Pourquoi se préoccuper de Navalny ?

...par le Colonel Yves Logette - Le 21/04/2021.

 

 

Bonjour.

 

L’opposant russe Alexeï Navalny serait en mauvais état, fatigué par sa grève de la faim, la prison ou l’hôpital où il est bien gardé. Puisqu’il s’agit de la Russie, et parce qu’il s’agit de la Russie, les Etats-Unis, suivis par leurs Toutous occidentaux dont l’Europe, poussent des grands cris et menacent des pires avanies et représailles le pays du Grand Satan, Vladimir Poutine.

 

Navalny (qui sait très bien jouer des médias et de la communication) n’est qu’un opposant au gouvernement de son pays. Un opposant comme il en existe dans pratiquement tous les pays, démocratiques ou non, même et surtout les plus totalitaires. C’est une affaire intérieure russe. On ne voit pas ces bonnes âmes occidentales s’insurger contre les prisonniers politiques du Sud-Est asiatique, en Chine, au Pakistan, en Turquie, au Maghreb et dans toute l’Afrique, au Venezuela, en Colombie, bref partout dans le monde, hormis peut-être parce que c’est une femme, Aung San Suu Kyi en Birmanie.

 

Au nom de quoi sommes-nous légitimes pour intervenir dans les affaires intérieures d’un pays souverain ? Sinon au nom du prétendu « devoir d’ingérence », si cher au cœur de Bernard Kouchner ? Au nom de ce beau principe, les Américains n’ont-ils pas suffisamment meurtri les peuples des pays qu’ils ont agressés, seuls ou avec quelques alliés, avec ou sans l’OTAN ou l’ONU ? On me rétorquera que c’est au nom de la valeur universelle des droits de l’homme, qu’il faut défendre partout où ils sont attaqués. Certes mais, quitte à parler de droit, je préfère celui de chaque peuple à disposer de son autonomie de décision à l’intérieur de ses frontières. Pourquoi ces messieurs hurlent-ils à l’ingérence honteuse quand il s’agit d’éventuelles immiscions russes (pas encore prouvées) dans les élections américaines et font-ils la même chose pour imposer tel ou tel chef d’Etat qui convient mieux à leurs intérêts ? Ce devoir d’ingérence s’apparente, selon moi, à un nouveau colonialisme arrogant et prétentieux, de gouvernements prétendument plus évolués et qui ont donc tout loisir d’imposer leur vision des affaires du monde.

C’est le même argument, aujourd’hui combattu pour racisme, qui avait conduit Jules Ferry en 1885 à expliquer à la Chambre des Députés que « … Il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. » Que diraient nos braves médias borgnes si Bolsonaro (par exemple, mais mettez n’importe quel dirigeant à la place) mettait la France en demeure de libérer immédiatement le professeur Fourtillan, incarcéré à la maison d’arrêts d’Aurillac sous le prétexte d’avoir dénoncé la manipulation Covid-19 ? Ou si l’Italie menaçait la France de représailles pour n’avoir pas condamné Cédric Herrou, ce passeur de migrants sorti triomphant du tribunal, malgré ses actions illégales ?

 

Vouloir influencer la politique intérieure de la Russie dans une affaire qui la concerne seule, par l’instauration de menaces, revient à se positionner dans une relation condescendante d’autorité du type parents-enfant à qui l’on dirait : « Range ta chambre, sinon je vais sévir ! » Que l’on laisse la Russie gérer ses problèmes ; je pense qu’elle le fait assez bien et il est heureux qu’il y ait à la tête de ce grand pays un dirigeant suffisamment censé pour ne pas réagir de façon inconsidérée et dangereuse aux provocations répétées de l’occident. Que l’on laisse d’ailleurs tous les pays s’auto-administrer selon leur volonté, sans s’instaurer en permanence en gendarmes du monde, ce qui importune chacune des cibles visées. Que l’on ne s’étonne pas, dans ces conditions, de la détestation qu’inspirent les pays occidentaux auprès des autres nations souveraines. Même si leur gestion est catastrophique, c’est la leur ; il n’y a aucune raison de vouloir leur imposer la nôtre.

 

Yves Logette,

le 21 avril 2021

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