Finalité du Pacte mondial sur les migrations

...par Thierry Meyssan - Le 07/12/2018.

 

Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire.

 

Dernier ouvrage en français : Sous nos yeux - Du 11-Septembre à Donald Trump(2017).


Alors que sept États ont déjà refusé de signer le Pacte mondial pour les migrations, prétendument rédigé dans leur intérêt, Thierry Meyssan revient sur l’histoire de ce document et sur la philosophie de ses auteurs : celle de Karl Popper et du sans-frontérisme.

 

Source : http://www.voltairenet.org/article204270.html


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Une des caravanes de migrants recrutée et organisée par l’ONG de George Soros, Pueblo sin fronteras.

Les États membres des Nations unies sont appelés à approuver le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, lors de la conférence de Marrakech à l’occasion du 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

 

Le but de ce pacte, selon la Représentante spéciale du secrétaire général, Louise Arbour, est de faciliter le transfert vers les pays riches de travailleurs en provenance des pays pauvres. « Les données démographiques laissent penser que s’ils veulent maintenir leurs niveaux économiques actuels ou même développer leur économie, [les pays riches] vont devoir recevoir des travailleurs étrangers bien formés pour répondre aux demandes du marché du travail », a-t-elle déclaré. Selon le service de presse des Nations unies, il s’agit de « réguler les migrations de manière [à ce] qu’elles fonctionnent pour tout le monde ».

 

L’Allemagne fut le premier État à appliquer cette politique. Elle ainsi reçu en 2015 plus d’un million de migrants, dont certains venus de Syrie [1]. Cependant, deux ans plus tard, elle ne parvient pas à les intégrer. L’opposition populaire à cette migration massive a conduit la chancelière fédérale, Angela Merkel, à annoncer la fin de sa carrière.

 

La démarche du secrétariat général des Nations unies est actuellement rejetée par 7 États « riches » : l’Autriche, la Croatie, la Hongrie, la Lituanie, la République tchèque, la Slovaquie et la Suisse. D’autres États pourraient également la refuser, notamment la Belgique, la Bulgarie et l’Italie.

 

Selon le chancelier autrichien Sebastian Kurz, dont le pays représentait l’Union européenne lors des négociations de New York, mais qui s’oppose au texte, sa philosophie est d’abroger les distinctions entre les différents types de migrants (légaux et illégaux ; économiques, humanitaires et politiques). Par conséquent, le pacte aura des implications immédiates en matière de droits sociaux, aussi bien sur le territoire de l’État hébergeant que lors de reconduites à la frontière.

 

Le texte trouve son origine dans l’appendice 2 de la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants préparée sous la direction de Peter Sutherland [2]. Cette haute personnalité avait déclaré, le 21 juin 2012, lors d’une audition à la Chambre britannique des Lords, que tout individu doit avoir la possibilité d’étudier et de travailler dans le pays de son choix, ce qui est incompatible avec toutes les politiques de restriction des migrations ; et que les migrations créent une dynamique cruciale pour le développement économique quoi qu’en disent les citoyens des pays d’accueil. Par conséquent, concluait-il, l’Union européenne doit saper l’homogénéité de ses nations [3].

 

Le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières ne comporte aucune mesure s’imposant aux États ou limitant directement leur souveraineté. Il procède de la méthode chère aux adeptes de Karl Popper —le penseur de la « société ouverte » et du « sans-frontérisme »— de proclamer des droits (non pas au sens de « droits positifs », mais de « droits créances ») dont la mise en œuvre par des recours juridiques s’imposera aux législations nationales, plus ou moins vite selon leur système juridique. C’est cette stratégie particulièrement efficace dans le droit anglo-saxon. Elle est ainsi appliquée par l’ONG Pueblo sin fronteras (financée par le spéculateur George Soros) qui organise des caravanes de migrants à travers l’Amérique centrale, vers les États-Unis.

 

La philosophie de ce Pacte facilite en outre l’usage des migrations comme arme de guerre [4] que l’Otan a mis en œuvre pour déclencher la guerre du Kosovo, pour vider la Syrie de ses défenses, ou pour préparer une intervention militaire contre le Venezuela (M. Sutherland, qui est mort en début d’année, était lui-même un ancien administrateur du think-tank de l’Otan, le Club de Bilderberg). Cette stratégie a été valorisée par une autre ONG de George Soros, l’International Crisis Group, dont Louise Arbour est l’ancienne présidente.

 

Dans les faits, on assiste aujourd’hui à une navette : les Occidentaux envoient des armes dans les régions qu’ils détruisent et reçoivent en retour les réfugiés qu’ils font fuir de chez eux [5].

 

Thierry Meyssan

[1] « La fausse "crise des réfugiés" », « Comment l’Union européenne manipule les réfugiés syriens », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 septembre 2015 et 2 mai 2016.

[2] « Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants », Réseau Voltaire, 19 septembre 2016.

[3] “EU should ’undermine national homogeneity’ says UN migration chief”, Brian Wheeler, BBC, June 21st, 2012. « Les tireurs de ficelles de la crise migratoire », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 2 mai 2016.

[4] “Strategic Engineered Migration as a Weapon of War”, Kelly M. Greenhill, Civil War Journal, Volume 10, Issue 1, July 2008. Understanding the Coercive Power of Mass Migrations,” in Weapons of Mass Migration : Forced Displacement, Coercion and Foreign Policy, Kelly M. Greenhill, Ithaca, 2010. “Migration as a Coercive Weapon : New Evidence from the Middle East”, in Coercion : The Power to Hurt in International Politics, Kelly M. Greenhill, Oxford University Press, 2018.

[5] « Circuit de mort en "Méditerranée élargie" », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 19 juin 2018.



La bonne parole de l'ONU ...

...par Renaud Girard - le 11/12/2018.

Journaliste, reporter de guerre et géopoliticien français.

 

 

Ecole normale supérieure (Ulm)

Ecole nationale d'administration (ENA)

Officier de réserve (après une formation à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr)

 

 

Grand reporter international et reporter de guerre au journal Le Figaro depuis 1984


Plutôt que de présenter un pacte sur les migrations aux contours critiquables, l'organisation devrait concentrer ses efforts sur les massacres et guerres qui croissent un peu partout en Afrique.

 

Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, était à l'honneur, lundi 10 décembre 2018, sous le soleil de Marrakech. Des délégations étaient venues de plus de 150 pays pour y approuver un texte non contraignant, mais hautement symbolique : le Pacte mondial sur les migrations des Nations unies.

L'idée est de faire partager un même corpus de principes par les pays de départ des migrants, les pays de transit et les pays de destination. Il reprend des principes de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. Certains objectifs du Pacte emportent avec eux un humanisme de bon aloi. Ainsi l'objectif 17 précise que les États s'engagent "à éliminer toutes les formes de discrimination et à condamner et combattre les expressions, les manifestations et les actes de racisme, de discrimination raciale, de violence et de xénophobie visant tous les migrants". On y trouve aussi une demi-dose de pragmatisme. Ainsi, le pacte appelle à la lutte contre les problèmes structurels qui poussent les migrants au départ, ainsi qu'à la facilitation du retour, de la réadmission et de la réintégration des migrants dans leur pays de départ.

 

L'ONU ne s'est pas trompée en choisissant la ville de Marrakech. La ville regorge d'hôtels confortables, mais, surtout, elle n'est pas très éloignée du Sahara. Or ce désert est redevenu une zone en or pour tous les trafiquants d'êtres humains. Autrefois, le Sahara était un espace de transit pour la traite des esclaves noirs, organisée par les Arabes et acheminée par les Touaregs, les Maures et les Toubous. La colonisation française et ses détachements de méharistes ont mis un terme à ces trafics.

Aujourd'hui, les passeurs sont redevenus les rois du Sahara. Pour les migrants, le prix à payer est élevé (3 000 euros en moyenne) et les risques sont importants : mort par la soif ou par le froid dans le désert, réduction à un esclavage temporaire dans les villes de transit, noyades dans la Méditerranée. En revanche, pour les passeurs, les gains sont élevés et les risques nuls. Car autant on a souvent vu des passeurs tuer leurs passagers clandestins, autant on n'a jamais vu un passeur se faire tuer par la police d'un pays de départ, de transit ou de destination. Les passeurs sont passés maîtres dans l'art de corrompre les autorités locales. Ils sont confiants dans l'avenir de leur business, tant la demande est forte.

 

Une enquête Gallup de 2016 a montré que l'Afrique noire était la région du monde où le désir d'immigrer était le plus fort, 42 % des jeunes de 15 à 24 ans affirmant sans ambages qu'ils souhaitaient partir. Parmi les diplômés du supérieur de l'Afrique subsaharienne, 32 % souhaitent aussi quitter la terre de leurs ancêtres, ce qui est dramatique pour les ambitions de développement de ces pays. Ce phénomène touche l'Afrique, qui ne parvient pas à consolider son développement, alors qu'il épargne les pays d'Asie du Sud-Est ayant réussi leur transition industrielle. Le phénomène migratoire africain est bien devenu le principal défi géopolitique de ce siècle.

 

Mais on peut faire trois critiques de fond à ce nouveau pacte onusien. D'abord, il ne distingue pas entre les vrais réfugiés politiques et les migrants économiques, et il n'est pas équilibré. Il insiste beaucoup plus sur la qualité d'accueil requise des pays de destination, que sur les devoirs des pays de départ. Il se permet même de faire la leçon aux médias des pays d'accueil. L'ONU aurait-elle oublié qu'en Occident il y a encore la liberté d'expression ?

Ensuite, ce pacte reconnaît la souveraineté des États mais omet de poser la question fondamentale de la démocratie. Les peuples des pays d'accueil ont-ils ou non le droit de se prononcer librement sur la protection de leurs frontières ? Sont-ils ou non légitimes quand ils demandent que leurs lois soient respectées ? Sont-ils ou non fondés à choisir s'ils veulent rester comme ils sont, ou passer à une société multiculturelle nourrie par l'immigration ?

Enfin, on peut se demander si l'ONU n'avait pas mieux à faire qu'à prêcher la bonne parole aux pays riches qui la financent. Pourquoi ne concentre-t-elle pas ses efforts sur les guerres et les massacres au Sud-Soudan, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo, au Mali ? Où en est cet admirable projet agronomique de "Grande muraille verte", censée courir du Sénégal à Djibouti, afin d'arrêter l'avancée du désert du nord vers le sud ? Depuis 1945, l'ONU a beaucoup parlé et peu agi (souvenons-nous de sa catastrophique "mission" au Rwanda en 1994 !). Laisser un temps les grands discours pour des réalisations concrètes ne ferait aucun mal à la politique de M. Guterres envers l'Afrique.

 

Paru dans Le Figaro, 11 décembre 2018

Commentaires: 2
  • #2

    patrick tiso (mardi, 11 décembre 2018 12:09)

    Je vais refaire la chronologie de ce qu'il adviendra bientôt, les migrants étant le cheval de Troie du Nouvel ordre mondial, je parle des hommes seuls et sans enfants qui sont la majorité, nous pouvons croire ou pas aux écrits d'Albert Pike, comme aux Protocoles des Sages de Sion, mais pour l'esprit critique, cela correspond exactement à ce qui se passe actuellement, à l'occasion d'une crise grave, comme un krach boursier, ceux-ci armés par les réseaux Gladio dormants, s'en prendront à la population pour la décimer, ensuite ils rétabliront l'ordre, élimineront l'argent fiduciaire, pour une électronique, qui neutralisera toute dissidence, et le puçage obligatoire, mais hélas, ils veulent beaucoup plus, voir les Georgia guidestones, c'est pour cela, que la troisième guerre est à notre porte, la Fédération Russe en est pleinement consciente, une collaboration avec elle, pourrait peut-être sauver l'humanité.

  • #1

    Franko Klaus (dimanche, 09 décembre 2018 18:38)

    Selon des informations dans plusieurs sources d'information libres en Allemagne,
    le gouvernement Merkel aurait en grande mésure influencé où même démarré
    ce pacte, afin de légaliser ex posteriori l'ouverture des frontières par Merkel,
    qui était, avant 1990, fonctionnaire chargée de propaganda de la jeunesse est-allemande .