Il y a des premières fois que l’on peut encore s’éviter…

par le Col. Georges Michel - le 12/02/2017.


 

La dernière fois que la France s’est donnée à un homme de moins de 40 ans, ce fut avec Napoléon Bonaparte. Accessoirement, ce jeune général était auréolé d’une gloire militaire, inégalée sans doute depuis Turenne et le Grand Condé. La France qui voulait de l’ordre – comme aujourd’hui ! – sentit sans doute intuitivement qu’il était l’homme de la situation. Louis-Napoléon Bonaparte, lui, bénéficiant de la gloire de son oncle, fut élu président de la République en décembre 1848, alors qu’il était âgé de 40 ans et quelques mois. Raté !

 

La dernière fois que la France s’est donnée à un homme qui n’avait jamais été père de famille, ce fut avec le maréchal Pétain qui, avant de devenir le père de la nation en 1940, n’avait jamais été vraiment un père la vertu, n’en déplaise à certains ! C’est un détail peut-être, mais, bon, puisque nous en sommes au temps des confessions et ambitions intimes, pourquoi ne pas rappeler cela ?

 

La dernière fois que la France s’est donnée à un homme qui n’avait jamais été élu – maire, conseiller général, député, sénateur ou président de comice agricole –, ce fut avec le général de Gaulle en 1958. Il est vrai que celui-ci avait tout de même – n’en déplaise à d’autres certains ! – un minimum de légitimité : celle d’avoir réussi l’exploit de faire entrer la France dans le concert des nations victorieuses en 1945, alors qu’elle avait subi la pire défaite de son histoire en 1940. Ce n’était pas à la portée de n’importe qui, avouons-le.

 

La dernière fois que la France s’est donnée à un banquier, ce fut avec Georges Pompidou en 1969. Il avait travaillé quatre ans à la banque Rothschild de 1954 à 1958. Mais l’on serait malhonnête si l’on ne précisait pas que ce passage par la banque fut un court intermède chez ce serviteur de l’État : professeur, maître des requêtes au Conseil d’État. Sans compter six ans à blanchir sous le harnois de Matignon… et sans oublier qu’à la demande du général de Gaulle, il alla se frotter au suffrage universel en 1967 en se présentant à la députation dans le Cantal.

 

La dernière fois que la France s’est donnée à un homme qui voulait « gouverner la France au centre », ce fut avec Valéry Giscard d’Estaing en 1974. Une bonne intention qui ne résista pas à la réalité des rapports de force : Giscard gouverna en s’appuyant sur la droite et le centre droit. Il voulut décrisper la vie politique française ; la crispation atteignit son comble dans les débats télévisés qu’il eut avec Mitterrand. Il partit de l’Élysée sous les sifflets.

 

Si l’on en croit les sondages d’opinion, dont l’infaillibilité reste à démontrer, la France pourrait au printemps 2017, pour la première fois de son histoire, se donner à un homme qui cumule, non pas les mandats (on l’a bien compris) mais tous les critères suivants : encore trentenaire, jamais père de famille, jamais élu au suffrage universel – si, peut-être, délégué de classe, la chose reste à vérifier -, ancien banquier et se disant n’être ni de droite ni de gauche – mais à gauche quand même.

 

Une première fois, somme toute assez factice, que l’on peut encore s’éviter pour une autre première fois, plus vraie…

 

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