Des budgets Défense en trompe l’œil.

par Yves de Blignières - le 27/02/2017.



Comme souvent, le budget général de l’Etat est déjà bâti sur des hypothèses trop optimistes. La croissance en 2016, ne sera pas, selon l’évaluation de l’INSEE, de 1,5 % mais de 1,2 %, soit plus de 6 milliards d’euros de différence. Le budget de la Défense a été voté à l’Assemblée nationale en octobre 2016 devant prétoire quasiment vide ce qui révèle le peu d’intérêt des élus pour la défense du pays.

 

La stagnation de notre effort de Défense

Le PLF 2017 du ministère prévoit une augmentation substantielle des crédits de la Défense (600 millions) pour le porter à 32,69 M€. Il comporte plusieurs paris incertains : des économies sur les facteurs et des recettes exceptionnelles. Mais, en fin de compte, cela laisse l’effort national à 1,77 % du PIB (pensions comprises). Ce qui place la France entre la Grande-Bretagne, autre puissance nucléaire du continent, et l’Allemagne.

 

Le surcoût des OPEX a été maintenu à son chiffre désormais traditionnel de 450 M€ alors que ce coût réel est toujours largement supérieur, il est estimé à 1,2 ou 1,3 Md€ pour 2017.  Il s’y ajoute aussi le dépassement prévisible des OPINT fixées à 26 M€ pour 2017 alors qu’elles ont coûté 145 M€ en 2016, et même 176 M€ en 2015. Mais le ministre se fait fort d’obtenir pour le reste un financement interministériel qui ne lui a jamais manqué. Malheureusement les budgets des Affaires étrangères et de l’Intérieur qui sont habituellement les principaux contributeurs ne prévoient pas de crédits pour couvrir les OPEX.

 

Malgré la rallonge budgétaire de 3,8 Mds concédé à la suite des attentats, Bercy se livre à des opérations sur la justification desquelles on peut s’interroger.  Tout d’abord, c’est le traditionnel gel des crédits de chaque ministère en début d’année afin de constituer une réserve budgétaire de précaution. En 2015, ce gel initial pour la Défense a encore été augmenté en mai au détriment du programme 146 (Equipement), afin de porter le gel total à un montant global de 1,9 Mds€ au détriment du ministère. Qui plus est, un décret de novembre [i] a annulé 392.000 € sur les crédits de la Défense pour les transférer en aide à la presse.

S’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur l’exécution du budget 2106, il est déjà établi, pour cette année passée, que 40.000 € prévus pour la « préparation et l’emploi des forces » ont été annulés[ii] tandis que 1,6 M€ ont été transférés du « soutien à la politique de défense » au ministère des Affaires étrangères pour « l’action de la France en Europe et dans le monde »[iii]. Tout cela fait brouillon et révèle les difficultés d’exécution du budget pour les responsables du ministère.

Au total le PLF 2017 prévoit une augmentation des ETP (effectif temps plein) de 454 personnes, alors que nous sommes en guerre selon nos gouvernants ! Cet accroissement est ridicule par rapport à celui de l’enseignement qui prévoit une augmentation de 11 662 ETP et même de l’Intérieur qui prévoit 2.285 ETP en plus pour la gendarmerie et la police.

L’Education Nationale qu’on avait l’habitude de plaisanter en disant qu’elle avait de même effectif que l’armée soviétique a désormais largement dépassé celui de l’armée russe et rejoint maintenant celui de la Corée du Nord.

 

Finalement dans la période 2012-2017, et d’après les chiffres officiels, ces ministères ont bénéficié des nouvelles dotations en ETP, de 8 875 pour l’Intérieur de 2 764 pour la Défense et de 60 000 pour l’Education nationale, conformément à l’engagement électoral du président Hollande.

L’accroissement de notre domaine maritime

 

Autre exemple de l’incohérence gouvernementale qui n’a rien à voir avec la situation de guerre dans laquelle nous sommes plongés : la Marine.

Déjà propriétaire du second domaine maritime dans le monde, avec une superficie de 11 millions de km², qu’elle ne parvient pas à contrôler, la France a agrandi ce domaine en 2015[iv] avec l’assentiment de l’ONU, de plus de 500.000 km² autour des Antilles, de la Nouvelle-Calédonie et des îles Kerguelen. Et ce n’est pas fini, car la France attend l’avis de la Commission internationale des Limites du Plateau Continental pour précéder à une nouvelle extension, qui la fera dépasser les Etats-Unis en termes de superficie de la zone économique exclusive. La Marine dont le nombre actuel de 17 frégates de premier rang est insuffisant et qui a un besoin urgent de remplacer sa flotte de patrouilleurs vieillissants, ne pourra  assurément pas assurer notre souveraineté sur un domaine aussi vaste et aussi éloigné de ses bases.

 

Interrogé récemment par la presse sur les moyens consacrés à la défense du pays, le président de la République, chef des armées, a assuré que ces moyens étaient suffisants, mais reconnu qu’il sera nécessaire de les accroître dans les années à venir.

Si le gouvernement qui veut se plier à la règle du déficit budgétaire limité par Bruxelles à 3% du PIB, il n’hésite pourtant pas à endetter davantage la France en lançant récemment sa première obligation verte, en espérant lever plusieurs milliards d’euros. Il est vrai que l’écologie est davantage porteuse auprès de l’opinion publique tant nationale qu’internationale, surtout après le succès de la COP21.

 

Mais face à l’urgence des besoins des armées, pourquoi ne pas en faire autant en lançant des obligations militaires dans le cadre d’un emprunt national, comme cela a été déjà fait en 1916 et 1917, ce serait une manière originale d’en célébrer le centenaire !

Tant pis pour nos descendants qui régleront la facture mais auront bénéficié d’une sécurité qui nous aura été due. Les autres Européens pourraient y souscrire puisque, par leurs interventions lointaines, nos armées contribuent largement et courageusement à leur protection.

 

Yves de BLIGNIERES

Délégué national de l’ASAF

 


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