement faux » et l’ont qualifié d’« invention parfaite ». La presse mainstream, quant à elle, souligne que Seymour Hersch, quoiqu’une légende du journalisme, est aujourd’hui âgé de 85 ans, ne s’est fondé que sur une seule source et n’a publié son article dans un grand journal, mais sur son blog.

Si la manière dont les États-Unis ont procédé est sujette à caution, leur responsabilité ne l’est pas, le président Joe Biden ayant publiquement revendiqué ce sabotage à l’avance.

Seymour Hersh, qui a été invité à ’exprimer devant la Douma d’État russe, a décliné l’invitation.

Comment les États-Unis ont détruit le gazoduc Nord Stream

Source : RzO International.

 

par Seymour Hersh - Le 09/02/2023.

Le New York Times l’a qualifié de « mystère », mais les États-Unis ont exécuté une opération maritime clandestine qui a été gardée secrète – jusqu’à maintenant.

Nord Stream

Le centre de plongée et de sauvetage de la marine américaine se trouve dans un endroit aussi obscur que son nom, sur ce qui était autrefois un chemin de campagne dans la ville rurale de Panama City, une station balnéaire en plein essor dans le sud-ouest de la Floride, à 70 miles au sud de la frontière de l’Alabama. Le complexe du centre est aussi indescriptible que son emplacement : une structure en béton terne datant de l’après-guerre qui ressemble à un lycée professionnel de la banlieue ouest de Chicago. Une laverie automatique et une école de danse se trouvent de l’autre côté de ce qui est maintenant une route à quatre voies.

Depuis des décennies, le centre forme des plongeurs en eaux profondes hautement qualifiés qui, après avoir été affectés à des unités militaires américaines dans le monde entier, sont capables d’effectuer des plongées techniques pour faire le bien – utiliser des explosifs C4 pour débarrasser les ports et les plages des débris et des munitions non explosées – comme le mal, comme faire sauter des plates-formes pétrolières étrangères, obstruer les valves d’admission de centrales électriques sous-marines, ou détruire les écluses des canaux de navigation essentiels. Le centre de Panama City, qui possède la deuxième plus grande piscine couverte d’Amérique, était l’endroit idéal pour recruter les meilleurs, et les plus taciturnes diplômés de l’école de plongée qui ont réussi l’été dernier à faire ce qu’ils avaient été autorisés à faire à 260 pieds [80 mètres] sous la surface de la mer Baltique.

En juin dernier, les plongeurs de la marine, opérant sous le couvert d’un exercice de l’OTAN de mi-été largement médiatisé, connu sous le nom de BALTOPS 22, ont placé les explosifs déclenchés à distance qui, trois mois plus tard, ont détruit trois des quatre pipelines de Nord Stream, selon une source ayant une connaissance directe de la planification opérationnelle.

 

 

 

Deux de ces gazoducs, connus sous le nom de Nord Stream 1, approvisionnaient depuis plus de dix ans l’Allemagne et une grande partie de l’Europe occidentale en gaz naturel russe bon marché. Une deuxième paire de gazoducs, appelée Nord Stream 2, avait été construite mais n’était pas encore opérationnelle. Aujourd’hui, alors que les troupes russes se massent à la frontière ukrainienne et que la guerre la plus sanglante en Europe depuis 1945 est imminente, le président Joseph Biden a vu dans ces gazoducs un moyen pour Vladimir Poutine de mettre le gaz naturel au service de ses ambitions politiques et territoriales.

Interrogée pour un commentaire, Adrienne Watson, une porte-parole de la Maison Blanche, a déclaré dans un courriel : « C’est faux et complètement fictif ». Tammy Thorp, une porte-parole de la CIA, a également écrit : « Cette affirmation est complètement et totalement fausse ».

La décision de Biden de saboter les gazoducs est intervenue après plus de neuf mois de débats très secrets au sein de la communauté de sécurité nationale de Washington sur la meilleure façon d’atteindre cet objectif. Pendant la majeure partie de cette période, la question n’était pas de savoir s’il fallait effectuer la mission, mais comment l’effectuer sans que l’on laisse de preuve tangible indiquant qui était responsable.

Il y avait une raison bureaucratique essentielle pour s’appuyer sur les diplômés de l’école de plongée du centre à Panama City. Les plongeurs n’appartenaient qu’à la marine et n’étaient pas membres du commandement des forces spéciales américaines, dont les opérations secrètes doivent être signalées au Congrès et faire l’objet d’un compte rendu préalable aux dirigeants du Sénat et de la Chambre des représentants – le fameux « Gang des Huit ». L’administration Biden faisait tout son possible pour éviter les fuites alors que la planification se déroulait à la fin de 2021 et dans les premiers mois de 2022.

Le président Biden et son équipe de politique étrangère – le conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan, le secrétaire d’État Tony Blinken et Victoria Nuland, sous-secrétaire d’État à la politique – avaient exprimé haut et fort leur hostilité aux deux gazoducs, qui s’étendaient côte à côte sur 750 miles [1200 kilomètres] sous la mer Baltique depuis deux ports différents dans le nord-est de la Russie, près de la frontière estonienne, passant près de l’île danoise de Bornholm avant de se terminer dans le nord de l’Allemagne.

Cette route directe, qui évitait tout transit par l’Ukraine, avait été une bénédiction pour l’économie allemande, qui bénéficiait d’une abondance de gaz naturel russe bon marché – suffisamment pour faire tourner ses usines et chauffer ses maisons, tout en permettant aux distributeurs allemands de vendre le gaz excédentaire, avec un bénéfice, dans toute l’Europe occidentale. Une action qui pourrait être attribuée à l’administration US violerait les promesses américaines de minimiser le conflit direct avec la Russie. Le secret était essentiel.

 

 

 

Dès ses premiers jours, Nord Stream 1 a été considéré par Washington et ses partenaires anti-russes de l’OTAN comme une menace pour la domination occidentale. La société holding à l’origine du projet, Nord Stream AG, a été constituée en Suisse en 2005 en partenariat avec Gazprom, une société russe cotée en bourse qui génère d’énormes profits pour ses actionnaires et qui est dominée par des oligarques connus pour être sous l’emprise de Poutine. Gazprom contrôlait 51% de la société, quatre entreprises européennes du secteur de l’énergie – une en France, une aux Pays-Bas et deux en Allemagne – se partageant les 49% d’actions restantes, et avaient le droit de contrôler les ventes en aval du gaz naturel bon marché aux distributeurs locaux en Allemagne et en Europe occidentale. Les bénéfices de Gazprom étaient partagés avec le gouvernement russe, et les recettes publiques tirées du gaz et du pétrole étaient estimées, certaines années, à 45% du budget annuel de la Russie.

Les craintes politiques de l’Amérique étaient réelles : Poutine disposerait désormais d’une source de revenus supplémentaire et indispensable, et l’Allemagne et le reste de l’Europe occidentale deviendraient dépendants du gaz naturel à faible coût fourni par la Russie – tout en diminuant la dépendance européenne vis-à-vis de l’Amérique. En fait, c’est exactement ce qui s’est passé. De nombreux Allemands ont vu Nord Stream 1 comme faisant partie de la délivrance de la célèbre théorie de l’Ostpolitik de l’ancien chancelier Willy Brandt, qui permettrait à l’Allemagne d’après-guerre de se réhabiliter, ainsi que d’autres nations européennes détruites pendant la Seconde Guerre mondiale, en utilisant, entre autres initiatives, le gaz russe bon marché pour alimenter un marché et une économie commerciale prospères en Europe occidentale.

Nord Stream 1 était suffisamment dangereux, selon l’OTAN et Washington, mais Nord Stream 2, dont la construction s’est achevée en septembre 2021, doublerait, s’il était approuvé par les régulateurs allemands, la quantité de gaz bon marché qui serait disponible pour l’Allemagne et l’Europe occidentale. Le deuxième gazoduc fournirait également suffisamment de gaz pour plus de 50% de la consommation annuelle de l’Allemagne. Les tensions ne cessaient de croître entre la Russie et l’OTAN, soutenues par la politique étrangère agressive de l’administration Biden.

L’opposition au Nord Stream 2 s’est enflammée à la veille de l’investiture de Biden en janvier 2021, lorsque les républicains du Sénat, menés par Ted Cruz du Texas, ont soulevé à plusieurs reprises la menace politique du gaz naturel russe bon marché lors de l’audition de confirmation de Blinken comme secrétaire d’État. À ce moment-là, un Sénat unifié avait réussi à faire passer une loi qui, comme Cruz l’a dit à Blinken, « a stoppé [le gazoduc] dans son élan ». Il y aurait une énorme pression politique et économique de la part du gouvernement allemand, alors dirigé par Angela Merkel, pour que le second pipeline soit mis en service.

Biden tiendrait-il tête aux Allemands ? Blinken a répondu par l’affirmative, mais a ajouté qu’il n’avait pas discuté des détails des vues du futur président. « Je sais qu’il est fermement convaincu que c’est une mauvaise idée, le Nord Stream 2 », a-t-il déclaré. « Je sais qu’il voudrait que nous utilisions tous les outils de persuasion dont nous disposons pour convaincre nos amis et partenaires, y compris l’Allemagne, de ne pas aller de l’avant avec ce projet ».

Quelques mois plus tard, alors que la construction du deuxième gazoduc touchait à sa fin, Biden a cédé. En mai, dans un revirement stupéfiant, l’administration a renoncé aux sanctions contre Nord Stream AG, un responsable du département d’État concédant que tenter d’arrêter le gazoduc par le biais de sanctions et de la diplomatie avait « toujours été une tentative vouée à l’échec ». En coulisses, des responsables de l’administration auraient exhorté le président ukrainien Volodymyr Zelensky, alors menacé d’une invasion russe, à ne pas critiquer cette décision.

Les conséquences ont été immédiates. Les républicains du Sénat, menés par Cruz, ont annoncé un blocage immédiat de tous les candidats de Biden à la politique étrangère et ont retardé l’adoption du projet de loi annuel sur la défense pendant des mois, jusqu’à l’automne. Politico décrivit plus tard la volte-face de Biden sur le second gazoduc russe comme « LA décision, sans doute plus que le retrait militaire chaotique d’Afghanistan, qui a mis en péril l’agenda de Biden ».

L’administration était en difficulté, malgré l’obtention d’un sursis dans la crise à la mi-novembre, lorsque les régulateurs allemands de l’énergie ont suspendu l’approbation du deuxième gazoduc Nord Stream. Les prix du gaz naturel ont grimpé de 8% en quelques jours, alors que l’Allemagne et l’Europe craignaient de plus en plus que la suspension du gazoduc et la possibilité croissante d’une guerre entre la Russie et l’Ukraine n’entraînent un hiver froid très peu souhaité. La position d’Olaf Scholz, le nouveau chancelier allemand, n’était pas claire pour Washington. Quelques mois plus tôt, après la chute de l’Afghanistan, Scholtz avait publiquement soutenu l’appel du président français Emmanuel Macron en faveur d’une politique étrangère européenne plus autonome dans un discours prononcé à Prague – suggérant clairement une moindre dépendance à l’égard de Washington et de ses actions versatiles.

Pendant tout ce temps, les troupes russes se sont régulièrement et fatidiquement renforcées aux frontières de l’Ukraine, et fin décembre, plus de 100 000 soldats étaient en position de frapper depuis la Biélorussie et la Crimée. L’inquiétude grandit à Washington, et Blinken estima que ces effectifs pourraient être « doublés en peu de temps ».

L’attention de l’administration s’est à nouveau portée sur Nord Stream. Tant que l’Europe resterait dépendante de ce gazoduc pour obtenir du gaz naturel bon marché, Washington craignait que des pays comme l’Allemagne soient réticents à fournir à l’Ukraine l’argent et les armes dont elle avait besoin pour vaincre la Russie.

C’est dans ce moment d’incertitude que Biden a autorisé Jake Sullivan à réunir un groupe interagences pour élaborer un plan.

Toutes les options devaient être mises sur la table. Mais une seule allait émerger.

Planification

En décembre 2021, deux mois avant que les premiers chars russes ne pénètrent en Ukraine, Jake Sullivan a convoqué une réunion d’un groupe de travail nouvellement formé – des hommes et des femmes des chefs d’état-major interarmées, de la CIA et des départements d’État et du Trésor – et a demandé des recommandations sur la façon de répondre à l’invasion imminente de Poutine.

Ce serait la première d’une série de réunions top secrètes, dans une salle sécurisée au dernier étage de l’Old Executive Office Building, adjacent à la Maison Blanche, qui était également le siège du President’s Foreign Intelligence Advisory Board (Comité consultatif du Président sur le renseignement étranger, PFIAB). Il y a eu les habituels échanges d’idées qui ont finalement abouti à une question préliminaire cruciale : La recommandation transmise par le groupe au président serait-elle réversible – par exemple, une nouvelle série de sanctions et de restrictions monétaires – ou irréversible – c’est-à-dire des actions cinétiques sur lesquelles il serait impossible de revenir ?

Ce qui est apparu clairement aux participants, selon la source ayant une connaissance directe du processus, c’est que M. Sullivan voulait que le groupe élabore un plan de destruction des deux pipelines Nord Stream – et qu’il répondait par là aux souhaits du président.

Au cours des réunions suivantes, les participants ont débattu des options d’attaque. La marine propose d’utiliser un sous-marin récemment mis en service pour attaquer directement l’oléoduc. L’armée de l’air envisage de larguer des bombes à retardement qui pourraient être déclenchées à distance. La CIA a fait valoir que, quelle que soit la solution retenue, elle devait être secrète. Toutes les personnes impliquées comprennent les enjeux. « Ce n’est pas une affaire de gamins », a déclaré la source. Si l’attaque pouvait être attribuée aux États-Unis, « c’est un acte de guerre ».

À l’époque, la CIA était dirigée par William Burns, un ancien ambassadeur en Russie aux manières douces qui avait occupé le poste de secrétaire d’État adjoint dans l’administration Obama. Burns a rapidement autorisé un groupe de travail de l’Agence dont les membres ad hoc comprenaient – par hasard – quelqu’un qui connaissait les capacités des plongeurs en eaux profondes de la Marine à Panama City. Au cours des semaines suivantes, les membres du groupe de travail de la CIA ont commencé à élaborer un plan pour une opération secrète qui utiliserait des plongeurs en eaux profondes pour déclencher une explosion le long du pipeline.

Un tel projet avait déjà été réalisé auparavant. En 1971, les services de renseignements américains ont appris de sources encore non divulguées que deux importantes unités de la marine russe communiquaient par le biais d’un câble sous-marin enfoui dans la mer d’Okhotsk, sur la côte extrême-orientale de la Russie. Le câble reliait un commandement régional de la marine au quartier général continental de Vladivostok.

Une équipe triée sur le volet, composée d’agents de la CIA et de la National Security Agency (NSA), a été réunie dans le plus grand secret quelque part dans la région de Washington, à l’abri des regards, et a élaboré un plan, à l’aide de plongeurs de la marine, de sous-marins modifiés et d’un véhicule de sauvetage en haute mer, qui a permis, après de nombreux essais et erreurs, de localiser le câble russe. Les plongeurs ont placé un dispositif d’écoute sophistiqué sur le câble qui a réussi à intercepter le trafic russe et à l’enregistrer sur un système d’enregistrement.

La NSA a appris que des officiers supérieurs de la marine russe, convaincus de la sécurité de leur lien de communication, discutaient avec leurs pairs sans cryptage. Le dispositif d’enregistrement et sa bande devaient être remplacés tous les mois et le projet s’est poursuivi allègrement pendant une décennie jusqu’à ce qu’il soit compromis par un technicien civil de la NSA âgé de quarante-quatre ans, Ronald Pelton, qui parlait couramment le russe. Pelton a été trahi par un transfuge russe en 1985 et condamné à la prison. Les Russes ne lui ont versé que 5000 dollars pour ses révélations sur l’opération, ainsi que 35 000 dollars pour d’autres données opérationnelles russes qu’il a fournies et qui n’ont jamais été rendues publiques.

Ce succès sous-marin, dont le nom de code était Ivy Bells, était novateur et risqué, et a permis d’obtenir des renseignements inestimables sur les intentions et la planification de la marine russe.

Pourtant, le groupe interagences était initialement sceptique quant à l’enthousiasme de la CIA pour une attaque secrète en haute mer. Il y avait trop de questions sans réponse. Les eaux de la mer Baltique étaient fortement patrouillées par la marine russe et il n’y avait aucune plate-forme pétrolière pouvant servir de couverture à une opération de plongée. Les plongeurs devraient-ils se rendre en Estonie, juste de l’autre côté de la frontière avec les quais de chargement de gaz naturel de la Russie, pour s’entraîner en vue de la mission ? « Ce serait un fiasco », a-t-on dit à l’Agence.

Tout au long de « toutes ces manigances », a déclaré la source, « certains collaborateurs de la CIA et du Département d’État disaient : “Ne faites pas ça. C’est stupide et ce sera un cauchemar politique si ça se sait.” »

Néanmoins, au début de 2022, le groupe de travail de la CIA a fait un rapport au groupe interagences de Sullivan : « Nous avons un moyen de faire sauter les pipelines ».

La suite a été stupéfiante. Le 7 février, moins de trois semaines avant l’invasion apparemment inévitable de l’Ukraine par la Russie, Biden a rencontré dans son bureau de la Maison Blanche le chancelier allemand Olaf Scholz, qui, après quelques hésitations, était maintenant fermement dans l’équipe américaine. Lors du point de presse qui a suivi, M. Biden a déclaré avec défiance : « Si la Russie envahit… il n’y aura plus de Nord Stream 2. Nous y mettrons fin ».

Vingt jours plus tôt, la sous-secrétaire Nuland avait délivré essentiellement le même message lors d’un point de presse du département d’État, avec peu de couverture médiatique. « Je veux être très claire avec vous aujourd’hui », a-t-elle déclaré en réponse à une question. « Si la Russie envahit l’Ukraine, d’une manière ou d’une autre, Nord Stream 2 n’ira pas de l’avant».

Plusieurs des personnes impliquées dans la planification de la mission du pipeline ont été consternées par ce qu’elles considéraient comme des références indirectes à l’attaque.

« C’était comme mettre une bombe atomique sur le sol de Tokyo et dire aux Japonais que nous allons la faire exploser », a déclaré la source. « Le plan prévoyait que les options soient exécutées après l’invasion et ne soient pas annoncées publiquement. Biden ne l’a tout simplement pas compris ou l’a ignoré ».

L’indiscrétion de Biden et de Nuland, s’il s’agit bien de cela, a pu frustrer certains des planificateurs. Mais elle a également créé une opportunité. Selon la source, certains hauts responsables de la CIA ont déterminé que faire sauter le gazoduc « ne pouvait plus être considéré comme une option secrète parce que le président venait d’annoncer que nous savions comment le faire ».

Le projet de faire sauter Nord Stream 1 et 2 a soudainement été rétrogradé d’une opération secrète nécessitant que le Congrès soit informé à une opération considérée comme une opération de renseignement hautement classifiée avec le soutien de l’armée américaine. Selon la loi, explique la source, « il n’y avait plus d’obligation légale de signaler l’opération au Congrès. Ils n’avaient plus qu’à la faire, mais elle devait rester secrète. Les Russes ont une surveillance superlative de la mer Baltique ».

Les membres du groupe de travail de l’Agence n’avaient pas de contact direct avec la Maison Blanche, et étaient impatients de savoir si le président pensait ce qu’il avait dit – c’est-à-dire si la mission était maintenant lancée. La source se souvient : « Bill Burns revient et dit : “Fais-le” ».

La marine norvégienne a rapidement trouvé le bon endroit, dans les eaux peu profondes à quelques milles de l’île danoise de Bornholm…
L’opération

La Norvège était l’endroit idéal pour y baser la mission.

Au cours des dernières années de crise Est-Ouest, l’armée américaine a largement étendu sa présence à l’intérieur de la Norvège, dont la frontière occidentale s’étend sur 1400 miles [2250 km] le long de l’océan Atlantique Nord et se confond avec la Russie au-dessus du cercle polaire. Le Pentagone a créé des emplois et des contrats bien rémunérés, au milieu de quelques controverses locales, en investissant des centaines de millions de dollars pour moderniser et agrandir les installations de la marine et de l’armée de l’air américaines en Norvège. Les nouveaux travaux comprenaient, surtout, un radar à ouverture synthétique avancé, situé très au nord, capable de pénétrer profondément en Russie et mis en ligne juste au moment où la communauté du renseignement américaine perdait l’accès à une série de sites d’écoute à longue portée en Chine.

Une base de sous-marins américains récemment remise à neuf, qui était en construction depuis des années, était devenue opérationnelle et davantage de sous-marins américains sont désormais en mesure de travailler en étroite collaboration avec leurs collègues norvégiens pour surveiller et espionner une importante fortification nucléaire russe située à 250 miles [400 km] à l’est, sur la péninsule de Kola. Les États-Unis ont également agrandi considérablement une base aérienne norvégienne dans le nord du pays et livré à l’armée de l’air norvégienne une flotte d’avions de patrouille P8 Poseidon construits par Boeing pour renforcer son espionnage à longue portée de tout ce qui concerne la Russie.

En retour, le gouvernement norvégien a provoqué la colère des libéraux et de certains modérés de son parlement en novembre dernier en adoptant l’Accord complémentaire de coopération en matière de défense (SDCA). En vertu de ce nouvel accord, le système juridique américain serait compétent dans certaines « zones convenues » du Nord pour les soldats américains accusés de crimes en dehors de la base, ainsi que pour les citoyens norvégiens accusés ou soupçonnés d’interférer avec le travail de la base.

La Norvège a été l’un des premiers signataires du traité de l’OTAN en 1949, au début de la guerre froide. Aujourd’hui, le commandant suprême de l’OTAN est Jens Stoltenberg, un anticommuniste convaincu, qui a été premier ministre de Norvège pendant huit ans avant d’accéder à son haut poste à l’OTAN, avec le soutien des États-Unis, en 2014. C’est un partisan de la ligne dure sur tout ce qui concerne Poutine et la Russie, qui a coopéré avec les services de renseignement américains depuis la guerre du Vietnam. Depuis, on lui fait entièrement confiance. « Il est le gant sur mesure de la main américaine », a déclaré la source.

À Washington, les planificateurs savaient qu’ils devaient aller en Norvège. « Ils détestaient les Russes et la marine norvégienne regorgeait d’excellents marins et plongeurs qui avaient une expérience de plusieurs générations dans l’exploration très rentable du pétrole et du gaz en haute mer », a déclaré la source. On pouvait également leur faire confiance pour garder la mission secrète. (Les Norvégiens peuvent avoir eu d’autres intérêts également. La destruction de Nord Stream – si les Américains y parvenaient – permettrait à la Norvège de vendre beaucoup plus de son propre gaz naturel à l’Europe).

Au mois de mars, quelques membres de l’équipe se sont rendus en Norvège pour rencontrer les services secrets et la marine norvégiens. L’une des questions clés était de savoir où exactement dans la mer Baltique se trouvait le meilleur endroit pour placer les explosifs. Nord Stream 1 et 2, qui comportent chacun deux ensembles de pipelines, étaient séparés d’un peu plus d’un kilomètre sur la majeure partie du trajet, alors qu’ils se dirigeaient vers le port de Greifswald, à l’extrême nord-est de l’Allemagne.

La marine norvégienne a rapidement trouvé le bon endroit, dans les eaux peu profondes de la mer Baltique, à quelques kilomètres de l’île danoise de Bornholm. Les pipelines sont distants de plus d’un kilomètre, le long d’un plancher océanique qui n’a que 260 pieds [80 mètres] de profondeur. Ce serait tout à fait à la portée des plongeurs, qui opéraient à partir d’un chasseur de mines norvégien de classe Alta, plongeraient avec un mélange d’oxygène, d’azote et d’hélium sortant de leurs bouteilles et placeraient des charges de C4 façonnées sur les quatre pipelines avec des couvercles de protection en béton. Ce serait un travail fastidieux, long et dangereux, mais les eaux au large de Bornholm avaient un autre avantage : il n’y avait pas de grands courants de marée, qui auraient rendu la tâche de la plongée beaucoup plus difficile.

Après quelques recherches, les Américains se mirent tous d’accord.

C’est à ce moment-là que l’obscur groupe de plongée profonde de la marine à Panama City entre à nouveau en jeu. Les écoles de plongée profonde de Panama City, dont les stagiaires ont participé à l’Ivy Bells, sont considérées comme une zone secondaire indésirable par les diplômés d’élite de l’Académie navale d’Annapolis, qui recherchent généralement la gloire d’être affectés comme Navy Seals, pilotes de chasse ou sous-mariniers. Si l’on doit devenir un « soulier noir » – c’est-à-dire un membre du commandement moins désirable des navires de surface – il y a toujours au moins une affectation sur un destroyer, un croiseur ou un navire amphibie. La guerre des mines est la moins glamour de toutes. Ses plongeurs n’apparaissent jamais dans les films d’Hollywood, ni sur la couverture des magazines populaires.

« Les meilleurs plongeurs qualifiés pour la plongée profonde forment une communauté restreinte, et seuls les meilleurs sont recrutés pour l’opération et on leur dit de se préparer à être convoqués à la CIA à Washington », a déclaré la source.

Les Norvégiens et les Américains disposaient d’un lieu et d’agents, mais il y avait une autre préoccupation : toute activité sous-marine inhabituelle dans les eaux de Bornholm pouvait attirer l’attention des marines suédoise et danoise, qui pouvaient la signaler.

Le Danemark avait également été l’un des premiers signataires de l’OTAN et était connu dans la communauté du renseignement pour ses liens particuliers avec le Royaume-Uni. La Suède avait demandé à adhérer à l’OTAN et avait fait preuve d’une grande habileté dans la gestion de ses systèmes de capteurs sonores et magnétiques sous-marins qui permettaient de repérer avec succès les sous-marins russes qui surgissaient occasionnellement dans les eaux éloignées de l’archipel suédois et étaient forcés de remonter à la surface.

Les Norvégiens se sont joints aux Américains pour insister sur le fait que certains hauts fonctionnaires du Danemark et de la Suède devaient être informés en termes généraux des éventuelles activités de plongée dans la région. De cette façon, quelqu’un de plus haut placé pouvait intervenir et empêcher qu’un rapport ne soit transmis à la chaîne de commandement, isolant ainsi l’opération de sabotage du pipeline. « Ce qu’on leur disait et ce qu’ils savaient étaient volontairement différents », m’a dit la source (l’ambassade de Norvège, invitée à commenter cette histoire, n’a pas répondu).

Les Norvégiens ont joué un rôle clé dans la résolution d’autres obstacles. La marine russe était connue pour posséder une technologie de surveillance capable de repérer et de déclencher des mines sous-marines. Les engins explosifs américains devaient être camouflés de manière à ce que le système russe les perçoive comme faisant partie de l’environnement naturel, ce qui nécessitait une adaptation à la salinité spécifique de l’eau. Les Norvégiens avaient une solution.

Les Norvégiens avaient également une solution à la question cruciale du moment où l’opération devait avoir lieu. Chaque année, au mois de juin, depuis 21 ans, la Sixième flotte américaine, dont le navire amiral est basé à Gaeta, en Italie, au sud de Rome, parraine un exercice majeur de l’OTAN en mer Baltique, auquel participent de nombreux navires alliés dans toute la région. L’exercice actuel, qui a lieu en juin, serait connu sous le nom de Baltic Operations 22, ou BALTOPS 22. Les Norvégiens ont proposé que ce soit la couverture idéale pour poser les mines.

Les Américains ont apporté un élément essentiel : ils ont convaincu les planificateurs de la Sixième Flotte d’ajouter au programme un exercice de recherche et développement. L’exercice, tel que rendu public par la Marine, impliquait la Sixième Flotte en collaboration avec les « centres de recherche et de guerre » de la Marine. L’événement en mer se déroulerait au large de l’île de Bornholm et impliquerait des équipes de plongeurs de l’OTAN qui poseraient des mines, les équipes concurrentes utilisant les dernières technologies sous-marines pour les trouver et les détruire.

C’était à la fois un exercice utile et une couverture ingénieuse. Les gars de Panama City feraient leur travail et les explosifs C4 seraient en place à la fin de BALTOPS22, avec une minuterie de 48 heures. Tous les Américains et les Norvégiens seraient partis depuis longtemps à la première explosion.

Les jours défilaient. « L’horloge faisait tic-tac, et nous étions proches de la mission accomplie », a déclaré la source.

Et puis : Washington a changé d’avis. Les bombes seraient toujours placées pendant les BALTOPS, mais la Maison Blanche craignait qu’une fenêtre de deux jours pour leur détonation soit trop proche de la fin de l’exercice, et qu’il soit évident que les Etats-Unis étaient impliqués.

Au lieu de cela, la Maison Blanche a formulé une nouvelle demande : « Les gars sur le terrain peuvent-ils trouver un moyen de faire exploser les gazoducs plus tard sur commande ? »

Certains membres de l’équipe de planification étaient furieux et frustrés par l’indécision apparente du président. Les plongeurs de Panama City s’étaient exercés à plusieurs reprises à placer le C4 sur des pipelines, comme ils l’auraient fait pendant les BALTOPS, mais l’équipe en Norvège devait maintenant trouver un moyen de donner à Biden ce qu’il voulait – la possibilité de donner un ordre d’exécution réussi au moment de son choix.

Se voir confier un changement arbitraire de dernière minute était une chose que la CIA avait l’habitude de gérer. Mais cela a également ravivé les inquiétudes de certains quant à la nécessité et à la légalité de l’ensemble de l’opération.

Les ordres secrets du président évoquent également le dilemme de la CIA à l’époque de la guerre du Viêt Nam, lorsque le président Johnson, confronté à un sentiment croissant contre la guerre du Viêt Nam, a ordonné à l’agence de violer sa charte – qui lui interdisait expressément d’opérer à l’intérieur des États-Unis – en espionnant les leaders anti-guerre pour déterminer s’ils étaient contrôlés par la Russie communiste.

L’Agence a fini par acquiescer et, tout au long des années 1970, il est apparu clairement jusqu’où elle était prête à aller. À la suite des scandales du Watergate, des journaux ont révélé que l’Agence espionnait des citoyens américains, qu’elle participait à l’assassinat de dirigeants étrangers et qu’elle sapait le gouvernement socialiste de Salvador Allende.

Ces révélations ont conduit à une série d’auditions dramatiques au milieu des années 1970 au Sénat, dirigées par Frank Church de l’Idaho, qui ont clairement montré que Richard Helms, le directeur de l’Agence à l’époque, acceptait l’obligation de faire ce que le président voulait, même si cela signifiait violer la loi.

Dans un témoignage à huis clos non publié, Helms a expliqué avec regret que « vous avez presque une Immaculée Conception lorsque vous faites quelque chose » sous les ordres secrets d’un président. « Que ce soit bien ou mal, [la CIA] travaille selon des règles et des règles de base différentes de celles de toute autre partie du gouvernement ». Il disait essentiellement aux sénateurs que lui, en tant que chef de la CIA, comprenait qu’il avait travaillé pour la Couronne, et non pour la Constitution.

Les Américains à l’œuvre en Norvège fonctionnaient selon la même dynamique et ont consciencieusement commencé à travailler sur le nouveau problème – comment faire détoner à distance les explosifs C4 sur l’ordre de Biden. Il s’agissait d’une mission beaucoup plus exigeante que ce que les gens de Washington avaient compris. L’équipe en Norvège n’avait aucun moyen de savoir quand le président appuierait sur le bouton. Serait-ce dans quelques semaines, dans plusieurs mois, dans six mois ou plus ?

Le C4 fixé aux pipelines serait déclenché par une bouée sonar larguée par un avion à brève échéance, mais la procédure impliquait la technologie la plus avancée de traitement des signaux. Une fois en place, les dispositifs de temporisation fixés à l’un des quatre pipelines pourraient être déclenchés accidentellement par le mélange complexe de bruits de fond océaniques dans la mer Baltique, qui connaît un trafic intense : navires proches ou éloignés, forages sous-marins, événements sismiques, vagues et même créatures marines. Pour éviter cela, la bouée sonar, une fois en place, émettrait une séquence de sons uniques de basse fréquence, un peu comme ceux émis par une flûte ou un piano, qui seraient reconnus par le dispositif de chronométrage et déclencheraient les explosifs après un délai prédéfini. (« Vous voulez un signal qui soit suffisamment robuste pour qu’aucun autre signal ne puisse accidentellement envoyer une impulsion qui déclenche les explosifs », m’a dit le Dr Theodore Postol, professeur émérite de science, technologie et politique de sécurité nationale au MIT. M. Postol, qui a été conseiller scientifique du chef des opérations navales du Pentagone, a déclaré que le problème auquel le groupe en Norvège a été confronté en raison du retard de M. Biden est une question de chance : « Plus les explosifs restent longtemps dans l’eau, plus il y a de risques qu’un signal aléatoire déclenche les bombes. »)

Le 26 septembre 2022, un avion de surveillance P8 de la marine norvégienne a effectué un vol apparemment de routine et a largué une bouée sonar. Le signal s’est propagé sous l’eau, d’abord vers Nord Stream 2, puis vers Nord Stream 1. Quelques heures plus tard, les explosifs C4 de forte puissance ont été déclenchés et trois des quatre gazoducs ont été mis hors service. En l’espace de quelques minutes, on a pu voir les mares de méthane qui restaient dans les pipelines fermés se répandre à la surface de l’eau et le monde a appris que quelque chose d’irréversible s’était produit.

Retombées

Au lendemain de l’attentat à la bombe contre le gazoduc, les médias américains l’ont traité comme un mystère non résolu. La Russie a été citée à plusieurs reprises comme coupable probable, sous l’impulsion de fuites calculées en provenance de la Maison Blanche, mais sans jamais établir un motif clair pour un tel acte d’autosabotage, au-delà de la simple vengeance. Quelques mois plus tard, lorsqu’il est apparu que les autorités russes avaient discrètement obtenu des estimations du coût de la réparation des gazoducs, le New York Times a décrit cette nouvelle comme « compliquant les théories sur l’identité des auteurs » de l’attaque. Aucun grand journal américain [ou européen] n’a creusé les menaces antérieures de Biden et de la sous-secrétaire d’État Nuland contre les gazoducs.

Si la raison pour laquelle la Russie chercherait à détruire son propre gazoduc lucratif n’a jamais été claire, une justification plus révélatrice de l’action du président est venue du secrétaire d’État Blinken.

Interrogé lors d’une conférence de presse en septembre dernier sur les conséquences de l’aggravation de la crise énergétique en Europe occidentale, Blinken a décrit le moment comme potentiellement bon :

« C’est une occasion formidable de supprimer une fois pour toutes la dépendance à l’égard de l’énergie russe et donc de priver Vladimir Poutine de l’arme de l’énergie comme moyen de faire avancer ses desseins impériaux. C’est très significatif et cela offre une formidable opportunité stratégique pour les années à venir, mais en attendant, nous sommes déterminés à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous assurer que les conséquences de tout cela ne soient pas supportées par les citoyens de nos pays ou, d’ailleurs, du reste du monde. »

Plus récemment, Victoria Nuland a exprimé sa satisfaction quant à la disparition du plus récent des pipelines. Témoignant lors d’une audition de la commission des affaires étrangères du Sénat fin janvier, elle a déclaré au sénateur Ted Cruz : « Comme vous, je suis, et je pense que l’administration est, très satisfaite de savoir que Nord Stream 2 est maintenant, comme vous aimez le dire, un morceau de ferraille au fond de la mer ».

 

 

 

La source avait une vision beaucoup plus proche de la réalité de la décision de Biden de saboter plus de 1 500 miles [2 500 km] de pipeline Gazprom à l’approche de l’hiver. « Eh bien », a-t-il dit en parlant du président, « je dois admettre que ce type a une paire de couilles. Il a dit qu’il allait le faire, et il l’a fait ».

Interrogé sur les raisons pour lesquelles il pense que les Russes n’ont pas réagi, il a répondu cyniquement : «  Peut-être qu’ils veulent avoir la capacité de faire les mêmes choses que les États-Unis ».

« C’était une belle couverture », a-t-il poursuivi. « Derrière le prétexte, il y avait une opération secrète qui plaçait des experts sur le terrain et des équipements qui fonctionnaient sur un signal secret ».

« La seule faille était la décision de le faire ».